‹ Récherches sur plusieurs points de l'astronomie egyptienne appliquees aux monumens astronomiques trouves en Egypte:Chapitre 10 sur 16 · AVEC DES RECHERCHES SÜR L’ANTIQUITÉ DU CYCLE CANICULAIRE · texte numérisé non relu

AVEC DES RECHERCHES SÜR L’ANTIQUITÉ DU CYCLE CANICULAIRE

Le zodiaque circulaire que nous venons d’inter* prêter, n’était pas le seul monument astronomique qui décorât le temple de Denderah. Toutes les salles qui composent l’espèce d’observatoire où il était placé sont ornées de bas-reliefs dont les sujets avaient évidemment rapport à l’astronomie. On ne sait rien de l’intérieur du temple qui est encombré par le sable, et par des ruines à travers lesquelles on n’a pas pénétré. Mais, au plafond du portique, on trouve encore les douze signes du zodiaque sculptés, et distribués des deux cotés 'le l’entre-colonnenicnt, sur deux lignes parallèles

composées chacune de six signes, avec un grand nombre d’autres figures placées entre eux, comme le représente la fig. i, pl. IV. Les ingénieurs français , MM. Jollois et Devilliers, auxquels on doit la découverte de ce monument remarquable, ont trouvé deux autres tableaux analogues, au plafond des portiques de deux autres temples, situés à Esné, l’ancienne Latopolis, lieu très-peu distant de Denderah. Notre but, dans la dissertation présente , est principalement d’exposer les rapports de ces trois zodiaques avec le zodiaque circulaire, et de montrer qu’ils représentent la même époque céleste, ou du moins des époques peu éloignées les unes des autres.

Avant tout il faut prendre une idée bien précise de la disposition de ces monumens dans les édifices où ils se trouvent, et de la distribution relative des figures qui les composent. Pour cela il suffit de jeter les yeux sur la planche IV qui en offre le plan général, dans la même situation où ils seraient vus par un observateur qui serait place au-dessus du plafond du portique, et qui pourrait les voir à travers son épaisseur. Par exemple, a Denderah, si l’observateur est supposé en A, fig. i, à l’entrée intérieure du temple, et qu’il se tourne vers la façade extérieure, il verra à sa droite ou à l’orient, une file de six signes disposés comm c pour entrer dans le temple; et à sa gauche, ou a l'occident, une autre file de six autres signes disposés comme pour *en sortir. La première, allafd

DE DF.NDERAH.

du nord vers le sud, comprendra le Cancer, les Gémeaux, le Taureau, le Belier, les Poissons, le Verseau; la seconde, allant du sud vers le nord, contiendra le Capricorne, le Sagittaire, le Scorpion , la Balance, la Vierge et le Lion ; de sorte que, si l’on veut considérer le mouvement des deux séries comme continué circulairement, tant dans l’intérieur du temple qu’au dehors, leur direction commune sera la même que dans le zodiaque circulaire; et ce sera encore celle du mouvement diurne du ciel.

La même marche s’observe dans le zodiaque sculpté au plafond du portique du petit temple au nord d’Esné ; fig. 2. Mais la bissection des douze signes est autrement déterminée. A Denderah le premier signe de la série sortante était le Lion ; ici le lion est passé dans la série entrante, et la Vierge se présente la première pour sortir.

Le zodiaque sculpté au portique du grand temple d’Esné, fig. 3 , offre, comme les précédens, la bissection des douze signes en deux séries, qui se suivent par une marche continue, l’une pour entrer dans le temple, l’autre pour en sortir. Mais, s’il n’y a pas d’erreur dans l'orientation des plans publiés par la commission d’É* gypte, le sens absolu du mouvement est opposé à celui que suivent les sculptures des autres temples ; c’est-à-dire qu’il est contraire au mouvement diurne du ciel. Le mode de bissection est d’ailleurs analogue à celui du petit temple nu nord

