JOHANNI DE DURAS
CARMEN SIMONIDEUM.
« Ogygius, dextro natus sub sydere vates, (( Prompsit grandisono martia bella pede.
M Bella per iliacos late grassata pénates, (( Sub quibus oppressit mors violenta Parin.
c nie, cothurnato Smyrneus carminé, vates « Eacide cecinit facta superba ducis; (( Iste, Sophocleo fucatos ore Britannos a Franca dejectos e regione canit; (( Gujus magniûcas cupiam si dicere laudes, (( Pondère sub nimio Musa pusilla gemet. »
Quelque jugement qu'on porte sur ces vers, et dût la mtisa pmilla faire songer à la tendre musette de la chanson , il est certain qu'ils témoignent que ce garçon de seize ans, comme pourroit dire Montaigne, entretenoit un certain commerce avec les vates Smyrneus et Ogygius. On y sent l'exubérance et la boursoufiQure de la sève scolastique; mais l'homme qui les a écrits auroit fait au moins un très bon bachelier es lettres dans le xix* siècle.
Une circonstance qui n'est pas sans intérêt, c'est la dédicace à un Duras, lorsqu'à son tour Michel a dédié à une dame de cette famille; on aime à constater cette perpétuité de relations alOfectueuses, elle prouve plus pour la consistance et la considération de la famille des Montaigne que les méchancetés de Scaliger ne peuvent contre elle (1).
Je termine ce qui regarde le père de Montaigne en relevant
(1) Quant au personnage. Je ne vois pour la concordance' des prénom et âge que Jean de DuraSy né le quatrième de la première femme de Jean de DurforU C*est lui qui, en 1512, a pris le nom et fait la branche des Civrac^
une erreur échappée à M. Grûn. Il dit que Pierre vivoit encore lorsque l'ouvrage de Sebon fut imprimé. Pierre Maataigne n'existoit plus lorsque cette traduction fui terminée ; il est mort le 18 juin 1568, et la Théologie neparAt qu'en septembre 1569. C'est comme cela que Mîdid a été amené à dater sa dédicace du jour mortuaire.
La mort du père me fournit l'occasion de reproduire ici, sur la mort du fis, une observatioq que j'ai consignée ailleurs sans réacmdre la difficulté.
Tous les biographes sont en désaccord sur la date de la mort de l'auteur des Essais ; il m'avoit paru que la date inscrite sur le tombeau devoit être celle qui offroit le^plus de garantie; or, le mausolée dit : « Les ides de septembre » — ce mois étant dans le calendrier romain un de ceux où les nones tomboient le 5, les ides, par conséquent, tomboient le 13 ; donc, cette date correspondoit au 13 septembre 1592.
Voici maintenant la difficulté : M. Lamothe, secrétaire de la commission des monuments historiques de la Gironde, vient de publier, dans le rapport de 1855, un extrait de la concession faite à madame veuve Montaigne, pour son mari, d'une sépulture dans l'église des Feuillants de Bordeaux. Deux messes dévoient être dites chaque année, l'une le troisième jour du mois de septembre et l'autre en commémoration du jour de l'inhumation (probablement chez les Feuillants). Si la première date est exacte (1), à quoi pourroit-elle se rapporter, si ce n'est au jour mortuaire; il faudroit donc, à ce compte, accepter le 3 septembre, et regarder le 13 comme une erreur du tombeau; pourtant la date du 13 est inscrite sur le volume des Éphémérides de Beuther, et je persiste à croire que c'est celle-là qu'il faut maintenir.
il pouvoit alors avoir vingt ou vingt-cinq ans, il devint grand oncle de Jean, qui épousa Marguerite de Grammont. Pierre auroit dédié à Tancêtre, et Michel à la femme du petit neveu et à la belle-sœur de celle-ci. {Marguerite de Grammont^ femme de Jean de Durfort, vicomte de Duras^ et madame de Guiche, femme de Philibert de Grammont.)
