PAROIS
Les parois proprement dites des abcès du foie sont constituées d'une manière très-variable. Cependant il est possible de classer les différences qu'offre leur structure: de la sorte, on arrive à établir une gradation qui permet de suivre les effets du travail pathologique depuis l'origine des abcès jusqu'à l'achèvement de la cicatrice.
A. Abcès ne communiquanl ni avec les cavités du voisinage, ni
avec L'extérieur.
I. Abcès non circonscrits par une couche de formation nouvelle.
Dans certains abcès , le pus est directement en contact avec la substance glanduleuse; seulemenl, avant d'atteindre la collection, cette substance devient friable, et acquiert une coloration orangée, jaune ou jaunâtre, selon les cas; souvent aussi, sans cesser d'être concrète, elle se montre infiltrée de pus par places ou sur tous les points, jusqu'à quelques millimètres de distance de la cavité.
Les abcès de cette première classe sont en général peu volumineux : à peine atteignent-ils parfois assez d'étendue pour loger un œuf de poule. Jamais on ne remarque autour d'eux l'empreinte d'un refoulement vers la périphérie de l'organe. Leur superficie est rarement unie et régulière : d'habitude, il en part de petites fissures qui pénètrent plus ou moins avant entre les lobules du voisinage.
II. Abcès dont les parois sont constituées par des expansions fibreuses et par une membrane pyogénique.
a) Dans un premier groupe de ces abcès, les parois de la cavité sont formées par une couche pseudo-membranense qui fait corps avec le tissu glanduleux ambiant. Cette couche est blanche ou d'un blanc jaunâtre, épaisse de i à 3 millimètres, friable et extrêmement molle. Du côté de la cavité , elle se termine en une surface unie, qui donne au doigt la même impression qu'une nappe tomenieuse. Dans sa substance viennent se perdre une foule de tractus aplatis ou filamenteux, presque aussi peu cohérents qu'elle. Ces tractus se distinguent sur la tranche de la pseudo-membrane par leur plus grande opacité; la macération dans l'eau permet de les isoler et, outre cela, de voir qu'ils se rattachent sans interruption à l'élément cellulo-vasculaire du parenchyme.
b) Dans un second groupe des abcès qui nous occupent , on
retrouve encore la couche précédente; mais, ici, cette couche se termine du côté de hi collection liquide par une surlace analogue à celle d'un velours ras et médiocrement touffu. L'apparence ainsi spécifiée se rapporte à ce que les iractus filamenteux qui émergent du parenchyme dépassent légèrement l'épaisseur de la pseudo-membrane. Çà et là , les iractus dont nous parlons sont reliés profondément les uns aux autres par de menues cloisons ébréchées, lesquelles se rattachent comme eux au tissu interstitiel du viscère.
Ces différentes expansions possèdent tantôt une cohérence pleinement fibreuse, tantôt une fiiabilité prononcée. Leur teinte est blanche. L'épaisseur des filaments varie à peine de celle d'un cheveu à celle d'un crin; les cloisons n'ont pas moins de ténuité. Cloisons et filaments sont d'ailleurs fondus dans une gangue compacte, quoique de cohérence simplement séro-celluleuse. Selon les cas, cette gangue est opaline ou d'une teinte beurre frais; elle fournil de très-minces gaines incolores à la portion proéminente des filaments.
c) Dans un troisième groupe d'abcès, les parois sont constituées également par une couche pseudo-membraneuse; mais, en examinant celle-ci sous l'eau , on reconnaît qu'elle se décompose en villosilés touffues.
Ces villosilés ont de 4 à 8 millimètres de longueur; leur forme et leur diamètre sont ceux de l'exlréraité d'un poil moyennement fin. Aucune trace de perforation ne se remarque dans leur intérieur. Vues en masse, elles semblent douées d'une leinie opaline; vues isolément, elles n'offrent celle teinte que sur leur axe central, autour duquel le reste de leur tissu a une transparence séreuse. En dehors de circonstances assez rares où elles sont implantées directement sur le parenchyme, elles s'échelonnent sur des pédicules qui, un peu moins grêles, se rattachent à ce dernier, soit isolément , soit en convergeant à leur tour sur un tronc d'origine. D'habitude, on n'observe que l'une de ces dispositions dans l'intérieur des abcès, et alors c'est ordinairement la deuxième (pédicules villeux); quelquefois encore , on en rencontre deux associées entre elles :
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à l'égard des cas où elles sont réunies toutes trois dans une seule cavité , on doit les regarder comme exceptionnels. , La longueur des pédicules est de 2 à 3 millimètres. Généralement aussi minime , celle des troncs peut être plus grande , s'élever même à quelques travers de doigt. Les premiers n'ont guère que l'épaisseur des villosités; quant aux seconds, leur diamètre varie de celui d'un crin à celui d'une plume de corbeau. Les uns et les autres ont l'aspect de cylindres pleins, tantôt légèrement flexueux , tantôt rectilignes. Leur surface , ainsi que celle des villosités, se montre lisse et luisante; mais, tandis que les villosités et les pédicules sont toujours libres de connexions avec les expansions d'alentour, la plupart des troncs d'origine ont leurs bases reliées entre elles par de petites traînées fasciculées, qui rampent sur le parenchyme, en faisant corps avec lui.
