‹ Recherches sur les suppurations endémiques du foieChapitre 28 sur 89 · PUS · texte numérisé non relu

PUS

i. Dans un grand nombre d'abcès du foie , le pus ne diffère en rien de celui des parties molles extérieures. Comme ce dernier, il se présente sous l'aspect d'un liquide blanc jaunfiire ou

blanc verdâtre, onctueux au toucher, d'odeur franche, de consistance crémeuse. Tantôt parfaitement homogène , il ne renferme que ses globules caractéristiques ; tantôt ,. outre les éléments dont nous parlons , il tient en suspension des débris membraneux ou villeux, doués d'une teinte analogue à celle des expansions qui garnissent les parois de l'abcès. Les réactifs ne lui assignent aucune composition spéciale. Ses globules sont de trois espèces distinctes. Les uns , opaques , ont en diamètre de 0,006 à 0,010 de millimètre, et semblent constitués par une agglomération des suivants. Fréquemment plus nombreux , ceux d'une deuxième espèce n'ont en diamètre que de 0,003 à 0,004 de millimètre ; incolores et un peu allongés , ils recèlent un noyau central , et paraissent identiques aux cellules qui forment l'élément lobulaire de l'organe : il n'est pas rare de les rencontrer adhérant encore en séries longitudinales à des débris de vaisseaux sanguins. La troisième espèce de globules comprend des noyaux cellulaires fort petits et presque toujours d'inégal volume.

Les caractères que nous avons assignés précédemment au pus dont il est question indiquent une élaboration complète ; mais, avant d'avoir reçu celle-ci , le liquide se montre sous un autre aspect. D'abord, il a une consistance qui , bien qu'inférieure à celle des abcès métastatiques, dépasse néanmoins celle du blanc d'œuf; ensuite, telle est sa viscosité, qu'il ne s'écoule jamais qu'en masse. Ce pus rudinieniaire possède une coloration blanche ou jaune pâle. Au moyen d'un filet d'eau, on arrive à le dissocier en deux portions, dont l'une est analogue à des veines de mucus limpide, et la seconde à de grosses gouttes d'un pus jaunâtre définitivement élaboré.

Le pus blanc crémeux est le seul qui se forme au sein des couches qu'un engorgement inflammatoire a changées en tissu orangé ou en tissu jaune ; mais , il ne leur est pas spécial , et, chez beaucoup d'individus, on eu trouve dans des noyaux doués d'une teinte brun violet ou noir brun. Sa production est indépendante de. la marche qu'a suivie le travail phlegmoneux. Les abcès qui le renferment sont susceptibles de le sécréter aussi

longtemps que leur membrane pyogénique existe ; toutefois , dès que celle membrane commence à se modifier , il perd ses caractères distinciifs , lors même que les abcès se conservent clos ; et si les parois d'où il découle sont devenues accessibles à la cicatrisation, une sérosité roussâtre ne tarde pas à le remplacer. 11 peut être fourni par les noyaux apoplectiques comme par les noyaux d'engorgement primitif; par la fonte isolée de l'un des éléments de l'organe comme par celle de tous ces éléments réunis. Souvent, il se mélange de bile dans des proportions qui, tantôt ne sont rendues sensibles que par les réactifs, et tantôt sont assez fortes pour lui communiquer une teinte jaune, verdàtre ou verte selon les cas. Le pus ainsi coloré possède une fluidité presque aqueuse.

2. Une deuxième classe d'abcès renferme un pus auquel une teinte rouge brun donne l'apparence de la lie de vin, ou, pour mieux dire, celle d'une bouillie claire de chocolat. Celte teinte se rapporte à ce que des débris de tissu lobulaire engorgé et un certain nombre de globules sanguins sont restés mélangés à la masse fluide , qui, à part cela , ne difl'ère en rien du pus blanc crémeux.

