SUR LA NAISSANCE
PAR liÉOBr PAVIiET,
Réimpression de la hroclture publiée chez Rouvroy ; Namur ^ 18S4 (1).
 monsieur le rédacteur de VOrgane de Huy»
Je compte sur votre impartialité, monsieur , pour vouloir bien insérer dans un de vos prochains numéros la lettre ci-jointe, en réponse à quelques attaques littéraires dont j'ai été l'objet dans plusieurs de vos numéros , notamment dans
(1) ^ Messieurs J. GRANDGAGNAGE ^ président à la Cour de Liège, membre de V Académie de Belgique ; B. DU MORTIER, membre de la Chambre des Représentants et de l'Académie de Belgique, et Ch. DE THtER, avocat à liège.
Mbssibcks,
Je me disposais à envoyer à VOrgane de Huy une réponse à vos attaques, an sujet de la naissance de Pierre VHermite , publiées dans le Bulletin archéologique liégeois , dans VOrgane de Huy y et aux recherches de M. Domortier, insérées dans V Emancipation j le Journal de BruxeUes^Xa Gazette de Liège, etc., quand je reçus Pinvitation d^ assister à Tinauguration de t la statue en bronze que va, dans quelques jours, élever la ville d'Amiens à ce grand homme qui, suivant nos Picards, naquit dans son sein. Voulant que ma réponse paraisse avant la cérémonie et lui ayante entraîné par le sujet, donné plus d'étendue que je le pensais, je préfère, pour ne pas mettre à contribution VOrgane de Huy , qui ne parait que tous les dimanches, et ne pas fatiguer plus longtemps ses lecteurs en faire une petite brochure que je vous envoie , messieurs, sans aucun changement, sous la forme d'une lettre familière adressée à VOrgane.
Il était juste qu'après avoir entamé, bien qu'involontairement, cette querelle historique , je ne me retirasse pas du combat. Vos plumes savantes, plus exercées que la mienne à ces sortes de luttes, ont su joindre l'élégance à l'érudition. Je n'ai pas cette prétention, qui ne conviendrait guère à ma faiblesse; je cherche la vérité et rien de plus. L'ai -je trouvée? Aux érodits à juger.
Quelque infime que soit mon nom dans celte lotte, je n'ai pas craint de l'y mêler. Je me suis rappelé ces sages paroles de Paul-Louis Courrier : « Publiez, publiez; si votre pensée est » bonne, on en profite; si elle est mauvaise, on la corrige . et on en profite encore. »
Yeuiltez agréer, messieurs, ma considération la plus distinguée.
Lko:^ PAïJLET.
Mons, 12 juin 18d4,
votre numéro du dimanche 19 mars 1854. Nous cherchons tous la vérité, monsieur, veuillez nous aider ddos nos recherches.
Je viens de connaître seulement ces articles par la note d'un travail sur Pierre l'Hermite publié récemment par Vhonorable monsieur!. Grandgagnage, dans le Bulletin Archéologique Liégeois et dans votre numéro du 4 de ce mois. 11 remercie M. Charles De Tbier du concours qu'il lui a donné « pour renverser « tout l'échafaudage d'arguments élevé par moi en faveur de la naissance de « Pierre l'Hermite. »
Quoique lea attaques dont j'ai été l'objet ne soient que littéraires , c'est-à-dire considérées par bien des gens comme des vétilles, je tiens à ne pas les laisser passer sous silence. 11 est peu agréable d'être classé dans cette catégorie de voyageurs que Sterne appelle simplemeat} meilleurs , et qu'un des vôtres, messieurs, appellerait volontiers d'un nom plus énergique, si de pareils mots pouvaient s'employer dans un article de fond de grand journal.
La question , du reste , a pris trop d'importance pour m'écarter du combat après avoir été le premier à l'entamer.
Ce n'est pas toutes roses que d'aimer la vérité.
Je n'ai pas compris, monsieur le Rédacteur, que l'auteur des articles s'évertuât en galté , dans votre numéro du 2 avril , à propos d'un renseignement fourni aux antiquaires de Picardie par M. de Marsy , procureur impérial à Vervins ; M. de Marsy s'est montré très-judicieux en nous faisant connaître une pièce inédite sur Pierre l'Hermite» Rien n'est à négliger quand on cherche le vrai : il n'est tel mauvais auteur qui ne puisse prouver pour l'esprit de son temps.
Les renseignements de Jean-Baptiste Boitel , quoiqu'on disent ces messieurs » ne s'éloignent pas trop de la vérité. Les surnoms de Petit- Pierre et Coneau-pète (1) que les Français et les Grecs ont donnés au célèbre prédicateur , ainsi que le peu que nous connaissons de Pierre VBermite ne sont pas favorables à sa beauté physique, nouvelle preuve en faveur de son influence, dans un siècle oh la force était le droit et oh la beauté du corps était la seule considérée.
Rassurez-vous, messieurs , ce n'est pBS h l'abdomen volumineux ûe Pierre l'Hermite que nous érigeons une statue. Si l'on naît affreux sur le territoire d'Amiens, on se dédommage de ses imperfections physiques en comprenant noblement les nobles choses.
Quant à M. Hardouin , conseiller à la cour de cassation de Paris, dout la logique serrée et la vaste érudition prouvent que la pairie de Du Gange n'a pas dégénéré , son nom est assez connu dans les sciences historiques pour le mettre à l'abri des plaisanteries plus ou moins attiques qu'un de ses contradicteurs jette sur les antiquaires qu'il représente. Laissons ces plaisanteries aux écoliers: plaisanter n'est pas répondre.
L'honorable M. Grandgagnage aussi a une tendance à nous reprocher ce qu'il appelle notre légèreté. Ce reproche pourrait trouver son application ailleurs que sur les bords de la Seine.
Parler aussi de la lettre de votre numéro du 9 avril, signée Pierre l'Hermite,
(l) Cucupétre on Cucupiètre, Cucu Pierre^ Kiohio Pierre^ etc.
serait monotone pour ne pas me servir d'une expression plus énergique , comme le dit l'élégant signataire de cette lettre. Je suis trop poli pour lui renvoyer ses traits à la manière des Partbes.