Dans l'intervalle de ces différentes expansions , la substance du viscère est recouverte par une pseudo-membrane blanchâtre. Cette pseudo-membrane possède une cohérence séro-celluleuse, une surface unie et luisante comme celle des expansions. Jamais elle n'acquiert au delà de i millimètre en épaisseur. Partout elle se réfléchit contre les expansions pour se continuer avec leurs couches périphériques : elle adhère du reste intimement aux parties qui lui sont sous-jacentes. Au sein de son tissu viennent se perdre çà et là de courts prolongements fibreux, issus aussi du parenchyme.
Examinées sous l'eau les expansions des abcès dont il s'agit se présentent rangées parallèlement les unes à côté des autres, sans confusion, sans entrecroisement, les plus courtes comblant les intervalles qui séparent les plus longues, ainsi que cela a lieu dans un gazon serré. En outre, si, au moyen d'un léger redressement imprimé à la courbure du foyer, on les conduit à s'écarter au sein du liquide, elles s'épanouissent et prennent des apparences bizarres : on les voit alors simuler, tantôt de petites aigrettes, tantôt des houppes tomenteuses; fréquemment encore elles reproduisent l'aspect du drap à longs poils, de la mousse des marais, celui des bran-
chies de certains reptiles, etc. Ces apparences sont évidemment en rapport avec le nombre et la longueur des villosités ; un fait intéressant , c'est que celle qui s'observe en un point donné des parois d'un abcès, est la seule qu'on dislingue sur tous les autres points de ces parois : il s'ensuit que le travail morbide s'accomplit d'une manière identique sur l'entière cir* conscription de chaque foyer.
Dans l'intervalle des expansions précédentes, on aperçoit souvent des lobules glanduleux. Appendus à de courts prolongements capillaires, qui émanent , soit des pédicules, soil du parenchyme, ces lobules n'ont plus que le volume d'un grain de mil. Leur teinte est orangée , jaune ou blanchâtre, selon les cas : ils ont d'ailleurs éprouvé un ramollissement proportionnel à l'atténuation de leur teinte. Les moins décolorés sont creusés de pores et de fissures, qui ressemblent à des pertes réelles de substances: les autres ont l'aspect de petits noyaux floconneux; et la mollesse de leur tissu, lequel est presque diffluent, annonce que leurs parties élémentaires sont en voie de subir une dissociation définitive.
La disposition intrinsèque des expansions ramifiées laisse déjà entrevoir qu'elles sont formées par les divisions de vaisseaux afférents du parenchyme : tous les doutes cessent en présence des cas où des lobules se sont conservés adhérents aux pédicules d'où partent les villosités. D'ailleurs il est des moyens d'arriver à une démonstration directe. Ainsi, en désagrégeant, à l'aide d'une déchirure, le tissu hépatique là où les expansions prennent racine , on peut s'apercevoir que celles-ci se rattachent sous une transition graduelle à l'élément cellulo-vasculaire de l'organe, en particulier aux gaines où sont renfermés les conduits biliaires, la veine porte et l'artère hépatique. Une macération suffisante dans l'eau rend plus claire encore celte origine, en détruisant la couche périphérique des troncs, des pédicules et des villosités ; il ne reste alors qu'une sorte de squelette fibreux dont les axes se retrouvent sous leurs caractères distinciifs jusqu'à une certaine distance au sein du parenchyme, puis s'y continuent
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sans ligne de démarcation , d'une part, avec les gaines fibrocelliileuses qui enveloppent les vaisseaux afférents et biliaires, de l'autre, avec les tuniques de ces vaisseaux.