Les sources habituelles du pus rouge brun semblent être les épanchements sanguins opérés sous forme d'apoplexie capillaire. Cependant, on ne saurait contester que quelques-uns des noyaux où on l'observe reconnaissent une origine purement inflammatoire ; en ce nouveau cas, il se rencontre exclusivement au sein des noyaux dont le tissu est brun violet. Non moins commun dans les abcès à marche lente que dans ceux qui se I développent au milieu des symptômes d'acuilé , il cesse de se i produire à dater du moment où l'excavation qui le recèle s'en- ! loure d'un kyste. 1! est alors remplacé peu à peu, soit par du I pus blanc crémeux , soit par un écoulement de sérosité roussâtre. Dans les abcès récents, il ne possède, quoique très-épais, qu'une viscosité médiocre: la présence de la bile n'en modifie d'une manière notable ni la teinte ni la fluidité.

3. Le liquide appartenant à une troisième classe d'abcès est mêlé de grumeaux friables ; il a , en outre , l'aspect d'un pus

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blanc crémeux , dans lequel on aurait délayé de la semoule. Cette apparence dépend de ce qu'il lient en suspension une foule de corpuscules miliaires , qui sont indubitablement les débris des grumeaux que nous venons de signaler. De leur côté, ceux-ci se composent d'expansions fibro-vasculaires pelotonnées sur elles-mêmes et plus ou moins désorganisées (obs. IV, V). Généralement mal lié, fort épais et de teinte blanc sale , ce pus dégage une odeur fétide toute particulière. Il n'a d'ailleurs été rencontré que dans des abcès anciens, dont les parois, sans être privées de leur membrane pyogénique, avaient néanmoins perdu une partie de leurs expansions.

4. Le pus de ceux des abcès enkystés dont la membrane pyogénique est en voie de transformation , possède une teinte grisâtre ou cendrée (obs. XII et XIII). Souvent on aperçoit dans sa masse des pelotons pâteux , qu'un filet d'eau dissocie en minces lambeaux et en villosités. Sa consistance est sirupeuse ; son odeur rappelle celle de la lessive. Il laisse déposer une matière qui , analogue à une bouillie épaisse et de même teinte que lui , se voit également autour des pelotons. Cette matière est constituée par des débris mous et tomenieux, ayant l'aspect du tissu cellulaire altéré par une longue macération. On y remarque aussi une foule de corpuscules opaques et irrégulièrement arrondis, les uns plus volumineux que des globules sanguins, les autres d'une excessive petitesse. Des débris et des corpuscules identiques se retrouvent en suspension dans le liquide: quant à la partie aqueuse de ce dernier, elle ne diffère de celle du pus normal que par une stabilité moindre : il suffît, en effet, de l'exposer quelques heures au contact de l'air pour que des émanations hydro-sulfureuses s'en dégagent avec abondance.

Ces quatre variétés sont les seules auxquelles on doive rapporter les diverses sortes de pus admises par les auteurs. Les deux premières , résultant d'une sécrétion proprement dite , doivent correspondre chacune au mode d'après lequel le travail pathologique a désagrégé les noyaux d'engorgement. Quant à la troisième et à la quatrième, elles se rattachent à

des alléraiions qui , survenues en dehors de l'acte sécrétoire , ont frappé, soit la masse purulente déjà produite, soii les pseudo- membranes et expansions dont les parois du foyer étaient garnies. Ainsi, la fonte du tissu hépatique ne donne naissance en réalité qu'à deux espèces de pus, savoir : au pus blanc crémeux et au pus rouge brun ; encore existe-t-il entre ces deux espèces une très-grande affinité; et quelquefois, peutêtre , la première ne constiluo-t-elle qu'une métamorphose à laquelle la seconde est arrivée sous l'influence d'une élaboralion convenable.

Le pus d'un abcès situé à proximité du colon Iransverse avait acquis l'odeur stercorale de celui qui se forme aux abords de l'anus (Blondeau, Thèse inaug., p. 2i).

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