(1) Du Cayla, qui a vu cet acte (27 janvier 1593), dit que Vobit en ques^ tion est fondé pour le 13 septembre, M. Lamothe se seroit donc trompé ?
H. Grûn s'occupe incidemment d'un des frères de Montaigne ; il cite une phrase de Moreri, qui dit que le roi donna le 27 juillet 1565, à Albert de Luynes, un commandement devenu vacant par la mort du capitaine Saint-Martin, frère du philosophe; et comme Montaigne dit que son frère le capitaine Saint-Martin est mort à vingt-trois ans, et que M. Grûn regarde comme prouvé qu'il étoit l'aîné de Michel, il déclare sans hésiter que Moreri s'est trompé. Quand il s'agit de Montaigne, il faut savoir douter, et je crois plus prudent et plus utile aux recherches ultérieures d'accepter sous réserves tous les renseignements jusqu'à preuves contraires, surtout ceux qui viennent d'hommes comme Moreri. Or, ces preuves nous manquent. Je tiens donc pour probable, jusqu'à plus ample informé, le renseignement de Moreri, et M. Orûn lui-même remarque qu'il est confirmé par Abel Jouan qui, dans son journal, dit que le roi étoit en effet à Gondom le 27 juillet 1565 ; mais il s'agit de faire concorder ce renseignement avec ce que nous savons des frères de Montaigne, et il faut d'abord résumer les faits qui sont incontestables.
Montaigne dit être né le troisième des enfants de son père. Il est constant qu'à la mort de Pierre il étoit l'aîné des survivants; ses deux aînés étoient donc morts avant 1568; Nous n'avons aucun renseignement sur eux. L'un s'appeloit Beauregard; après lui la terre a passé à l'un des frères, qui en a pris le nom, ce qui prête à une confusion de personnes qui ne cesse qu'à partir de Ta mort du père.
Montaigne dit que son père, en mourant, laissa cinq enfants mâles, mais il laissa aussi trois ûUes, ce qui fait dix enfants avec les deux aînés morts antérieurement.
Ainsi, à la mort de Pierre, existoient :
Michel, seigneur de Montaigne, né le 28 fév. 1533 âgé de 35 ans Thomas, seigneur de Beauregard, 1 7 mai 1 534 (1 ) 34
(1) Thomas a eu en même temps le titre de seigneur d*Arsac-'(Éphémérides). Quant à la seigneurie de Beauregard, elle avoit dû antérieurement appartenir à l'un des aînés, décédé alors. (Voyez Pierre.)
Pierre, seigneur de la Brousse (I), né le iOnov. 1535 Age de 33 ans Jeanne, mariée à Lestonnac, 17 oct. 1536 32
Arnaud, prop'* dans Tile de Macau, 1 4 sept. 1 541 (2) 27 Léonor, mariée à Camein, 28 août 1552 16
Marie, mariée à Cazelis, 19 fév. 1554 14
Bertr. Charles, seig' de Mattecoulon, 20 août 1 560 8
(Beauregard et Mattecoulon survivoient seuls à leurs frères à la fin du XV !• siècle.)
Quant au capitaine Saint-Martin, mentionné par Montaigne et par Moreri, ce ne peut être Arnaud, puisqu'il a dépassé l'âge de 23 ans. Donc, pour que le renseignement de Moreri fût exact, il faudroit que Pierre Montaigne eût un fils de plus, lequel, né en 1542, seroit mort en 1565, et comme le père vivoit encore il ne figure pas au tableau ci-dessus. Celte supposition donneroit à Pierre Montaigne onze enfants au lieu de dix (3) ; elle n'est pas improbable.
