UN AUTRE FILS DU TONNERRE
Dans les pagodes, tout spécialement dans les temples taoïstes, on remarque une statue que du premier abord on serait tenté de prendre pour Lei-kong -p'ou-sah m '2^ ^ M^ i^a's le dieu n'a ni clou ni maillet pour faire jaillir la foudre, il n'a pas non plus le chapelet de tambours pour figurer le fracas du tonnerre. D'ordinaire il tient en main un sceau et son bâton d'or, ou un drapeau comme dans la figure ci-dessous; pour le reste il rivalise presque de laideur avec son collègue du Ministère du Tonnerre: ce monstre se nomme Lei-tchen-tse ^ M "?' Fi's né du tonnerre. Voici en quelle circonstance il parut sur terre. Le roi Wen-wang ^ ï avec sa garde était en route pour se rendre auprès de Tcheou-wang ^t ï. qui lui commandait d'avoir à se présenter devant lui. Arrivé au bas d'une montagne, près
(1) Ts'ien-han-chou m M i? liv. 25, p, p l'i. Ou-li-Vong-kao ^ ]§. 'M ^ liv. HC, p. IC.
(2) Ou-li-Vong-kao % J^. M ^ liv. •^<'- P- 20. (3)
d'un gros arbre, Wen-ioang ^ ï dit à ses soldats de se mettre à l'abri sous le feuillage touffu de cet arbre, parce qu'un orag,e était imminent. Peu après il tomba une forte pluie et un violent éclat de tonnerre retentit; Wen-wang ^ ï s'écria: "Une étoile vient de tomber du ciel, allez vite à sa recherche". Les soldats vont à la recherche dans tous les environs ; soudain ils crurent entendre un enfant pleurer, les cris partaient d'un fourré près d'un vieux tombeau. Ils prirent l'enfant et l'apportèrent à Wenluang ^ ï. Ses yeux étaient brillants, son visage très distingué; Wen-wang ^ ï qui n'avait encore que quatre-vingt-dix-neuf enfants, l'adopta comme son centième fils. A ce moment vint à passer un ermite nommé Yun-tchong-tse ^ ^ ^ ; i\ pria Wenwang ^ ï de lui confier cet enfant, et de le lui donner comme disciple. Le vieux roi le lui céda, mais voulut qu'on lui donnât un nom, afin qu'il put facilement le retrouver à l'occasion. "Puisqu'il est apparu après un coup de tonnerre, reprit l'ermite, appelons-le Lei-tchen-tse 11 M -^ ou "fils né du tonnerre." L'ermite emporta l'enfant dans sa retraite et lui enseigna les moyens de sauver son père adoptif des mains du tyran qui le retenait prisonnier. Un jour que l'enfant errait sur la montagne, d'après l'ordre de son maître, pour chercher une arme puissante qui pourrait délivrer Wen-ioang ^ ï, il trouva deux abricots sur un arbre, ces fruits avaient la plus belle apparence, et une très suave odeur. Lei-tchen-tse ^ M "? 'es cueillit, il en mangea un et se proposa de donner l'autre à son maître après son retour, mais il trouva le fruit si délicieux qu'il mangea aussi le second. Dès qu'il eut mangé les fruits il vit se former une aile membraneuse sous son aisselle droite, puis une seconde aile lui poussa sous l'aisselle gauche. Assez embarrassé et quelque peu confus à la vue de ce double appendice, il n'osa retourner auprès de son maître.
Ce dernier, qui avait connaissance de ce qui venait de se passer, envoya un de ses servants le prier de revenir, parce qu'il avait quelque chose d'important à lui dire. "Savez-vous, lui dit-il, en l'abordant d'un air très étonné, que votre visage est complètement
(Changé?" Les fruits mystérieux avaient en effet radicalement transformé Lei-tchen-tse W M -f ■ en même temps que ces deux ailes, appelées l'aile du vent et l'aile de la foudre, lui poussaient subitement, son visage s'était coloré en vert; des deux côtés de sa bouche, surmontée d'un nez fort et pointu, deux longues dents ressortaient presque horizontalement, et ses yeux brillaient comme deux miroirs. C'est plus ou moins sous cet aspect que les artistes le représentent de nos temps.