11 me semble que le nom de Pierre l'Hermite devrait être assez illustre pour le garantir de pareilles plaisanteries, et que chercher ainsi sa naissance et se servir ainsi de son nom, ce n'est pa^ se montrer bien digne d'être son compatriote : on ne conquiert pas seulement un grand homme par le hasard de &a naissance » on le conquiert par la reconnaissance, et attendant qu'on puisse le conquérir par l'histoire, et la Société des Antiquaires de Picardie» dont voos vous moquez avec tant d'agrément, me semble plus que vous à la hauteur de sa mission. Croyez bien que si la statue de Pierre VHermite ne reluit pas encore au soleil sur une des places d'Amiens, ce n'est pas pour donner à ses prétentions quelque fonde^ ment dans l'histoire, mais tout bonnement parce que M. Forceville désire faire une œuvre qui soit digne de l'homme. (1) »
J'ai le droit de parler ainsi, messieurs ; je me suis montré trop impartial pour ne pas avoir mes coudées franches en répondant à vos attaques. J'ai dit à la commission : « Soyez consciencieuse, faites des recherches, laissez votre amour- » propre de côté; c'est la vérité qu'il nous faut. »
Les recherches ont été faites, et si le résultat n'est pas en votre faveur, ne vous en plaignez qu'au ciel de n'avoir pas fait naître Pierre l'HermOe sur les bords du Hoyou.
Bia>@as9K»
J'ai fait, l'an dernier, un pèlerinage archéologique dans votre belle ci antique petite ville.
Après avoir visité sur le Hoyou les débris qui donnent encore à Theure qu'il est, à votre cité un cachet moyen âge que Uége perd tous les jours , je suis allé rendre visite à votre belle église primaire^ à Saint-Pierre, votre vieille église romane, puis an tombeau de Pierre VHermite,
Ce pèlerinage me fut Toccasion de deux lettres familières à mon ami Garnier, bibliothécaire de la ville d'Amiens. La Société des Antiquaires de Picardie trouva bon d'insérer ces lettres dans ses bulletins.
Ce sont ces lettres que MM. De Thier et Grandgagnage ré/'u(enr ni plus ni moins que s'ils avalent affaire à Dom Mabillon et à Dom Luc à'Achéry, de Saint- Quentin, en Picardie. Ces messieurs honorent mes lettres des noms d'article et de fravatL J'étais loin de m'attendre à tant d'honneur.
Aussi vais-je faire en sorte de me montrer digne de la bonne opinion que ces messieurs ont eue de moi. Il ne faut pas que la reconnaissance laisse vieillir le bienfait.
Vous dites, messieurs, que je n'ai trouvé ce que j'ai avancé que dans mon
(1) L*inaDgaration du monument aura lieu le 29 du mois de juin.
^Cctte inauguration a eu lieu, et Tœuvrc de M. Gcdéon Forceville décore à T heure qu'il est la place Saint-Michel à Amiens.^
imagination, que je n'ai pas vu ce que j*ai vu, ni entendu ce que j'ai entendu. En un mot que , pour avoir le plaisir de dire du nouveau, j'ai inventé.
Voilà ce dont je dois me défendre /kit respect pour la vérité , comme vous le dites.
» M. Paulet, — dit M. De Thier, — aura probablement emporté » (ni plus ni moins que Gargantua les tant grosses cloches de Notre-Dame), « le petit henni- » tage avec lui pour en doter le cabinet archéologique des antiquaires de Picar- » die, » qui n'en a guère besoin, messieurs, attendu que chez nous on conserve religieusement les débris des vieux Ages et qu'une richesse de plus ne se verrait pas au milieu de tant d'autres.
M. Grandgagnage, à son tour, avant de revenir sur mes choses risquées , me
met au défi de citer « quelqu'un connaissant l'hermitage et l'historien racon-
» tant le temps de jeunesse que Pierre VHermite serait venu passer loin de son » pays dans cet hermitage.
» M. Panlet, — dit M. De Thier, glisse fort légèrement sur la chronique de » Bruges, pour arriver à la tradition locale qui fait nattre Pierre VHermite à » Huy, tradition qu'un écrivain français est venu lui-même constater f (î) Il » déclare qu'il a parcouru le pays et que personne ne lui en a parlé. Apres avoir » découvert un hermitage, qui échappe à tous les regards, nous nous expliquons » parfaitement qu'il n'ait pas trouvé les traces d'une tradition qui sort de toutes » les houehes. »
Ceci dit, la guerre commence, et M. Grandgagnage attend les vacances pour passer le Danube.
Ainsi donc, messieurs, aucune tradition ne dit que Pierre VHermite, dégoûté du monde , vint se réfugier dans un hermitage situé aux environs de la ville de Huy aucun historien n'avance ce fait I Je l'ai inventé à plaisir, ingénieusement, comme vous le dites , pour détruire l'autorité du Nécrologe de M. Grandgagnage.
Je ne vous dirai pas, messieurs : interrogez les Hutois, que j'ai moi-même interrogés la semaine dernière et dans les réponses desquels j'ai trouvé la tradition orale aussi nette que si elle était un fait historique ayant sa date. Vous ne le voulez pas : la tradition contraire sort de toutes les bouches! Aucun historien n'avance ce fait !
Ouvrons donc, messieurs, l'historien de la ville de Huy ; il va se charger de répondre pour moi :
<c Le vénérable Pierre VHermite, dégoûté du métier des armes et ayant con- » fié la tutelle de ses enfants à quelques amis, prit les ordres sacrés et se re- » tira pauvre et ignoré, dans une retraite qu'il s'était choisie au pays de Liège. » Ainsi, hermite de nom il le fut encore par la manière austère dont il vivait : » silencieux et solitaire^ la méditation des choses saintes l'occupait nuit et jour.
<c Saerarium Huense.
(1) Nous verrons comment M. d^Héricoart est venu lui-même constater la tradition locale, et comment aussi ce n^est plus à Huy, d'après de nouvelles études^ que la tradition Tait naître Pierre VHermite^ comme si une tradition orale pouvait se déplacer.
