À) ALIMENTATION DU BÉTAIL
L'ajonc depuis un certain nombre d'années, en Bretagne principalement, fait l'objet d'une culture régulière, qui s'accroît de jour en jour, et qu'à notre avis 1l serait bon d'encourager.
Les graines, semées au printemps sur les talus destinés à former les haies, ou en pleins champs (ajonnières) ou encore des boutures faites au printemps, donnent dès l'automne de la deuxième année un excellent fourrage qui, par suite de sa faible structure ligneuse, est entièrement utilisable pour la nourriture des animaux. Dans la suite, les souches sont soumises à des coupes bisannuelles.
Toutefois 1l est nécessaire de détruire mécaniquement les piquants.
Naguère on se servait d'un lourd pilon garni de clous, et aujourd'hui on emploie des appareils beaucoup plus pratiques désignés sous le nom de hache-ajoncs ou de broyeurs d'ajoncs.
Ces outils consistent en un bâtis portant une trémie dans laquelle l’ajonc est saisi par deux cylindres cannelés qui le broient, puis il est entraîné sous forme de nappe devant des couteaux en acier, disposés en hélice sur un tambour.
Cette nappe coupée en morceaux de 1 centimètre de longueur environ est donnée immédiatement aux bestiaux.
Quelques cultivateurs d’Ille-et-Vilaine ayant constaté dans leurs étables de nombreux cas d'avortements se sont demandés si cette plante n'était pas abortive. Comme nous l'avons montré, l'ajonc contient deux principes actifs bien distincts mais inoffensifs à ce point de vue spécial. . l° Une résine, dont la teneur est d'environ 8 grammes par kilogramme de plante et dont l’action est diurétique ;
2° Un alcaloïde vénéneux cytisine CH H14 N2 O, qui passe rapidement dans l'urine, la salive et le lait.
Ce produit toxique existe dans l'appareil végétatif de l'ajonc en quantité extrêmement faible.
En effet, si les Cytisus alpinus, C. Laburnum (faux ébénier, aubour) contiennent une quantité notable de ce même alcaloïde et ont donné du lait toxique, fort heureusement l'ajonc, du mois d'octobre à fin mars, ne renferme de cytisine que dans les gousses. Il nous a fallu opérer sur 3 kilogrammes de rameaux pour en déceler des traces à cette époque, tant la teneur est faible.
Aussi pendant toute celle période les cullivateurs peuvent faire entrer l'ajonc en toute sécurité dans l'alimentation de leurs bestiaux.
Par sa faible teneur en alcaloïde, il détermine tout au plus chez les chevaux une grande mollesse et de l'essoufflement. C'est un fait bien connu des cultivateurs bretons, et ces derniers se garderaient bien de le donner à ces animaux s'ils avaient à exiger d'eux un travail pénible, par exemple une grande course à allure rapide comme le font certains commerçants.
1° Dans l'air humide, les rameaux axillaires de l'ajonc prennent un allongement considérable et tendent à devenir des rameaux feuillés peu ligneux ;
2 Les jeunes pousses soustrailes à la lumière directe du soleil offrent une diminution considérable dans le développement de la plante et principalement des piquants : la réduction de ces derniers en longueur est de 1/3 environ.
En tenant compte de ces deux faits, étant donné que les coupes successives ne nuisent pas à la valeur nutritive de ce fourrage, nous affirmons qu'au point de vue cultural l'ajonc donne le plus grand rendement sous les climats humides et là où l'éclairement est le plus intense, par exemple sur les talus limitant les propriétés si morcelées de notre Bretagne.
L'ajonc âgé de 5-6 ans, est un excellent combustible. Les tiges atteignent alors une hauteur moyenne de 3 mètres et un diamètre de 5 à 6 centimètres.
Le bois dense et dur, dégage beaucoup de chaleur en brûlant, 1l brûle même avec facilité, c'est ce qui explique d’ailleurs les incendies fréquents le long des lignes de chemin de fer bordées d’ajoncs.