Quelques ramuscules parfaitement perméables de l'artère hépatique cheminent dans l'épaisseur des troncs et même des pédicules. En revanche , on n'y rencontre jamais aucune trace des canaux biliaires; ces canaux sont brusquement interrompus là où s'arrête le tissu glanduleux.
d) Dans un quatrième groupe, les abcès ont leurs parois garnies d'expansions membraneuses dont la longueur varie de quelques millimètres à 15 ou 20.
Ces nouvelles expansions sont des lambeaux irréguliers, de minces tractus laminaires ou des prolongements filiformes. Selon la période qu'a atteinte le mal , elles se présentent encore tendues entre les parois des foyers, ou bien un de leurs bouts a cessé d'adhérer à ces parois. Dans une eau tranquille, le bord des prolongements laminaires et des lambeaux se dissocie en de courtes franges mêlées de villosités. Ces dernières servent d'origine à des linéaments fibreux pleins, que leur teinte opaque permet de suivre à travei's la demi-transparence des expansions jusqu'à des branches plus considérables. A leui" tour, ces branches , bien que dépourvues aussi de perméabilité , se relient aux paquets constitués par les vaisseaux afférents et biliaires voisins. Quant aux prolongements filiformes, ce sont de véritables divisions vasculaires issues de la même origine que celles des lambeaux , et imperméables comme elles.
Quelle que soit leur nature, les expansions de ce quatrième groupe d'abcès ne se rattachent pas d'une manière isolée au tissu glanduleux. A mesure qu'on les étudie plus près de leur base, on reconnaît qu'elles se réunissent en un lacis de plus en plus serré, de telle sorte qu'à la surface de la cavité, leur agglomération simule une enveloppe creusée de vacuoles. Ordinairement miliaires, celles-ci peuvent atteindre assez de capacité pour loger un pois: il n'est pas rare de voir un menu péniciile villeux se dresser sur l'un des points de leur circonscription. Aux abords immédiats du parenchyme, on en rencontre (jui sont encore
closes, quoique déjà remplies de pus. Hors de là, elles communiquent entre elles par des ruptures tantôt linéaires , tantôt étoilées: dans ce deuxième cas, leurs parois sont réduites en petites franges analogues à celles des lambeaux. Les vacuoles adjacentes au tissu glanduleux contiennent souvent des lobules frappés de désorganisation plus ou moins complète. Au sein de la couche ainsi disposée à la base des expansions, rampent parfois de longs cylindres fibro-cartilagineux, qui se rattachent aux paquets formés par les vaisseaux aiférents et biliaires. Ces cylindres ont un volume supérieur à celui des paquets d'oii ils émanent. Les uns, interceptés dans leur continuité, se terminent brusquement à la surface de l'abcès. Les autres, après avoir cheminé quelque temps au milieu de la couche , sortent de celle-ci pour rejoindre le parenchyme et y achever leur trajet naturel. Tous se retrouvent jusqu'à une certaine distance en dehors du foyer: tous, aussi, renferment une division de la veine porte, de l'artère hépatique et des conduits biliaires. Ils constituent autant de troncs , sur lesquels les ramifications fibreuses des lambeaux et les prolongements filiformes viennent s'insérer à côté de branches analogues issues, elles, du parenchyme. Lorsque leur continnfté a été détruite, chacun des vaisseaux qu'ils recèlent se montre oblitéré dans leur bout d'origine comme dans leur bout terminal, et cela , jusqu'à une distance assez considérable de l'abcès. La même particularité se remarque dans les cas où les cylindres se bornent à suivre plus ou moins loin les contours de la cavité purulente; mais, ici, elle n'est point générale : en effet, si le diamètre des cylindres égale ou excède celui d'une plume d'oie, les vaisseaux, et principalement la veine porte , n'y sont pas toujours oblitérés ; ils ont subi une simple diminution de calibre dans l'étendue de leur parcours à travers la couche.
Quel que soit le point où l'on examine les parois de celte classe d'abcès , on n'y rencontre jamais d'épaisses productions plastiques : on y aperçoit seulement une mince couche sérocelluleuse, laquelle en recouvre tous les détails sous forme d'un léger vernis. Quand, au moyen de la macération dans l'eau , la
couche organisée de la sorte a été détruite , il est facile de se convaincre que les parties membraneuses restées à nu présentent une texture analogue à celle de la capsule proprement diie du viscère.
