‹ Recherches sur les suppurations endémiques du foieChapitre 16 sur 89 · ALTÉRATIONS SUBIES PAR LE TISSU GLANDULEUX AUTOUR DES ABCÈS · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS SUBIES PAR LE TISSU GLANDULEUX AUTOUR DES ABCÈS

En dehors de circonstances peu communes , dans lesquelles il ne porte que les indices d'un tassement ou n'a pas souffert , le tissu glanduleux présente dans les abords immédiats des

SUR LES SUPPURATIONS ENDÉMIQUES DU FOIE. Al

foyers certaines aliérations, doni le caractère variable se traduit par des différences de couleur.

I. Quand la membrane pyogénique ne s'est pas encore produite, les couches qu'il constitue ont une teinte orangée ou jaune, et parfois aussi d'un rouge brun très-foncé. Dans les cas de ce genre , il n'est pas rare de rencontrer autour d'une même cavité , soit les deux premières nuances disposées en larges nappes contiguës , soit des lobules orangés mêlés à des lobules jaunes, de manière à donner au parenchyme un aspect granité. La coloration jaune peut également s'observer de concert avec la teinte rougo brun; mais alors, elle ne forme que des stries disséminées dans l'étendue de celle-ci. Quoi qu'il en soit, cette teinte jaune n'existe jamais seule: à quelques millimètres des foyers, elle vient se fondre avec une coloration orangée ou rouge brun.

II. Autour des abcès dont les parois sont constituées par des expansions fibro-vasculaires et par une membrane pyogénique, la substance glanduleuse revêt les apparences suivantes :

i" Tantôt elle s'est changée en du tissu jaune, disposé comme nous l'avons fait connaître ci-dessus;

2° Dans une deuxième série de cas , elle a acquis une teinte orangée uniforme, sur la continuité de laquelle on aperçoit souvent des lobules jaunes ;

3" D'autres fois, la collection est creusée au sein d'un noyau brun violet ;

4» Dans les abords d'autres foyers, c'est pareillement du tissu brun violet que l'on remarque; mais les lobules de ce tissu sont circonscrits par de petites traînées noirâtres. Quand, au moyen du lavage, ceux-ci ont été débarrassés des fluides restés libres dans leur intérieur , le tissu dont il s'agit prend un aspect noir brun , sensible surtout aux abords immédiats de l'excavation ;

5» Dans une nouvelle série , on ne voit aucune trace d'engorgement autour de l'abcès ; il n'y a d'appréciable que celle d'un tassement interstitiel plus ou moins fort. Toutefois alors, quand les abcès sont très-multipliés ou extrêmement étendus ,

le système circulatoire de l'organe éprouve des modifications si profondes , que ce dernier , devenu presque exsangue , présente une teinte analogue à celle du café au lait ;

6° Enfin , la substance glanduleuse peut ne différer en rien de ce qu'elle est à l'état normal.

III. Lorsque , indépendamment de sa membrane pyogénique et de ses expansions , le foyer possède un kyste , la coloration des couches adjacentes doit être envisagée : a) quand le kyste est dépourvu de communication avec le dehors ; b) quand le contenu de ce kyste a franchi les limites du foie ; c) quand le kyste a subi une transformation inodulaire.

a) Dans le premier cas, cette coloration est encore l'une de celles que l'on rencontre autour des abcès de la classe précédente. Jaune (Cambay, De la dysenterie, p. 328), orangée (obs. XXIV) , brun violet (obs. X) , noir brun (obs. XXVI) , ou normale , telles sont indistinctement ses nuances , auxquelles s'applique d'ailleurs sans exception çe que nous avons déjà exposé ci-dessus.

b) Chez quatre sujets , dont les kystes communiquaient depuis quelque temps avec la cavité pleurale droite , les couches glanduleuses situées à proximité des collections, n'avaient plus qu'une teinte noir brun , d'intensité variable (obs. XXVII , XXVIII, XXIX, XXX). Cette teinte s'apercevait pareillement autour d'un abcès qui avait débouché dans le duodénum (Catieloup , Recueil des mémoires de médecine, chii-urgie et pharmacie militaires, 1™ série, t. LVIII , p. 119). M. Cambay {loc. cit. , p. 306), a noté une coloration analogue aux abords d'un cinquième foyer, dont le pus avait eu accès au dehors par les bronches: la coloration éiait d'un brun violacé dans un cas identique, recueilli par le même auteur {loc. cit., p. 353).

c) Derrière la couche noire qui tapissait un abcès en voie de cicatrisation , nous avons trouvé le parenchyme coloré au loin sous une teinte brun violacé avant lavage , et rouge brun après celui-ci : l'abcès s'était ouvert dans le flanc droit (obs, XVHl).

