Épanchement du pus dans les bronches
Non moins souvent préparée en l'absence de toute réaction fébrile qu'au milieu des phénomènes inhérents à celle-ci, l'évacuation du pus par les bronches survient tantôt comme un fait lié sans intermédiaire à la marche d'une phlegmasie aiguë ou chronique du foie, tantôt comme accident isolé de ceux qui ont déjà caractérisé le mal. Une circonstance remarquable c'est qu'elle a exclusivement lieu d'un abcès du lobe hépatique droit vers les bronches du poumon sous lequel est situé ce lobe.
Durant une première période les signes suscités par elle sont ceux d'une inflammation qui, embrassant toute la base du poumon droit, semble remonter jusqu'à la portion moyenne de l'organe en s'éloignanl graduellement des couches superficielles. Ainsi , au niveau de celte base et dans l'espace de quelques travers de doigt au-dessus, on perçoit de la malité, du râle crépitant ou du souflle bronchique; mais plus grande est la hauteur à laquelle on recherche ces signes , moins ils sont dessinés, et, là où ils s'arrêtent supérieurement, on retrouve le murmure respiratoire ordinaire. A ces phénomènes s'ajoutent des douleurs sourdes et vagues, ou bien aiguës, déchirantes, auxquelles le malade assigne pour siège les profondeurs du flanc. On observe de la dyspnée, il existe une petite
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toux quinteuse; et, de temps à autre, celle-ci triomphant des douleurs, amène des crachats qui, par leur viscosité comme par leur teinle blanche , j;iunâtre ou rouillée, rappellent ceux de la pneumonie franche. Quand un mouvement fébrile se manifeste durant cette période, le pouls n'acquiert d'habitude qu'un volume médiocre; parfois même. il est notablement réduit. D'ailleurs la réaction dont il s'agit ne suit pas une marche uniforme: si, dans la plupart des cas, elle procède sous un type continu, il n'est pas moins commun de la voir diminuer d'intensité par périodes ; dans quelques cas encore , elle simule une fièvre intermittente irrégulière.
Bientôt les douleurs se calment. Par contre la dyspnée augmente, les efforts de toux se multiplient , le souffle bronchique se prononce davantage ; et, si le travail d'expulsion envahit des points rapprochés du thorax , on reconnaît en ces points une absence complète de bruits respiratoires, une matité plus forte que dans les alentours. Enfin, le produit de l'expectoration se change en d'épais pelotons chargés de pus blanchâtre ou rouge brun. Ces nouveaux crachats sont dépourvus d'homogénéité ; le pus ne s'y montre qu'en larges veines isolées par des filets de mucus incolore. Tantôt aucune matière différente n'est associée à la leur ; tantôt on les rencontre mêlés d'une sérosité sanguinolente ou de sang pur; souvent aussi, ils entraînent avec eux de menus débris analogues à des fragments de tissu pulmonaire hépatisé ou à des houppes villeuses. Chacun d'eux se conserve distinct de ceux qui l'avoisineni. Blanchâtres ou louge brun, ils peuvent être fournis en assez grande quantité dès le principe; un de nos malades rejeta 750 grammes des premiers durant les douze heures qui s'écoulèrent à partir du début de l'expectoration.
Ce changement dans la nature des crachats ne s'accomplit pas toujours sous une transition aussi ménagée : chez beaucoup d'individus, les phénomènes liés à l'expulsion d'une vomique le précèdent. En pareil cas un sentiment de plénitude se déclare ù la base de la poitrine, des nausées surviennent, et, au milieu d'efforts de vomissement, les malades rendent un
flot de pus. Le liquide évacué de cette façon n'est jamais que rouge brun.
Quelquefois, après avoir possédé d'abord un aspect purulent, les matières rejelées arrivent à ne plus comprendre que de la bile hépatique. Issu sans douie de conduits qui débouchent à l'iniérieur do l'abcès, ce dernier fluide est amené an dehors par expectoration, par régurgitation ou par vomiques. Certains malades en fournissent des quantités considérables dans un laps de temps très-court, témoin celui de l'obs. XXXIV, lequel en rendit 900 grammes dans l'espace de quarante heures.
Assez fréquemment une odeur infecte de l'haleine annonce que l'irruption du pus par les bronches est imminente; en d'auires circonstances cette odeur ne s'exhale qu'à dater du moment où les voies aériennes ont servi à acheminer le liquide vers l'extérieur. Malgré son extrême fétidité , elle n'est point tenace : une ou deux semaines suffisent pour qu'elle se dissipe entièrement.