Relativement au titre de sieur de Saint-Martin que porte Arnaud au contrat de mariage de Marie, dans cette supposition, il Tauroit pris à la mort de ce frère, comme les autres frères ont porté successivement les titres de Beauregard et d'Arsac, et on
(1) Pierre a été qualifié aussi de seigneur d*Arsac : c'est sous ce titre quMl figure, en 1579, au contrat de mariage de sa sœur âiarie (M">« de Cazelis); cependant, en 1590, Thomas figure encore comme seigneur dMrxac, Casieray Lilhan et Loirac ; il avoit épousé Jacquette d^Arsac. Ce dernier nom me parolt donc avoir été porté en même temps par plusieurs personnes, car en 1565 il existoit un Gaston d'Arsac qui n'étoit pas Eyquem, lequel épousa Louise de la Chassaigne (sœur de la femme de Michel Montaigne); Gaston et Jaquette étoient enfants de premier lit de la femme de La Boëtie. J*ai indiqué ces diverses alliances dans la notice sat cet ami de Montaigne. (Arsac, village et château à 4 ou 5 lieues (15 ou 20 kilom.) de Bordeaux, canton de Castelnau de Médoc.)
(2) Arnaud est qualifié seigneur de Saint-Martin au contrat précité, il étoit mort à cette époque.
(3) Je ne puis me dispenser de faire une remarque qui prouve avec quelle méQance il faut accepter les arrangements généalogiques les plus certains à Tapparence. Du moment où je possédois la date de naissance d'Arnaud, 15&1, en y joignant les 23 ans que Montaigne fixe pour la durée de sa vie, j'obtenois 1564 pour la date de sa mort, et le renseignement de Moreri relatif à son remplacement en 1565 paroissoit inattaquable. La preuve qu'Arnaud vivoit en 1568 a renversé tout cet échafaudage.
— »0 — remarquera que ce qui sembleroit confirmer cette opinion de deux personnes pour le même titre, c'est que celle que je suppose ravoir porté la première est dénommée capitaine Saint-Martin, tandis que la seconde est dite seulement sieur de Saint-Martin. Il semble qu*il y a là une distinction ; le premier Saint-Martin étoit militaire, rien ne dit que le second le fût. Ce dernier possédoit la terre, il en prenoit le nom. S'il en est ainsi, ce seroit au capitaine que se rapporteroit une lettre autographe, que je possède, de Charles IX transmettant des ordres pour le capitaine Montaigne, en 1561.
Quant à la légitimité de la signature prise sur un acte de 1567, et que j'ai attribuée à Arnaud de Montaigne, malgré la contradiction de M. Grun, elle est certaine et prouvée par des signatures postérieures entièrement conformes.
Répondant à la Dixmerie, Jay et quelques autres, qui ont supposé que Montaigne étoit lié aux Guises par des bienfaits reçus, M. Grûn dit que les seigneurs de la maison de Lorraine n'étoient pour lui que des princes étrangers. M. Delpit a déjà signalé Terreur de cette appréciation et rappelé les faits historiques qui la contredisent; elle est d'ailleurs complètement démentie par les détails de la vie intime.
Le duc de Mayenne a épousé, en 1576, Henriette de Savoie, fille unique d'Honorat de Savoie et de Françoise de Foix, et il en avoit reçu le comté de Castillon. Montaigne se seroit donc trouvé forcément en contact avec son puissant voisin, quand déjà il n'auroit pas eu avec lui les relations qui résultoient de sa liaison avec le duc de Guise (1) ; mais son intimité avec la maison de Foix établissoit surtout des rapports — Michel étoit fort ami du marquis de Trans (Germain, Gaston, de Foix), qui lui remit le collier de l'ordre; il étoit lié avec les trois fils du marquis, il leur consacre un souvenir dans ses Éphémérides (mes bons seigneurs et amis); il prit une part active au mariage de l'un d'eux, Louis de Foix, et il dédia à sa femme, Diane de
(i) Montaigne dit de François de Guise : « Un prince des nôtres et nôtre « il étoit à très bonnes enseignes, encore que son ori^ne fût étrangère. »
Foix , le chapitre de Tln^titation des Enfants. Or, cette dame étoit cousine issue de germain avec la femme du duc de Mayenne. Les princes lorrains ne pouvoîent donc être étrangers à Montaigne qui, du reste, a déclaré assez de fois, mérae en parlant aux rois eux-mêmes, qu'il n'a jamais reçu de récompenses des services qu'il a rendus, pour qu'on ne le soupçonne pas d'avoir accepté des bienfaits de qui que ce soit.