i a4 sur LE zodiaque circulaire d’Esné; le premier signe de la série sortante est la Vierge, le dernier de la série entrante est le Lion. Mais il y a toutefois, entre ces deux monumeus, une différence remarquable. C’est que, dans le portique du petit temple d’Esné, fig. a, la bissection dont il s’agit est tout-à-fait tranchée; la Vierge paraissant y être absolument la première figure de la série sortante , et le Lion, absolument la dernière de l’autre : au lieu que, dans le zodiaque du grand temple que nous considérons maintenat , fig. 3 , la Vierge ne commence pas tout-àfait la série sortante, comme si elle n’était pas tout-à-fait prête à sortir; elle est précédée par tin sphinx à tète de femme et à corps de lion, emblème de jonction dont l’analogue se retrouve dans le zodiaque circulaire, et qui semble par là devoir se rapporter à la fin du Lion. De même, le Lion n’est pas absolument la dernière figure de la série entrante, il a derrière lui deux hommes à figures de lion , qui se donnent la main. Cet emblème semblerait donc s’accorder avec celui qui précède la Vierge, pour indiquer que, dans ce zodiaque , le point de partage de la série des signes n est pas exactement intermédiaire entre le Lion et la Vierge, mais plutôt vers la dernière partie du Lion ; et c’est, en effet, la conclusion que plusieurs savants en ont tirée.

La disposition générale de ces zodiaques étant ainsi conçue, entrons dans l’examen de leurs détails, en commençant par celui du temple de

Denderah, sur lequel nous devons naturellement espérer que la connaissance du zodiaque circulaire pourra nous donner plus de lumière. Le simple aspect de ces deux monumens y fait d’abord apercevoir les mêmes figures distribuées consécutivement dans un ordre analogue ; celles qui se suivent circulairement dans l’un, se suivent longitudinalement dans l’autre. On peut donc considérer le zodiaque du portique, comme une sorte de développement du zodiaque circulaire, et c’est ainsi que les membres de la commission d’Égypte l’ont envisagé. Mais il ne faut pas chercher dans cette analogie l’exactitude d’une relation géométrique. En effet, si l’on voulait effectuer un pareil développement avec exactitude, on devrait d’abord prendre pour axe rectiligne le développement longitudinal d’un grand cercle, par exemple, celui de l’écliptique ou de l’équateur. Supposant que l’on choisît l’écliptique, il faudrait diviser cette longueur en un nombre quelconque de parties égales, par exemple , en 36o, qui représenteraient autant de degrés de longitude; puis on mènerait par chacune de ces divisions des droites perpendiculaires qui figureraient les développemens des cercles de latitude; et, enfin, prenant le lieu de chaque étoile ou de chaque signe sur le zodiaque circulaire, on le transporterait sur la nouvelle projection au degré de longitude et de latitude qui lui convient. L’opération serait la niême si Ton effectuait le développement sur Té-

quateur, considéré comme axe longitudinal. Alors les divisions égales de ce cercle représenteraient des degrés d’ascension droite, et les déclinaisons se compteraient sur les lignes perpendiculaires, menées à chacune de ces divisions. On voit quelque idée d’une pareille réduction dans le zodiaque du portique de Denderah ; les deux bandes qui contiennent les douze signes renferment généralement, entre deux signes consécutifs, les figures du planisphère circulaire, qui sont comprises entre leurs cercles horaires; surtout celles qui font partie de la bande zodiacale ou qui l’avoisinent. Mais on n’y a généralement inséré que les emblèmes des constellations boréales. Ceux qui appartiennent aux constellations australes paraissent avoir été rejetés dans les deux bandes extérieures, sans égard à leur déclinaison plus ou moins considérable. C’est ce que l’on peut aisément constater en comparant les figures comprises dans ces bandes et dans les bandes extérieures, avec celles que nous avons reconnues dans le zodiaque circulaire, comme représentant des constellations situées au sud ou au nord de l’écliptique. Mais il n’est pas sans intérêt de remarquer que ce mode de partage n’a été ainsi appliqué qu’aux seules figures qui désignaient les positions astronomiques réelles des constella tions; car, pour celles que nous avons trouvé être des emblèmes d’usages ou de phénomènes » comme le médaillon des sacrifices, la femme q» 11

