‹ Recherches sur les variations de la fragilité leucocytaire dans le cours de certaines maladiesChapitre 31 sur 32 · AO · texte numérisé non relu

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attendre, lorsqu'elle se fera, mais faiblement, le malade devra être surveillé de plus près.

La conclusion (hérapeutique qui en découle est qu'il faudra rechercher l'emploi des médicaments qui favorisent cette sensibilisation des leucocytes, qui excitent leur fragilité. L'emploi du sérum de cheval nous semble assez indiqué par les résultats qu'il nous a fournis dans nos observations.

Celle conclusion que les faits nous ont obligé à tirer, à savoir que la fragilité leucocytaire est fonction de la défense de l’organisme, nous à d'abord, nous l’avouons, quelque peu étonné. Notre esprit s'est un peu révolté à la pensée que les leucocytes élaient d'aulant plus actifs qu’ils se laissaient plus facilement détruire. Nous nous garderons bien de nous lancer dans l’explication de ce phénomène, au premier abord paradoxal. C'est une voie fort dangereuse dans laquelle, à notre avis, on se lance souveut trop facilement; elle est la source d'erreurs incommensurables. Elle donne le jour à de multiples théories qui s’entrechoquent, durent l’espace d’un matin, puis retombent dans le néant parce que vaines. Il est plus sage d'écouter les faits; en essayant de donner plus de portée à leur voix, on risque souvent de la fausser.

Nous n'avons, disons-nous, point tenté de donner une ou plusieurs explications à ce phénomène, au premier abord paradoxal. Il nous aurait été fort facile de le faire. Nous avons été beaucoup plus satisfait en relisant les comptes rendus des recherches de l'Ecole d'Achard, de voir que cette opinion élait plus conforme à certains résultats qui y sont relatés que la théorie de la résistance leucocytaire fonction de la résistance de l’organisme.

En effet, Achard, Ramond, Feuillié, etc., ont mené de front, comme nous avons pu le voir dans notre chapitre consacré à l'historique, la recherche de la résistance et celle de l’activité leucocytaire. Nous avons expliqué ce qu'ils entendent par aclivilé et comment ils la mesurent, nous n’y reviendrons pas. Or, nous allons nous permettre de reproduire ce qu'ils notent dans le compte rendu de leurs expériences.

Dans un cas d’asphyxie, ils notent une diminution de la résislance en même temps que l'augmentation de l'activité.

Dans un cas de pleurésie purulente et hémorragique, ils trouvent que la résistance a diminué dans le cours de l'infection, tandis que l’activilé s'élevait.

Dans un cas de pneumonie, la résislance, assez forte le troisième jour, a diminué le septième, puis s’est relevée le neuvième. L'activité, faible le troisième et le cinquième jour, s’est renforcée le seplième, puis s’est affaiblie le neuvième ct le douzième jour.

Dans un article de la Semaine médicale (1909), Achard établit que dans les maladies aiguës l’activité leucocytaire s’abaisse pendant la période d'état, puis se relève à la guérison. De plus, l'injection intra-veineuse d'argent colloïdal est suivie d’un abaïssement de l’activité.

Nous voyons nettement combien tous ces faits s'expliquent avec notre conception ; ils concordent absolument avec nos résultals ; l’augmentation de l’activité leucocytaire pendant la convalescence correspond à la fragilité que nous avons trouvée ; l'abaissement de l’activité, sous l'influence de l'argent coHoïdal, correspond à l'augmentation de la résistance que nous. avons signalée. :

À l'appui de notre conception de la fragilité leucocytaire efficace dans la lutte contre l'infection, nous pouvons ciler les recherches longues et précises qui ont été faites en Russie par Manoukhine sur la leucocytolyse spontanée.

Il a résumé ses travaux concernant la pneumonie dans les Archives des maladies du cœur et du sang de 1912. IL établit l'existence dans le sang de ferments leucocytolytiques et anlileucocytolytiques ; ces ferments subiraient dans les maladies des varialions relatives et non parallèles de quantités. C'est de la résultante de ses influences que dépendrait la destruction des leucocytes. Il indique les procédés à l’aide desquels il suit les variations de ces propriétés leucocytolytiques et anli-leucocytolyliques. [ls sont lorls précis, mais sont certainement trop complijués pour entrer dans le domaine de la clinique.

