CHAPITRE IV
Résumé général des Observations
Sujets normaux. — Les observations de I à V prises chez des sujets sains au même moment de la journée et dans les mêmes conditions de digestion nous montrent que chez le sujet normal les variations dans le pourcentage des leucocytes détruits sont très faibles. Tous les sujets n'oscillent pas autour du même chiffre de pourcentage; il y a des variations individuelles, ce qui est d’ailleurs très facile à comprendre.
Les chiffres que nous fixerions pour caractériser la fragilité leucocytaire normale sont: 10, 11, 12 c/.. Ges chiffres n’ont de valeur que pour nous-même par rapport aux chiffres trouvés dans des cas pathologiques. Comme nous l'avons déjà dit, il est probable que d’autres observateurs trouveront d’autres chiffres. Ces derniers n’ont de valeur que par la comparaison qu'ils permettent d'établir.
Albuminurie, — Les observations de V à XVI concernent des cas d’albuminurie; elles confirment pleinement les résultats trouvés par Feuillié.
Dans les albuminuries, le nombre des leucocytes détruits est très élevé, jusqu’à 40 °/, et même 64°/,. Mais il ne parail pas y avoir de rapport entre la quantité d'albumine et le pourcentage de destruction. Les chiffres les plus élevés sont atteints dans les cas de néphrites hydropigènes et urémigènes avec atteinte de l'état général,
Étant donné cet état de choses, etisans vouloir combattre la
MD
théorie de l'albuminurie d'origine leucopathique, il nous est permis de douter que l'albuminurie soit due en lout où en parlie à la destruction des leucocytes.
Ne serait-il pas plus rationnel de penser que le leucocyte, tout au moins pour les cas de néphrite chronique définitivement constituée, joue plutôt un rôle passif qu'actif? Placé dans le sérum sanguin et dans le liquide lymphatique, il en subit forcément les influences, or il est facile de comprendre l’action que peuvent avoir les modifications de ces liquides dans les néphrites.
Le fait seul qu'il y a rétention de l’urée et augmentation de son taux dans le sang explique bien aussi l’altération des leucocytes. Dans leurs premières recherches sur la résistance leucocylaire, Achard ct Feuillié employaient l’urée comme agent leucocytolytique.
Ces deux faits ne sont-ils point suflisants à eux seuls pour expliquer que la fragilité Icucocytaire est surtout considérable dans les cas de néphrites hydropigènes el. urémigènes ?
Ceci, d’ailleurs, est une question loute théorique qui sert à élancher la soif féroce d'explications pathogéniques qui plus que jamais nous tourmente actuellement. Il n’en reste pas moins vrai que cette constatation de la fragilité est un signe qui a toute sa valeur au point de vue du pronostic. Les leucocytes, par leur destruction, sont les témoins de l'atteinte que subit l'organisme dans la vitalité de ses parenchymes.
Pneumonis. — Dans les maladies infecticuses aiguës ils sont encore les témoins de la lutte contre l'agent infeclieux, témoins très sensibles ct qui donnent facilement des renseignements.
Les observations de XVI à XXVI ont trait à des cas de pneumonie et de congestion aiguë du poumon.
De la comparaison des. graphiques il ressort que durant la période fébrile 1l se produit une augmentation de la fragilité dès le début, avec retour à la normale où mème au-dessous de la normale au voisinage de la crise, la plupart du temps juste avant, quelquefois un peu après. Ces résullals concordent parfaitement avec ce qui avait été déjà observé par l'École d'Achard. :
Dans leur communication du 14 juillet 1908 à la Société de biologie, Achard, Ramond et Feuillié ont constaté que la résistance leucocylaire diminuait jusqu'au seplième jour, puis s’élait relevée le neuvième. Dans leur communication à la même Société, le 19 juin 1909, Achard, Ramond et Foix concluent en disant que la fragilité leucocytaire se produit dès le début, puis que la résislance augmente durant la période fébrile.