« (L'auteur a écrit cette vie d'après les manuscrits de Neuf-Moustier). d
F. GoRRissEN (de Hut). Histoire de la ville et du château de Huy> Huy, Delhaise, 1839.
Qu'en dites-vous, messieurs? en voici un et un Hutois encore! un professeur d'histoire au collège de Huy... Il se retira pauvre et ignoré dans une retraite qu'il s'était choisie au pays de Liège,., et cela est écrit d'après les manuscrits de Neuf-Moustier, dont Pierre avait été prieur.
Et ne croyez pas, messieurs, que ce soit le seul historien que je puisse citer. A cent lieues environ de Huy se trouve dans la bibliothèque publique d'Abbeville une compilation de divers manuscrits qui rapporte la même tradition.
N'allons pas si loin, messieurs, ouvrez Gilles de Liège et vous y trouverez : Ad partes Leodienses revertitur. (1)
Encore un de vos compatriotes, celui-lk, Gilles de Liège.
Et cette tradition ne la voyez-vous pas entière dans Guibert de Nogent , qui a connu Pierre V Hermite ei qui le fait naître... nisi fallor... dans la ville d'Amiens, deux mots sur lesquels vous arguez et qui s'entendent très-bien de la ville d'Amiens... ou des environs, où Pierre VHermite avait été religieux. Guibert de Nogent, malgré son style poétique , est trop exact, trop instruit pour confondre le diocèse d'Amiens avec la Germanie inférieure.
Revenons à notre tradition. Pierre VHermite, esprit remuant et mobile, disparaît du diocèse d'Amiens. Guibert de Nogent le perd de vue et quand, plus tard, il a occasion de parler de lui : « Pierre. •— dit-il — originaire , si je ne me trompe, » de la ville d'Amiens.... avait mené la vie d'hermite, dans je ne sais queUepar- » tiède la Gaule supérieure, d'oii, étant parti, dans je ne sais quelle intention , » nous l'avons vu parcourir les villes et les villages pour la prédication. » (2)
Ceci m'explique très-bien pourquoi les premiers croisés furent des Belges et non pas des Picards.
La partie delà Gaule supérieure, oîi Pierre VHermite avait mené lavie d'hermite, après son départ d'Amiens, fut, d'après la tradition , les environs de Huy. Ce fut effectivement dans ce pays que les premiers croisés s'assemblèrent et prirent la croix , excités par les prédications de l'bermite Picard. Si donc Pierre l'Hermite était parti des environs d'Amiens qu'il habitait, comment voulez-vous qu'il eût emmené des Liégeois?
M. De Thier demande qui aurait pu engager Pierre VHermite à venir passer ses jours dans un pays qui n'était pas le lieu de sa naissance f On comprend qu'en l'absence de documents intimes sur le fameux prédicateur , il ne me soit pas possible de répondre à une question qui n'est d'aucun poids dans cette discussion et qui dépend d'un autre ordre d'idées que celui que nous avons adopté, ne Toulant baser nos raisonnements que sur d<?s faits connus , des traditions et des écrits , et non sur des présomptions dont le vague pourrait nous égarer.
(1) Je ne vois rien dans ces mots d^où Ton paisse conclure qne Pierre était de Ilny. Malgré M. Damortier, revenir au pays de Liége^ ne signifie pas être né km pats di Liégr.
(2) M. Domortier me permettra de prendre le texte de Guibert tel qu'il est , sans user des tortures de la ponctuation.
Pierre l Hermite , du Qffite, n'esl pas le seul grand homme que l'on voit se plaire hors de son pa^rs. Poussin préférait Rome k Paris. 11 y est mort.
Voilà donc des historiens, messieurs. J'en passe et des meilleurs.
Vous m'avez mis au défi de citer, je cite, non le Père d'Oultreman» que je n'ai jamais ln> maïs vos historiens eut-mémes.
Quant à moi, vous le savez , je ne suis pas antiquaire , je n'ai été qae le truchement de la tradition ; je l'ai recaeîllie dans votre ville même , non chez des savants, où j'aurais pu trouver de la partialité, car, comme le dit M. Grandgagnage , « on sait que les historiens sont un pen sujets à caresser le pays, la ville » dont ils racontent (es faits. » Je l'ai recueillie dans le peuple même, chez quiconque avait connaissance de Pierre VHermite, et quoique vous en disiez, messieurs, la tradition orale est conforme à la tradition écrite.
Quant à l'hermitage , sur lequel vous voulez bien plaisanter avec tant de gentillesse, vous voyez bien que, par induction logique, il a existé , il existe. Je ne vous ai pas dit qne j'avais vu cet hermitage, mais qu'on le montrait encore dan» le pays- Les Hutols qui m'ont avancé ce fait m'ont-ils induit en erreur? Je ne le pense pas (2). Je suis revenu dans le pays exprès pour retrouver cet hermilage, et, je dois l'avouer, mes recherches n'ont pas été fructueuses, et pourtant ce fait m'a été rapporté par des personnes de la bonne foi desquelles je ne puis douter et qui m'ont de nouveau répété qu'elles avaient toujours entendu dire que cet hermitage existait.
Peut-être un jour ou l'autre quelques noms de lieux , je ne veux pas dire de ceux pris à rebours, mais de ceux qui s'appuient sur une tradition quelconque, me mettront-ils sur la voie, £n attendant je dois vous signaler, — sans y attacher plus d'importance que vous le voudrez, -^ une singularité que m'a fait rencontrer sur ma route la plaisanterie faite par messieurs les Uutois. En cherchant {'hermitage voilà ce que j'ai trouvé. C'est que le plateau rocheux qui domine la citadelle s'appelle le mont Picard ou montagne du Picard, — (Je vous laisse le choix de l'appellation).
N'est-ce pas bizarre , messieurs ? Âh ! si j'étais M. Dumortier I Âh t si j'étais M. Grandgagnage ! Je me rappellerais Martin^rive, Bavo-rive , Embour et les Eburons et mon hermitage serait trouvé.
