Uépalite chronique
Dans l'hépatile chronique la chute de l'économie est si profonde que le praticien doit toujours se conduire comme si la maladie avait un caractère passif. En outre il y a pour lui obligation de varier le traitement : i° selon que les sécrétions intestinales ne sont pas troublées ou le sont seulement à un faible degré ; 2° selon qu'il existe de la constipation ; 3° selon enfin que le malade est atteint de dysenterie.
1" Lorsque les sécrétions de l'intestin s'opèrent sans trouble
appréciable ou nu sont que peu modifiées, les bains tièdes réilérés et de légers purgatifs salins produisent d'excellents résultais. L'umélioraiion une fois confirmée , on se trouve généralement bien de prescrire des infusions amères soit seules , soit alternaiiveraent avec la rhubarbe administrée à dose tonique. Un dernier moyen peut servir à compléter l'action de ceux qui précèdent : c'est le sous-nitrate de bismuth donné en petites proportions. Ce médicament est surtout utile quand les douleurs ressenties par les malades simulent celles d'une gastralgie.
A l'égard du calomel, on n'y recourra point ici; car, à quelque dose qu'on le fasse prendre , il a pour suite immédiate le développement d'accidents gastro-entéritiques fort difficiles à maîtriser.
2" Le calomel est au contraire indiqué lorsque le cours des selles se raleniit ; mais en pareil cas on ne saurait en régler l'usage qu'à l'aide de tâtonnements. En effet , toutes choses égales d'ailleurs , il n'agit qu'à forte dose chez les uns , tandis que chez d'autres il a besoin d'être employé sous des proportions plus ou moins réduites. Assez souvent il y a opportunité de faire alterner l'influence de la morphine avec la sienne; et si à la constipation se joint un dépérissement notable, c'est exclusivement à l'aide de ce narcotique qu'il faut essayer d'obtenir la guérison du malade.
Dans un grand nombre des cas de celte classe le foie est le siège d'un engorgement dur ; il y a lieu d'attaquer cet engorgement dès qu'il est reconnaissable. Quant aux moyens à mettre alors en usage, le meilleur consistera à appliquer des cautères, et, mieux encore, des moxas le long des insertions du diaphragme, ainsi que sur les points où le viscère forme tumeur. Ces révulsifs possèdent une efficacité rare; mais pour que celle-ci se réalise, il est nécessaire de les multiplier largement. En aucune circonstance on ne pourrait les remplacer par de simples vésicatoii es ou par un séton.
3° Chez les malades atteints d'hépatite chronique, l'existence d'une dysenterie impose, elle aussi, l'obligation d'employer le
caloniel ; seulement ici cet agent ne doit être donné ni à trop petites doses, ni d'une manière continue, el il importe généralement de faire succéder à son action celle des opiacés. Par exemple, le premier el le deuxième jour, on administrera 5 décigrammes de calomel au commencement de la matinée, et une dose semblable à six heures de dislance ; dans la soirée le malade prendra 2 centigrammes d'un sel de morphine; puis il restera à l'usage exclusif de ce sel les deux jours suivants. Le cinquième jour on reviendra au calomel sans le réitérer le lendemain, mais d'un aulre côté, sans cesser de prescrire la morphine. Enfin, le septième jour, on tentera une dernière fois l'aciion du composé mercuriel, de même que celle narcotique; et, si on n'en obtient pas une amélioration solide, on aura recours aux prilules de Segoud, aux astringents opiacés et aux bains.
Sous quelques dehors que se présente l'hépatite chronique, sont traitement requiert un régime doux et réparateur; des aliments lactés, de légers potages, des légumes frais, des viandes blanches, des fruits cuiis, telles seront les bases de ce régime. On ne s'astreindra pas, néanmoins, à le rendre invariable ; après la gastralgie, l'hépatite chronique est peut-être l'affection dans laquelle les malades changent le plus souvent de goûi, et il y a presque toujours avantage à le saiisfaire, eu tant que leurs désirs ne s'écartent pas trop des règles qui précèdent.
Quand l'hépatite chronique se montre réfractaire aux méthodes curatives que nous venons d'exposer, il est inutile, sinon dangereux, d'insister sur celles-ci. La seule chance de salut qu'on ait encore , consiste à envoyer les sujets dans leur pays natal ; et, ultérieurement, aux eaux thermales si, depuis une longue période, le fond inflammatoire de la maladie a cessé de s'exprimer par des signes de réaction locale. A l'égard de ces eaux, la préférence doit être donnée à celles de Vichy, de Bourbonne ou de Baréges ; mais on ne saurait les employer indistinctement contre toutes les formes de la phlegmasie. Ainsi, les eaux de Vichy, qui produisent d'heureux résultats lorsqu'il n'existe pas d'accidents intestinaux ou que ces accidents ont disparu sans retour, ces eaux, disons-nous, sont nuisibles chez
les personnes doni le tube digestif a conservé quelque susceptibilité. En revanche, les eaux de Bourbonne et celles de Baréges peuvent être prescrites dans des limites moins restreintes : il suffit pour cela que les accidents intestinaux, s'il s'en élait développé, soient descendus à une marche atonique ou paraissent eniièrement subordonnés aux conditions anormales du foie. En ce qui concerne les autres eaux thermales, en ce qui concerne également l'eau de mer, elles ne réussissent pas d'une manière assez générale pour qu'on soit autorisé à les recommander.