M. Grûn parle de d'ËLBÈNB qu'il croit avoir été ambassadeur de France à Rome^ dans le temps où Montaigne visita l'Italie, et, sur un renseignement inexact, il va jusqu'à dire que Catherine de Médicis donna au philosophe une lettre de recommandation pour ce personnage. M. Grûn auroit mieux fait de s'en rapporter à Montaigne qu'à Meunier de Querlon, car c'est ce dernier qui a inventé un d'Elbëne ambassadeur, tandis que Montaigne dit très exactement M. d'AsÉm. Il s'agit en effet de Louis Chasteignier de La Roche Posay, seigneur d'Âbain ou d'Abin, comme disent les rois Charles IX, Henri III, Henri IV, etc. , qui lui donnent toujours ce seul nom, ainsi qu'on peut le voir dans les nombreuses lettres que contient l'ouvrage d'André Duchesne. Cette grande maison étoit alliée aux maisons de France, d'Espagne et d'Angleterre (1).
Ludovicus Castaneus Abennius, vir nobiîitate, eruâitione^ fartitudine et morum probitate insignis, dit de Thoù.
M. d'Abein fut chevalier de l'ordre, membre du conseil privé, capitaine de cinquante hommes d'armes, maître d'hôtel or^aire du Roi et gentilhomme de la chambre. Il accompagna le duc d'Anjou en Pologne, et, à son retour, Henri III l'envoya, en 1576, à Rome pour faire l'obédience au pape Grégoire XIII, et il resta comme ambassadeur jusqu'en 1581. Il étoit père du célèbre évêque de Poitiers, qui naquit à Tivoli pendant ceMe ambassade, en 1577. Montaigne dit qu'il le connaîsscit de
^ (1) L'errear a d'autant plus iPiiuportance qu'un Delbene est efféttlYetnent intervenu en Italie pour les affaires de France. Alexaridre^ sans caractère officiel, contribua activement, en 1589, à réconcilier Henri IV avec le Saint- Siège; c'est lui qui apporta au roi son absolution, en 1596.
hngue main; nous voyons^ en effet, Charles de Gamaches, cousin de Tévéque, épouser Éléonore de Montaigne, veuve de François de la Tour d'hier.
Je ne sais si cette erreur de fait a été déjà signalée à M. Grûn, mais elle n*a pas échappé à Térudit M. Lapeyre.
M. Grun établit, par le témoignage de de Thou et celui de M*** de Gournay, que ^Montaigne étoit à Paris en 1588 : il existe aujourd'hui un témoignage bien autrement authentique dans le curieux récit fait par Montaigne lui-même de son emprisonnement à la Bastille, inscrit dans les Éphémérides, par conséquent nous n*en sommes plus à chercher les preuves ; mais, à cette occasion, M. Grûn parle d'une lettre autographe de Montaigne que je possède et qui est, sans aucun doute, de cette année, et, à ce sujet, il trace ces incroyables lignes! « Son interprétation » A DONNÉ LIEU A TROP DE DISCUSSIONS et permet trop de doutes » pour qu'il soit prudent d'invoquer ce document. » Où M. Grûna-t-il vu, je ne dis pas trop de discussions^ mais l'ombre d'une discussion^ sur l'inierprétation historique de cette pièce? Au contraire, chose remarquable ! lors de la contestation sur l'authenticité, on se basa uniquement sur la présence dii mot PASSEPORT, qu'on disoit ne point exister alors (il se trouve sept fois dans l'ordonnance d'institution des postes, 120 ans auparavant), pour établir que c'étoit une pièce apocryphe, mais personne, peu ou prou, de près ou de loin, n'a attaqué le contexte de la lettre ; on ne s'en est pas occupé. En la publiant, j'ai hasardé quelques explications sur les faits et les personnages auxquels elle fait allusion, et pas plus alors qu'antérieurement le texte de cette lettre n'a été mis en doute. En quelques mains qu'ultérieurement celte pièce se trouve, elle donne des renseignements importants qu'on ne rencontre pas ailleurs, et je ne vois pas dans quel intérêt M. Grûn , qui ne l'a jamais touchée, veut la frapper d'interdiction.