Venons-en , messieurs , à la traditition qui sort de toutes les bouches et que de nouveau je n'ai trouvée nulle part à l'état de tradition orale, ni chez les Hutois actuels, ni chez les Hutois des temps les plus anciens. J'ai consulté le peuple et
(2) Si j^avais eu affaire à quelqoes-iins de vos compatriotes qui n'ont pas Tesprit matacrabo* lise, je pourrais le croire. J'ai reçu il y a quelque temps de votre ville une lettre dans laquelle quelques joyeux plaisants me donnaient des renseignements à contre-poils et dans lesquels ces messieurs ne se doutaient gnère qne je trouverais un fait sinon important du moins curieux. Ces mcssieuro me disaient que la grotte qui n'existe pas existait, que je devais la chercher svr Picard que Pierre VHermite avait habité. J'ai voulu savoir ce qne c'était que sur Picard. Vous voyez bien que je ne me rebute pas. En attendant fur V hermitage du Picard., j'ai trouvé (a montagne du Picard. Je remercie ces messieurs et les engage à mieux choisir. Ah! si j'étais M. Dumortier!
la réponse que j'ai obtenue vous la connaissez aussi bien moi : /{ est mort à Huy, mais il n'y est pas né. Voici pour les Hutois modernes.
Quant aux Hulois des temps anciens, je vous prouverai dans quelques instants, par les écrits de vos historiens mêmes, qu'ils n'ont jamais connu cette tradition.
Je n'ai pas craint de citer M. d'Héricourt, tout en étant convaincu qu'il confondait la naissance de Pierre l'Hermite avec ce temps de jeunesse passé au pays de Liège et qu'il n'avait pu trouver dans la contrée une tradition orale qui n'existe pas.... en supposant môme qu'il soit venu dans le pays.
Vous en êtes si bien convaincus, messieurs , que vous battez des mains à la nouvelle découverte que vient de faire M. Dumortier et qui ressemble assez bien à l'étymologie de Paris trouvée par Gargantua. Ce n'est plus k Huy maintenant qu'est né Pierre l'Hermite, c'est à Acher, village du Gondroz , et pourquoi, s'il vous plaît? parce qu'il s'appelait Pierre d'Achéry! Voyez , messieurs, la merveilleuse découverte que vous venez de faire ! Vous faites de Pierre VHermite un double Picard, car Achéry est un village de la Picardie, situé près de Laon ; et pour le trouver je n'ai pas eu besoin de changer êne ou ele en ry, j'ai tout bonnement ouvert le dictionnaire des communes de France. Le nom du savant Luc û' Achéry, né à Saint -Quentin , en Picardie, aurait dû vous servir de guide (1).
Pour Dieu , Messieurs , ne dansons pas sur des aiguilles. Laissons Aloianensi dans lequel nous ne trouverons ni Huy ni Amiens et battons-nous sur un terrain plus uni. Le religieux d'Huissen vivait du reste 450 ans après Pierre l'Hermite, et puisque les contemporains ne se taisent pc^s, écoutons-les plutôt que des écrivains postérieurs qui ne peuvent être invoqués que d'une manière subsidiaire , par rapport à leur éloignement d'abord et ensuite parce qu'ils n'ont pu prendre communication des manuscrits de Neuf-Moustier.
Si j'ai passé rapidement sur la chronique du monastère de Saint-André-lez- Bruges, par Arnold Gœthals» qui fait Pierre l'Hermite indigène de la Germanie inférieure» sans assigner à sa naissance plutôt la ville de Huy que toute autre localité , c'est qu'un ouvrage écrit vers 1500 et loin de Huy , a pour moi moins de poids que vos traditions et vos écrivains locaux.
La tradition sort de toutes les bouches» Pourquoi donc, messieurs, avez-vous attendu aussi longtemps pour l'invoquer? Pourquoi donc tous les écrivains Bel-
(1) J'ai vaiDement cherché dans le dictionnaire des communes de la Belg^ique le villag[e d? Acher. J^ai tronvé Aehêne et Achele (province de Namor) dans la direction de Booillon.
ACIIERT. Le texte même d^Ordéric Vital nous porte à chercher ce village dans l^Âmiénoi*. Le choix qae fit Pierre VHermite de Gautier sans avoir^ neveu du seigneur de Poix^ en Amiénois, pour commander ses tronpes, nous montrerait ses rapports de famille avec ce pays, même si Bf. Vion ne nous apprenait que la moitié du village d^Acheux , dans PAmiénois, s'appelle Achéry depuis les temsles plus reculés. Ce fief relevant du comte de Boulogne, nVn prouve, rait que mieux la présence de Pierre VHermite k la cour de ce comte et à la bataille de Cassel.
Noos devons dire cependant en faveur d'Achéry près de Laon, que les généalogistes donnent poor mère à PierreVHermite Alide de Montaiguy dont la seigneurie était située non loin d'Achéry, (rotb tumvelle.)
Voyez : Recherches^ n*72.
ges ne s'en servent-ils que depuis l'article de M. Grandgagnage? Pourquoi donc M. Grandgagnage esl-îl obligé de s'appuyer sur un artfculet de M. A. d'Héricourt [Encyclopédie moderne article Huy), pour connattre cette tradition? Pourquoi donc cet article, écrit à la légère , est-il pour vous d'un aussi grand secours, quand il vous eût été si facile de voir que Tauteur n'avait même pas consulté les deux historiens qu'il cite et qui tous deux font naître Pierre «'Fermire à Ainieiis> Metart et Gorrissen que l'auteur appelle Corrisàaf
Pourquoi donc la même Encyclopédie moderne, article Amiens, fait-ette naître Pierre VHermite dans cette ville? D'oto vient celte ubiquité, si ce n'est d'un manque de critique dans la rédaction de ce livre?
La tradition sort de toutes ies houches ! Pourquoi donc dans un de vos articles dites-vous :
« Les historiens modernes étaient unanimes pour placer à Amiens le berceao » du promoteur des Croisades. On n'aurait jamais songé à lui contester cet » honneur, lorsqu'il y a quelques années, fa découverte d'un ancien manuscrit » f>mf éwiUer quelques doutes. » ?
Comment) la tradition sort de toutes les houckes, et il faut qu'un manuscrit vienne éveiller quelques doutes! Avouez, messieurs, que voilà une tradition qui ressemble furieusement à la Belle au bois dormant.
