‹ Recherches sur les suppurations endémiques du foieChapitre 84 sur 89 · LEUR MARCHE · texte numérisé non relu

LEUR MARCHE

A. Période dtwant laquelle l'abcès se forme.

Si l'on n'a pu prévenir la suppuration, le traitement sera basé désormais sur une siricie réserve. La nature du travail qui se développe en pareil cas , travail comportant à la fois modification dans le tissu du viscère et sécrétion d'un fluide anormal; en second lieu , les difficultés inhérenies soit à l'élimination du pus, soit à l'établissement d'une cicatrice; en troisième lieu , l'existence antérieure d'accidents intestinaux; finalement, la lenteur avec laquelle le foie recouvre son aptitude fonctionnelle après la guérison, toutes ces conditions réunies exigent de la part de l'organisme un surcroît de dépense qu'accuse un état sensible d'épuisement. On s'attachera donc à ménager le sang et les forces des malades; moins que jamais l'invasion d'un mouvement fébrile ou de vives douleurs légitimerait l'ouverture de la veine; à peine ces dernières autoriseraient-elles l'emploi de ventouses scarifiées ou de sangsues. Heureusement le calomel et la digitale, administrés dans la proportion de 1 décigramme à deux ou trois reprises chaque jour, auront bientôt abattu tout ce que les symptômes dont il s'agit offriront d'accessible.

Néanmoins il ne faudrait pas outrer ici l'emploi des altérants; si, à la lin du deuxième jour, les accidents auxquels on veut

remédier n'ont pas été réduits, oi» le suspendra pour ne prescrire que de légers sédatifs, tels que la digitale associée à de menues doses de morphine, l'eau de laurier-cerise, les préparations cyaniques, etc. On cherchera en même temps à soutenir l'économie par la nourriture qu'elle supportera le mieux; indépendamment de cela, les toniques amers, le quinquina, les ferrugineux et aussi certains stimulants modérés , comme le café ou les boissons vineuses, trouveront leur place chez beaucoup d'individus. Mais tout en accordant à l'ensemble les moyens de se reconstituer, le médecin ne cessera de prévoir l'éventualité d'un flux dysentérique ou d'une rechute de celui-ci ; et si, par hasard, sa sollicitude était surprise, ce ne serait plus au calomel ni aux astringents qu'il demanderait des effets curatifs: seuls, les opiacés réussiraient à faire face aux indications qui naîtraient alors.

B. Période durant laquelle le pus s'achemine vers l'extérieur.

Pendant celte nouvelle période les données exposées ci-dessus sont encore généralement applicables ; trois circonstances toutefois exigent l'emploi de moyens spéciaux. La première est celle où le pus , s'acheminant à travers le poumon , suscite des accidents graves; la seconde, celle oùi l'abcès vient à s'ouvrir dans une des cavités séreuses du voisinage ; à l'égard de la troisième, elle se rapporte au fait de l'arrivée du pus à proximité de la région hépatique extérieure.

1° En mettant à part les sujets dont les forces ont déjà profondément fléchi, de très-vives douleurs pleurétiques, l'étendue considérable de l'inflammation pulmonaire, une réaction intense, obligent d'habitude à ouvrir la veine. Mais ici plus que jamais il importe de procéder avec modération; si une saignée de 400 à 500 grammes ne remplit pas le but qu'on a en vue, il est préférable de se rejeter sur d'autres moyens. Ainsi , le calomel administré à dose altérante rendra d'utiles services; souvent la digitale lui sera associée avec succès. Quant au tartre siibié, il devra être exclu de la pratique; outre qu'il a peu de

prise sur la pneumonie survenue dans de semblables conditions, l'énergie avec laquelle il impressionne le tube digestif pourrait , avoir des suites dangereuses. Chez les sujets affaiblis les émis- • sions sanguines sont contre-indiquées d'une manière absolue; elle-même, l'opporlunité de prescrire le calomel est environnée d'incertitudes; aussi, pour plus de sîirelé, s'efforcera-t-on de I réduire le mal par le seul emploi de la digitale.