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tient un porc, et la vache Isis portée sur une barque, elles sont comprises dans les bandes intérieures, quoiqu’elles aient une position australe sur le zodiaque circulaire; or, en effet, l’objet purement symbolique de ces indices permettait, et même semblait demander, qu’on les ramenât ici entre les douze signes de la période annuelle, puisque leur distance polaire n’était point un élément astronomique, et qu’il fallait seulement spécifier le cercle horaire sur lequel ils se trouvaient. De sorte que cette exception, qui serait inexplicable si l’on voulait considérer ces figures comme désignant des positions absolues de constellations , se trouve être naturelle et simple , d’après la signification emblématique que nous avons été conduit à leur attribuer. L’insertion de ces emblèmes dans la bande zodiacale semble exclure toute idée de rapports géométriques, dans la distribution des parties qui la composent. Et, en effet, pour les douze signes memes, il n’y a d’exact que l’ordre dans lequel ils se suivent. Car les intervalles qui les séparent ne sont nullement proportionnels à leurs différences réelles d’ascension droite, telles quelles sont observées ^r le zodiaque circulaire. Par exemple, sur celui-ci, la distance angulaire entre Pollux, le premier fies Gémeaux, et le milieu du Taureau, est de 5 o°; delà, jusqu’au milieu du Bélier, marqué par le petit Harpocrate commun aux deux zodiaques, la distance est de 3 o°. Ces deux intervalles,

si différens entre eux sur ce monument, comme dans le ciel, sont égaux dans le zodiaque rectangulaire. En outre, ils y sont deux fois aussi grands que l’intervalle compris entre le milieu du M erseau et le milieu des Poissons; au lieu que, dans le zodiaque circulaire, et dans le ciel, la différence de ces deux points, en ascension droite , est égale à celle qui sépare le milieu du Taureau et le milieu du Bélier. On ne trouverait pas plus d’accord, en supposant le développement du zodiaque rectangulaire effectué sur l’écliptique comme axe. Car, alors, les intervalles des différens signes, devant représenter des différences de longitude, ils ne pourraient pas davantage, à cause du peu d’obliquité de l’équateur et de lecliptique , avoir entre eux les rapports que le zodiaque rectangulaire vient de nous offrir. Mais meme, indépendamment de ces mesures, on y remarque, dans la succession relative des figures intermédiaires, de nombreuses inversions d’ordre que rien ne motive, et qui ne peuvent s’accorder avec aucun système rigoureux de projection autour d’un point quelconque de la sphère céleste, considéré comme pôle. Par exemple, le groupe des trois animaux réunis, sur lequel nous avons projeté les étoiles de Cassiopée, est placé, dans le planisphère circulaire, sur un cercle horaire intermédiaire entre le Bélier et les Poissons; ainsi, dans la projection longitudinale, soit que l’on prit lequateur ou l’écliptique pour pôle, ce groupe devrait se trouver entr e

DE DENDERA.H.

ces deux signes; au lieu qu’il s’y trouve entre le Bélier et le Taureau, et meme assez loin du premier de ces astérismes, dont il est séparé par deux figures emblématiques. De même, le médaillon qui représente une femme tenant à la main un porc, se trouve, dans le planisphère circulaire , sur le même cercle horaire que le plus méridional des deux poissons : ce qui devrait le placer entre le Verseau et les Poissons, dans la projection longitudinale ; au lieu qu’il s’y trouve entre les Poissons et le Bélier. Toutefois, en abandonnant l’idée d’une précision géométrique, qui n’existe ici sous aucun rapport, et considérant le zodiaque longitudinal comme un simple dessin dans lequel on a voulu imiter, par développement, le zodiaque circulaire, son analogie avec ce monunument peut nous devenir très-utile, pour éclairer et confirmer les interprétations que nous avions données de plusieurs des emblèmes qu’il renferme. Par exemple, s’il pouvait rester quelque doute sur la signification du petit Chacal, placé au centre du zodiaque circulaire, et sur lequel nous avons vu les étoiles de la Petite-Ourse venir si exactement se projeter, ce serait une très-bonne confirmation que de voir ce même emblème reporté dans le zodiaque rectangulaire, entre le Scorpion et le Sagittaire, où le place en effet sa position par rapport au pôle, dans le système de développement longitudinal; tandis que, conformément au même système, la Grande-Ourse s’en