Veuillez, messieurs, consulter le peuple comme je viens de le faire, non pas en voyageur qui écrit des lettres ad familiarem, mais en homme qui a voulu se rendre compte de la vérité des choses , et vous verrez que ce qui sort de toum les bouches est précisément le* contraire de ce que vous avancez. Mettez de la bonne foi dans la discussion, messieurs, vous qui m'accusez d'en manquer, et ne ressemblez pas à ces idoles de bois dont parle l'Ecriture, qui ont des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre.
En attendant , vous platt-il d'ouvrir avec moi vos historiens , consultés par if. d'Béricourt qui les cite? M. Gorrissen, par exemple ; ouvrons le livre et nous trouverons , page 9 :
« Le vénérable Pierre VBermite , né à Amiens dans le courant de Tannée » 1053, descendait de la noble famille des Ermites que l'on prétend être un ra- » meaii de l'illustre maison des comtes d'Auvergne.
c( F. Gorrissen. Histoire de ta ville et du éhâteau de Huy {Saerarium » Huense,) à
« L'auteur a écrit cette vie d'après les manuscrits de Meuf-Mouslier. »
Il est explicite, j'espère : né à Amiens en 1055.
Voulez-vous ouvrir votre autre historien, le naïf et judicieux Melart, bourpMStre de Huy, qui est assez remarquable pour avoir droit chez vous à des honneurs que vous réclamez pour les étrangers ? Vous y lirez dans son vieux style si chaud et si pittoresque, p. 11 :
<c Après le monastère desCroisiers, on voit du costé de la Meuse, reluire et » se pavaner l'abbaye de Neuf-Moustier, ainsi appelé, à raison d'un plus ancien, » qui avoit esté basli long-temps devant en Thonncur de Sainct Biaise, fondée 9 par Pierre l'Ermittey gentilhomme Picard de la diocèse d'Amiens. » (1)
(I) Voilà le nisi faUor : d'' Amiens. . . on cfu diocèse à"* Amiens, ou , comme le dit Ségar, d'après les traditions : Cucupiètre , né aux environ d^Amiens.
Où avez vu, messicnrfc, que Melart ait copié le pcrc d'Onllrcman ? [Note nouvelle.)
Laurent Ifelart , Bist. de la vUle et du ehàUau de Hu^ el de seia$itiquitét,
Liège, JeanTouruay,M. dc. xl. i.
N'est-il pas désolant de voir vos propres historiens, qui eurent en mains les manuscriu de Neuf-Moustier , rendre hommage h la vérité et Cuire nattre Pierre l'Hermite à Amiens... ou dans les environs? De voir Melart lui-même, qui se connaît en hommes remarquables, ne pas revendiquer pour sa ville le grand pré^ dicateur , quand de nos jours encore et âOO et quelques années après lui , la tradition que ce grand homme est né à Huy sort de toutes les bouches f
N'estril pas désolant de voir un de vos poètes dont le nom se rencontre encore à Huy en tête de vQsfinduslriels , Godio , qui vivait il y a 350 ans (1), et qui plus est, si je ne me trompe, car avec vous , messieurs , il faut foire ses resserves , était prêtre au Neuf-Moustier , écrire un huitain dont voici le premier vers :
Natceris AMBIANI& , Petre, mtndi, spretor inanis.
Ce vers aurait-il été écrit par un Hutois si la tradition sortait de toutes les bouches t
Décidément vos compatriotes ne tenaient pas à Pierre VHermite.
Je ne connais pas votre père Ambroise et je serais curieux de savoir s'il est pour les Guelfes ou les Gibelins.
Vos compatriotes ne sont pas les seuls , messieurs ; tous vos historiens Liégeois des XIIIS XIV, XV% XV1% XVIP el XVIÏl» siècles , qui ont été , en leur qualité de religieux , à même de consulter les manuscrits du Neuf-Moustier , font nattre Pierre dans la Picardie. (2)
Le père Bouille , par exemple : Pierre VHermite, gentilhomme Picard et prêtre. {Hist. de la ville de Liège, t. 1 , p. 12â.)
Les auteurs des Délices du pays de Liège : Pierrel'Hermite,prétre Picard. (3)
M. le baron de Villenfagne, qui a visité l'abbaye de Neuf-Moustier en 1786, et qui a vu « dans la sacristie les restes du fameux prédicateur, dans une caisse a de bois très^nesquine et qui n'avait pas été ouverte depuis 25 ans...» aurait-il écrit : « Il nous est en quelque façon permis de classer Godefroid de Bouillon et » Pierre VHermite parmi nos grands hommes , car si l'un Godefroid est né dans » le diocèse de Liège , l'autre y a fondé un monastère et y est mort. » ?
M. de Yillenfagne , qui a visité Neuf-Moustier en 4786 , n'aurait-il donc pas eu connaissance et de la tradition orale et des manuscrits du Neuf-MousUer ? Il faut convenir que le Nécn^e de M. Grandgagnage a eu du malheur d'échapper ainsi à tous les regards des personnes les plus intéressées à le connaître.
Voulez-vous Chapeauville, un de vos plus érudits, celui-là? Vous avez vu dans ses annotations les vers de votre compatriote Godin.
J'en passe et des meilleurs, car la liste de vos auteurs nationaux qui font notre héros Picard devient un peu longue.
(1) Godin vivait dans le XIII* siècle et non dans le XVII*. J^ai rectifié celle date dans mes Recherches. (Note nouvelle.)
(2) Voyez mes Recherches.
(3) Ce livre est loin dc faire autorité. J^ai donc eu tort de le cifcr dans la l*'* édition île celle dissertation.
, Vous me direz que ces auteurs rapportent cette naissance d'après les chrODiq Meurs. Je pourrais vous répondre que la plupart de ces auteurs ont eu en maios les manuscrits duNeuf-Monstier» qui tous ne sont pas perdus et dont quelques-uns doivent être dans la bibliothèque de Munich (1). J'aime autant examiner avec vous les chroniqueurs qui se taisent, avais-je dit dans ma lettre, d'après M. Grandgagnage, assertion que lA. Hardouin m'a attribuée, qu'il a relevée vaillamment, et qui fut cause de la réponse de tf . le président à la cour de Liège.