Après que la fièvre aura été abattue, on essaiera l'application I de larges vésicatoires sur le siège des accidents locaux, si ceux- I ci persistent sous une forme inquiétante. Mais dans les cas I dont il s'agit ces topiques sont loin de posséder la même effi- 1 caciié que chez les sujets atteints de pneumonie primitive; ils ! ne constituent guère que des palliatifs, à l'insuffisance desquels ! il est nécessaire de remédier par l'administration de la mor- 1 phine ou de l'opium.

S*» Quoique rien ne démontre la possibilité de voir les malades - survivre à l'irruption du pus dans le péritoine, cet accident n'en impose pas moins l'obligation de tenter une dernière ressource. Dans ce but on fera prendre aux malades 5 centigrammes d'opium d'abord toutes les heures jusqu'à effet sédatif, puis de deux heures en deux heures , mais assez longtemps cette fois pour amener du narcolisme. Ce nouvel effet produit , on cherchera à l'entretenir pendant plusieurs jours consécutifs; et lorsque le moment de l'interrompre sera arrivé , on aura soin de ne supprimer le médicament que d'une manière progrès» sive.

Si le pus épanché dans l'abdomen venait à former une tumeur appréciable au dehors , on pourrait , à l'exemple de M. Cambay (loc. cit., p. 225) , lui donner issue avec un troisquarts. En pareil cas, malheureusement , les désordres sont si étendus qu'il faut peu compter sur une terminaison favorable.

A l'administration de Topium il serait utile de joindre l'influence du décubitus dorsal , ainsi que celle de l'immobilité ; ' mais l'agitation où l'on trouve les malades se rattache de trop près ù leurs souffrances pour cesser sous l'empire de la volonté ; et, quant à y mettre un frein par l'emploi des anesthé-

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siques , l'état misérable où est alors plongée l'économie empêche de recourir à l'aciion déprimante de ces moyens.

L'épancliement du pus dans la plèvre nécessite une médication analogue. Toutefois , ses suites n'exigent pas qu'on élève autant que ci-dessus la consomniaiion journalière de l'opium. De plus, chez les sujets dont l'état général ne se trouve pas profondément altéré, il y a indication de pratiquer la tlioracentèse dès que la plèvre renferme assez de liquide.

3** Aussitôt que l'acheminement du pus vers la région hépatique extérieure est reconnaissable, le médecin doit se demander s'il n'y a pas lieu d'en abréger la durée par l'intervention manuelle de l'art. Le motif en est qu'ù l'époque où on commence seulement à distinguer la fluctuation , les abcès possèdent souvent déjà un volume considérable. Différer davantage leur ouverture, c'est s'exposer à les voir acquérir un développement démesuré , auquel se rattacheront , après qu'on aura créé un passage au liquide, soit les dangers d'une suppuration trop étendue , soit la formation d'un kyste épais, résistant, et par conséquent propre à gêner l'établissement d'une cicatrice^ c'est s'exposer à ce que le travail morbide intéresse au loin le tissu glanduleux , ou bien conduise l'abcès à s'ouvrir dans le péritoine; enfin, c'est multiplier les chances de résorption purulente. Par inverse , les guérisons les plus nombreuses et les plus promptes se rapportent aux sujets chez lesquels on a donné de bonne heure une issue à l'abcès.

Il résulte de là que quand l'acheminement du pus vers le dehors peut être reconnu dès l'origine, les circonstances susceptibles de faire ajourner l'ouverture d'un abcès du foie se réduisent à deux , qui sont la présence de complications trèsgraves et un épuisement excessif. Ces conditions exceptées., rien ne saurait empêcher le praticien d'agir.

Maintenant, chez beaucoup d'individus, en particulier chez, ceux dont les abcès tendent à s'ouvrir dans la région épigastrique ou dans le dos , l'acheminement du pus vers le dehors est toujours décélé à temps par la fluctuation ; mais lorsque les collections occupent l'extrémité droite du viscère, on éprou-

