‹ Recherches sur Montaigne: documents inéditsChapitre 4 sur 11 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

Examinons pourtant I Pierre a été jurât, prévôt, sous-maire, maire! Peut-être cela n'indique-t-il qu'une capacité administrative ; pourtant cette dernière fonction, remplie le plus souvent par de très grands personnages, ne lui a pas été conférée à cause de l'éclat de son nom et de l'ancienneté de sa race; il falloit bien que cela fût pour son mérite personnel. Mais il a été membre d'une Cour souveraine, qu'à l'origine quelques personnes regardoient comme supérieure aux Parlements. ISela suppose une certaine éducation, cela prouve au moins qu'il entendoit le françois; mais il comprenoit aussi le latin, puisqu'il lisoit dans l'original la Théologie naturelle de Sebon, A la manière dont Montaigne dit qu'il a appris le grec, on peut inférer que c'est son père qui le lui a enseigné ; Montaigne dit encore que son père avoît familières les langues italienne et espagnole ; il me semble que tout cela promet.

On opposera peut-être les paroles de Montaigne ; mais elles montrent que la superbe , dont on l'a gratifié , n'étoit pas aussi exubérante qu'on le dit Montaigne ne regardoit pas scn père comme un savant ; lui-même disoit : « Je n'entends rien au grec, » quoiqu'il possédât, lût et citât des auteurs grecs; mais ni son père ni lui ne possédoient les langues anciennes comme les Govea, les Élie Vinet, les Marc-Antoine Muret, les Grouchy, les Guérente, les Buchanan,les Millanges avec lesquels ils vivoient; d'où Montaigne concluoit que c'étoit ne rien savoir que savoir moins que ces érudits.

Non -seulement Pierre Montaigne avoit connoissance des lettres, mais il les çultivoit, il se permettoit de faire des vers latins, et en 1511, c'est-à-dire lorsqu'il avoit à peine seize ans, il adressoit à Piellé des distiques latins qu'on a imprimés l'année suivante à la suite du poème : Guillertni Piellei, Turonensis, de Anglorum ex Gallis fuga et Hispanorum ex Navarra expulsione. Parrhysiis, Bonnemere, 1512, in-iï goth.

Pait-étre ces vers n'ont-ils jamais, depuis, été reproduits, et je me fois » plaiâr de les transcrire.

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