11 y aurait vanité de répondre après H. Hardouin si ce dernier avait counaissance des articles de VOrgane, mais comme les numéros de votre journal ne Ini sont sans doute pas parvenus, je passe sur cette vanité. Qu'importe d'où vient la vérité, pourvu quelle nous vienne. Ceci, an surplus, n'a pas la prétention d'élre une œuvre de style. Ce sont de simples recherches et rien de plus.
M. Grandgagnage ne combat en aucune façon les réflexions de M. Hardoaio relatives au passage de la chronique d'Albéric , moine du diocèse de Liège , qui dit : « Vn prêtre nommé Pierre, d'abord hermite, né dans la ville d'Amiens, située à l'occident dans le royaume des Francs. » En supposant que le mol Ambianis {Amiens) ait été laissé en blanc par le chroniqueur^ en attendant plus ample information, doit-il être remplacé par Huy? Est-ce que Iluy estsitaé dans le royaume des Francs? Quant à la forme située à l'occident que M. Dumortier suppose gratuitement avoir été empruntée par un copiste à quelque chroniqueur oriental, elle s'entend parfaitement du royaume des Francs; elle éqai?aat à dire : Amiens situé à l'occident du royaume des Francs (^).
Est-ce qu'Albéric, qui, dans sa chronique, suit pas à pas Pierre l'Bermitey qiji revient si souvent sur les chevaliers de son pays, qui vivait de leur temps, qui demeurait dans le même diocèse que Huy, n'aurait pas su positivement si Pierre VBermite était de Huy? Le doute dans cette circonstance est une preuve
[1] « Ces archives ne sont pas à IVnnich , comme on Ta supposé , mais bien aa dépôt » de l'Etat à Liège, où- chacnn peut les consulter. » (L. Polain; Pierre V Ermite Picariw Liégeois.) J'étais loin de m'attendre à trouver ces archives à Liège. Mes adversaires, toal Liégeois qu'ils sont , avaient gardé sur elles un silence si profond qu'il m'était bien permis m croire à leur presque destruction. (NotenoweUe.)
(2) « Où est la preuve que le mot Ambianis se trouvait dans le texte de la chronique d'Albéric, » dit M. Grandgagnage? Je dirai à mon tour : «Où est la preuve qu'il n'y ne s'y troovaitpas? » 11 y a mille à parier contre un que le mot Ambianis a été remplacé par le mot Amiens, détenu d'un usage plus fréquent et la patrie de Pierre que vous supposez avoir été laissée en blanc par le chroniqueur, en attendant des renseignements exacts, aura été remplie i ces renseignements étant arrivés. Je cherche en vain quel motif aurait pu engager le chroniqueur à remplacer /Toyen^t par la vîlle A^ Amiens, et je comprends d'autant moins que le hhmc q«e vous supposez laissé à dessein dans la chronique , me montre chez l'autenr un grand sentiment d'exactitude. Quant au copiste qui vient après et qui comble la lacune, auraitr-il mx&Am^^^^ je vous le demande, si tous ses prédécesseurs avaient fait naître Pierre dans les environs de Liège ■ En mettant Amiens n'est-ce pas le dire général qu'il a reproduit? Citez-moi un seul chroniqueur qui dise : Vn certain prêtre ou hermite, nommé Pierre , originaire du pays deLiége^ et vos prétentions auront quelque fondement , beaucoup plus de fondement que votre natale so- Ivm que vous grossissez de jour en jour.
' contre Hùy et le changement d!Ambianis en Amiens, an lieu de mettre en relief l'infidélité du copiste, prouve , à mon avis, en faveur de son esprit d'exactitude , puisqu'il n'a pas craint de substituer dans une cbronique latine au mot latin qni n'était plus en usage le mot roman Amiens, pour mieux faire connaître la ville qu'il voulait désigner à ses lecteurs.
Quand au nisi fallor de Guibert de Nogent , s'il implique un doute ce n'est pas envers la Picardie , mais en vers la ville d'Amiens. Pierre était prêtre du diocèse d'Amiens et demeura dans les environs. Le nisi faUor ne veut pas dire sauf erreur, mais s'entend , à mon avis, de l'incertitude oii le chroniqueur se trouvait de savoir si Pierre était né à Amiens ou dans un village des environs, car tous les chroniqueurs sont d'accord pour faire Pierre VHwmite'wiginaire du pays des Francs, Jacques de Vîtcy lui-même , que vous invoquez ciHttre nous et que M. Grandgagnage s'abstient de citer quand il le faut , ne dit-ii pas :
« Le seigneur voyant l'affliction et l'humiliation de l'église d'Orient, inspira à » un homme pauvre et religieux^ originaire du pays de France , qui menait une » vie d'bermite dans l'évéché d'Amiens et que l'on appelait Pierre VHermite, le » dessein de se rendre à Jérusalem. » ?
Originaire du pays de Fratice ! (i)
Et cela écrit par un religieux , un cardinal , un savant , qui se trouvait dans le monastère même de Pierre VHermite > au Neuf-Moustier de Huy , environ cent ans après sa mort et dont le livre fut cause de la translation deses cendres, comme on peut le voir dans cette note du manuscrit de Gilles d'Orval , attribuée à Maurice : a Comme le livre de maître Jacques, était parvenu jusqu'à nous, dans le- » quel, ainsi que dans plusieurs autres, nous lisions la vie de Pierre VHermite, » nous avons délibéré, du consentement de notre abbé et du chapitre, de trans- » porter le corps de ce saint homme de l'endroit oU il avait été autrefois dé-
» posé dans un lieu souterrain de notre église Ceci s'est passé du temps de
» Robert , évêque de Uége , et par les soins de Maurice , chanoine de Neuf- » Moustier, le 17 novembre 1242. »
(1) L^objection de M. Grandgagnage, qui appelle à son secours la cbronique de Jacques de Vitry pour expliquer un passage de Guillaume de Tyr , et qui en tire la conséquence que Pierre VHermite pouvait être nn religieux bénéficiaire de révéché d^ Amiens , tombe d*clle-même.