Dès son retour il reçut de son maître Tordre d'aller sauver Wen-wang ^ 3E, il venait en effet de s'échapper des mains de son persécuteur, mais une troupe de cavaliers le poursuivaient et étaient sur le point de le rejoindre. Lei-tchen-tse ^ M "f apparut tout à coup devant les ennemis et leur commanda de rebrousser chemin ; pour preuve de sa puissance, il frappa un rocher avec son bâton, et le fendit en deux. Les cavaliers pris de terreur s'enfuirent à toute bride, et Lei-tchen-tse H M ^ chargea sur ses épaules son père adoptif qu'il transporta d'un trait jusqu'à Si-ki M ^- Dès qu'il eut mis le roi en sûreté, il retourna auprès de son maître, (d)
Il prit part aux combats entre Ou-wang ^ ï et Tcheouwang ^^ ï.
Cette légende n'est probablement qu'une modification de celle que nous lisons dans le Chen-sien-t' ong-kien %^ \^ M î^, liv. 19, art. 4, p. 4, à propos de l'enfant Wen-iiu ^ ;ï, né d'un œuf après un coup de tonnerre, et qui fut, lui aussi, appelé Leitchen-tse ^ S -P» «u Lei-tchong ^ #, en raison de cette circonstance,
i'iF\-:\i()U W. "S
LA MKHK DES ÉCLAIKS.
On la représente dans les pagodes sous l;i forme d'une femme, qui tient en ses deux mains deux miroirs projetant deux faisceaux lumineux.
(1) Fong-chen-yen-i Jt ï'j' 'M M Hv. 2, Hoei 21, p. 28.
1" L'éclair. — L'éclair est produit par le frottement du in et du ycing. (1)
Pourquoi l'éclair accompagne-t-il le tonnerre ? — Le Yang arrivé à l'apogée du mouvement produit l'éclair : c'est ce qui explique qu'en perçant le bois et le bambou on peut produire du feu. Le bois ne contient pas de feu, mais c'est le mouvement qui le produit. (2)
Qu'est-ce donc que l'éclair qui nous apparaît dans la nue comme la traînée lumineuse d'un serpent d'or? C'est l'émission de la lumière, ce n'est qu'une lumière; il n'apparaît que lorsqu'il se produit au-dessous du nuage ; quand il se forme à l'intérieur du nuage, il reste invisible. (3)
Tchou-tse -^ ^ dans son style imagé ajoute : L'éclair, ce bâton embrasé du tonnerre, est produit par une dilatation subite de l'air emmagasiné sous haute pression. (4)
2" Origine de l'esprit de l'éclair.
Le roi des immortels Tong-wang-kong ^ ï ^, jouait au pot avec Yu-7iiu ^ ^, il manqua son coup ; (5) le ciel esquissa un sourire, et de sa bouche entr'ouverte sortit un trait de lumière : c'est l'éclair. (6)
L'avatar de l'éclair s'appelle tantôt Sieou-wen-ing ^ ^ 5^ ou Sieou-t'ien-kiun ^ 3*^ ^, tantôt King-koang ; on lui donne une figure féminine parce que, d'après le I-king, l'éclair est censé sortir de la terre, principe in, féminin. (7)
(1) Sing-li-ta-ts'iuen ']± îl :A: ^ liv 27, p. 11.
(2) Sing-Ii-ta-ts'iuen j^ iB :k ^ Hv. 27, p. U.
(3) id. id.
Che-wen-lei-tsiu (Wîen tsi)'^ yC $M. M im H) liv. 4, p. 5.
(4) Sing-Ii-ta-tfi-iuen '\± M. iz ^ Hv. 27, p. 5.
(5) Le jeu du pot coasiste à décocher une flèche dans le trou d'un pot de terre, la flèche (ou la balle) doit pénétrer dans le trou.
(6) T'ai-p'ing-yu-lan :k ^ ^ W Hv. 13, p. U. Lei-chou-tsoan-yao $M. ^ M ^ Hv. 1, p 24. Cheou-chen-ki -^^ jjit|i fg. liv. 3, p. (U.
(7) Fong-chen-yen-i $t ^iji i^ ^ Hoei. '.••>. T'nng-sou-pien M T§ S-
Fi g. 209
La mère des éclairs.
The Mother of Lightning.