À leur avis, celte augmentalion de la résistance est de bon augure et prouve que l'organisme lutte viclorieusement. Ils établissent que résistance leucocytaire égale résistance de l’organisme. Or les recherches sur l’activité des leucocyles qu’ils mènent de front avec l'étude de la résistance sont, de l'avis des auteurs eux-mêmes, souvent en contradiction, l’activité augmentant quand la résistance diminue.
Nous avons eu l'idée de suivre les malades pendant le plus grand nombre de jours possible après la crise et nous avons cu le plaisir de constater la concordance des résultats. Dans tous les cas de pneumonie à évolution normale, après la crise il se pro- ‘duit une ascension constante de la courbe de fragilité; elle monte tantôt en une seule fois, Lantôt après avoir présenté un ressaut.
Les Observations XVIII, XIX, XX et XXI en sont les types.
L'évolution est franche, l'ascension de la fragilité est progressive. Le degré qu’elle atteint est variable avec les individus ; nous retrouvons là une loi des plus fondamentales de la pathologie générale. Chaque organisme à sa personnalité dans la défense qu'il oppose; cette défense elle-même varie avec la virulence de l'infection.
Evolution anormale de la pneumonie. — Voyons maintenant ce qui se produit dans les cas d'évolution anormale de la pneumonie. Les observations que nous avons classées à dessein les dernières nous le montrent. Dans l'Observation XXIL, la congestion aiguë du sommet est à allure trainante, les signes persistent; la température, qui à fait une chute, revient certains soirs à 9%. Durant tout ce temps l'ascension de la fragilité ne se fait pas franchement; elle s'était esquissée après ce qui aurait dù être la crise définitive; elle redescend; l'ascension ne se fait fran-
Prius
chement jusqu'à 30 ‘/, qu'au moment où la température est revenue à la normale.
Dans l'Observation XXIIF, la pneumonie se complique d'iclère. L'ascension de la courbe ne se produit que le vingtième jour.
La malade de l’Observation XXIV, qui revint à l'hôpital un mois après sa pneumonie avec des signes de tuberculose non douteuse, présente une courbe de forme particulière. Ce que nous voulons surtout faire remarquer, c’est que l'ascension ne s'est effectuée que tardivement, qu'elle a été lente et qu’enfin elle n’a atteint que le chiffre de 15 o/,, ce qui est fort peu.
Nous voyons donc que l'étude de la résistance leucocytaire prolongée, dans la pneumonie longtemps après la crise, ne manque pas d'intérêt. Dans les cas favorables, il se produit une fragilité nette et franche; dans les autres cas, l'ascension de la courbe est faible et se fait attendre.
Nous reproduisons une courbe provenant de la Semaine médicale ‘ novembre 1909), dans un article d'Achard. Nous remar-
ESS enr se AT Re eee
Courbe droite. Courbe transposée,
quons qu'au moment où elle a été arrêlée, l'ascension de la fragilité commençait à se produire. Nos résultats trouvent encore ainsi une confirmalion. (Nous faisons remarquer que pour comparer le graphique d’'Achard aux nôtres nous avons 616 obligé de le reproduire d’une façon inverse. Les ascensions dans ses courbes dénotent une augmentalion de résistance; dans les nôtres, elles dénotent, au contraire, une augmentation de la fragilité.)
Notre dernière observation de pneumonie montre que la veille et l'avant-veille de la mort du malade, alors que l'état général élait fortement alleint, la résistance leucocytaire était considérable.
Pleurésie aiguë. — Dans les deux Courbes XX VI et XX VII con-
cernant des cas de pleurésie aiguë à évolution franche, nous voyons la fragililé, qui a été considérable surtout dans la première observation, diminuer d’une façon progressive et continue durant tout le temps de la résorption du liquide pleural. La plus grande fragilité correspond au moment où le liquide est le plus abondant.
Dans la deuxième courbe, nous voyons même s’esquisser un début d’ascension que nous ne pouvons que rapprocher de ce que nous avons signalé dans la pneumonie.
Dans l'Observation XX VII, la malade est fort suspecte de tuberculose; la courbe n’a plus du tout la même forme, elle ne subit guère de modifications, elle reste à la normale. Cette courbe tranche tellement sur les deux précédentes que nous ne pouvons nous empêcher de nous demander s’il n’y aurait pas dans ce fait un élément de diagnostic et de pronostic.