ï 3 o SUR LE zoniA Q ,JE CIRCULAIRE

sépare et va se placer entre les Gémeaux et le Lion, où nous la trouvons en effet désignée par une grande figure environnée de sept étoiles, dont la disposition est précisément celle de la constellation de la Grande-Ourse dans le ciel. Quelques personnes ont cru que cette figure emblématique pouvait représenter Orion ; mais, outre l’analogie complète de configuration, entre la constellation de la Grande-Ourse et les sept étoiles qui l’environnent, du moins en supposant le dessin de la commission fidèle, l’ensemble du zodiaque rectangulaire ne place généralement, entre les douze signes, que les constellations boréales, et les constellations australes y sont rejetées dans les bandes extérieures, comme on peut s’en assurer par la comparaison détaillée de toutes les parties des deux tableaux. Ainsi, la figure entourée d’étoiles, qui est comprise entre le Lion et les Gémeaux sur le zodiaque rectangulaire, devant être une constellation boréale, ne saurait être Orion. Mais aussi, Orion semble parfaitement indiqué sur les bandes extérieures, parmi les constellations australes, à la véritable place que son cercle horaire lui assigue dans le planisphère circulaire; c’est-à-dire, entre le Taureau et les Gémeaux. Car on y trouve en effet une grande figure de guerrier ou de roi, entourée d’une multitude d’étoiles sculptées dont la profusion semble parfaitement conforme avec l’éclat de cette constellation, la plus brillante du ciel-

DK DENDKRÀH.

Toutes les Analogies se trouvent donc satisfaites, et s’accordent pour montrer que la grande figure entourée de sept étoiles, qui se voit entre le Lion et les Gémeaux, dans le zodiaque rectangulaire, est bien réellement l’emblème de la Grande-Ourse; et puisqu’elle se trouve ainsi à la place qui lui appartient, d’après notre interprétation du zodiaque circulaire, c’est donc une preuve que le lieu où le calcul nous l’a indiquée dans ce monument est exact; et par conséquent la position du pôle de projection que nous avons adoptée est exacte aussi, de même (pie l’état du ciel que nous avons supposé être représenté par le monument, puisque toutes ces choses sont détermiminécs dès que l’on se donne seulement la position des deux Ourses, relativement au pôle de l'équateur.

Auprès du personnage entouré des sept étoiles «pii figurent la Grande - Ourse, sur le zodiaque rectangulaire, on retrouve cet emblème d’une tige de lotus surmontée d’un épervier, sur lequel le calcul de la projection circulaire a placé Syrius. Gette indication reçoit ici une confirmation frappante. Car l’emblème dont il s’agit se trouve immédiatement précédé par la vache Isis, au devant fie laquelle est une grande légende hiéroglyphique dont rétendue convient en effet à l’importance «* on phénomène astronomique aussi remarquable qne l’était la coïncidence du solstice avec le lever Vr; ù de Syrius, à l’époque figurée par le monu- * 9 -

,3a SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE

ment. Mais Syrius étant une étoile australe, l’insertion de son emblème de position dans les bandes intérieures du zodiaque rectangulaire, serait une exception à la règle générale que ce monument présente, si une circonstance particulière n’y rendait sa présence parfaitement motivée. En effet, on peut remarquer que le personnage entouré des sept étoiles ne semble pas étranger à l’emblème de l’épervier placé auprès de lui; il y fixe ses regards, et étend la main sur lui comme pour l’empècher de s’élancer. Existaitil donc, à l’époque représentée par ces monuments, entre Syrius et la Grande-Ourse, quelque relation de position susceptible d’ètre indiquée par une scène semblable? C’est au calcul à nous en instruire ; or, il confirme parfaitement cette indication : car, il nous apprend que, lorsque la Grande-Ourse était entièrement levée et droite sur l’horizon, du côté du nord , Syrius se présentait aussi à l’horizon, du côté du sud; circonstance très-bien exprimée par la relation établie sur le monument entre les emblèmes de ces deux constellations.