Si Guillaume de Tyr dit : un prêtre du royaume des Francs^ du diocèse é^ Amiens \ Jacques de Vitry qui, lui , ne vivait [tas beaucoup trop loin du pays de Liège , puisquMl avait été chanoine près de Nivelles , dit explicitement : originaire du pays des Francs.
« Avant d^apparaitre sur la scène du monde, quel était cet homme? demande M. de » Thier. — D'oà venait-il? Quelle était son origine? Demandez aux historiens de Tépoque et » pas on ne vous répondra. »
Voilà les phrases desquelles M. Grandgagnage loue M. de Thier d^avoir soutenu , confirmé et fortifié son opinion. En vérité les bras m'en tombent. Demandez auxhistoriens de Vépoque eipas un ne vous répondra. £t]e vous dis, moi, que pas un des historiens de Tépoquc ne fera naitre Pi^re VHermite ailleurs que dans le diocèse d'Amiens. Je les ai interrogés tous : tous m'ont répondu. Soyez plus adroits dans les défis que vous portez et n'avancez pas à la légère dans dç% articles sérieux de ce« allégations que vous ne permettez pas à nn voyageur d'avancer eu passant, dans des lettres familières.
Pourquoi dooc Gilles de Liège ne fait-il pas mention de la naissance h Hoqr de Piwre l'H^rmiU? Pourquoi donc Maurice, chancrine de Neuf-Bloustier» n'auraitil pas consigné cette inlâressante particularité?
a Je vous envoie, — dit Gilles de Uége à Maurice, à qui il dédie son livre, » •— le volume des gestes des évêques de Liège , en vous priant instamment » d'y faire des corrections nécessaires, si vous y rencontrez des choses çontrai- 1» res à la vérité. »
Maurice n'aurailril pas manqué de réparer l'oubli de son ami , el le Judicien Cbapeauville , qui a pu connaître les manuscrits de Neuf-MonsUer, ausait-'il rapporté en annotatious les vers de Godin ?
Ëh quoi, messieurs, les chroniqueurs, les annalistes, les histonens , les eonmentateurs ; Àlbéric , Guibert de Nogent , Guillaume de Tyr, Jacques de Vitry, Gilles de Uége, Godwin,Panl Emile, Bongars, Chapeauville , Pistor, Gilles Boucher, Melart, Bouille, Gorrissen, etc. ne vous suffisent pas ? il faut que vous vous appuyies sur un texte d'Ordéric Vital , qui ne prouve rien en foveur de votre opinion et que vous fassiez une querelle de mots au religieux d'Huisses.
Il faut, pour en venir k vos fins, que vous invoquiez une tradition qui n'existe que pour vous seuls et de laquelle (pour lui donner quelque crédit) il vous faut rafiproeher le texte vague d'un historien qui vivait loin de votre pays iCO ans après la mort de Pierre VHermite et qui fait nattre le grand prédicateur dans la Germanie inférieure et qui a pu, aussi bien que M. d'Héricourt , confondre le lieu de sa naissance avec le lieu de sa mort, ou même le temps de sa jeinesse qu'il passa au pays liégeois.
Pourquoi voulez*vous donc que Gœthals, auteur de la chronique Saint André, soit plus instruit sur la naissance de Pierre VHermite que ses contemporains (K tous vos auteurs locaux des xiii% xit°, xv*, xvi*, xtii« et xviii* siècles qui ont eu CD mains les manuscrits de Neuf-Moustier ?
Vous voulez que les chroniqueurs qui vécurent dans des contrées diflBérentes et qui tous lui donnent une origine Franke et Picarde se soient trompés; que ceux qui vécurent quelques années et un siècle après lui se soient trompés ; que les judicieux écrivains qui ont eu en mains les manuscrits de Neuf-Moustier se soient trompés ; que vos auteurs locaux, qui connaissaient les traditions, se soient trompés et que votre religieux de Bruges, qui vivait en IbOO, ait seul raison contre tant d'autorités. C'est pousser loin la nationalité, et si vous parvenez à ^enve^ ser toutes ces preuves parlantes , vous n'aurez pas accompli une petite affaire.
Vous avez un nécrologe, mais d'oii vient que ce nécrologe a échappé jusqu'à ce jour à tous les regards et qu'il sort tout à coup de vos mains comme Minerve do cerveau de Jupiter? Quel est votre religieux? quelle autorité a-t-il ? oU est sa garantie de bonne foi? Prouvez-moi que par des écrits antérieurs il connaissait Je grand prédicateur? D'oU vient donc que dans cet acte de décès, il n'indique m lieu de naissance, ni âge, choses qui lui aurait été si facile de vérffîer si Pierre VHermite était né kHuy ? chose qu'il n'aurait pas manqué de faire pour rehausser la gloire de son monastère ?
Un fait est à remarquer dans la translation des restes de Pierre VHermtt^^^
Suivant le nécrologe de M.Grandgagnage, « le corps de PierreVHermite est « encore entier au bout de i23 ans. On retrouve sa tête avec la tonsare elériea^^
« 4 la manière ées moines. Leê cheveux blancs et crépus oftofidamment répan- « dus autour ds la couronne. Un cilice, qui nous o part» tissu de poUs de cha^ <x meau, enveloppe ses reins. On place dans sa tombe, diaprés VuSage antique^ «t tin caliee de plomb plein de vin pur, en signe de sacerdoce. »
Voilà donc, d'après votre nécrologe, le corps de Pierre l'Hermifo entier t2S ans après sa mort. Non-sealement le corps est eatler, mab tes chevedx Maocà et crêpas sont encore répandus autour de la cooroone, mais ie dttce tissu de poils de <^ineau existe encore.
