DIRE
10 Utilisant la « méthode du filet coloré », c’est-à-dire l'injection d'un liquide coloré dans le sillage (1), l'observation du moment précis, où l'aspect symétrique de ce dernier se modifie, a fourni un nombre de Reynolds critique très nel et toujours le même, de l’ordre de 47-48. Le paramètre de Strouhal correspondant est 0,117;
20 D'autres procédés, tels que le « fil stroboscopé » ou encore la méthode du « fil chaud », appliqués à la détermination de la fréquence N, ont conduit à une courbe de Strouhal unique, ayant l'allure de celle de H. Bénard, mais d’une précision beaucoup plus grande (?). La vérification de la loi de similitude de Reynolds-Strouhal se trouve donc effectuée par ces auteurs d'une façon tout à fait remarquable.
9. Pour citer les travaux expérimentaux antérieurs à ceux de H. BÉNARD et de l’école de Ch. CAMICHEL, on pourrait remonter jusqu'au quinzième siècle, époque à laquelle LÉONARD DE VINCI résume ses recherches hydrodynamiques dans son ouvrage, intitulé « Del moto e misura del acqua » (*). Les dessins contenus dans ce traité reproduisent les observalions faites par le grand artiste de Florence sur le sillage d’un obstacle dans l’eau; si je les cite, ce n’est pas pour en retenir tous les résultats : ils sont en grande partie à retoucher, notamment ceux de la double file symétrique derrière l’obstacle, ce système instable (et inexistant), que les moyens primitifs dont disposait LÉONARD DE VINCI ne lui permettaient pas de distinguer de l’autre configuration, en apparence moins intuitive, mais qui est stable.
Après la Renaissance jusqu’au dix-neuvième siècle, les tourbillons allernés ne paraissent pas avoir été observés par les physiciens.
Parmi les travaux parus à l’époque moderne, un dessin de O. REYNoOLDS (4) doit retenir notre attention, où cet auteur constate, sans indiquer de détails, l'apparition de « tourbillons très réguliers » derrière un obstacle, dans un tube, parcouru par un courant d’eau. Plus tard (en 1891, je crois), M. BrizLouIN (6) signale la « formation périodique de rotations élémentaires » derrière un obstacle. Environs dix ans après, E. MAREY qui est le premier d’avoir obtenu de véritables spectres hydro- el aérodynamiques, photographie les sillages derrière des plaques, photos sur lesquelles l’apparition des tourbillons alternés est très nette):
A l’époque des premières publications de H. BÉNaRD, A. MaALLock (7) observe les lourbillons allernés, en donne la description et les fait intervenir, très justement, pour expliquer l'entretien de la vibration transversale des cordes
(4) Voir la deuxième planche à la fin du volume de P. Durix et M. TerssiÉ-SoLier déjà cité, ainsi que la thèse de Doctorat ès sciences de P. Dupin, p. 43-44.
@) V. P. Dupin, loc. cit., p. 30 ou P. Dupix-M. TerssiÉé-SoLier, loc. cit., p. 19.
(3) On peut consulter à ce sujet le tome IV, fascicule 2, du Handbuch der Experimentalphysik, Leipzig, 1932, p. 9-10.
(4) O. Reyozps, Philosophical Transactions, série A, t. 174, 1883, p+ 905 et 942.
@) M. Brizzoux, Leçons sur la viscosité des liquides et des. gaz, tome 1, p. 224, Paris, 1907, et : Annales de chimie et de physique, t. 23, 1911, p. 148.
(6) Voir les planches à la fin du volume de P. Noquës, Recherches expérimentales de Marey sur le mouvement dans l'air et dans l'eau. (Publications scientifiques du Ministère de l'Air, n° 25, 1933).
(7) Proceedings of the Royal Sociely, série À, t. 79, 1907, p. 262.