Cet état du ciel que tous les détails du monument s’accordent ainsi à nous indiquer, se trouve encore confirmé d’une manière frappante par le symbole de la tète d’Isis plongée dans les rayons du soleil, qui se voit à l’une des extrémités du zodiaque rectangulaire, au lieu que devrait occuper le Cancer, lequel se trouve rejeté de côté*

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dans l’intention évidente de substituer cet emblème à sa place, de même qu’il l’avait été également pour un motif analogue dans le zodiaque circulaire. Or, nous savons, par l’autorité de Plutarque, que Syrius était consacré à Isis, et était considéré comme Isismême placée dans le ciel. Maintenant, quand nous voyons, sur un tableau astronomique égytien, Isis ou Syrius dans les rayons du soleil, le sens direct , précis, de cet emblème, ne doit - il pas être que Syrius était plongé dans les rayons du soleil à l’époque représentée par le monument. Or, en effet, ceci est conforme avec ce que nous avait déjà appris le planisphère circulaire. Car nous avions trouvé, qu’à l’époque qu’il représente, Syrius se levait avec les étoiles du Cancer qui étaient alors solsticiales ; et nous avions de plus reconnu, par la position du monument, qu’il offrait l’état de la sphère au midi du solstice d’hiver, ou au minuit du solstice d’été. Ici, la position de Syrius, dans les rayons du soleil décide la question et montre que la seconde combinaison est la véritable; car, Syrius se levant avec le Cancer,et le Cancer étant alors le signe du solstice d’été, il faut que le soleil soit à ce solstice pour que Syrius se lève avec lui, et soit ainsi plongé dans ses rayons. Même, si l’on voulait chercher une exactitude minutieuse d’indication dans un tableau où d’ailleurs il n’y a aucune précision dans les dimensions principales, on pourrait remarquer que, selon nos calculs, comme selon la projection circulaire, le point de la constellation du Cancer avec

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lequel Syrius se lève, précédait un peu le solstice d’été en ascension droite, de sorte qu’il se trouvait sur un cercle horaire un peu plus voisin des Gémeaux; et, par une singulière concordance , dans le zodiaque rectangulaire dont la distribution générale est réglée d’après les ascensions droites, la tète d’Isis est aussi un peu inégalement plongée dans les rayons du soleil solsticial, de manière qu’il s’en dégage une très-petite portion du côté des Gémeaux. Mais une remarque plus importante à faire, c’est que le lever de Syrius est précisément le phénomène astronomique à l'observation duquel la direction du temple de Denderah était le plus spécialement appropriée, ainsi que nous l’avons reconnu précédemment.

De sorte que la représentation d’une Isis plongée dans Jes rayons du soleil solsticial, offrait, à la fois, l’expression de sa destination spéciale, et de l’époque de l’année à laquelle arrivait le phénomène qui en était le principal objet.

La comparaison des deux tableaux peut, encore servir à confirmer cette remarque fondamentale, que la première discussion du zodiaque circulaire nous avait fait faire; savoir, que les nombreuses figures qui, dans ce zodiaque, bordent le contour intérieur du médaillon circulaire, ne représentent pas toutes des constellations australes, mais que quelques-unes d’entre elles sont destinées à indiquer, par renvoi, des constellations zodiacales ou même boréales situées sur le cercle horaire »

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dans l’alignement duquel elles se trouvent placées. Nous avions alors appuyé ce système de renvoi sur ce que les Pléiades et les Hyades semblaient être clairement désignées par des renvois pareils sur le cercle de bordure. Nous avons depuis confirmé cette remarque par la présence de la figure de Cassiopée sur le même cercle ; en suivant la même analogie, nous avions inféré que la figure de cygne, placée aussi au bord du médaillon, sur le cercle horaire du Verseau, désignait , par renvoi, la constellation boréale du Cygne ou de l’oiseau céleste. Le zodiaque rectangulaire confirme parfaitement ces inductions, puisqu’il présente le Cygne intercalé entre le Verseau et le Capricorne, dans l’une des bandes intérieures , où tout l’ensemble du tableau fait voir que les seules constellations zodiacales ou boréales ont été comprises.

On peut se rappeler qu’en discutant la figure d’oiseau placée dans le zodiaque circulaire, audessus des ailes du Sagittaire, nous lavons considérée comme destinée à représenter la constellation céleste de l’Aigle, quoiqu’elle se trouvât déplacée de plusieurs degrés sur son cercle horaire, probablement par la nécessité de faire entrer, dans le tableau, la figure humaine située au-dessus, et qui tient à la main un thyrse ou une espèce de sceptre. Le zodiaque rectangulaire confirme cette interprétation en nous montrant, sur le

bout supérieur de l’aile du Sagittaire, un oiseau

de proie couronné.