§ IV
FOXG-PÉ M fÊ
Fong-pé M iÙ est TEole chinois, le Vata védiste, il est représenté sous la figure dun vieillard à barbe blanche ; sous- son bras gauche il presse une poche à vent, de sa main droite il serre ou lâche à volonté la bouche de sa poche dirigée sur les nuages environnants ; l'air comprimé sort en jets continus et forme le vent. Il est aussi figuré avec une roue qu'il semble faire tourner en agitant un éventail; je l'ai vu aussi tenant un éventail dans chaque main, pour agiter l'air et soulever les vents.
a) Esprit stellaire. —
L'étoile Ki ^ aime le vent. Quand la lune quitte la mansion de l'étoile Ki ^ (du Sagittaire), constellation chinoise du Léopard, le vent souffle et soulève la poussière : par là nous savons que cette étoile commande au vent. L'étoile Ki ^ a la puissance de produire le vent, elle retourne et élève les objets à son gré. On lui offre en sacrifice des viandes rôties, mais jamais de soieries ou de pierres précieuses. (4)
b) Dragon. —
Il y a un dragon fabuleux connu sous le nom de Fei-lien fj| ^ff, qui vole avec une grande rapidité, c'est l'esprit du vent. (2)
Voici quelques détails qui nous sont racontés dans l'histoire des Chang, sur le compte de Fei-lien fH J^. — Fei-lien ^ || dont le prénom est Tch'ou-fou M ^, tYit un des ministres pervers de l'empereur Tcheou ^f, il marchait avec une vitesse inouïe. Son fils Ngo-lai ^ M était doué d'une force si prodigieuse, qu'il pouvait écarteler un tigre ou un rhinocéros avec ses mains. Ces deux
(1) Ckang-chini-tchou-choii fif ^ rî. ifM 'iv. 12, p. .'11. 7'chenu-li-tchnu-clu)u JM H^ 'Oi ^ Hv. J8, p. 2.
(2) Fong-sou-Vong-i M -fS M ^S Hv. 8, p. 4.
hommes mirent leur aptitude et leur force au service de Tcheouluang ; le fils fut tué, le père, poursuivi jusque sur le bord de la mer, fut massacré. (1)
Dans un commentaire de l'histoire des Han antérieurs wï Mnous trouvons encore cette autre légende. Fei-lien ^ J| est un animal transcendant, qui peut faire souffler le vent. Il a un corps de cerf, une tête d'oiseau et des cornes, sa queue ressemble à celle d'un serpent, sa taille atteint celle d'un léopard. (2)
Nous trouvons une autre légende sur Fei-lien ^ ^ dans le Chen-sien-t' ong-kien t^ fllj jg ^. D'après cet ouvrage, il ne serait point un ancien officier des Chang ^, mais bien un des alliés du rebelle Tch'e-yeoii ^ it, battu par Hoang-ti ^ ^. Après sa mort il avait été transformé en monstre transcendant, il suscitait des vents furieux dans les régions du Sud. L'empereur Yao ^ députa le génie / ^, ou Chen-i jji^ ^, nommé aussi Kiao-foui^jc^, pour apaiser les tempêtes, et mettre à la raison les esprits malfaisants du clan de Tch'e-yeou ^ jt, qui assouvissaient leur vengeance sur le peuple. Yao ^ lui donna trois cents soldats pour accomplir sa mission. Chen-i ijif^ ^ ordonna aux habitants d'arborer un drapeau long de 100 pieds à la porte de leurs demeures, et de consolider avec des pierres le màt qui le soutenait. Le vent se leva et vint se briser contre ce drapeau, il dut changer de direction; alors Chen-i %^ ^ monta sur les ailes du vent et s'arrêta sur un pic élevé; c'est de ce sommet qu'il aperçut un monstre tout au bas de la montagne. Il ressemblait à une poche de peau, sa couleur était jaune et blanche, muni d'une large bouche, qui aspirait l'air et le soufflait comme une pompe aspirante et foulante, pour déchaîner les vents. Evidemment c'était là l'auteur de tous ces ouragans. Chen-i ^ -ff- saisit son arc, et" lui décocha une flèche en plein front, puis le poursuivit jusque dans une grotte profonde oi!i il se réfugia. Arrivé dans cette antre le monstre saisit son sabre, fit face à son agresseur et lui dit : "Qui osera frapper la mère du
(1) Chang-che-lié-tchnan fe- ^ M \% liv. 1, p. .S8.