verait souvonl des mécomptes si , pour se fixer , on attendait que le phénomène qui vient d'être indiqué fût réalisable , ou au moins qu'un gonflement œdémateux se produisît. Par bonheur , en pareil cas , l'expérience autorise à regarder la proximité de l'abcès comme sufiisante du moment où , aux signes de la suppuration jécorale, se sont ajoutés les suivants: a) développement considérable du vis"cère ; b) voussure exagérée, écartement plus grand des fausses côies droites ; c) distension et dépressibilité des parties molles qui unissent ces os; d) très-forte matité dans les points ainsi modifiés. A une telle réunion de signes correspondent soit un empyème concomitant de l'hépatite , soit le refoulement occasionné par la présence d'un abcès qui, de la grosse extrémité du foie, aurait débouché contre la paroi costo-diaphragmalique. Or , s'il y a empyème, une opération, quoique à peu près sans utilité relativement au fond de la maladie , n'aura rien d'irrationnel en elle-même ; s'il y a simplement abcès du foie, on trouvera un adossement intime du diaphragme à la paroi costale , disposition qui , assurée d'habitude par des adhérences , conduira celles'ci à s'établir autour de l'ouverture artificielle , dans le cas où leur formation n'aurait pas eu lieu plus tôt.

Un dernier principe auquel il faut encore subordonner l'application d'un traitement chirurgical , c'est que ce traitement permette de prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter qu'au sortir de l'abcès le pus ou d'autres liquides s'épanchent dans la cavité du péritoine. Sans doute quand, la tumeur étant fixe , les téguments qui la recouvrent ont contracté un aspect phlegmoneux; quand, outre cela, des douleurs superficielles éclatent ù son centre , il est à croire que la paroi abdominale fait corps avec ceux des points du foie qui sont soulevés par l'abcès ; mais il y aurait imprudence à se baser sur des probabilités de ce genre pour ouvrir la tumeur à la manière d'un abcès des parties molles extérieures. Nous ne saurions trop le redire, on doit, avant de livrer issue au pus, s'être prémuni contre la possibilité d'un épanchement intra-péritonéal.

Divers procédés ont été imaginés en vue d'atteindre ce but.

Dans les uns, lo pus ne irouve accès au dehors qu'autant que des adhérences ont réuni la tumeur à la paroi abdominale. Dans les autres, le foie est ouvert immédiatement après qu'on a incise cette paroi ; et , en altendani quf. des adhérences se soient établies , on a recours à des moyens mécaniques pour empêcher le pus de gagner la cavité péritonéale.

1» Au nombre des procédés comportant formation préalable des adhérences, on dislingue d'abord celui que nous allons exposer ei qui a été proposé par Bégin.

a. Les limites de la lumeiir ayant été déterminées aussi exactement que la diminution d'épaisseur des parois abdominales et la fluctuation en fournissent la facilité, le sujet est couché^dans son lit, les membres inférieurs relevés vers le venire, la tête soutenue par des oreillers. Le chirurgien pratique ensuite sur la partie la plus saillante de la tumeur une incision de 6 à 8 centimètres, laquelle comprend successivement la peau , le tissu cellulaire sous-cutané, enfin les couches musculaires et aponévroliques. A son tour, le péritoine est ouvert comme s'il s'agissait de pénétrer dans un sac herniaire ; puis il est incisé sur une sonde selon une étendue égale à celle de la plaie externe. Si des vaisseaux sont divisés, on les lie aussitôt pour éviter que du sang ne s'écoule dans l'abdomen.

Ce premier temps achevé , on panse à plat avec un linge fenêtré , de la charpie , quelques compresses et un bandage de corps. L'appareil n'est levé que le troisième jour; au bout de ce terme le foie adhère solidement aux lèvres de la plaie. On peut alors inciser en toute sûreté les parois de l'abcès dans la limite des adhérences et provoquer la sortie du pus. Si on le juge convenable , une canule est placée à demeure entre les lèvres de l'ouverture , afin de la maintenir béante jusqu'à ce que les parois de l'excavation se soient rapprochées.