Le meme monument confirme aussi l’analogie de direction d’après laquelle , en discutant le zodiaque circulaire, nous avions soupçonné que les groupes d’étoiles placés sur le cercle de bordure dans l’alignement du Cancer, désignaient par renvoi les étoiles de la constellation du Navire. Car, dans les bandes extérieures du zodiaque rectangulaire , où les constellations australes sont désignées, on voit, sous le Cancer, un navire portant trois personnages dont l’un a les attributs de la divinité, symbole parfaitement convenable pour désigner la constellation céleste que l’on appelait le Navire d’Osiris ; et en outre, dans la bande intérieure où le Sagittaire est figuré, il a, sous ses pieds, une barque, comme dans le zodiaque circulaire, conformément à la relation de position que nous avons trouvée entre cette constellation et celle du Navire, à l’époque céleste représentée par ces monuments.

Ainsi, en rassemblant les résultats de la dicussion précédente, nous voyons, d’une part qu’en général , tous les rapports astronomiques les plus remarquables qui nous avaient été indiqués par notre interprétation du zodiaque circulaire de Denderah, et qui en étaient autant de conséquences nécessaires, trouvent, dans le zodiaque rectangulaire du même temple, des emblèmes qui les reprodui-

sent et les confirment ; d’un antre côté, lorsque le zodiaque rectangulaire nous découvre quelquenouvelle analogie de position importante, cette analogie se trouve toujours conforme à notre interprétation du zodiaque circulaire, ou plutôt au ciel même qu’elle représente; et elle est relative à quelque circonstance importante qui y existait alors. Cette double correspondance, toujours confirmée dans tous les points où on l’éprouve, semble être un caractère bien distinctif de la vérité.

lies zodiaques rectangulaires d’Esné sont, aussi peu que celui de Denderah, susceptibles d’être rapportés à une méthode de projection rigoureuse ; et l’impossibilité de le faire y est même encore plus évidente , tant par les inversions de position qu’offrent quelques-uns des signes qui s’y trouvent, qu’à cause de la diversité tout-à-fait arbitraire qui existe entre les intervalles qui les séparent. On ne saurait donc en déduire géométriquement un état du ciel. Et, ainsi, toutes les interprétations que l’on peut en donner reposent nécessairement et uniquement sur la signification que l’on attribue aux figures qu’ils contiennent, ou sur les suppositions hypothétiques par lesquelles on explique leur mode de distribution.

On a voulu assigner à ces monuments une antiquité prodigieuse : celle de plus de vingt-cinq siècles, avant l’èrechrétienne. Cette opinion émise par M. Fourrier, et généralement adoptée dans ta grand ouvrage de la commission d’Égypte, se

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fonde principalement sur la manière particulière et diverse, suivant laquelle la série des douze signes est partagée dans les zodiaques rectangulaires de Denderah et d’Esné. Pour saisir cette connexion , il faut d’abord considérer que, d’après la description que nous avons donnée plus haut de ces monumens, le zodiaque de Denderah représente le Cancer au dernier rang des signes qui marchent vers le temple, tandis que les zodiaques d’Esné y mettent le Lion. En outre , sur le premier de ces monumens, le Cancer se trouve rejeté hors de la série générale, et à sa place est une tète d’Isis presque entièrement plongée dans les rayons du soleil. Guidé par )e calcul du zodiaque circulaire qui nous indiquait, qu’àl’époque céleste figurée sur ce monument, Syrius se levait avec un point de la constellation du Cancer un peu plus occidental que le solstice d’été, nous avions trouvé entre cette indication , et la position de la tète d’Isis du zodiaque rectangulaire, une concordance parfaite. M. Fourrier voit, dans ce même emblème , l’indication d’un lever héliaque , c’est-à-dire, de cette époque particulière de l’année, où Syrius, jusqu’alors effacé par l’éclat du soleil, commençait à devenir visible le matin à son lever au-dessus de l’horizon oriental (f). Selon lui,