Bfanrice, par les soins duquel eut lieu cette exhumation, est beancimp plus simple dans son récit, rapporté en marge de la chronique de Gilles de Liège, il ne relFOute pas le corps en entier, ni le tissu de poils de chameau, mais quelqflies restes, des reliqws qui furent iMHiorabiement renfermées dasis un petit coffret. n y a loin de là à la pompe déclamatoire de votre nécrologe. Voos voyez donc bien que vous avez tort d'attribuer la rédaction de la cérémonie d'inhumation à Maurice lui-même. Si la note de Gilles de Liège était, comme vous le dites, on extrait de votre nécrologe, sortant de la même main, il n'y aurait pas une contradiclion aussi manifeste : d'un c6té un corps entier qui a besoin d'un cercueil et de l'autre quelques reUques qui n'ont besoin que d'un petit coffret-
Quant à l'Inhumation de 1342, de laquelle parle le jésuite Pisen , dans ses Flores Eccles. Leod,, oU l'on retrouve encore Pierre VHermite tout entier, mais c^te fois avec une longue ïmbe, comme aucun écrivain n'en parle et que son exagération même lui nuit, vous me permettrez de la passer sous silence. Voilà donc, messieurs, vos prenves pour renverser notre échafaudage : 1* Un nom de commune défiguré, tandis que nous avons en Picardie le nom entier Achéry;
^ Une tradition que j'invoque contre vous, qui existe dans un sens contraire à celui que vous lui donnez, comme je le prouve par vos historiens eux-mêmes et qui n'est rapportée que par un auteur moderne qui n'a pas lu vos historiens locaux, qui peut avoir confondu la naissance de Pierre VHsrmite avec sa mort ou avec le temps de jeunesse qu'il a passé dans ie pays liégeois et qui pourrait bien — comme j'ai tout lieu de le croire — avoir puisé celle tradition non à Huy , oU il parait n'être jamais allé, mais dans les écrivains Belges qui, depuis la Notice de M. Grandgagnage, font naître Pierre IHermite dans celte ville (1);
(1) M. A. d^Hértooart — (Encyclopédie moderne , article Hot. Parit , Finnin Didot, 18$0 'J — x a^a pas oavert les denx historiens de Huy qu^il cite en estropiant le nom de Tnn d^eaz ; sans qnoi il eût pu lire dans ces auteurs le contraire de ce qnMl avance. Son petit article n^est tout bonnement qo^nnc compHation, extraite des historiens belges qui ont écrit depuis 183S , et qui se sont prévalus de la prétendue découTcrte de M. Grandgagnage pour faire naître Pierre i^ifemu'fe dans les environs de Huy. H. Grandgagnage, qui a publié pour la première fois sa découverte dans l'année 18315, en s^appuyant sur la tradition locale, attestée même par un auteur Français, 9e cite donc lui-même à un intervalle de 19 ans , puisque Tarticle Hot , de VEneyeiûpédie, publié en 1830, n^est évidemment que le résultat de lectures faites dans les historiens belges qui ont écrit dans cet intervalle. Avant 1835 aucun auteur n^a rapporté cette tradition qui «ort de toutes les bouches, même Villenfagne, qui nVût pas demandé mieux que de la connaître en 1817.
S"" La ebronique Saint- André, de Brages, dont l'auteur écrivait 565 ou 380 ans après Pierre l'HemUte et qui fait de ce grand prédicateur un saint hermite, indigène de la Germanie inférieure, fait qui n'a de corollaire ni chez les contemporains de Pierre, ni chez les écrivains postérieurs et que votre moine a puisé on ne sait où;
4<* Et le fameux nécrologe qui a, pendant 1^ ans, échappé à tous les regards de ceux les plus intéressés k le connaître et ^ vous trouvez deux simples mois natale solum, dont le sens est douteux, et desquels vous arguez pour faire un procès à l'histoire. (1)
Voilà vos titres parlants et assez haut parUuUt, (2)
Je laisse» messieurs, le public archéologue juge entre vous et nous; cependant permettez-moi , messieurs, de vous donner un conseil, à vous qui nous en donnez tant. En attendant de nouvelles découvertes , laissez-nous témoigner i Pierre VHermite notre reconnaissance pour s'être montré charitable dans un siècle où ne régnait que la barbarie et pour avoir su , par son éloquence et^ volonté patiente, entraîner l'Occident au secours de frères malheureux. S'il est fils de votre cité , montrez-vous en dignes ; élevez-lui un tombeau respectable, vous qui n'avez pas osé recueillir ses reliques (3). Ce n'est pas de trop que deux monuments pour un grand homme.
Défendez Godefroi de Bouillon que les Français veulent vous prendre ; Gharlemagne que les Allemands veulent vous ravir, et si vous avez les fonds nécessaires à élever une statue de bronze, les restes de Notger, n'attendent-ils pas— nisi fàllor — dans qn grenier de l'église Saint-Jean à Liège, qu'il plaise à votre indifférencedesonger enfin à eux? Notger ! Voilà un grand homme que personne ne songe à vous ravir I Un homme de haute futaie, celui-là ! un grand législateur! Allons, messieurs, à l'œuvre; élevez-lui, sur une de vos places publiques, une statue de bronze; vous devez être fiers de ce héros; ne laissez pas ses cendres dormir plus longtemps dans un misérable recoin et comptez-moi, messieurs, an nombre de vos souscripteurs, quand il vous plaira de sortir de votre indifférence. « Liégeois ou Picards, nous sommes tous des hommes. » Mons, 12 juin 1854.
(1) Vou« avouez Toos-inèines que votre nécrologc est pfetncTannotof tenu, que le copiste /»< faire des additiùns et des changements qui pouvaient s'' accommoder à ses convenancesj qoc le manuscrit est écrit à rencre ronge, mais qu'il y a des lignes superposées à Vencre mwVe, mêine à propos des dates ; que les marges de votre manuscrit sont chargées de notes , etc. , etc. Il oie semble qu'avec un pareil manuscrit vous vous montrez bien sévères envers le copiste d'Albénc.
(2) « Natale solum — dites-vous — , ce mot doit nous suffire, comme il a suffi à toasies » historiens pour fixer le lieu de naissance de Charlemagne. » Où donc , messieurs, tronrezvons toiM vos historiens et que fait l'Académie de Belgique — dont vous êtes membres, m» ■ sieurs, — elle qui vient tout récemment d'offrir on prix superbe à l'auteur qui pourra lai faire connaître la patrie de Charlemagne ?
(3)TiIlenfagne.