Le procédé ainsi conçu est applicable à la généralité des abcès qui ont déterminé le soulèvement de la paroi abdominale. Mais, avec M. Haspel, nous croyons qu'on ne saurait l'employer quand la poche purulente ne forme aucun relief sen-sible au dehors; car dans les conditions de cette espèce, il i

pourrait arriver que la poche ne vînt point s'engager entre les lèvres de la plaie extérieure , et , par conséquent , ne possédât point l'immobilité nécessaire à l'organisation des adhérences. On n'hésitera pas toutefois à l'utiliser lorsque, l'abcès ayant envahi l'extrémité droite du viscère , celle-ci s'est épanouie largement contre la paroi costo-diaphragmatique ; seulement le procédé • opératoire devra subir certaines modifications. Ainsi, on commencera par inciser la peau, le tissu adipeux, les couches musculaires et la plèvre dans l'étendue de 4 à 5 centimètres entre les côtes. Si de la sorte l'on tombe sur un épanchement circonscrit par le sac pleural, on ne poussera pas plus loin l'opération. Mais si, adossés aux côtes , les plans du diaphragme se présentent sous l'instrument , on pansera la plaie de manière à leur permettre de contracter adhérence avec les lèvres de l'incision ; puis on les divisera à leur tour aussitôt qu'ils se seront réunis à ces dernières. Par mesure de précaution , on agira de même dans le cas où , pour atteindre ces plans musculaires , il aura fallu se faire jour à travers des pseudo-membranes. Ce second temps ayant été terminé par l'incision du péritoine , ori continuera comme pour le procédé exposé d'abord.

L'opération à laquelle ces détails sont relatifs ne comporte aucune difficulté; elle est surtout rendue aiséepar l'adhérence presque constante du diaphragme à la paroi costale; et, quoique nous n'ayons eu encore occasion de la pratiquer que sur le cadavre, elle nous semble appelée à prendre rang au nombre des voies thérapeutiques définies.

p. Tandis que les faits démontraient les avantages du procédé de Bégin, la crainte de voir des accidents succéder à l'incision du péritoine conduisait Graves à proposer un autre mode opératoire. Ce nouveau mode consiste à inciser la paroi abdominale couche par couche jusqu'à 3 millimètres de la séreuse; on maintient ensuite la plaie béante en la remplissant de charpie. Grâce à ces dispositions la poche purulente parvient à soulever peu à peu le fond de la solution de continuité , s'acumine au centre de celle-ci, et finit par se rompre. Ce procédé,

qui ne garantil pas suflîsamment la formation des adhérences, est à peu près abandonné aujourd'liui.

y. De son côté, Récamier crui reconnaître dans l'emploi des caustiques le meilleur moyen d'ouvrir les collections liquides du foie. Pour se servir de son procédé , on applique 20 ou 30 centigrammes de potasse caustique sur le milieu de la tumeur , afin d'y produire une escarre de 3 à 4 cenlimèires de diamètre. Cette escarre s'éiant détachée , ou bien ayant éié excisée , on réapplique au fond de la perte de substance un petit morceau de potasse, et ainsi de suite à trois, quatre, cinq reprises si cela est nécessaire pour arriver jusque dans le foyer. Lentement corrodées par le caustique , la paroi abdominale et la poche deviennent chacune le siège d'un mouvement inflammatoire qui détermine leur réunion.

Combattu par Boyer et par M. Velpeau comme susceptible d'entraîner une péritonite générale, l'emploi du caustique est loin de justifier les récriminations dont il a éié l'objet. A cet égard, les expériences de M. Cruveilhier sur les animaux fournissent des preuves péremploires ; et tels sont les résultais obtenus depuis dans la pratique médicale/, que ce mode opératoire est legardé aujourd'hui comme le plus inofl'ensif. Malheureusement il est inapplicable lorsque l'abcès tend à se faire jour entre les côtes ; et on peut lui reprocher d'occasionner une large déperdition de tissus en des régions où ceux-ci ont besoin d'être respectés.

S. En remplaçant la première application du caustique par une incision , Vidal de Cassis n'a pas apporté au procédé de Récamier une modification assez utile pour constituer un perfectionnement.

E. La ponction simple est praticable lorsque le liquide a dépassé le feuillet superficiel de l'aponévrose abdominale ou les muscles intercostaux ; hors de là , il y a plus qu'imprudence à la mettre en usage.