(2) Ts'ien Han-chnu rij M # liv. 6, p. 14. Cheou-chen-ki ^ jjjtti |E liv. 3, p. 01.
Fig. 210
L'iiule chinois.
The Chinese ^olus (the God of the Wind!^)
vent! '' — Cheii-i f^ f?- Tattaqua bravement, et finit par lui décocher une flèche dans le genou. Le monstre laissa tomber son sabre et se rendit à merci, priant son adversaire de lui épargner la vie. "Je suis Fong~pé-fei-lien M, ià M M^ lui dit-il, il y a environ quatre cents ans que je suis allé dans les pays méridionaux, et parce que les habitants n'oftVent pas de sacrifices à Tch'e-yeou ^ it, j"ai réuni des compagnons pour le venger": (1) c) Le vent est la respiration du in et du yang .
Le Ou-li-t'ong-k'ao 3l ^Ê. M. ^ expose sa théorie sur le vent, et réfute les deux assertions précédentes.
Le vent, la pluie, les nuages et le tonnerre sont des phénomènes nés de la pression ou de la dilatation, de la respiration du in et du yang. Chacun de ces phénomènes a un esprit qui les régit. Chaque être a nécessairement en lui un principe subtil, qui se transforme et se perfectionne en raison même de la grandeur de cet être, c'est là ce qu'on est convenu d'appeler Chen ftp esprit.
Tcheng-hiiœn f|5 ."è, lettré de la dynastie des Han M, dans son commentaire du Tcheou-li M] ;|i, dit que le régent du vent est l'astre Ki ^, et le régent de la pluie l'astre Pi H, qui tous deux font partie des constellations. Par ailleurs, Yen-chc-kou |l flip "é", commentateur de l'histoire des Han M, donne Fei-lien M M comme régent du vent : ces deux opinions sont erronées.
D'abord les étoiles Ki ^ et Pi ^ ne peuvent pas être les régents du vent et de la pluie, c'est ce que Yen-che-kou || Ûllî 'é" montre clairement dans son commentaire.
Le texte de l'histoire des Han M est ainsi conçu : "Les vingt-huit constellations, et Fong-pc M,fÛ- Yu-che M l^llî etc.." Le régent du vent et celui de la pluie sont nommés séparément et en dehors tles vingt-huit constellations, or l'étoile Ki Tî; et l'étoile Pi -^ font partie des vingt-huit constellations ; donc ces deux étoiles ne sont pas le régent du vent et le régent de la pluie.
(1) Cf. Chen-sîen-t'ong-kien fy\\\ f|i| .iîfi '& liv. 3, Art. 3, p. 1.
Mais par ailleurs Topinion de Yen-che-kou M Bip "é". qui donne Fei-lien fH M pour régent du vent et Ping-i # ^ pour régent de la pluie, n'est pas moins fausse; en effet, il n'a pas tiré ces deux noms des livres canoniques, mais de l'ouvrage: '^Tch'ou-se ^f^, et jamais les lettrés n'ont osé écrire ces fables, car Fong-pé M. fÔ, Yu-che M Ui sont des esprits du ciel. (1)
b) Siien-eui H H. (2)
Le "Chen-sien-t'ong-kien" jjitf! f[Ij M ^ (•'^) raconte comment Fei-lien ff| §: rencontra Suen-eul H ZL dans les montagnes de Nan-k'i-chan 'ê W> \h- Fei-lien fH H, après la mort de Tch'eyeoii ^ ^fc, s'était retiré sur la montagne de Nan-k'i-chan it Wi [Jj ; il remarqua que sur la montagne en face de lui, toutes les fois qu'il pleuvait et que le vent se levait, les pierres volaient dans les airs comme des hirondelles ; par le beau temps tout rentrait dans le calme. Il fut très intrigué à la vue de ce phénomène, et pour en découvrir la cause, il partit au milieu de la nuit pour faire des recherches. Quelle ne fut pas sa surprise quand il découvrit un être étrange, gros comme une poche gonflée, au pelage de léopard et sans pieds ; ce monstre aspirait l'air et le vomissait par deux bouches: un vent violent se déchaîna, souleva les pierres de la montagne, et les fit voler dans les airs comme des oiseaux. Fei-lien fH ^ se mit aussitôt à le poursuivre, puis finit par le prendre. Ce monstre s'appelait Suen-eul, c'était la mère du vent: Fong-mou M #.