(i) L’astronomie ancienne étant principalement fondée sur l’observation des levers et des couchers des astres, on avait donné des dénominations spéciales aux diverses circonstances astronomiques qui fixaient quelque particularité relative à

DF. DENDEIIAH. i3 9

la substitution (le cette scène à la place du Cancer , signifie qu’à l’époque où 1 on construisit le zodiaque rectangulaire de Denderah, Syrius se levait héliaquement lorsque le soleil se trouvait dans la constellation du Cancer céleste. De là,

ces phénomènes. Or on conçoit que , par l’effet du mouvement propre, qui transporte journellement le soleil en sens con traire du mouvement diurne de la sphère céleste., et qui lui fait faire ainsi le tour du ciel en une année , le lever d’un même astre n’est pas toujours visible ; car il cesse de l’être , du moins pour la simple vue , lorsqu’il a lieu pendant que le soleil est, ou sur l’horizon , ou au-dessous de ce plan, mais assez près pour que la lumière qu’il répand, efface encore l’éclat de l’astre. Le temps de l’année où cette disparition approche , est celui où l’astre se montre le soir à l’orient, peu après le coucher du soleil. En effet, au bout de quelques jours , le mouvement propre du soleil toujours dirigé vers 1 orient, diminue cet intervalle, et l’astre se lève bientôt pendant le crépuscule du soir ; de sorte que sa lumière affaiblie , devient plus difficile à distinguer. Enfin , quelques jours plus tard elle devient tout-à-fait insensible , du moins pour la simple vue ; «alors l’astre reste invisible dans le ciel pendant tout le temps que le soleil l'accompagne sur l’horizon. Mais enfin , par l’effet continué de son mouvement propre , le soleil a son lever devient plus oriental que l’astre ; alors celui-ci se lève le matin avant le soleil ; mais il en est encore trop près pour être aperçu. Enfin, le soleil s’éloignant toujours vers l’orient, il arrive une époque où l’astre se lève assez tôt avant lui , dans le premier crépuscule de l’aurore, pour que l’on commence à le revoir, à l’horizon même. Cette réapparition constitue le phénomène appelé le lever héliaque. On peut voir dans mon Astronomie, tome 2 , page 320 , la manière de le calculer pour un astre quelconque , ainsi que pour une latitude et une époque quelconque données.

,/jO STJR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE

M. Fourrier conclut, par analogie, que, dans les zodiaques rectangulaires d’Esné, le signe qui occupe le dernier rang parmi ceux qui marchent vers le temple , est pareillement celui que parcourait le soleil, au moment où le lever héliaque de Syrius s’observait. Et, comme ce dernier signe est le Lion, il trouve par le calcul que, sous la latitude de Denderah ou d’Esné, ce phénomène a dû arriver environ vingt-cinq siècles avant l’ère chrétienne , ce qui fixe, selon lui, à cette antique époque la construction de ces monuments.

De peur que cet énoncé succinct du système de M. Fourrier n’en offre pas une expression assez fidèle, je rapporterai ici les principaux passages où ce savant l’a présenté au public dans son mémoire intitulé : Recherches sur les Sciences et le Gouvernement de VÉgypte ; cette citation aura en outre l’avantage de faire connaître les motifs généraux sur lesquels son sentiment est fondé.

« La comparaison attentive des monuments, « dit M. Fourrier, nous apprend que les Égyptiens « avaient coutume de graver sur les plafonds de « leurs grands édifices, l’image de l’année natu- « relie divisée en douze parties, selon l’ordre « des signes que le soleil doit parcourir. La con- « stellation qui occupe la dernière place est celle « où se termine Vannée d’Isis , c’est-à-dire , où l’on « observe le soleil au lever héliaque de Syrius. « Quant à la constellation qui précède toutes les « autres, dans cette marche allégorique des sai-

DE DENDEKAH.