2" Les procédés appartenant à la seconde catégorie sont i ceux dont voici les détails : ^

a. M. Borner incisait les tissus couche par couche jusqu'au i

foie , réunissait cet organe aux bords de la plaie par quelques points de suture, et ouvrait immédiatement après la collecliou. Décrire ce procédé, c'est en révéler tout le danger.

p. Dans un autre mode opéi'atoire proposé par Cambay, on arriverait d'abord jusqu'au viscère en employant le procédé de Bégin ; puis, au lieu d'attendre les effets d'une iîiflan)malion adhésive, on plongerait immi diatement dans la tumeur un poinçon revêtu d'une canule en caoutchouc. Le poinçon retiré, on laisserait la canule à demeure au moyen do bandelettes agglutinaiives et de liens. En admettant qu'il fût facile de se servir de cet appareil instrumental , surtout si l'abcès était entouré d'im kyste résistant , on n'aurait pas moins à craindre que le retrait du foie ne conduisît l'air à pénétrer dans le sac péritonéal, ou n'empêchât la production des adhérences. D'un autre côté , on ne saurait donner une fixité suffisante à la canule ; l'affaissement de la poche , le déplacement des liens ou des bandages , enfin les mouvements respiratoires pourraient déterminer la chute de ce tube avant que le viscère se ffit réuni aux lèvres de la plaie extérieure.

En résumé , le procédé de Bégin et celui de Récamier méritent seuls d'êti e conservés. Le premier a l'avantage de ne faire éprouver aucune perte de substance à la paroi abdominale; le second, lui, expose peut-être moins aux chances d'une péritonite étendue ; mais son emploi occasionne une desti uction assez considérable de la paroi dont il s'agit, et il est d'une exécution lente quand une forte épaisseur de tissus recouvre l'abcès. Rien dès lors n'autorise à attribuer une supériorité absolue à l'un de ces procédés sur l'autre; le choix à établir entre eux sera subordonné aux indications offertes par les malades.

L'abcès ouvert , on favorisera l'écoulement du pus au moyen d'une pression légère ; on abandonnera ensuite l'expulsion de ce liquide aux effets de la rétraction musculaire et de la position. Le malade se tiendr a couché. 11 évitera les mouvements brusques , violents ou inutiles ; dans le cas d'un abcès ouvert artificiellement à l'épigastre , M. le docteur A. Minvielle a vu

les adhérences se ronjpi e sous l'influence des efforts que le malade , placé debout devant une table , imprimait au tronc pour hacher des herbes comestibles ; une mort prompte fut le résultat de cet accident. Les pansements consisteront dans l'application de larges cataplasmes jusqu'au moment où le pus aura pris un aspect séreux ; cette époque arrivée , on se bornera à recouvrir la plaie avec des gâteaux de charpie. Si la fonte morbide a ci'eusé au loin le viscère , on exercera une compression permanente sur la base du thorax et sur l'abdomen à l'aide de deux bandages de corps. Alors aussi il conviendra d'injecter à chaque pansement une certaine quantité d'eau tiède dans la cavité, de manière à remplir celle-ci. Cette pratique hâtera la marche des choses vers un terme favorable; mais elle nécessitera beaucoup de précautions , faute de quoi on rendrait possible une rupture des adhérences , ainsi qu'on en a un exemple. On secondera l'emploi des injections en mettant deux ou trois fois par semaine les malades au bain, et laissant l'eau de ce dernier pénétrer librement dans la cavité purulente.

A l'égard du traitement interne, il d^vra être calculé en vue de faire face à la dépense qu'exigera le travail réparateur. Des aliments légers , des viandes blanches, des potages seront d'abord accordés suivant la latitude qu'en donneront soit l'état général du malade , soit la présence d'une complication ; plus tard, quand l'économie se sera relevée, on prescrira une nourriture substantielle et en rapport avec les sollicitations de l'estomac. Si la suppuration est abondante et que le tube digestif ait recouvré ses conditions normales , il sera bon d'associer à l'alimentation leg vins austères, les ferrugineux, les amers; mais chez un grand nombi'e de malades ces moyens n'agiront qu'autant que l'on administrera de concert avec eux une certaine quantité d'opium.

