PREMIÈRE VARIÉTÉ
Forme active.
Une constitution pléthorique, robuste, bien conservée ; l'absence d'accidents intestinaux ou bilieux graves ; l'origine récente de l'affection , une ampleur très-caractérisée du pouls exigeront que l'on pratique une ou deux saignées générales dans les vingt-quatre heures. On secondera avantageusement l'emploi de ce moyen en appliquant à l'anus un certain nombre de sangsues que l'on remplacera à deux ou trois reprises au fur et à mesure de leur chute. On combattra les douleurs locales à l'aide de ventouses scarifiées et de cataplasmes. Mais si la maladie attaquée de la sorte se maintenait sans amendement , il ne faudrait pas insister sur les déplétions sanguines , de quelque espèce qu'elles fussent ; car elles n'aboutiraient qu'à débiliter le sujet : l'agent auquel il y aurait lieu de recourir alors serait le calomel.
Le mode d'administration de ce composé ne saurait être le même pour tous les individus. Chez les sujets faiblement impressionnables, on peut le prescrire d'emblée à la dose d'un gramme chaque matin pendant plusieurs jours de suite; seulement il importe de ne le donner qu'en pilules ou en électuaires, et non pas délayé dans un liquide aqueux. C'est sans doute pour n'avoir pas tenu compte de la perte liée à ce dernier mode d'administration, que des praticiens ont cru avoir employé longtemps sans inconvénient des doses supérieures à la
SUR LES SUPPURATIONS ENDEMIQUES DU FOIE. 231
précédente. Chez les natures faciles à émouvoir il est nécessaire de fractionner la dose journalière d'un gramme en trois ou (|iiatre pariies, que l'on administre à six heures d'intervalle i line de l'autre. En aucune circonstance il n'est besoin de pousser l'usage du médicament jusqu'à salivation.
Souvent il est convenable de n'employer le composé mercuriel qu'après avoir fait prendre au sujet un purgatif moins énergique. Cette précaution se trouve particulièrement indiquée à l'époque où l'appareil morbide est encore réduit à de simples prodromes. L'huile de ricin , le sulfate de soude, le citrate de magnésie rendent alors de grands services , sous la condition cependant d'être réitérés plusieurs jours de suite. A ces agents auxiliaires nous eussions ajouté volontiers l'eau de Sedliiz ei la rhubarbe ; mais elles sont si mal supportées pai fois, qu'il vaut mieux ne point les prescrire.
Il est une deuxième circonstance dans laquelle l'emploi du calomel , tout en étant indispensable, n'offrirait à lui seul aucune chance de succès. Cela a lieu quand les signes réactionnels revêtent beaucoup de violence. En pareil cas l'influence médicatrice que l'on veut provoquer se réalise d'ordinaire trop tard ; le moyen de hâter son développement, c'est d'associer la digitale au composé mercuriel , en ayant soin de diminuer la dose de celui-ci. A cet égard le mode d'administration qui nous a paru le plus siir est de faire prendre un décigramme de digitale et une égale quantité de caiomel toutes les six ou huit heures, jusqu'à sédaiion marquée. Celle dernière obtenue, on éloignera peu à peu les doses, pour arriver ensuite à les supprimer.
Après avoir abattu le mouvement fébrile , on prescrira avec fruit de grands bains lièdes. D'autre part, quelques lavements émollients ou laxatifs seront indiqués si , malgré l'emploi du calomel, il y a constipation, ou si cet agent détermine de fortes coliques sans pousser d'une manière active aux selles. A la période dont nous parlons il sera inutile de continuer l'usage du sel altérant ; elle-même, la persistance des douleurs n'en imposerait pas la nécessité; presque toujours l'action des opia-
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ces, ainsi que celle de larges vésicatoires appliqués sur le siège qu'elles occupent, achèveront la cure.
Quoi qu'il en soit , le traitement institué de la sorte n'atteindra son but qu'autant qu'à ses eflels on joindra ceux d'un régime sévère. En conséquence, la diète sera de rigueur pendant toute la durée de la fièvre ; ei lorsque le moment sera venu de l'interrompre , on ne permettra d'abord que des potages légers ou des bouillons. On défendra les boissons excitantes ; seules, des tisanes mucilagineuses, gommeuses ou lactées serviront à désaltérer le malade.
