Douleur sympathique
Outre la douleur qu'ils accusent vers le foie , beaucoup de sujets disent en ressentir une autre dans la région ou aux abords de l'épaule droite. Cette seconde douleur existe sans qu'on observe aucune lésion physique à son niveau. Très-rarement elle survient avant que des symptômes se soient manifestés du côté du viscère. Selon les cas, elle se circonscrit au moignon de l'épaule, aux chairs supérieures du trapèze, à l'extrémité externe de la clavicule; on l'a vue rayonner des chairs du deltoïde vers le reste de l'os que nous venons de nommer, vers l'omoplate et même vers le bras , jusqu'au pli du coude. En général , les points par lesquels elle commence sont aussi ceux où elle persiste le plus. Cependant, il peut arriver qu'elle y cesse pour se continuer dans des parties qui, comme l'extrémité inférieure du bras ou de la clavicule, ont été atteintes par son rayonnement.
a. Envisagée sous le rapport de sa fréquence , la douleur dont il est question s'est déclarée chez 28 malades sur d63,
soit chez il p. 100.
p. Elle siégeait :
dans le moignon de l'épaule 53 fois.
dans les chairs sus-scapulaires du trapèze 1 —
à l'extrémité externe de la clavicule 1 —
dans l'épaule et le bras ^ 2 —
dans l'épaule, l'omoplate, le trapèze et le grand dorsal ... 1 >—
Y- Chez la majorité des individus , elle a duré de cinq à dix jours : c est par exception que , dans quelques cas , elle a persisté plusieurs mois consécutifs.
S.- Elle a pris naissance:
avant la suppuration 8 fois.
pendant le début de la suppuration 11 —
après le début de celle-ci 5 —
e. Une fois seulement , elle s'est manifestée avant le début des accidents locaux.
Dans les cas où ces accidents en ont précédé l'apparition ,
elle s'est déclarée :
avant la douleur locale 1 fois.
en même temps que cette douleur 14 —
après le début de celle-ci, mais avant qu'elle eût cessé ... 10 —
Chez la personne qui l'a présentée avant qu'aucun accident eût surgi vers la région hépatique , elle fut pendant neuf mois l'unique symptôme du travail destructeur. Bien qu'elle eût commencé avec un flux dysentérique intense , on l'avait prise pour une simple douleur rhumatismale , lorsque , au bout du terme énoncé ci-dessus , elle fit brusquement place aux signes locaux d'un abcès du foie. La mort ayant été occasionnée quinze jours après par l'épanchement de cet abcès dans la plèvre droite, l'autopsie permit de reconnaître que la formation du pus datait d'une époque déjà très-ancienne (Haspel, /oc. cit., p. 190).
Dans le cas où, des accidents locaux étant survenus, la douleur d'épaule a néanmoins précédé le début de la douleur hépatique , il y a eu sept jours de différence entre les époques d'invasion.
Dans les 10 cas où elle s'est déclarée pendant la durée de ce dernier symptôme , la différence entre les époques d'invasion
a été :
de 1 à 10 jours 7 fois.
de 18 jours , 1 —
de 33 jours 1 —
de 144 jours 1 —
ïl. Dans douze cas où, indépendamment de la souffrance d'épaule , il a été tenu compte des modificaiions que le volume du viscère a offertes pendant la maladie , ce volume avait augmj3nté notablement; de plus, la douleur sympathique s'est manifestée vers l'époque à laquelle la dilatation de l'organe commençait à se prononcer.
Dans les circonstances où il n'y a pas eu acci oissement des dimensions du foie , on ne remarque aucun rapport entre l'existence de la douleur dont nous parlons et la proportion du pus renfermé au sein de la masse glanduleuse.
9. Lorsque , par le fait de sa durée , ou par celui de son début , la douleur sympathique coïncide avec l'invasion de la plilogose, son type est toujours continu. Mais si elle se prolonge à travers les périodes ultérieures du mal , ou se déclare à leur occasion, on observe souvent dans sa marche soit des rémissions, soit des intermittences qui, chez certaines personnes , semblent subordonnées à celles d'une autre affection concomitante; en voici un exemple curieux. Un officier, atteint de dysenterie chronique et , outre cela , d'une énorme dilatation du foie , avait été pris simultanément d'une fièvre quarte, dont les accès survenaient le soir. Il éprouvait deux douleurs bien distinctes. L'une, pongiiive, s'était fixée dans la moitié droite de l'échancrure sous-sternale , et persistait sans interruption depuis l'origine de la maladie. Quant à la seconde, elle embrassait toutes les chairs supérieures du trapèze droit, sous forme d'un sentiment de constriction atroce; mais elle n'était perçue que dans le cours de la fièvre : alors , au dire du sujet, elle commençait avec le stade de chaleur, pour s'évanouir au bout d'une heure, c'est-à-dire au moment où un sommeil lourd et diaphorétique annonçait la terminaison de l'accès. Ce sentiment de souffrance ne s'accompagnait point de signes qui permissent de le rapporter à une névralgie; d'ailleurs, après avoir résisté six semaines à l'emploi successif du quinquina, du calomel et de la digitale unie à la morphine, il cessa spontanément de se reproduire ainsi que la fièvre, tandis qu'une phlegmasie lento envahissait la base du poumon droit. Quatre mois plus tard, le sujet rejetait par les bronches une grande quantité de pus; les symptômes issus vers le foie disparaissaient rapidement, e! une guérison solide achevait de dévoiler la nature réelle des accidents.
La douleur sympathique d'épaule revêt un caractère et une intensité variables d'un malade à l'autre: constriclive, tensive,
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gravative , lérébrante ou semblable à celle que causerait un déchirement, elle peut se réduire à une simple sensation d'embarras , comme avoir une violence intolérable. Toujours elle s'accroît sous l'influence de la commotion imprimée au foie, et ce moyen d'exploration suffit pour la développer passagèrement chez beaucoup de sujets qui, jusque-là, n'accusaient de souffrances qu'au niveau du viscère. En revanche, elle ne manque jamais de se dissiper dès que le pus a rencontré une voie pour s'écouler hors de l'économie.
• Faut-il rattacher à la même source que cette douleur l'atrophie dont fut frappé le deltoïde droit d'un de nos malades? Cei homme , très-vigoureux , âgé de vingt-trois ans ei sans antécédents suspects, avait été pris d'une hépatite accompagnée de douleurs à l'épaule. 11 s'ensuivit un abcès qui vint s'ouvrir à répigastre. Bientôt après, les douleurs d'épaule furent remplacées par une atrophie progressive du deltoïde qu'elles avaient envahi, et, en moins d'une année , ce muscle arriva à ne plus constituer de relief spécial. Au bout de quinze mois, un trajet fistuleux avec écoulement de sérosité roussâlre se trouvant survivre encore à l'abcès , on dirigea le malade sur les eaux thermales de Baiéges. Mais ces eaux se bornèrent à amener la cicatrisation complète du foyer; et, quoique l'économie eût recouvré le meilleur aspect , le muscle resta définitivement réduit à l'état d'une mince couche contractile.
Dans les 26 cas où l'on a noté une douleur sympathique vers l'épaule droite, 25 fois la suppuration était exclusivement concentrée dans la moitié correspondante du parenchyme. Par contre, il est sans exemple qu'une inflammation de la moitié gauche de celui-ci ait fait naître la moindre douleur dans l'épaule du même côté.