Il y a quelques années, voulant utiliser la contexture ligneuse des ajoncs âgés, il a été fait une tentative mdustrielle dans la fabrication du papier, mais elle n’a pas donné de bons résultats.
La récolte des graines d'ajonc, par suite de la déhiscence des gousses doit se faire à la fin de juin ou dans la première quinzame de juillet.
À cette époque les gousses commencent à brunir el s ouvrent difficilement sous l’action du soleil.
Les extrémités des tiges, coupées avec une faucille sont placées sur des bâches ou draps étendus à l'air, en évitant le soleil de midi, on les bat au fléau avec précaution, et les graines sont ensuite neltoyées au moyen de cribles ou de tarares.
Les graines d'ajonc, pouvant contenir à certaines époques de l’année Jusqu'à 2 gr. 55 de cylisine par kilogramme, constituent une malière première dangereuse, qui, comme nous l'avons vu, à été uülisée dans un but criminel (Affaire Penhoët).
Cette toxicité paraît avoir été ignorée des auteurs qui se sont occupés des plantes alimentaires. Nulle part, en effet,
nous n'avons trouvé dans les ouvrages classiques (Cazin, PoucxeT, Fonzes-Diacon) de renseignements circonstanciés sur les dangers de l'emploi constant de cette plante.
B) DE L’AJoNC EN PHARMACIE
Deux produits actifs bien distincts existent dans l'ajonc : la résine et un alcaloïde, la cylisine, mais cette plante n'a jamais trouvé place que nous sachions dans la thérapeutique d’aucun pays.
Dans le cas où l'on désirerait faire, à l’aide de cette plante, des préparalions galéniques, il faudra tenir compte des variations en teneur alcaloïdique sur lesquelles nous avons suffisamment attiré l'attention.
Sauf la teinture alcoolique, aucune ne contiendrait la résine. Malheureusement nous ne pouvons recommander cette teinture, car par addition d'eau elle donnerait lieu à précipitation de cette résine et par suite à des mélanges troubles et d'aspect désagréable.
Les différents extraits d'ajonc que nous avons préparés sont totalement privés de la résine et leur rendement par kilogramme de plante est de :
Grammes.
POUR D eur 9.65 TO SUCS e ntine 8.89 A AlCOOlIQUE ere reste 33.10
De couleur brun rouge, de consistance molle, d'odeur agréable, de bonne conservation et sans amertume ces extraits constitueraient une excellente préparation s'ils contenaient une quantité notable d’alcaloïde, et si leurs qualités thérapeutiques avaient été établies par des essais cliniques.
La cylisine, étant localisée principalement dans l'appareil florifère et surtout dans la graine, c'est donc à cel organe,
comme on l'a fait pour quelques plantes héroïques, le Colchique par exemple, qu'il faudra s'adresser dans le cas d'essais thérapeutiques.
Ainsi que les autres résines, la résine d'ajonc est un produit peu défini. Riche en carbone, en hydrogène, el renfermant peu d'oxygène, il paraît avoir les propriétés de la Scoparine impure.
Par son alcaloïde CYTISINE, l'ajonc est toutelois suscepüble d'applications ultérieures comme sédatif et calmant dans certaines affections NERVEUSES.
On pourrait employer les fleurs en infusion, le soluté obtenu ne contiendrait pas la moindre trace de résine. Aussi la seule préparation galénique de quelque valeur thérapeutique serait l'extrait alcoolique de graines d’ajonc.
Cet extrait donnerait des préparations un peu amères, de belle couleur, d’odeur assez aromatique, de bonne conservation en sirop, et actives à cause de la cytisine.
Jusqu'alors, nous le répétons, l'ajonc ne fait partie d'aucune pharmacopée ; seul, le nitrate de cylisine a été indiqué dans les formes paralytiques de la migraine en injections sous-cuianées de 0 gr. 003 à O0 gr. 005 milligrammes.
PO