e) Fong-i ^ M-
Fong-i ^ M était une concubine de Fei-lien ff| H, sa beauté était remarquable, elle commandait suivant son bon plaisir aux vents des huit directions. On" l'appelait du nom de Fong-i M
(1) Ou-li-fong-k'ao 5E ii. il ^ liv. 36, p. 14. Ts'ie7i Han-chou m "K 1^ li^- 25 Jt, p. 8.
(2) Che-ou-i-ming-lou 4ï '^A ^ ^ Mi l^v. 2.
{■A) Chen-sien-fnng-kien f,i|i # M iï l'v. 2, art. 2, p 8. (4) Cf. Chen-sien-t'ong-kien ^ijJ flll M ^ liv. 3. art. 3, p. 1
f) Fang-tao-tchang if M M-
Le Che-ou-i-ming-lou^ ^^ ^ ^ ^, au passage précité, donne ce personnage pour l'esprit du vent, qui du reste est souvent qualifié du titre de Fang-t ien-kiun if Ji ^ : le prince céleste Fang-
YL-CHE. lî M LE MAÎTRE DE LA PLUIE.
Les graveurs et les peintres aiment à représenter l'esprit de la pluie (le Parjanj^a du védisme) au milieu de gros nuages, tenant en main un arrosoir, avec lequel il verse la pluie sur terre. Dans les pagodes, ses statues portent souvent un plateau dans la main gauche, un petit dragon se dresse sur le plateau; de la main droite elles paraissent verser de Teau.
a) Tch'e-song-tse # fè ^. Une troisième forme assez commune fait allusion, si je ne me trompe, au récit suivant du Chensien-t'ong-kien (1) : Sous le règne de Chen-noyig # M- une longue sécheresse désola le pays ; les moissons en herbe périssaient sur pied, le peuple était dans la consternation. Ce fut alors qu'apparut Tch'e-song-tse if M ^ : pour tout habit il portait un pagne en écorce, une sorte de collier d'écorce couvrait ses épaules et le haut de sa poitrine. La vie qu'il menait était très originale et il se plaisait à vanter son merveilleux pouvoir. On vint en informer Chen-nong |$ M:, et on lui insinua que peut-être cet homme extraordinaire pourrait faire tomber la pluie tant désirée. Le souveram alla le trouver, mais le génie affecta de ne pas taire attention à lui; alors Chen-yiong n^ M le salua, et le pria de bien vouloir avoir pitié de son peuple et de lui procurer la pluie. —
(1) La plupart des statues des pagodes sont mouli-es ou tailh'es d'après les indications fournies par le Chen-sien-fnnçj-kien f|iji {|l| j1 li : li'^ noms des dieux, leurs titres d'honneur, sont presque Icuis tournis par eet ouvrage, auquel les bon/es et tan-chc reinoient sans cesse ceux qui ont la curiosité de leur demander des renseignements sur leiirs p'ou-sahs.
"Rien de plus facile, reprit Tch'e-song-tse, versez une bouteille d'eau dans un vase de terre, et donnez-le moi, je me charge de faire tomber la pluie''.
Il prit le vase plein d"eau, gravit une montagne voisine, cassa une branche d'arbre, la trempa dans l'eau, puis se mit à asperger la terre. Instantanément le ciel se couvrit de nuages qui déversèrent des pluies torrentielles, les fleuves et les rivières débordèrent. Quand Tch'e-song-tse "^ fe -p descendit de la montagne, il n'était pas plus mouillé que s'il eût fait un temps splendide. Tch'e-song-tse ^ fô -f est honoré comme esprit de la pluie ; aussi la statue de Yu-che M Éïp dans les pagodes tient très souvent en main une tasse mj^stérieuse, source inépuisable de toutes les pluies. (1)
Le "Lié-tse" M ^ donne aussi Tch^e-song-tse ^ fè -P comme le régent des pluies. Cet esprit extraordinaire peut demeurer dans l'eau sans se mouiller, vivre dans le feu sans se brûler; à Koen-luen-chan ^ ^ iJj où il habite, on le voit monter dans les nuées et en descendre suivant son bon plaisir. La seconde fille de Chen-nong |^ ^ voulait le prendre pour son précepteur et apprendre ses recettes mystérieuses, mais il se retira dans la montagne, et elle ne put le rejoindre. (Nous verrons que Clien-noug j^ j^ lui-même se mit sous sa conduite).