Les abcès des quatre catégories qui précèdent ont d'habitude un volume notable. Assez souvent leurs parois offrent la trace d'un refoulement commençant.
m. Abcès dont les parois comprennent: 1° un kyste d'enveloppe, 2« des expansions fibreuses. S" une membrane pyogénique.
a. Kyste non complètement organisé.
Ici le kyste n'est autre chose qu'une formation fibreuse immédiatement appliquée contre le parenchyme, et de la surface intérieure de laquelle émergent des expansions semblables à celles que nous avons décrites ci-dessus. Ces kystes sont constitués par un tissu sensiblement élastique. Dans les abcès récents , ils ont la ténuité d'un feuillet séreux ; leur tissu est incolore, homogène : leur périphérie se rattache d'une manière directe à l'élément cellulo-vasculaire interstitiel. Dans les abcès anciens , ils ont une épaisseur de 1 à 15 millimètres, suivant l'étendue de la cavité qu'ils entourent ; leur tissu possède une teinte d'un blanc laiteux : leur portion la plus interne est homogène , mais , en dehors d'elle , leur tranche présente les vestiges de couches stratifiées selon le sens de la courbure du foyer. Cette dernière disposition se rapporte à l'adossement de menues lamelles longues d'à peine quelques millimètres : presque imperceptible dans les points adjacents à la portion compacte des parois , elle se montre progressivement plus distincte à mesure qu'on la recherche plus loin de la cavité. Son maintien est dû à ce que les lamelles font corps les unes avec les autres par l'intermédiaire d'un tissu fibrocelluleux très-dense , qui , moins blanc que le leur, renferme un riche réseau sanguin. Quelle est l'origine de cette disposition stratifiée ?
Autour des foyers que nous éludions , le parenchyme porte
toujours la trace d'un tassement dont l'étendue est proportionnelle à l'ancienneté de l'abcès. Or, à ce tassement s'associe un second genre de modifications, qui, comme lui, sont d'autant plus prononcées qu'elles appartiennent à des couches plus voisines de la cavité purulente. Ainsi , l'élément cellulo-vasculaire commence par se dessiner sous l'aspect d'un réseau distinct. A mesure qu'on se rapproche de l'abcès, on voit les cloisons de ce réseau augmenter de densité , d'épaisseur et de cohérence , leur teinte devenir blanchâtre, enfin , les mailles qu'elles forment autour des lobules se présenter écrasées dans le sens de la cavilé : par contre, les lobules subissent un aplatissement, une atrophie et une décoloration en rapport avec le degré de refoulement qu'ont éprouvé les mailles. Plus loin, c'est-à-dire au moment où elles sont sur le point d'atteindre la périphérie du kyste, les cloisons de l'élément cellulo-vasculaire ont acquis près de 1 millimètre d'épaisseur ; leur couleur est blanc mat, leur texture fibro-cartilagineuse : en un mot, elles ne diffèrent sous aucun rapport des couches stratifiées , dont l'ensemble est la suite du leur. Quant aux mailles, elles ont l'aspect de stries linéaires, remplies par une substance grisâtre, laquelle n'a rien de l'organisation propre aux lobules , mais rappelle tout à fait le tissu qui réunit les couches stratifiées du kyste. Transformé de la sorte , le réseau se fond insensiblement avec ces couches , de telle manière que la continuité du kyste avec l'élément cellulo-vasculaire du parenchyme resté normal se trouve ici très-nettement accusée.
Mais: 1» on ne remarque de kyste que dans les cas où des traces de refoulement peuvent être constatées à la périphérie d'un abcès ; 2" autour d'abcès d'égal diamètre, les modifications subies par l'élément cellulo-vasculaire s'observent sur une étendue d'autant moins grande que la couche compacte du kyste a plus d'épaisseur. Et comme celle-ci est en raison de la distance jusqu'à laquelle le refoulement lié à l'accumulation croissante du pus se montre imprimé au sein du tissu glanduleux , c'est-à-dire en raison du temps pendant lequel un effort de pression a pesé sur la périphérie de l'abcès , il en résulte
que ce refoulement a pour effet de créer le kyste, en amenant par degrés le tissu glanduleux à se dépouiller de ses lobules , pendant que l'élément cellulo-vasculaire s'hypertrophie sous une certaine proportion, et s'adosse à lui-même.
