I. Altérations propres aux vaisseaux compris dans des gaines
fibrocelluleuses.
A l'origine de la fonte d'où résultent les abcès, les vaisseaux de cette classe sont emportés jusqu'au milieu des lobules qui circonscrivent le siège de la suppuration. Durant une seconde période, ils résistent au travail destructeur, pendant que la disparition des lobules so poursuit : alors, leurs extrémités ou leurs branches s'aperçoivent plus ou moins avant au sein de la membrane, en dépassent quelqûefois l'épaisseur, et même flottent dans l'abcès sous l'aspect de longs appendices (Canibay, lac. cit., p. 345). Enfin, quand l'accumulation croissante du pus imprime un refoulement au tissu viscéral, ces vaisseaux, qu'ils aient eu à sufiporter une solution de continuité, ou bien qu'ils rampent simplement dans les abords du foyer, ne cessent point de survivre à la fonte ultérieure des lobules : ils participent au refoulement en cédant de biais , et en s'adossani les uns aux autres , de manière à constituer autour de la cavité une sorte de squelette, sur lequel leurs expansions terminales et celles^u tissu interstitiel viendront plus tard s'organiser en kyste.
Dans les cas de Ce genre, la gaine des vaisseaux dont il s'agit contracte un épaississement qui , là où elle enveloppe des branches volumineuses, lui donne, de l'intérieur à l'extérieur, jusqu'à 3 millimètres d'étendue. D'autant plus caractérisée que le point où on l'examine est plus rapproché du foyer , cette augmentation d'épaisseur se prolonge aussi loin que la zone d'en-
gorgement, et souvent au delà. 11 s'y joint une texture confuse et serrée; en outre, si les couches parenchymateuses voisines de l'abcès ont été le siège d'un mouvement fluxionnaire actif, la gaîne offre la teinte rouge, le dépôt plastique et la friabiliié du tissu cellulaire phlegmoneux (obs. XXIV). Mais , si les phénomènes pyogéniques ont daté d'une époque déjù reculée, et que l'engorgement ail procédé sous une marche passive, ou ail pleinement cédé à la résolution , la gaîne ne renferme aucune trace de phlogose : elle semble n'avoir éprouvé qu'un certain degré d'hypertrophie et de condensation ; souple , élasiique et d'apparence tomenieuse sur les points où l'augmentation de son épaisseur commence seulement à se dessiner, elle présente à partir de là une ténacité graduellemeni croissante, et arrive ainsi à posséder dans les abords du foyer toutes les propriétés du fibro-cartilage. Le tissu des gaines transformées suivant ce deuxième mode se fait remarquer par sa blancheur : telle est la richesse de son réseau sanguin que , quand on pousse dans l'artère hépatique une injection colorée, il prend en masse la teinte de celle-ci.
A quelque période qu'on étudie les gaines aux abords des abcès, on les trouve toujours intimement confondues avec les tuniques des vaisseaux qu'elles enveloppent: cependant, quand l'origine du travail morbide ne remonte pas à une époque très-ancienne, quand, par exemple, le pourtour des abcès n'a pas encore reçu l'empreinte d'un refoulement, il n'est pas impossible d'isoler chacun de ces vaisseaux. Elles sont non moins éiroitemeni unies à la membrane pyogénjque , lorsque leur trajet les conduit à parcourir la superficie du foyer; et si, avec les branches vasculaires assemblées dans leur intérieur, elles se îermineni brusquement au sein de la membrane, c'est à la fusion de leur extrémité avec cette dernière que l'occlusion des canaux dont nous parlons doit avant tout sa solidité.
Examinons actuellement les effets du travail pathologique sur ces canaux.
Veine porte, ^
1. A leurs extrémités nouvelles, celles des branches delà veine perle qui ont subi une solution de continuité, se montrent bouchées par une production plastique. Si l'abcès est récent , cette production n'est encore qu'un coagulum fibrineux ; toute- Ibis , les cylindres qu'elle constitue ont déjà acquis la ténacité du cartilage. Sans descendre au-dessous de 10 millimètres, ni s'élever au-dessus de vingt , la longueur de ces cylindres est proportionnelle au calibre des branches où on les observe. Leur substance est complètement incolore : molles et visqueuses, leurs couches extérieures les font adhérer aux parois du vaisseau. Par celle de leurs extrémités qui est en rapport avec l'abcès , ils viennent se fondre dans la membrane pyogénique en même temps que les tuniques veineuses et la gaîne cellulo-vasculaire : à l'extrémité opposée , ils sont évidés en une sorte de ménisque concave.
A une période plus rapprochée de celle à laquelle un kyste s'établit autour du foyer, ces cylindres fibïineux présentent un certain degré d'opacité. Leur substance est moins élastique, presque cassante : solides jusque dans leurs couches superficielles, ils sont arrondis par celui de leurs bouts qui est opposé à l'abcès. Enfin ils adhèrent fortement aux parois de la veine.