Chez un individu dont l'abcès , ouvert dans les bronches , commençait à s'entourer d'une coque noire , de larges traces

d'une teinie noii' brilin ahnotiçaiént que celle' lei nie avail existé sur l'eniier développement des' parois (obs. XXXIII). "'

Dans un troisième cas, une coque noire, communiquant avec 'le colon,' mais récouverte partout d'une' membrane inodulaire, était entourée de tissu jaune , orawgé ou normal , selon les points. ' La coloration orangée se fatlaChait éviden'iTnent à la formation d'abcès récents dans le voisinage: mais; la coloration jaune coïncidaii avec une mollesse extrême du lissu glanduleux ; et, si elle reconnaissdit réellement pouT cause un éiat inflammatoire , tout signe caractéristique de'cet état avail disparu dans l'espace qu'élle occupait (obs. XXIV);;

Enfin , le parenéhymô possédait utie coloration normale : 1" autour d'abcès, dont le kyste, olivert sur un des points de " la région hépatique extérieure , s'était déjà changé en coque noire, bien que ses parois fussent encore garnies d'expansions (obs. XVI, XVII) ; 2° autour de noyaux inodulaires blancs, qui avaient succédé à dés abcès ouverts dans la' même région que iés précédents; 3» autour d'une coque noire en communication avec le colon et complètement cicatrisée (obSi XXV).

En résumé, les colorations anormales du lissu qui environne les foyers purulents peuvent se' caractériser sous l'une des ''tmances échelonnées du jaime pâle an brun violet ou au noir "brun. Deux d'entre elles ne se prononcent avec 'netteté qu'autant que le parenchyme a été dépouillé du sang resté libre dans les vaisseaux capillaires : ce sont les colorations brun violet et iioir brun , lesquelles deviennent alors , la première , rouge brique ou rouge brun foncé, la seconde , brun marron. Les autres se remarquent à quelque degré que le viscère soit resté accessible à ses fluides. Aussi , en prenant comme type de la coloi atiou physiologiqirf> du foie la teinte ronge brun que le lavage est susceptible d(t faire passer au gris perle, on n'a plus à éntimérer comme colorations morbides que le jaune, la teinie drartgée, le brun violet et le noir brun; ajoutons que, dans certaines circonstances , le parenchyme conserve' sa teinte normale Jusqu'à l'extrême périphérie des foyers ou de leurs cicatrices, Toutefois, cette particularité n'a jamais été observée dans

le cas d'abcès dépourvus de membrane pyogénique. Par contre, la coloration jaune , si fréquente aux abords de ces derniers , semble n'exister qu'exceptionnellement autour de ceux qui sont entrés en communication avec l'extérieur.

Un mot maintenant sur les caractères anatomiques qui correspondent à chacune de ces colorations.

a) Autour des abcès' dépourvus de kyste, le tissu jaune offre une mollesse et une friabilité analogues à celle de la substance cérébrale. Sa teinte varie du jaune le plus pâle au jaune d'or. Ses lobules possèdent un diamètre double de celui qui leur est propre à l'état physiologique ; en outre, ils ont un aspect irrégulièrement poreux. L'élément interstitiel du tissu dont nous parlons se dessine sous l'apparence d'une trame séro-celluleuse très-lâche ; telle est même son atténuation aux abords immédiats des foyers , qu'en ces points les lobules ne se relient souvent entre eux que par leur pédicule vasculaire.

Dans le cas d'abcès enkystés , ce tissu jaune n'a pas autant de mollesse. Ses lobules, également moins friables, excèdent à peine en volume ceux du parenchyme normal , et leur texture ne porte aucune trace de dissociation moléculaire. Quant à l'élément interstitiel , il a éprouvé le même degré d'atrophie que dans le cas précédent ; mais sa cohérence n'ayant pas décru d'une manière proportionnelle , il maintient encore assez solidement les lobules.

Le tissu jaune a une densité un peu supérieure â celle du parenchyme normal, car elle s'exprime sous le chiffre de 1,033. Les couches qu'il forme n'ont jamais au delà de 1 centimètre d'épaisseur : quelquefois elles se réduisent à de simples veines disséminées dans des noyaux de tissu orangé ou brun violet. Jamais, non plus, elles ne sont délimitées nettement au seîn du parenchyme. Tandis que les divisions artérielles et les veines sus-hépatiques s'y retrouvent exemples de toute lésion , les branches de la veine porte et les canaux biliaires qui la parcourent sont constamment oblitérés.