Pleurésie purulente. — Dans le cas de pleurésie purulente qui suit, nous voyons la courbe baisser aussi à mesure que diminue la quantité de pus dans la plèvre. Puis, au moment de la convalescence, elle subit encore une ascension qui l'amène au chiffre de 30 °/o. |
Fièvre typhoïde. — En ce qui concerne la fièvre typhoïde, les Observations XXX, XXXIetXXXII montrent que, durant le début, la fragilité leucocytaire est considérable. Puis elle a tendance à
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se rapprocher insensiblement de la normale. Ces résultals concordent avec ce que signalent Achard, Ramond etFoix dans une communicalion à la Société de biologie, le 19 juin 1909.
L'Observation XXXI nous montre en plus que, précédant l'issue fatale, sous l'influence de l'hémorragie abondante qui s’est produite, la chute de la fragilité s'estopérée brusquement. Les leucocytes ont présenté immédiatement une grande résistance.
En ce qui concerne l’'Observation XXXIIT nous en avons fait l'interprétation à côté de la courbe; nous n'y reviendrons pas.
Méningite aiguë. — Le Graphique XXXIV, qui appartient à un cas de méningite aiguë, dénote au moment du début de la chute thermique une forte résistance supérieure à la normale. Puis, pendant la convalescence, la courbe subit une ascension qui se fait en,deux temps. Celte fragilité leucocylaire pendant la convalescence est des plus significatives ; elle rappelle en tout point ce que nous avons déjà signalé, notamment dans la pneumonie.
Erysipèle. — L’Observation XXXVI concerne. un cas d'érysipèle de la face ayant évolué favorablement, la fragilité y est élevée.
Tétanos. — À côté de ces observations, nous avons placé un cas de télanos mortel. Les examens ont été pratiqués le jour même de la mort, an moment où l'organisme était des plus infectés. Nous avons trouvé la plus grande résistance leucocytaire que nous ayons constatée : 2 °/..
Tuberculose pulmonaire. — Les trois malades dont nous ne notons que les pourcentages de fragilité et les trois observations qui suivent permeltent d'établir que dans la tuberculose pulmonaire, surlout à la troisième période, la résislance est au-dessus de la normale. |
Cirrhose du foie et cancer. — Les observations qui suivent ne concernent plus les maladies infectieuses, mais bien les maladies cacheclisantes : cirrhoses du foie et cancers. Nous rencontrons dans toutes, de XL à XLVE, une fragilité importante.
L'organisme atleint, dans ces cas, de cachexie est imprégné de toxines dont l’aclion retentit sur les leucocytes.
injections da sérum. — Sur nos trois observations concernant
LE Lo
les injections de sérum, deux ont été prises chez des individus jeunes, le sérum apparait nettement comme producteur de fragilité leucocytaire ; il n'en est pas de mème dans le Graphique XLVIIT, le pourcentage de fragilité n’est point modifié. Il est possible que l’âge du malade : soixante-douze ans, ait une certaine influence sur cet état de choses, les réactions de défense étant toujours très diminuées chez les vieillards.
Nous tenons à rappeler ici ce que nous avons constaté dans l'Observation XXIX. Lorsque le premier examen de fragilité leucocytaire a été pratiqué, la malade élait soumise depuis douze jours à des injections quotidiennes de 20 centimètres cubes de sérum, or nous avons trouvé un pourcentage élevé: 37 °/,. Il ne nous parait point douteux à la suite de ces faits que le sérum de cheval produise sur les leucocytes une sensibilisation, une augmentation de leur fragilité.
injections de collargol. — 11 ne nous semble point que le collargol agisse de la même façon. Nous ne pouvons point conclure nettement, le nombre des observations étant trop restreint, cependant chez le Malade XLIX on est obligé de constater qu'à la suite du collargol la résistance s’est trouvée augmentée. Dans le Cas L le phénomène est certainement moins net; nous attendons d'avoir de nouvelles observations pour conclure à ce sujet.
Secousse 1