Durant une troisième période, alors que le kyste s'organise, el que, pour concourir à sa formation, les couches du voisinage se dépouillent de leurs lobules, la veine diminue progressivement de calibre dans le trajet qu'elle parcourt au milieu de ces couches. D'un autre côté ses parois s'épaississent, et elle arrive de la sorte à n'être plus qu'un cordon fibreux plein. Ce cordon rappelle à tous égards celui en lequel se change la veine ombilicale. Avant d'atteindre le kyste, il est déjà intimement uni à la gaîne d'enveloppe , devenue, elle, un tube fibro-carlilagineux. Aux abords immédiats des parois de l'abcès, il prend à son tour la m'ême texture que la gaîne, puis se confond avec
celle dernière au point qu'on ne saurait désormais l'en distingi|^r. A cette troisième période, ce qui resie du caillot dans les portions non oblitérées des extrémités veineuses, offre l'aspect d'une substance presque sèche, médiocrement cohérente, ei se sépare avec facilité des tuniques du vaisseau.
l'En quatrième lieu, à l'époque à laquelle l'abcès est eniouré d'un kyste parfait, la portion oblitérée du conduit veineux a subi la transformation fibro-cartilagineuse aussi loin que la gaîtie, et ne peut être distinguée de celle-ci sur aucun point. Les débris 'du caillot semblent profondément altérés: blancs et friables, ils ont perdu toute adhérence avec le vaisseau; et, lorsqu'on cherche à les extraire , ils se rompent en petits tronçons irréguliers. ' i
Malgré ces modifications diverses, les extrémités veineuses que nous éludions conservent leur disposition naturelle tant que le parenchyme qui les renferme n'est pas soumis à un refoulement. Mais, quand ce phénomène mécanique s'opère, elles éprouveni, comme les parties adjacentes, une déviation proportionnelle; de plus, elles s'aplatissent en obéissant à cette déviation. A l'égard du rétrécissement que leur calibre présente avant le point d'oblitération, il a lieu sans que leur superficie interne soit ifroncée par la moindre plicalure. Il est d'ailleurs peu probable qu'il s'efface jamais complètement après la gucrison ; car nous l'avons, vu encore très -prononcé dans des branches qui se rendaient vers des coques cicatrisées depuis longtemps.
Cette description s'applique à la fois au bout initial et au bout terminal des veines dont: la conlinuitéia été.déiruite pai; l'abcès; seulement, dans le bout terminal , les modifications de texture n'existent que sous une étendue relativement restreinte. D'un autre côté, la poition perméable de ce bout n'a pas cessé d'être une voie circulatoire, attendu qu'on y rencontre toujours du sang fluide provenant, sans doute, des vasa vasorum fournis par l'artère: en outre, les lobules qu'elle alimente n'ont jamais la moindre apparence d'atrophie.
2. Celles des branches de la veine porte qui ont échappé à une
solution de continuilé, mais dont cependant les gaines ont été mises à découvert par l'abcès, ou bien entrent dans la composition d'un kyste, ces branches, disons-nous, passent par les mêmes métamorphoses que les précédentes. Néanmoins , l'oblitération ne se réalise d'une manière constante que pour les plus petites d'entre elles, et souvent il arrive que les divisions volumineuses se conservent perméables sur tous les points. En pareille circonstance, le canal plus ou moins rétréci de ces dernières se montre aplati par l'action du refoulement.
Les changements ainsi .subis par les veines afférentes de l'organe à la suite du travail destructeur ou du refoulement , sont loin de se produire sur une échelle uniforme ; ordinairement l'étendue qu'ils embrassent est proportionnelle au volume et au nombre des abcès. Nous les avons vus se dessiner jusqu'aux ramifications primordiales du vaisseau chez un sujet dont le foie recélail HOO grammes de pus en treize foyers, sans compter une coque cicatricielle.'
Artères.
I. Celles des branches de l'artère hépatique sur le trajet desquelles la fonte morbide s'est développée, sont toujours ncltemont détruites et oblitérées au niveau du point où se termine la gaine qui les renferme. En deuxième lieu, si le refoulement les a conduites :i faire partie des enveloppes du foyer, elles cessent d'être perméables dans l'entière étendue de leur parcours à travers ces enveloppes ; quelquefois même alors leur oblitération commence avant qu'elles aient abandonné le parenchyme. Dans l'un et l'autre cas, il est très-difficile d'en distinguer les vestiges au milieu du tissu transformé des gaines.
En deçà de ces points, les branches artérielles, dont la continuité a été détruite par les abcès, n'offrent aucune mortification appréciable quand elles sont d'un certain volume ; mais les plus petites d'entre elles, et surtout leurs divisions ultimes, généralement imperceptibles lorsque le viscère est à l'état normal, ont acquis aux abords des foyers un calibre tel, que, sans le
secours d'une injection préalable, il est possible de les reconnaître sur la section des gaines épaissies. Indépendamment de cela , il est hors de doute que de nouvelles branches artérielles se sont organisées dans le tissu hypertrophié de ces gaines ; car, au lieu de s'épuiseï' comme dans l'état physiologique, en filets rares et courts sur les tuniques des autres vaisseaux ou dans les expansions fibreuses inierlobulaires, les canaux dont nous parlons se muliiplient ici en longues irainées rectilignes qui, après avoir fourni aux tissus qu'elles parcourent, viennent se perdre sur les parois consiiluantes des abcès.
