‹ Recherches sur les suppurations endémiques du foieChapitre 20 sur 89 · Poumon · texte numérisé non relu

Poumon

Le refoulement d'une moitié du diaphragme entraîne inévitablement celui du poumon cofrespondant. Le tassement qui en résulte ne dépasse jamais la base de ce dernier organe ; jamais, non plus, il ne s'élève jusqu'à communiquer au tissu refoulé une pesanteur spécifique supérieure à celle de l'eau.

Les couches ainsi atteintes sont beaucoup moins accessibles au sang que celles du reste de l'organe. Outre cela , les tuyaux bronchiques s'y montrent déviés et aplatis de bas en haut proportionnellement à la dilatation subie par le viscère. Une particularité remarquable, c'est que ces couches peuvent n'offrir aucune trace d'irritation, sous quelque degré que les suites du refoulement s'y dessinent. En revanche, elles ont éprouvé des modifications dans leur texture ; car on ne réussit plus à les distendre d'une manière complète, quelque moyen qu'on emploie pour cela.

Quand elle a envahi la surface convexe du foie , la phlegmasie liée à la formation ou à l'existence d'abcès gagne fréquemment la base du poumon voisin. Mais, dans les cas de cette espèce, elle ne détermine guère que de faibles altérations matérielles : quoique gorgé de sang, quoique doué d'une coloration rouge foncé qui résiste au lavage, le tissu pulmonaire intéressé se présenle encore souple et cohérent ; son aptitude à se laisser distendre ou à s'affaisser a peu varié; enfin, sa pesanteur spécifique n'excède que médiocrement celle de l'eau. Comme on le voit, ces traces de phlegmasie sont tout à fait rudimentaires; on n'en découvre de hautement caractérisées que dans les circonstances où des impressions extérieures ont ajouté leurs effets à ceux du mouvement fluxionnaire émané du foie.

L'arrivée du pus contre la base du poumon détermine d'habitude l'hépalisation rouge de celle ci. Bientôt, là où elles sont en rapport avec le liquide, les couches engorgées se trouvent envahies par la fonle pyogénique. Dans le principe , elles cèdent complètement à cette fonle ; mais , plus lard , il peut se faire que le travail deslrucleur, s'atlaquant uniquement aux tissus

70 RRCHERCHES

interstitiels, se borne à disséquer les canaux sanguins et les bronches : on aperçoit alors ces divisions vasculaires pendantes autour de leur tronc, à la manière du chevelu d'une racine ou sous forme de franges villeuses. Quoi qu'il en soit des lésions qu'occasionne la fonte morbide, ses progrès l'amènent tôt ou tard à intéresser une ou plusieurs ramificaiions bronchiques, susceptibles de livrer passage au pus. Pour fournir de la sorte une issue à la masse fluide, ces ïamificaiions n'ont pas besoin de posséder un volume considérable ; on en rencontre qui , ayant à peine 1 millimètre de diamètre à l'intérieur, n'en constituent pas moins les seules voies par lesquelles le foyer épanchait son produit durant la vie du malade. Larges ou étroites, elles sont ordinairement emportées jusqu'au niveau et même jusque dans l'épaisseur des parois de l'excavation. Il en résulte que, si elles débouchent au milieu d'expansions fibro-vasculaires, l'accès doit en être souvent fermé au pus quand, sous les secousses d'expectoration , le liquide repousse vers elles les expansions dont il s'agit, ou bien encore, quand le malade cessant de tenir sa poitrine redressée dans le sens vertical , ces dernières se rabattent sur l'orifice ouvert à la masse fluide: l'expérience confirme la justesse de cette présomption.

Lorsque les pertes de substance ainsi produites sont pourvues d'appendices , on remarque constamment à leur surface une membrane pyogénique, simple ou granuleuse, laquelle en tapisse tous les détails. Dans les conditions opposées, il n'existe pas de membrane pyogénique proprement dite : la surface du foyer offre d'innombrables vides qui la font ressembler à celle d'une couche déneige, et sur le pourtour desquels on aperçoit des granulations; lui-même, avant d'atteindre celte surface , le tissu des couches d'engorgement se décolore, se raréfie, et perd de sa pesanteur spécifique au point de devenir moins lourd que l'eau.

D'autres fois, le lobe inférieur du poumon est passé à l'état d'infiltration purulente. Les parois de la cavité sont alors denses et grisâires; l'exirémiié des vaisseaux s'y dresse en légères saillies, et la membrane pyogénique, réduite à sa forme rudi-

menlaire , se distingue difflciienienl suf les tissus où elle s'est développée.

Quelle que soit la nature du noyau qui les environne, les pertes de substance que nous étudions, affectent une configuration variable. Tantôt elles sont disposées en simples trajets fisiuleux , tantôt elles ont l'aspect de cavernes assez grandes pour loger depuis le volume d'un abricot jusqu'à celui d'une orange; enfin, largement concaves, certaines d'entre elles embrassent toute la section horizoniale de l'organe (obs. XXX, XXXIJ). Communément elles possèdent des parois inégales, anfractueuses, dans l'épaisseur desquelles les conduits bronchiques secondaires sont toujours oblitérés par l'effet d'un aplatissement qu'ils ont subi. Il en est de même pour les vaisseaux sanguins dont la continuité a été détruite; seulement, avant de devenir imperméables, ces vaisseaux sont comblés par des caillots longs de quinze à trente millimètres, noirs dans les veines, et simplement fibrineux dans les artères.

Page 1