‹ Recherches sur les suppurations endémiques du foieChapitre 56 sur 89 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

L'existence des abcès du foie se iraduit rarement par des signes palhognomoniques; on n'arrive guère à la constater que par voie d'exclusion, c'esl-à-dire en recherchant si les symptômes qu'on observe ne se rapportent pas à une autre lésion du viscère ou à celle d'un organe voisin. Les développements dans lesquels nous allons entrer feront ressortir la vérité de cette assertion.

l. DIAGNOSTIC d'avec d'aUTRES AFFECTIONS DU FOIE, a. Kystes séreux ou hydatîques.

Accessibles au diagnostic seulement à l'époque à laquelle ils en sont venus à soulever la paroi abdominale sous forme d'une tumeur fluctuante, les kystes séreux se distinguent alors des abcès :

1" Par l'extrême lenteur de leur marche;

2° En ce qu'il ne se produit point de douleurs quand on exerce une commotion sur les parois d'alentour;

3» En ce que la saillie qu'ils ont formée à l'extérieur s'est développée sans le concours d'aucune manifestation phlegmoneuse.

Les tumeurs hydaliques se distinguent à l'aide de caractères analogues, ainsi que par le frémissement spécial auquel elles donnent lieu dans certains cas.

Au reste, ces maladies, presque aussi graves et vouées d'ailleurs à la même marche terminale que les abcès , prêtent aux mêmes indications que ceux-ci.

b. Apoplexie du parenchyme.

Avec beaucoup de praticiens de l'Algérie nous admetions que le foie peut, à la manière du poumon, être le siège d'hémorrhagies apoplectiques ; mais ces hémorrhagies entraînent bien rarement des déchirures visibles à l'œil nu ; à part un fait dans lequel il avait désorganisé en entier l'élément lobulaire d'un petit noyau, l'épanchement nous a toujours paru se borner à une infiltration du fluide sanguin au sein des couches glanduleuses. Cela nous explique pourquoi les lésions de ce genre ne suscitent de symptômes qu'autant que les noyaux envahis par elles sont frappés de suppuration.

c. Bypei'trophie du parenchyme.

Telle que nous l'avons observée en Algérie , l'hypertrophie simple du parenchyme n'exerce pas d'influence appréciable sur la santé. A peine , dans les cas où elle est prononcée à un haut degré, déterraine-t-elle une légère oppression quand, les sujets étant assis ,.le relâchement de la paroi abdominale antérieure oblige le diaphragme à supporter seul le poids excessif du viscère.

Par opposition , les abcès susceptibles de produire une dilatation de ce dernier font en général naître vers la région hépatique une sensation continue d'embarras, de tension, ou bien des douleurs aiguës , des élancements. InofTensive chez les individus atteints d'hypertrophie simple , la commotion de l'organe augmente les souffrances quand celui-ci renferme du pus, leur communique un caractère pongilif, les change en angoisses, et souvent les développe si elles ne s'étaient pas manifestées auparavant. Tandis que l'hypertrophie spéciale aux pays chauds porte constamment sur la masse entière du parenchyme , la formation d'un abcès dans la moitié droite du bord postérieur peut rendre ce bord des deux tiers, des trois-quarts , une fois plus épais. Or, une pareille augmentation d'étendue nesau-

rait être le résultat d'une simple hypertrophie ; car elle supposerait à l'organe un volume inadmissible. Par exemple, pour qu'elle eût atteint dO centimètres , le viscère qui , dans le cas d'un abcès semblable à celui de l'obs. V, n'aurait eu que les dimensions correspondanles à un poids de 4500 grammes , devrait avoir acquis le volume représenté par le poids invraisemblable de 12,000 grammes. Enfin, chez beaucoup de sujets, divers symptômes, tels que des sueurs nocturnes, une fièvre irrégulière , la dysenterie , éclaireront puissamment le diagnostic.

d. Ramollissement non inflammaloire , cirrhose, induration,

atrophie.

Le dépérissement, lié'à un ramollissement non inflammatoire du foie, diffère de celui qu'occasionne la formation lente et obscure du pus :

1» Par l'absence de toute douleur lors de la commotion imprimée aux fiiusses côtes ;

2° Par une tendance à la constipation ;

3" Par une certaine atrophie du viscère.

D'un autre côié , l'ascite, jointe à la diminution des diamètres de l'organe, distinguera toujours d'avec les symptômes d'un abcès ceux qui seront inhérents à la cirrhose du viscère , à l'atrophie de celui-ci , ou à l'induration de son tissu.

e. Cancer.

Le cancer du foie pourrait être soupçonné dans les circonstances où, l'économie ciant minée par un lent épuisement, quelques douleurs se déclareraient vers la région hépatique. En pareil cas , les raisonnements basés sur le fait d'une disposition héréditaire ainsi que sur l'existence antérieure ou simultanée de tumeurs cancéreuses appréciables au dehors donneraient quelque poids aux présomptions émises. 11 serait moins difiicile de croire à la probabilité d'un cancer, si on remarquait tous les

syraplômes que cette dégénérescence est de nature à soulever. En efiet , le cancer aurait bien alors de commun avec les abcès à marche lente le malaise épigaslrique, l'anorexie, un sentiment d'embarras et d'oppression vers l'hypochondre droit, des douleurs vives et lancinantes, la dilatation du parenchyme, quelquefois des vomissements et l'ictère ; mais il s'en distinguerait : 1° Par une tendance à la constipation ; 2" par l'ascite qu'il détermine chez beaucoup de malades ; 3° par les proportions considérables qu'atteint l'œdème des membres abdominaux lorsqu'il arrive à ceux-ci de s'infiltrer ; 4° par l'absence des signes qui annoncent la suppuration du foie. Tous les doutes seraient levés si le viscère, venant à déborder les côtes, présentait des inégalités ou des bosselures sous la paroi de l'abdomen.

f. Autres altérations.

L'état gras du foie, non plus que les tubercules , la niélanose ou les concrétions dont cet organe peut être le siège, ne développent jamais de signes accessibles à l'observation.

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