Malgré toutes les mesures qu'on aura prises , il se pourra que le travail réparateur cesse prématurément , de telle sorte qu'aux abcès survivront des cavités plus ou moins larges et profondes , d'où s'écoulera un fluide séro-purulent. Indices

qu'un fond d'engorgement persiste au sein du foie , ces conditions nouvelles ne sauraient être modifiées ni par les altérants, ni par les effels de révulsion que déploieraient les purgatifs , les vésicatoires ou les moxas, ni par les injections balsamiques, iodées ou autres. Le seul moyen d'en triompher sera de soumettre les malades à l'usage des eaux thermales sulfureuses administrées à l'intérieur et à l'extérieur. Les eaux de Bourbonne et du Mont-Dore ne manqueraient pas non plus d'utilité, si le tube digestif se montrait exempt d'altérations.

C. L'abcès s'est ouvert spontanément au dehors. a. Abcès ouverts en l'un des points de la région hépatique extérieure.

Qu'elle ait été produite par l'amincissement des enveloppes légumentaires ou de la gangrène , l'ouverture spontanée de l'abcès sur l'un des points de la région hépatique extérieure demandera les mêmes soins que celle qui aurait été obtenue à l'aide du bistouri ou du caustique. L'issue par laquelle elle se sera opérée devra toujours être regardée comme suffisante ; néanmoins, il y aura lieu de recourir à l'intervention manuelle de l'art si, aux abords de cette issue , le pus avait disséqué la peau , les couches aponévrotiques superficielles ou le muscle grand dentelé. On attaquera alors les décollements sous-cutanés ei ceux qui seraient sous-aponévrotiques par des incisions poussées jusqu'à l'extrémité des vides que l'on rencontrera. A l'égard des décollements sous-musculaires , leur siège empêchera d'y remédier avec l'instrument tranchant ; il ne restera donc à employer contre eux que les bandages compressifs et la position, ressources d'autant plus efficaces que ces nouvelles lésions sont toujours situées au-dessus du point par où la cavité de l'abcès débouche au dehors.

b. Abeés ouverts dans le tube intestinal , l'appareil excréteur de ta bile ou

le rein droit.

Si l'abcès a débouché dans l'un des points du tube intestinal.

âSO RECHERCHES

dans les voies biliaires ou le rein , les malades rechercheront la position qui comportera le moins de souffrances, car ce sera celle qui favorisera le plus l'écoulement des fluides fournis par l'abcès. Outre cela, ils s'efforceront de garder l'immobilité durant les premiers temps qui suivront l'ouverture de la poche purulente. On s'abstiendra d'exercer aucune compression sur le thorax ou l'abdomen, pour peu qu'elle soit mal supportée. Enfin, le traitement général sera le même que dans le cas qui précède.

Ici, comme lorsque le foyer s'est ouvert à la surface de la région hépatique extérieure, le travail réparateur est susceptible de rester incomplet, et la sécrétion du pus ne saurait être tarie que par l'usage des eaux thermales.

c. Abcès ouverts dam les bronches.

On se basera sur des règles analogues pour procéder à une médication chez les individus dont l'abcès aura débouché dans les bronches. Toutefois , l'expérience prouve qu'il sera nécessaire d'administrer chaque jour à ces malades ime certaine quantité d'opium ou de morphine , jusqu'à l'époque à laquelle les crachats cesseront de renfermer du pus. Elle prouve encore que l'emploi de ces narcotiques à dose un peu élevée constituera le meilleur moyen d'arrêter la fonte du tissu du poumon, si une expectoration sanguinolente vient à dénoter que celle-ci se prolonge ou se i éitère après la formation de l'issue.

Quant à la phlegmasie chronique dont la plèvre et le poumon seront le siège , on essaiera d'en débarrasset les malades au moyen des révulsifs cutanés, des diurétiques et des iodurés. Mais pour cela il faudra attendre que le moment soit arrivé de ne plus administrer d'opium , c'est-à-dire que les crachats aient dépouillé tout aspect purulent ; car avant celte période l'emploi des agents dont nous parlons serait complètement illusoire. Encore, avant d'y recourir, devra-t-on s'assurer que les forces n'ont pas trop fléchi ; s'il en était autrement, il y aurait obligation de laisser la phlegmasie perdre toute aptitude à se

réveiller sous une marche aiguë, puis on prescrirait les eaux thermales d'Amélie-Ies-Bains , de Caulereis ou de Bonnes. On tiendrait une conduite semblable dans le cas où la médication indiquée en premier lieu resterait infructueuse. Ajoutons que, lorsqu'elles ne sont pas accompagnées d'un épanchemeul pleulotiqiie considérable ou d'hépatisation pulmonaire étendue, les traces de la phlegmasie qui nous occupe se dissipent presque toujours d'elles-mêmes avec le temps.