La possession n'exerce sur moi aucune influence, car, lorsque j'ai acquis cette lettre, j'avois de grands doutes sur son authenticité, non comme émanation de Montaigne, elle me paraissoit
inattaquable, mais comme autographe. Quelques soupçons, démentis depuis, me faisoient croire que ce pouvoit être un calque, et, lorsque je Tai publiée, je n'avois pu revoir Toriginal, et je ne l'ai jugée que sur le fac-similé, compromis, de »!"• Delpech.
M. Lapeyre, qui s'est beaucoup occupé de cette lettre et qui regarde comme incontestable la date de 1588, ajoutée dans le temps, Ta étudiée au point de vue historique, et sa conviction est inébranlable. Les deux frères morts sont évidemment Anne et Claude de Joyeuse, tués à Goutras. Les corps sont à Mon^ trésor ; c'est là qu'ils ont été inhumés, et le grand-'père étoit seigneur de cette petite ville; les daines éplorées sont : la mère, Marie de Batarnay et la femme d'Anne, Marguerite de Lorraine ; le comte dé Thorigny étoit parent de Joyeuse, c'est pour cela qu'il va consoler ces dames. Montaigne dit au maréchal de Matignon : Vous avez su.... parce que Thorigny, son fils, lui avoit écrit, etc. , etc. Il est donc très important de maintenir l'intégrité de cette lettre, précieuse par ses renseignements et jugée d'une authenticité incontestable par les hommes les plus compé» tents.
Je m'arrête, et si j'ai été long, la faute en est à Montaigne et à M. Griin : on s'attarde aisément en aussi bonne compagnie. Pour terminer, je résumerai, en les classant, les renseignements les plus importants insérés dans cet article, soit qu'ils se rapportent à des lacunes ou à des erreurs.
Ce travail donc remet au jour ce qu'on a écrit sur l'origine et l'étymologie du nom d'Eyquem. — Page 11.
Il fournit un renseignement sur la manière dont on pronon-* çoit, au moins à Paris, le nom de Montaigne. — Page 10.
Il prouve qu'au xv* siècle les Eyquem étoient marchands. — Page 41 .
Il fixe l'époque vers laquelle la terre de Montaigne est entrée dans la famille et par conséquent celle de l'anoblissement. — Page /|3.
n établit que Pierre Montaigne n'étoit pas étranger aux lettres. — Page 45.
Il donne la première liste exacte, je le crois au moins, des enfants de Pierre Eyquem. — Page 48.
11 réfute M, Griin dans ses erreurs d'appréciation sur le caractère de Montaigne. — Page 14.
Il présente à diverses époques l'importance de la terre de Montaigne. — Page 33.
Il complète ce qui a rapport au patronage de Labontan. — Page 36.
Il fait connoitre un fait généralement ignoré, le droit de litre, sur l'église des Feuillants de Bordeaux. ^ Page 37.
Il répare l'omission faite par H. Grûn au sujet de la bourgeoisie de Libourne, possédée par Montaigne. —Page 39.
Il fait connoitre une traduction manuscrite des lettres de bourgeoisie romaine. — Page 58.
Il rappelle le fait, révélé par les Éphémérides, que Montaigne a été gentilhomme de la chambre du roi de Navarre. — ^Page 34. Il fait connoitre que Mattecoulon a été gentilhomme de la chambre du roi de France. — Page 33.
Il discute le reproche adressé à Montaigne d'avoir manqué à son devoir à la fin de sa mairie. — Page 21.
Il constate la présence de Montaigne au parlement de Paris, avec voix délibérative. — Page 30.