On a préconisé les .vomitifs contre la forme d'hépatite qui nous occupe : ils peuvent effectivement réussir au début des accidents ; mais , hors de là, leur action est trop infidèle pour mériter la moindre confiance. On parvient à des résultats plus positifs quand on unil 5 ou centigrammes d'éméiique à un purgatif salin, au sulfate de soude, par exemple. Toutefois il y a prudence à n'user de ce moyen qu'au début de la phlegmasie ; en le prescrivant à une période ultérieure , on court le risque d'éveiller un mouvement d'irritation très-grave dans le tube digestif.
Divers praticiens , oubliant qu'en Algérie les chaleurs développent une susceptibilité démesurée vers l'estomac et l'intestin , ont voulu étendre au traitement de l'hépatite aiguë l'emploi de l'émétique à haute dose. Si leurs tentatives ont fourni des succès, elles ont été répétées avec trop peu d'avantage par d'autres personnes pour que nul aujourd'hui songe à les renouveler.
La thérapeutique dont nous venons de tracer les règles doit subir des modifications dans certains cas.
a. Ainsi , chez un assez grand nombre de sujets, une sensibilité excessive de l'épigaslre ou d'opiniâtres vomissements annoncent que l'embarras des premières voies s'accompagne d'une irritation tiès-forte. Or, le calomel ne manque jamais d'exaspérer ces accidents : il faut dès lors en ajourner l'emploi jusqu'à l'époque à laquelle une ou plusieurs applications de sangsues auront rétabli la tolérance du viscère.
p. Si les symptômes bilieux prédominent, il sera nécessaire de débuter par l'administration d'un vomitif ; on n'ouvrira même la veine qu'autant que la réaction se prolongera sous un caractère intense. Encore observera-t-on une grande réserve à l'égard des déplétions sanguines ; car c'est surtout dans les conditions de ce genre que leurs effets sont disposés à s'exagérer , tandis que , en insistant sur l'emploi des purgatifs salins, on prépare habituellement des voies soit à l'influence thérapeutique du calomel, soit à une guérison directe.
Y- Si, enfin, l'affection se trouve compliquée d'un flux dysentérique, on repoussera à la fois les saignées générales, les vomitifs et les purgatifs. D'autre part, le calomel administré seul comme altérant ne serait point supporté, et il y a contre-indication à ce que l'on prescrive d'une manière exclusive l'opium. En semblable circonstance on commencera par promener des ventouses scarifiées sur le trajet du gros intestin ; on fera une application de sangsues à l'anus et , après avoir tenu le malade plongé quelque temps dans un bain tiède , on veillera à ce que l'abdomen reste recouvert d'un large cataplasme émollienl. Durant les périodes ultérieures on poursuivra le cours du traitement à l'aide des pilules d'ipécacuanha, calomel et opium, prises au nombre d'une, toutes les ci;;q ou six heures d'abord , puis à des intervalles de plus en plus longs, si le mouvement dysentérique s'achemine vers un terme favorable. Quant à la composition de ces pilules, on l'établira d'après la formule qu'en a donnée Segond ; c'est encore sous les proportions indiquées par ce médecin qu'on les voit réussir le mieux. Sans doute telles qu'elles sont constituées alors, elles déterminent aisément le ptyalisme mercuriel; mais dans la plupart des cas le succès se rattache en partie au développement de ce dernier.
Il pourra arriver que , malgré le traitement ainsi conçu , le flux abdominal passe à l'état chronique. On remédiera à cet inconvénient en administrant par les voies supérieures une certaine quantité d'opium ou bien des substauces astringentes opiacées.
Forme passive.
La forme passive de la variété d'hépalite dont nous parlons exclut l'emploi du calomel à dose altérante et les dépléiions sanguines. Au début, quelques purgatifs doux, de grands bains tièdes, des boissons émollientes , puis, immédiatement après qu'on a abattu la fièvre , deux ou trois doses un peu élevées du composé mercuriel suffisent ordinairement pour ouvrir des chances à la guérison.
Deux circonstances cependant motivent parfois une médication différente : ce sont, d'un côté, l'exagération des symptômes bilieux ; de l'autre, le flux abdominal qui , assez souvent , sq joint à cette forme du mal. La première de ces complications disparaît d'habitude sous l'influence de l ipécacuanha prescrit à dose vomitive; mais pour peu qu'elle se montre réfraciaire, il ne faut pas insister sur l'emploi de ce moyen, qui débiliterait sans profit le sujet; il vaut mieux s'en tenir à celui de simples purgatifs, dont l'action est alors toute-puissante.