Au milieu de la substance qui a subi ces diverses modifications, il est possible de suivre une foule de prolongements cylindroides. Forls d'un demi-millimètre à 3 millimètres, ces prolongements arrivent de biais sur le kyste. Comme ceux que nous avons décrits à propos des abcès de la classe II , ils émanent des paquets constitués par les conduits biliaires, Tarière hépatique et la veine porte. Comme eux aussi, ils reçoivent une division de chacun de ces vaisseaux. Ils leur ressemblent également quant au mode selon lequel ces derniers s'y comportent; mais , ils ont cela de spécial que leur structure acquiert un aspect homogène aux abords de l'abcès, même lorsque le canal de chaque vaisseau s'est conservé libre dans leur épaisseur. Parvenus au kyste , ils s'y perdent , ou bien le traversent pour ramper ultérieurement à sa surface interne. Dans ce deuxième cas , ils prennent une forme aplatie , s'anastomosent les uns avec les autres , se ramifient et s'entrecroisent, de manière à reproduire l'apparence d'un lacis, dont les vides, plus ou moins larges et plus ou moins réguliers , sont fermés par l'enveloppe fibreuse. Quoi qu'il en soit de leur terminaison, des branches assez multipliées de l'artère hépatique les parcourent longitudinalement , puis gagnent le kyste , où elles se disséminent.
Les kystes que nous venons de décrire ont toujours une configuration sphéroïdale. A leur surface interne se dressent encore les mêmes expansions que dans les abcès appartenant à la classe II : Tractus irréguliers , villosités , ramifications villeuses , lambeaux , ces différents prolongements s'y retrouvent sans autre modification qu'une opacité plus complète et une moindre cohérence. On y découvre pareillement une mince couche séro-celluleuse, qui tapisse à la fois l'intervalle des expansions et les détails de celles-ci. Ajoutons que , dans quelques cas , cette couche a la mollesse d'un enduit difïluent.
b. Kyste parfait.
Ici, les parois du kyste ont acquis une organisation complète. Très-nettement délimitées, elles ne présentent plus aucun vestige de stratification. Leur coupe est luisante, compacte; leur cohérence cartilagineuse, leur élasticité obscure. Par leur coloration ambrée et leur demi-transparence, elles rappellent assez bien l'aspect de l'écaillé. Leur épaisseur , rarement moindre de 3 millimètres , s'élève jusqu'à 5 sur certains points configurés en saillies. Les kystes de ce genre ne sont creusés nulle part de canaux visibles à l'œil nu : c'est à peine si , au moyen de verres grossissants , on parvient ù suivre dans leur trame un petit nombre de ramifications vasculaires. En dehors , ils se rattachent à l'élément interstitiel par une foule de prolongements blanchâtres, pleins et presque tous fort déliés. A l'intérieur, ils sont tapissés par une pseudo-membrane irrégulièrement floconneuse. Douée d'une coloration grisâtre ou gris cendré , cette pseudo-membrane est aussi molle que friable , surtout dans celles de ses couches qui sont en contact avec le pus. Si on fait agir sur elle un filet d'eau, on arrive à débrouiller dans son épaisseur des expansions configurées en lambeaux ou en franges. Ces expansions ont une texture fibro-celluleuse : à leur surface et dans leurs intervalles, se voient des villosités plus ou moins désorganisées. On distingue aussi dans leur tissu des ramifications opalines , identiques à celles qui ont été décrites à propos d'autres abcès. Tel est leur défaut de cohérence, qu'on peut les écraser avec le doigt. Elles ont subi, du reste, un amincissement notable; outre cela, les ramifications de beaucoup d'entre elles sont disséquées sous l'aspect de filaments soyeux.
Lorsque, par le frottement d'un linge grossier, la pseudo-membrane et ses expansions ont été détruites , on reconnaît que la surface interne du kyste offre des reliefs en vive arête , lesquels se ramifient et s'entrecroisent , de manière ù constituer une sorte de réseau alvéolaire. Ces reliefs ont de \ à 3 millimètres d'épaisseur à la base , et à peu près autant
de saillie. Dans leurs iniervalles se dessinent d'autres soulèvements allongés , auxquels on ne saurait refuser une identité complète avec eux. Sur leur crête, comme sur les soulèvements, s'implantent les ramifications opalines mentionnées cidessus. Enfin , toujours de concert avec ces derniers , ils sont parsemés d'inégalités acuminées qui, sans aucun doute , représentent les vestiges de ramifications détruites depuis longtemps.