Il rectifie l'erreur d'un d'Elbëne, ambassadeur à Rome, en 1580.— Page 51.
Il rétablit la vérité sur la lettre autrefois possédée par M"** de Castellane. —Page 52.
Il explique et justifie le passage des Essais dans lequel Montaigne dit qu'il a reçu la majesté royale en sa pompe. — Page 17. Il fait connoitre le nom du village où Montaigne a passé ses premières années. — Page 33.
Il fixe invariablement le nom jusqu'ici ignoré du Montaigne, qui a été secrétaire de Catherine de Médicis, lequel n'est ni Michel, comme on l'avait cru, ni Jacques, comme l'a pensé M. Grun. — Page 10.
Il r^ute l'erreur de M. Griin relativement à l'époque de la mort du sieur de Saint-Martin, — Page 4^.
Ua dernier mot : M. Grûn n'est pas de l'avis du poète Callimaque (1) ; il a voulu faire un gros livre, mais il n'y est parvenu qu'en accumulant des extraits, des citations, dans une proportion telle, que l'ouvrage est devenu l'histoire du temps et du pays de Montaigne, plus que celle de Montaigne lui-même. Quelques pages neuves et substantielles, un très petit nombre de pièces nouvelles, mais l'une d'elles intéressante au premier chef» des aperçus nouveaux, parmi lesquels compte l'attribution des avis à Henri III, si elle se confirme* au lieu de Charles IX,
BIEN QUE GELA NE TOUCHE PLUS dorénavant LA VIE DE MONTAIGNE,
et le résumé chronologique, montrent ce que M. Grûn auroit pu faire, s'il avoit su s'arrêter à ce qu'il étoit possible de bien faire; mais après avoir rassemblé de nombreux matériaux en étudiant les Essais avec une rare sagacité, en fouillant avec une ingénieuse persévérance l'histoire générale et l'histoire locale, M. Grûn a laissé subsister dans son livre trop de traces de son travail; il a imité un architecte qui, après avoir terminé un édifice, laisseroit debout l'échafaudage qui auroit servi à le construire. On peut dire même qu'il a négligé le principal pour l'accessoire, et, chose étrange I c'est par cette portion surabondante de son livre que l'ouvrage vivra, si, comme je le crois fermement, il a de l'avenir. Les erreurs, les lacunes regrettables qui le déparent feront bientôt reconnoltre que les faits biographiques, les jugements qu'il contient ne peuvent être acceptés qu'avec réserve et après vérification ; mais un lecteur sérieux qui voudra lire avec fruit, approfondir, comprendre Montaigne, trouvera dans l'ouvrage de M. Grûn un ensemble de renseignements qu'il chercheroit péniblement aux sources : c'est une introduction, une préparation utile à la lecture des Essais; je ne sais si c'est là le genre de succès qu'a ambitionné M. Grûn, mais je me trompe fort ou c'est celui qu'U obtiendra. Mais les devanciers de M. Grûn ont le droit de se plaindre qu'il ne leur a pas suflGisamment rendu justice (2). U n'a pas
(1) T6 jieYa PtpXtov terov tô [uyaktù xaoUâ.