Tch'e-song-tse "^ iâ ■-?• reparut de nouveau comme régent des pluies sous Kao-sin ]^ ^ et se promena par le monde. (1)
h) L'oiseau fabuleux Chang-yang ^ ^.
Le Chang-yang ^ ^, oiseau transcendant, n'a qu'un pied, sa taille varie de grandeur à son gré, il boit de l'eau en telle quantité qu'il peut dessécher entièrement des bras de mers.
Lorsque Fei-lien f^ ^ eut été initié aux mystérieux secrets de la magie par son maître Hiuen-ming-ta-jen !è ^ ::^ A. il vit
il) Chen-sien-t'ong-kien ffi^ f|]l Jl |g liv. 1, art. U, p. 'A. [2) Yuen-k'ien-îei-han f^ ^ ff jlf liv. 10, p. (i. l''ai-p'ing-iiu-Jau :J\ ^ M m. liv ", P- 6.
Fig. 211
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Le maître de la pluie.
The Lord of the Bain.
un oiseau merveilleux qui aspirait Feau avec son bec, puis la soufflait dans les airs, dVùi elle retombait en pluie. Cet oiseau est l'esprit de la pluie, son nom est Chang-yanq j^ ^.
Fei-lien ^ ]ji| lui donna à manger sur le bord de Teau, et l'apprivoisa SI bien, qu'il pouvait le mettre dans sa manche. Cet oiseau était né aux temps de Yeoii-tch'ao-che ^ 3i[ ^ "Qui a un nid", le premier constructeur de huttes perchées au-dessus du sol, comme des nids, pour se mettre hors d'atteinte des animaux sauvages. Le Chang-i/ang ]§j :^ se grandit et se rapetisse à volonté, il peut boire toute l'eau de la mer et produire des inondations qui submergent les montagnes.
Plus tard, un oiseau à un pied se posa sur le palais du prince de 7s'/ ^, puis vint se promener et sautiller devant la salle du trône. Le marquis de Ts'i î§ fut très intrigué; il envoj^a un courrier jusqu'au royaume de Lou -^ pour en demander l'explication à Confucius. "Cet oiseau, reprit Confucius. s'appelle Chang-yang ]^ ^, c'est le signal des pluies. Anciennement les enfants s'amusaient à sautiller sur un pied en fronçant les sourcils et criant : "Le ciel va nous donner de la pluie, le Changyang ^ ^ prend ses ébats". Aujourd'hui cet oiseau est descendu dans le roj^aume de Ts'i ^, la pluie va venir, il faut ordonner au peuple de creuser les canaux et les douves, et de réparer les digues, car les pluies vont tomber en telle abondance qu'elles vont inonder tout le pays." Les pluies furent si fortes que les inondations ccmvrirent non seulement la principauté de Ts'i, mais encore tous les paj's adjacents, qui eurent grandement à souffrir. Seul le royaume de Ts'i ^, qui avait pris les précautions nécessaires pour y faire face, n'eut aucun malheur à déplorer. Le duc King ^ s'écria dans cette occasion: "Hélas! bien peu croient aux paroles du saint!" (1)
c) Le fils de Kong-kong Jt T.
Le fils de Kong-L-())ig ^- X lut inR'ndaiil du iiiniistère des eaux ; Tse-tcJi'an ^ ^, préfet des rites du royaume de Tchcna ^, lui offrit des sacrifices comme à l'esprit de la pluie.
(1) Chen-^ien-foug-lden Hi^ f|l| M fj H\ . 2, art. 2. p. 8.