Ceux de ces kystes que nous avons rencontrés possédaient un développement considérable : c'étaient de vastes réservoirs, dont l'un avait jusqu'à dOOO centimètres cubes de capacité. Tous semblaient remonter à une origine assez ancienne : autour d'eux , le tissu du parenchyme avait subi un tassement trèsfort. Quant au liquide renfermé dans leur cavité , il se composait de pus proprement dit , tenant en suspension une matière cendrée particulière (obs. XII).
IV. Abcès dont les parois comprennent ; •/» un kyste ; 2" une membrane
fibreuse interne.
Dans ces abcès , il n'existe plus ni expansions d'aucune espèce, ni couche pyogénique: on n'aperçoit qu'un kyste cartilagineux doublé intérieurement par une membrane fibreuse.
Quoique fort analogue aux précédents , ce nouveau kyste en diffère par une texture encore plus compacte ei par une coloration plus marquée. Les prolongements , à l'aide desquels il se rattache au parenchyme, sont d'une ténuité extrême; il faut en excepter cependant quelques-uns qui , sous forme de bandelettes larges de d ou 2 millimètres , rampent d'abord à sa surface extérieure , pénètrent ensuite obliquement daus le tissu glanduleux , puis vont rejoindre les paquets des vaisseaux afférents et biliaires. En dedans, le kyste dont nous parlons, possède les mêmes reliefs , le même réseau que ses congénères de la classe III ; mais , les premiers y sont dégrossis de leur vive arête et de leurs inégalités , s'y dressent plus nettement , et y ont une moindre épaisseur : à leur tour
suit LES SUPPURATIONS ENDÉMIQUES UU FOIE. , 33
les creux s'y montrent plus réguliers, plus circonscrits. Aussi, sa surface iniérieure semble-l-elle défoncée partout en petits godets coniigus , qui , par la manière selon laquelle ils s'adaptent les uns aux autres, lui donnent l'apparence alvéolaire d'une ruche à miel.
La membrane fibreuse qui tapisse ces kystes à l'intérieur , en est complètement inséparable. Forte d'environ 1 millimètre, elle possède une teinte grisâtre, une texture confuse et serrée. Sa surfiice libre n'offre aucune trace granuleuse ; en revanche , elle est sillonnée de siries linéaires, et son aspect rappelle très-bien celui que prend extérieurement l'épiderme de la face palmaire des doigts quand il a été soumis à une macération dans l'eau.
Les abcès de cette classe sont ceux qui reconnaissent l'origine la plus ancienne. Quoique arrondie ou ovoïde, leur configuration n'a pas la même régularité que celle des autres abcès enkystés. Leurs dimensions sont généralement considérables ; ainsi , dans l'un d'eux , nous avons trouvé 700 grammes de liquide , et , dans un second , on pouvait introduire aisément le poing. Le contenu de ceux que nous avons observés n'était autre qu'une bouillie purulente grisâtre ; à l'égard du parenchyme ambiant , il portait non-seulement l'empreinte du plus haut degré de tassement , mais encore celle d'une anémie très-caractérisée (obs. XIII).
On s'est demande si , moyennant la résorption complète des matières qu'il renferme , un abcès qui n'aurait pas franchi la périphérie du foie serait susceptible d'arriver à cicatrisation sans laisser aucune trace de sa cavité. L'analogie permet de le croire ; mais, jusqu'à ce jour, on n'a recueilli aucun fait décisif en faveur de celte présomption. D'ailleurs, quand bien même il serait démontré qu'un abcès du foie a pu guérir sans s'être créé d'issue à travers la superficie extérieure de l'organe, il resterait à prouver que le pus n'a pas été évacué par
les conduits biliaires. En dernier lieu, rien n'autorise à penser que les brides fibreuses qui se rencontrent au sein du viscère, ont succédé plutôt à un abcès qu'à un simple engorgement phlegmoneux ou à un épanchement sanguin.
B. Abcès ayant franchi la circonscription du foie.
Lorsque les abcès ont atteint la périphérie du foie, leur contenu s'achemine souvent au delà de celte limite, et gagne soit l'une des cavités splanchniques du voisinage, péritoine, péricarde ou plèvre , soit l'extérieur de l'économie , à travers les parois de l'hypochondre, les parois du tube intestinal , le poumon, le rein, ou en s'écoulant par les canaux biliaires. Examinons les changements que la structure intérieure des abcès subit en ces différentes circonstances.