(2) Je no sais môme pas si M. Grûn est juste pour ses collaborateurs; il
apprécié ce qu'on savoit ou plutôt ce qu'on ne savoit pas sur Montaigne , il y a seulement vingt ans, alors qu'on ignoroit comment étoit figurée sa signature, alors qu'Aimé Martin, Vhomme spécial, refusoit un volume, parce qu'il portoit au frontispice Motaigne, alors qu'on payoit les exemplaires des Essais autant de francs qu'aujourd'hui on les paye de fois 100 fr. Il a fallu les efforts réunis et divers de MM. Villemain, Biot, Jay, Victorin Fabre, Leclerc, Droz, Dutens, Mazure, Bourdic- Viot, Naigeon, Guizot, du Roure, Vincens, Johanneau, Labouderie, Amaury Duval, Gence, et, dans un autre ordre d'idées, les recherches de MM. Buchon, Macé, Jubinal, Vieil-Gastel, d'Etcheverry, Jouannet, Delpit, Lapeyre, Brunet, Lamotbe, etc. , pour arriver à rassembler une somme de matériaux, non pas suffisante pour construire la biographie, encore impossible, de Montaigne, mais pour comprendre la nécessité de nouvelles recherches et apprécier les résultats qu'elles dévoient produire. Dans ces conditions, les hommes les plus scrupuleux ont dû se tromper souvent, et M. Grûn s'est trop complu à faire l'histoire de leurs erreurs. Séduit par des richesses apparentes, M. Grûn a cru que le moment étoit venu de les mettre en œuvre; son livre prouve qu'il s'est trompé. Alors qu'il le publioit, les Éphémérides de Montaigne venoient en montrer les erreurs et les lacunes : M. d'Etcheverry trouvoitdes lettres nouvelles et le complément d'une remontrance, que publioit M. Dosquet; plus tard, H. . Delpit publioit une nouvelle remontrance bien plus considérable qi^e la première (1) ; le regrettable M. Parison dotoit le monde littéraire, et on peut dire Montaigne lui-même, d'une admirable page ; M. Tross nous n4)portéit d'Allemagne un volume qui constate l'intimité de Montaigne avec Loisel. Le
dit, au sujet de la protestation faite contre la réélection de Montaigne : « Sur MBS INDICATIONS, Vams du Conseil éTÉtat et les Lettres patentes du « rot ont été trouvés aux Archives de la ville de Bordeaux. » Jusqu'ici J'ayois cru qu'en beaucoup de choses, mais surtout quand il s'agit des Archives qui lui sont confiées, c'étoit M. d'Etcheverry qui donnoit les indications.
(1) Voir aux pièces additionnelles.
moment n'étoil donc pas venu d'entreprendre une œuvre frappée de caducité avant que de nattre.
Pour mon compte, je puis dire que la dernière année m'a plus appris de choses nouvelles que les dix qui l'avoient précédée, et, en outre des renseignements historiques que je dois surtout à U. Lapeyre, des notes généalogiques à M. de Gazenave, des renseignements bibliographiques et philologiques à M. Brunet, des pièces officielles, des actes notariés dont je dois plus de 50 copies ou analyses à Finfatigable M. Delpit, je sais encore plusieurs centaines de pièces dont le dépouillement est à faire ; en ce moment même M. le vicomte de Gourgues annonce la publication de plusieurs de ces actes. Quel écrivain pourroit se décider à entreprendre une biographie sans profiter de pareils matériaux 7 C'est donc en connoissance de cause et non par la négligence dont les accuse M, Grûn, que les admirateurs de Montaigne n'ont encore rien entrepris de définitif.
La voie que U, Grûn vient de parcourir, d'une manière plus brillante qu'il ne semble le croire, avoit été ouverte avant lui par fiuchon, MM. Macé^ Jubinal, d'Ëtcheverry, Vieil^Gastel, etc. , qui avoient senti le vide de cette partie de la vie de Montaigne, par Jay, qui publioit les Avis, les croyant l'œuvre du philosophe, par Victorin Fabre, à qui le rapporteur du concours de 1812 reprochoit d'avoir t déparé les beautés du premier c ordre répandues dans son ouvrage.,., en donnant à la vie pu- « blique de Montaigne plus d'importance que l'histoire ne « l'autorisoit à y en attacher. » La part de M. Grûn est assez belle pour qu'il ne s'attribue pas le mérite de l'initiative qui ne lui appartient pas ; ce qu'il appelle la vie publique de Montaigne avoit été ébauché avant lui, et la biographie de l'auteur des Essais reste à faire encore après M. Grûn.
Janvier 1856.
NOTA. Cet article, inséré d'ubord dans le Bulletin du Bibliophile {Janvitr — février, 4856) , a subi depuis quelques modiflcçitions (Voy. Duras, page A6).