P) A part la teinte opaque qu'a acquise son élément intersti-

tiel , à part la présence d'un dépôt plastique rougeâtre dans la trame de ses lobules , le tissu orangé ressemble sous tous les rapports au tissu jaune. Il est d'ailleurs soumis aux mêmes variétés de structure en chacune des circonstances énumérées à propos de ce dernier.

Le tissu orangé ne se rencontre guère qu'au centre de noyaux ou de foies qui ont subi depuis longtemps le ramollissement jaune à son degré le moins avancé. En beaucoup de cas , les transformations qu'il comporte se limitent à des lobules isolés. " Sa densité est de 4,067.

y) Autour des abcès dont la marche a été aiguë, le tissu brun violet offre une moindre cohérence que le parenchyme normal: il est cependant plus compacte , et il a gardé quelques traces de son élasticité primitive. Ses lobules ont un diamètre d'un tiers ou de moitié plus fort que dans les conditions habituelles; outre cela , leur centre est plus coloré que leur substance corticale, laquelle, ajoutant départ et d'autre son épaisseur à celle de l'élément interstitiel , arrive de la sorte à se dessiner sous l'aspect d'un réseau non interrompu. Ainsi qu'il est aisé de s'en convaincre en lavant le viscère au moyen d'injections aqueuses poussées parla veine porte, la coloration du tissu brun violet doit à la seule existence d'une certaine quantité de sang dans les capillaires l'iniensité qu'elle présente autour des abcès à marche aiguë : en effet , on la voit alors descendre à l'une quelconque des nuances comprises entre la teinte rouge brique et la teinte lie de vin. On reconnaît aussi par ce lavage que l'injection du réseau noté ci-dessus se réduit au développement de stries décurrentes clairsemées , tandis que la portion centrale des lobules est infiltrée de sang sur tous les points.

Lorsque le travail pyogénique s'est opéré avec lenteur, le tissu brun violet se montre plus compacte encore qu'autour des abcès à marche aiguë. Il n'est doué que d'un ressort obscur; mais, loin d'être friable , il possède une cohérence analogue à celle du tissu rénal. Ses divers éléments se distinguent à peine les uns des autres; enfin, sa teinte n'est modifiée que faiblement par le lavage, lequel se borne à la faire passer au rouge brun.

Les couches formées par le lissu brun violet sont généralement très-épaisses : elles peuvent s'étendre jusqu'à 5 centimèires des abcès. Souvent séparées des portions saines de l'organe par une ligne de démarcation irès-netie , elles s'y rattachent parfois d'une manière insensible. Dans le cas d'abcès à marche aiguë , leur densité est de i ,072 : nous l'avons vue s'élever jusqu'à 1,166 dans le cas d'abcès ouverts depuis longtemps au dehors.

ô) Soumis aux mêmes variétés de délimitation que le. lissu brun violet, le lissu noir brun se voit lantôt seul autour des foyers, lantôt de concert avec ce dernier. Son élément iniersiitiel se dessine en cloisons épaisses d'un cinquième à un tiers demiilimèlre. Ces cloisons sont noirâtres ou noires : leur aspect est compacte, leur cohérence fibro-celluleuse ou fibreuse. Par leurs bords, elles se réunissent sans ligne de démarcation à la substance médullaire des lobules. Quant à ceux-ci , ils ont pareillement augmenté de diamètre , et acquis une lexlure trèsdense : leur teinte est violette, leur cohérence analogue à celle du derme cutané. Par le lavage, le lissu noir brun éprouve des modifications dilférentes , selon que les abcès sont récents ou anciens : dans la première circonstance , il devienl brun marron ; dai\s la deuxième , sa coloration s'atténue moins profondément, et conserve un reflet purpurin indélébile.

Le lissu noir brun est disposé autour des abcès sous forme de couches qui, larges de 3 à 15 millimètres,, ne se raitachent jamais au parenchyme normal que par une transition graduelle. Il conlracte toujours une élasticité notable , quand les abcès qu'il circonscrit communiquent depuis longtemps avec l'extérieur. Dans le cas d'abcès récents , sa pesanteur spécifique est de 1,085 ; mais , quand l'engorgement date d'une période ancienne, elle s'élève quelquefois à 1,1 7ô.

Après que le pus a trouvé un passage vers l'extérieur, le lissu noir brun revêt souvent une apparence confuse et sale , que des praticiens ont cru devoir attribuer aux effets d'une gangrène. Un examen attentif, et, surtout, la présence d'une membrane pyogénique eussent dù empêcher celte erreur.

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