Cheoii-chen-ln (hia-hiuen) ^ /yiifi %\[ [T- :!{») p. (\2. 90
Sous les cinq empereurs il y avait un grand officier de Tempire, qui était préposé à tous les mandarins chargés de l'administration des eaux, on l'appelait le régent des eaux. C'est ainsi que nous trouvons dans cette charge deux oncles de Chao-hao ^J^ B$, Sieou ^ et Ui B^, ainsi que le petit-fils de Kin-t'ien-chc ^ ^ R, nommé Wei ^. Jusque là, ces hauts fonctionnaires n'avaient été connus que sous le nom de régents des pluies, quand la 18* année de Tchao-kong BS ^, pendant une grande sécheresse dans la principauté de Tcheng ^, Tse-tch'an ^ j^ off'rit des sacrifices à ces anciens officiers, comme à des esprits de la pluie. De là vint la coutume d'honorer ces préposés au ministère des eaux, comme des esprits de la pluie. (1)
d) Concubine de l'Esprit de la pluie.
La concubine de l'Esprit de la pluie a le visage noir et tient un serpent dans chacune de ses mains ; un serpent vert repose sur son oreille gauche, et un serpent rouge sur son (H'eille droite. L'esprit de la pluie a une concubine, ajoute le commentateur, et lui-même ressemble à une chrysalide de ver à soie. (2)
e) Autres noms de l'Esprit de la pluie.
Pi ^ — Nous avons déjà vu que Yu-che M Bi|l a été pris par quelques auteurs comme une divinité stellaire, et considéré comme l'étoile Pi 1^, nous n'y revenons pas.
Ping-i ^ p, Ping-hao ^ ^. — Ces deux noms lui sont donnés par Yen-che-koii ^ ÛJlî 1^', le commentateur de l'histoire des premiers Han '^. (3) Il a tiré cette appellation du livre Tch'ou-se ^ f^, qui n'est pas un livre digne de foi : c'est le reproche mérité que lui fait l'auteur du Ou-U-t'ong-k'ao.
Fong-sieou î^ ^ ou Chou-té ^ ^, Tch'en-hoa-fou f^ ^ ^. — Ces deux noms se trouvent dans l'ouvrage intitulé Che-ou-i-
(1) Tsouo-tchoan-tchou-chou ^ f#' vÉ H liv. 41, p. 28 liv. 48, p. 22. Fong-sou-t'nng-i JH 'f§ H ^- liv. 8, p. 4.
(2) Chan-hai-kiug \h ?# ^]| liv. 9, p. G.
(3) Is'îen Han-chnu m f^ "# liv. 25 ±, p. 8.
/ ^ serciit un oiseau transcendant de la mer du Nord. Cf. Chanhai-hlng |il -^ ^<« liv. 18, p. 8.
J^ing-i //f; ^ est un enNO^'é du ciel, un esprit céleste Cf. Che-ki-tsé-i ^lE mm liv. 117, p. 3H.
ming-lou ^ ^ M ;g ^ (1). C'est en raison de ce dernier nom que Yu-che p| 0ip est souvent désigné dans les pagodes sous l'appellation de Tch' en-t' ien-kiun \'^. H ^ , le prince céleste Tch'en.
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Lei-kong ~~~'
Fong-pé
m fû
Pagode hors la porte du Sud (Jou-hao).
Le temple Tcoii-mou-kong -4 ](f| 7^ ^Lit jadis un des mieux aménagés du pa3^s, il date de la dynastie des Yucn 7C : il est maintenant occupé par des emplo^^és de la douane, et sert de
local à une école du gouvernement, qui vient de le déclarer propriété de l'Etat. On m'a donné libre accès dans cet édifice, pour me permettre d'étudier à loisir ces vestiges remarquables d'un glorieux passé.
On a aussi permis aux peintres païens de prendre le dessin exact de toutes ces vieilles statues d'environ sept pieds de hauteur. Je suis heureux de pouvoir ajouter à mon travail sur le Ministère du Tonnerre ce document intéressant et absolument authentique.
Le plan de la grande salle de la pagode aidera le lecteur à mettre en place chacune des figures que nous allons maintenant passer rapidement en vue.
On remarquera tout d'abord que les cinq personnages déjà étudiés précédemment s'y trouvent à leur rang.
Le président Lei-tsoii ^ jfl, puis ses quatre officiers Lei- Jwng @ ï^, rien-mou ^ #,. Fong-pé M fl'l. Yii-che M Bip.