L'introduction de l'air dans la caverne creusée au sein du poumon ne détermine de signes spéciaux qu'autant que la caverne dont il s'agil est superficielle. Alors, au niveau de celleci , l'absence de respiration et la matité sont remplacées par des râles humides à très-grosses bulles, du souffle amphorique, une sonorité exagérée ou du bruit de pot fêlé. Mais nonobstant ces conditions nouvelles , les malades ne tardent pas à éprouver du soulagement; la réaction qui avait pu surgir s'évanouit, le calme renaît, l'appétit se réveille; les douleurs ne se font plus sentir que quand on imprime des ébranlements aux fausses côtes.
Durant une troisième période, la terminaison de la maladie se dessine.
«. Chez un grand nombre de sujets les souffrances cessent d'être provoquées par la commotion ; les crachais diminuent d'abondance et acquièrent une teinte opaline ; enfin , après avoir fourni un peu de sérosité roussâtre, l'expecloralion se suspend sans retour. A ces modifications s'associent les suivantes. 1« Si la caverne est superficielle, du souflle bron-
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chique, de la crépitation et de la maillé se substituent peu à peu aux signes que l'iiiiroduction de l'air avait développés; à son tour le souille s'attéiuie, s'efface; la crépitation elle-même devient rare, puis nulle; la sonorité se rétablit par degrés. Les changements de cette espèce ont besoin de plusieurs mois pour être complets ; ceux qui se rapportent à l'expectoration le sont avant les autres. 2" si la caverne est située profondément, le souffle, la crépitation et la maiité perçues dans les couches superficielles disparaissent avec beaucoup plus de piomptitude ; ainsi , les matières expectorées n'ont pas encore perdu tout mauvais aspect, que déjà la respiration semble posséder de nouveau son caractère normal sur chaque point du poumon intéressé. Quoi qu'il en soit, dans le premier de ces cas comme dans le deuxième, une convalescence régulière, mais lente, assure un terme solide aux effets du travail réparateur.
p. Chez une seconde classe d'individus les signes décelés par le doigt et l'oreille ne s'amendent pas ; ils se prononcent au contraire davantage. Insensiblement dépouillés de mucus, les crachats arrivent à n'être plus composés que de pus blanchâtre. Outre cela l'expectoration s'opère avec une difficulté croissante ; souvent mêuie elle ne s'accomplit qu'au milieu de contractions générales, de quintes, d'angoisses. Et, si le poids d'une trop grande masse de liquide, si des adhérences maintiennent trèsécarlées les parois du foyer; si le diaphragme a Clé largement détruit, si des lambeaux membraneux viennent s'appliquer sur la limiière des bronches destinées à servir de voies d'écoulement, le pus cesse d'être repoussé vers ces conduits. Dans les cas de ce genre , la nature tente quelquefois une dernière chance de salut en ouvrant au liquide uu passage entre les côtes (obs. XXX); mais alors une guérison n'est susceptible de se réaliser qu'autant que les désordres n'embrassent pas une étendue trop considérable Hors de là , les effets d'un travail réparateur sont au-dessus des ressources de l'économie , et le malade succombe miné soit par la dysenterie, soit par la fièvre hectique.
Telle est la marche des choses dans les différentes circon-
sua LES SUPPURATIONS ENDÉMIQUES DU FOIE.
Stances où le pus d'un abcès du foie tend à atteindre les canaux aériens. Les symptômes qu'elle soulève débutent fréquemment avec ceux dont la région hépatique peut être le siège, de sorte qu'ici la suppuration semble s'improviser simultanément dans le parenchyme jécoral et dans le poumon. A ce propos, une observation de M. Catteloup (loc. cit., p. ^35), laquelle nous fait voir, entre un abcès du foie et un abcès de la base du poumon , le diaphragme encore imperforé quoique réduit à l'étal de simple pellicule, celte observation, disons-nous, prouve qu'une hypothèse ainsi formulée n'aurait rien d'irrationnel. Cependanl nous pensons que, dans la plupart des cas qui nous occupent, l'abcès du foie s'est sourdement formé avant celui du poumon, et que les symptômes liés à son existence ont daté uniquement de l'époque à laquelle le travail destructeur s'est attaqué au diaphragme : or, cette époque précède à peine celle où le tissu du poumon commence à recevoir luimême de graves atteintes.