Il établit que, après une légère leucocytolyse au tout premier début de la pneumonie, apparait une forte leucocytolyse au moment de la défervescence qui persiste les jours suivants. « La fin de la maladie est décidée par cette leucocytolyse », dit-il.

Il cite ensuite cinq cas de pneumonie mortelle et dans ces cinq cas la mort est survenue en l'absence de propriétés leucocytolytiques da sing. Il écrit encore : « Les modifications se produisant chez les vieillards et les organismes intoxiqués par l'alcool ou la syphilis présentent cette analogie qu'il ne survient dans le sang au cours de la pneumonie ni leucocytose, ni leucocytolyse, deux conditions indispensables à la solution favorable de la maladie. »

Dans les cas de faible leucocytose, il recommande d'examiner les propriétés leucocytolytiques pour diminuer les causes d'erreur de pronostic; si ces dernières sont très prononcées le cas peut évoluer favorablement.

Nous voyons que cet auteur, à la suite de recherches absolument différentes des nôtres, est arrivé à des conclusions identiques. La destruction des leucocytes est donc une réaction favorable de l’organisme.

Manoukhine a étudié les propriétés qui produisent la destruction des leucocytes dans l'organisme; sa technique est assez compliquée. Dans nos recherches, nous avons essayé d'apprécier l'élat du leucocyte en lui-même en lui faisant subir un trailement d’épreuve. Il est certain que par ce fait nous devons déterminer la résultante des forces contraires auxquelles il était soumis avant sa sortie de l'organisme.

Aussi croyons-nous que la méthode que nous avons employée doit fournir des renseignements utiles à la clinique.

Puisque nous nous croyons autorisé à établir que la fragilité leucocytaire est, dans les maladies aiguës, un mode de défense important contre les agents infectieux, il est logique que la thérapeulique cherche à la provoquer ou à la favoriser. De nouvelles recherches s'imposent afin de connaitre les divers agents thérapeutiques qui peuvent avoir une pareille action.

L'attention nous semble devoir se porter tout d'abord sur les substances qui ont déjà été reconnues aples à exciter la leucocytose. Nous voulons parler de la pilocarpine employée par Jaksch, la spermine préconisée par Lœvy et Richter, l'hémialbumose (Jacob), la peptone (Krausmann), l'acide nucléinique (Vaughan), l'extrait de sangsue (Bosc et Delezenne), la talliamine (Slassano et Billon).

Les observations que nous avons prises sur l'action du sérum de cheval nous semblent assez nettes pour le désigner comme une arme utile pour provoquer la fragilité leucocytaire.

Tout dernièrement, le 21 mai 1913, Manoukhine, poursuivant ses recherches sur les leucocytolysines, a fait paraître un article dans la Semaine médicale qui peut nous donner de précieuses indications. Il relate les résultats favorables que lui a fournis l'irradiation de la rate pour la production de la leucocytolyse spontanée. Si la rate, soumise à l’action de doses de rayons Rœntgen d’une intensité appropriée, produit une plus grande quantité de leucocytolysines, les leucocytes en seront grandement modifiés et,;° soumis à notre méthode d'épreuve, ils présenteront certainement une augmentation de leur fragilité. Celte méthode de l'irradiation de la rate pourrait donc être notée parmi les procédés capables de provoquer la fragilité leucocytaire. Or, dans une pareille méthode, il faut surveiller le plus étroitement possible les progrès du traitement, afin qu'il ne dépasse point le but.

Pour cela, l'idéal consiste à avoir une technique si précise et si sensible qu’elle permette de juger des moindres variations. Or il nous semble qu’en faisant subir aux leucocytes une épreuve, comme nous l'avons fait, on pourra saisir des différences dans leur degré de destruction qui auraient pu échapper à un examen direct. Aussi croyons-nous que pour la surveillance du traitement notre méthode présentera de réels avanages.

La recherche de la fragilité leucocylaire dans le cours des maladies aiguës sera donc pour la clinique un précieux auxiliaire ; elle fournira des indications pour le diagnostic, pour le pronos-

tic et permettra d’instituer une thérapeutique rationnelle. Elle fournira en plus l'avantage de pouvoir surveiller minutieusement les effets du traitement, ce qui peut être considéré comme l'idéal.

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