2. Quant aux branches artérielles qui, n'ayant pas été intéressées par le travail pyogénique, rampent dans l'épaisseur des parois du foyer, leurs tuniques sont intimement confondues avec le tissu fibro-cartihigineux des gaines ; mais leur canal est libre sur tous les points, et celles de leurs branches secondaires qui avoisinent l'abcès ou cheminent comme elles au sein de ses parois, ces branches, disons-nous, ont subi la même dilatation que dans le cas précédent , et semblent se multiplier encore davantage.
Canaux biliaires.
i. Éludions d'abord le cas dans lequel la continuité de ces canaux est interrompue par le développement de l'abcès.
S'il n'existe pas de membrane pyogénique , et que le tissu interlobulaire, voisin de l'abcès, n'ait pas éprouvé d'atrophie, on aperçoit les deux bouts de chaque canal biliaire ouverts à la superficie de la cavité, ou bien entre les lobules, à une faible -dislance de celte superficie. Dans les conditions de ce genre, ceux des bouts d'origine, dont les lobules appartiennent aux zones d'engorgement, ne fournissent plus aucune trace de sécrétion biliaire; ils sont, en effet, constamment vides, et leur surface interne , loin d'être jaunie par le fluide à l'écoulement duquel ils étaient destinés, se présente blanche. Mais ceux qui émanent de lobules situés au delà des zones engorgées, ne cessent point de donner accès à une certaine quantité de bile,
à en juger par leur coloralion intérieure, et par la forte proportion que renferme de ce fluide le pus des foyers où ils ont issue.
Les choses ressortent mieux quand l'abcès , étant resté clos, se trouve tapissé d'expansions fibro-vasculaires. Alors, on reconnaît que les conduits intéressés par le travail destructeur ne dépassent point la base des expansions, à moins que le faisceau où ils sont compris durant leur parcours à travers les couches glanduleuses, ne se prolonge lui-même dans l'abcès; en ce nouveau cas ils atteignent jusqu'à la terminaison du faisceau.
La membrane pyogénique recouvre en plein la lumière de ceux des bouts d'origine qui naissent dans la zone d'engorgement , tandis qu'elle s'arrête autour des vides appartenant à ceux de ces bouts qui prennent racine au delà de la zone dont il s'agit. Les ouvertures qu'elle offre par suite de cette seconde disposition sont configurées en méals ombiliqués. Il est clair que l'organisation et la permanence de ces ouvertures résultent de ce que la bile a continué d'arriver sans interruption jusqu'à la cavité de l'abcès ; car, si le pus est très-visqueux, le liquide fourni par les bouts qui émanent du tissu sain , ne peut s'écouler de ces derniers, s'y accumule, et les maintient dilatés outre mesure ainsi que leurs méats. Par inverse , ces bouts non fermés ont constamment un calibre normal lorsque, le pus ayant acquis de la fluidité , la bile est parvenue à le pénétrer, ce qu'indique la teinte verdâtre ou verte de la sécrétion morbide.
Quand le foyer s'est entouré d'i^p kyste, on ne distingue plus aucune trace des méats ; les conduits auxquels ils servaient de débouchés, s'arrêtent en cul-de-sac dans les couches périphériques de l'enveloppe fibreuse. Toutefois, ceux de leurs lobules d'origine qui sont situés en dehors des zones d'engorgement, n'ont point perdu leur aspect physiologique, et continuent d'être alimentés de fluides sanguins soit par l'artère hépatique , soit par les veinules des vasa vasorum. Il est donc probable que l'aptitude sécrétoire de ces petits organes n'a pas reçu d'atteintes , et que la portion biliaire de leur produit trouve accès
au dehors ù l'aide des anastomoses qui unissent entre elles les radicules du conduit hépatique.
En ce qui concerne le bout terminal des canaux biliaires interceptés par l'abcès, nous dirons qu'ils restent béants et perméables aussi longtemps qu'ils n'existe pas de membrane pyogénique ; ils sembleraient dès lors pouvoir servir à l'écoulement du pus vers le duodénum, si ce liquide possédait une fluidité suffisante. Mais quand la pseudo-membrane s'est organisée, on la voit recouvrir en plein l'orifice de ces bouts terminaux, et empêcher de la sorte toute évacuation de liquide. La formatipn d'un kyste autour de l'abcès amène encore ici des modifications analogues à celles que nous avons notées à propos des bouts d'origine.
'2. Dans le cas où le faisceau auquel appartient une branche du conduit hépatique, s'est trouvé respecté par la suppuration, le canal de celte branche diminue simplement de calibre au niveau du foyei' tant. qu'il ne s'opère pas de refoulement; à une époque plus avancée, elle se change au même point en un coi'don imperméable qui , bientôt , ne saurait être distingué du tissu hypertrophié des gaines.
Vaisseaux lymphatiques.
Les vaisseaux lymphatiques disparaissent toujours complètement dans les points où le tissu des gaines a éprouvé la transformation fibro cartilagineuse: hors de 15, ils n'offrent aucune trace de lésion.