A l'égai d du flux abdominal qui , constamment ici , affecte une marche presque atonique , il n'y a lieu de s'en occuper qu'autant qu'il survit au traitement institué contre la phlegmasie jécorale. Dans ce cas on doit recourir aux pilules de Segond, avec réserve néanmoins, afin de ne pas susciter un plyalisme qui pourrait être dangereux , vu la forme de la maladie ; on administrera ensuite les astringents opiacés ou l'opium , dès que le mouvement réactionnel sera tombé.
DEUXIÈME VAKIÉTÉ.
Hépatite franche.
En raison de la constitution propre aux individus qu'elle atteint; en raison de la période durant laquelle on l'observe; en raison aussi de son caractère hautement inflammatoire , cette seconde variété, toujours de forme active , impose l'obligation d'ouvrir plus largement la veine que dans les cas précédents. Outre cela , chez les sujets pléthoriques , on appliquera des
sangsues en permanence sur les points où la phlegraasie a concentré son maximum d'intensilé; chez les autres , les saignées locales n'ayant pas besoin d'être copieuses , il sera préférable d'employer des veniouses scarifiées , lesquelles ont l'avantage de soulager plus rapidement les douleurs. De concert avec ces moyens on prescrira du calomel, d'abord sous des doses assez fortes pour pousser aux selles , puis sous des doses réduites , sans cependant faire descendre celles-ci à moins d'un décigramme chacune. La réaction éteinte, on se comportera comme nous l'avons dit à propos de la forme active particulière à la première variété.
Dans l'hépatiie franche les saignées révulsives et les purgatifs salins sont généralement dépourvus d'effet ; il est même indispensable chez beaucoup de sujets d'associer un drastique végétal au calomel , afin de vaincre la constipation. Quant aux vomitifs , la violence des douleurs s'oppose à ce qu'ils soient mis en usage.
;2. Hépatite subaiguë.
Forme active.
Dans cette nouvelle forme d'hépatite, les émissions sanguines ont pour résultat constant de produire un état de faiblesse et d'anémie d'où les malades ne sortent qu'avec beaucoup de peine ; il faudra donc recourir à une thérapeutique différente. Lors du début du mal, celle-ci consistera à administrer en premier lieu un éméto-calhartique , et ultérieurement des pui'gatifs doux. A raciion.de ces derniers on joindra celle de bains tièdes répétés ; un régime ténu sera de rigueur jusqu'à l'arrivée de la convalescence.
Si , au moment d'instituer contre elle une médication , la phlegmasie avait dépassé la période de début, ou si, attaquée à temps par les moyens que nous venons d'indiquer, elle ne s'amendait pas , on mettrait en usage soit le calomel à la dose d'un décigrammc toutes les six heures , soit des pilules de Segond, suivant qu'il y aurait absence ou complication d'un Ilux
abdominal. En l'un et l'autre cas on ne devrait pas craindre de prolonger le traitement jusqu'au plyalisme, car celui-ci annonce d'habitude la résolution prochaine du mal. On achèverait enfin la guérison à l'aide de l'opium,
Les douleurs vives qui se déclarent parfois dans la forme d'hépatiie dont il s'agii, cèdent avec facilité à l'emploi de ce narcotique et à l'application simultanée d'un large vésicaioire -sur le point qu'elles ont envahi.
Forme passive.
Le traitement de cette seconde forme est rendu très-simple par la marche atonique de la dysenterie qui l'accompagne si souvent, et par l'absence d'accidents notables vers les premières voies. 15 décigrammes de calomel administrés en trois fois de six heures en six heures ; puis , aussitôt que l'effet purgatif de ce médicament se sera suspendu, 5 centigrammes d'opium qu'on réitérera matin et soir jusqu'à disparition des principaux signes morbides: tels sont les seuls moyens nécessaires pour acheminer promplement la maladie vers une heureuse issue.
Les cas de cette espèce sont ceux qui offrent le plus de prise à l'action thérapeutique du calomel. Cependant ils exigent qu'on ne pousse pas l'emploi de ce moyen jusqu'à déterminer la salivation , sous peine de porter à l'économie des atteintes -trop fréquemment irrémédiables.