IV. TRAITEMENT DES MALADIES QUI PEUVENT COEXISTER AVEC LA SUPPURATION DU FOIE.

Très-peu grave en général, la phlegmasie développée vers le poumon et vers la plèvre soit par l'extension du mouvement fluxionnaire qui a surgi au sein du foie, soit par le refoulement qu'ont éprouvé le premier de ces organes et le diaphragme , celte phlegmasie, disons-nous, guérit spontanément après la cicatrisation de l'abcès ; il serait donc inutile d"en faire l'objet d'une thérapeutique spéciale. Pour des motifs analogues, la péritonite et la pleurite auxquelles l'acheminement du pus vers l'extérieur aura donné naissance, ne préoccuperont pas davantage l'homme de l'art.

D'autres maladies sont des complications réelles ; un mot sur les principes qu'on doit observer à leur égard.

a. Lorsqu'il lui arrive de se joindre accidentellement à la suppuration jécorale , la pneumonie ne saurait être traitée par les aniimoniaux comme dans les cas où elle existe seule; l'état du tube digestif s'y opposerait. Mais on emploiera contre elle avec succès le calomel à dose altérante , surtout si on a la précaution d'associer à cet agent une certaine quantité de digitale. Quant aux émissions sanguines, on se montrera très-circonspect à leur égard ; en revanche , on retirera d'excellents effets du vésicatoire à l'époque où la résolution commencera à s'opérer.

p. Le traitement interne que nécessitera l'affection jécorale, constituera le meilleur moyen de réduire l'engorgement dont

la rate se trouverait atteinte. Néanmoins , si cet engorgement était douloureux, il y aurait lieu d'instituer un traitement local, qui consisterait dans l'application de venlousi s scariliées , puis de larges vésicaloires sur le point des souiïrances.

On procéderait d'après les mêmes règles chez les individus qui offriraient les signes d'une albuminurie.

y. Un troisième ordre de complications obligera d'ajouter à la thérapeutique des abcès du foie celle qu'elles exigent lorsqu'elles se montrent isolément. Ces complications sont l'apoplexie pulmonaire, la péritonite occasionnée par l'extension du mouvement fluxionnaire dont le foie se trouve le siège ou paf une cause fortuite, les fièvres intermittentes , et enfin la cachexie qui succède à ces fièvres , toutes maladies dont il serait superflu de rappeler le traitement curatif.

S. Les altérations chroniques de l'estomac , celles de l'intestin grêle , la présence de tubercules et le choléra épidémique forceront à Bannir du traitement l'emploi des émissions sanguines, ainsi que celui des substance^ altérantes. Aux complications liées à un mauvais état du tube digestif on essaiera de remédier à l'aide d'un régime doux et réparateur, à l'aide des bains tièdes et par le changement de pays. De leur côté , les affections tuberculeuses comporteront l'usage habituel de l'opium , moyen qui est fréquemment indiqué dans le cas où le parenchyme hépatique récèle tout le mal ; ajoutons que, si l'on croit devoir prescrii e contre ces affections les huiles réputées spécifiques ou les iodurés, l'administration de ces médicaments réclamera beaucoup de prudence, vu la susceptibilité de l'intestin. Pour ce qui aura trait à la complication choléra, le génie épidémique et le degré plus ou moins avancé de la maladie révéleront la meilleure thérapeutique à suivre : ce seront donc tantôt l'opium , les stimulants diffusibles , les frictions , l'administration des astringents par les voies inférieures; tantôt les évacuants, tels que le sulfate de soude stibié, l'émétique, l'ipécacuanha ; ce seront, en dernier lieu, les moyens appropriés à la forme du mouvement réactionnel. L'orage dissipé, on ne reviendra qu'avec réserve au traitement de l affection du foie ,

:)fin de ne pas s'exposer à accroître la débilité qui , pendant si longtemps, survit aux alteinles cholériques.

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