« sons, elle est celle que le soleil parcourt dans « le temps de la plus grande affluence des eaux « du Nil, lorsqu’elles se répandent dans les canaux « et sur les plaines cultivables. Cette constellation « est aussi la première de celles que le soleil dé- « crivait tout entières dans le cours de l’année « d’Isis. — Cette année qui commençait à la pre- « miere apparition de Syrius, diffère de l’année « tropique, ou de l’intervalle qui s’écoule entre « deux retours consécutifs du soleil au solstice « d’été ; et, ce qui est remarquable, elle diffère « aussi de l’année sidérale ou du temps qui s’é- « coule entre deux retours consécutifs du soleil, « à ia même étoile de l’écliptique. Elle était, à « l’époque dont nous parlons, plus grande que « l’année tropique, et moindre que l’année sidé- « raie. Sa longueur est très-variable ; elle dépend « du temps et du climat; mais, pendant toute la « durée de l’empire égyptien, elle avait, dans ce « pays, une valeur presque constante et égale à « trois cent soixante-cinq jours un quart. Il eu « résulte que si le lever de Sothis concourait d’a- « bord avec le premier jour de l’année vague, « cette coïncidence se renouvelait après un in- « tervalle de 1461 années vagues égyptiennes (i),

(i) L’année vague des Égyptiens était une période de 365jouis complets, conséquemment plus faible que l’année tropique d’environ un quart de jour. On l’appelle vague, parce que , en raison de cette différence , son origine se transporte

<( ce qui constitue le cycle sothique. Cette pé - « riode avait été déterminée exactement , et elle

successivement dans toutes les saisons de l’année solaire. En effet, admettons pour nu moment, que celle-ci fût exactement de 365) 7 , ce qui s’écarte très-peu de sa valeur véritable ; alors l’intervalle de quatre années vagues étant d’un jour plus court que quatre années solaires , il est clair que quatre fois 365 ou 1460 années vagues donneront un retard total de 365 jours ; de sorte qu’en ajoutant une année vague de plus, le retard deviendrait 365) \, c’est-à-dire précisément égal à une année solaire entière. Ainsi, en supposant que le commencement de la première année vague eût été fixé à une certaine époque quelconque de l’année solaire, on voit qu’après 1461 années vagues, la même coïncidence aurait lieu de nouveau , après quoi l’origine de l’année vague recommencerait à parcourir dans le même ordre le cercle des saisons. Ce meme transport a encore lieu en restituant à l’année solaire sa longueur véritable, qui n’est pas précisément 365i j, ou en réduisant en décimales 365i,i5 , mais 365i, 249 * 64 , du moins a l c poque actuelle. Seulement le nombre d’années vagues qui donne un retard total égal à une année solaire complète, n’est plus 1461 comme tout à l’heure, mais i5o8; en effet, le retard partiel exact donné par chaque année vague étant 0 , 9 . 42264 , si on le multiplie par i5o8, il viendra pour produit 365j,334ii2, c’est-à-dire, un nombre entier de jours égal à celui <1 une année solaire entière, plus une fraction presque égale à celle qui complète la durée exacte de cette même année. On voit ainsi que la période de 1461 années de 365 jours, ne donne pas un accord exact quand on l’applique à l’année tropique véritable; mais elle devient juste si on l’applique à l’intervalle des retours consécutifs du lever héliaque de Syrius en Egypte , parce que cet intervalle était presque rigoureusement dc365i-^, à l’époque que M. Fourrier considère. Et aussi, c’est de cette manière qu’il l’emploie.

DE DENDERAI 1 .

« devint un des principaux éléments du calen- « drier de l’Égypte. Elle s’est renouvelée, suivant « le témoignage de Censorinus, le xii des car « lendes d’août, sous le second consulat de l’em- « pereur Antonin (20 juillet de l’an i 3 t) après l’ère « chrétienne ). Le point où se termine 1 année « d’Isis, c’est-à-dire, où le soleil doit parvenir « pour renouveler le lever héliaque de Syrius, a 11'est pas fixe dans le ciel; il se meut par rap- « port aux étoiles. Il était encore dans le signe du « Lion vers le milieu du xxv e siècle, avant 1 ère « chrétienne, lorsqu'on imposa en Egypte aux « constellations zodiacales , les noms et les figures « propres à ce climat. Environ trois siècles après « il était au point de division qui sépare le Lion « du Cancer, et il s’est avancé de plus en plus « dans cette dernière constellation. Ce point hé- « liaque a donc, comme le solstice, une précession « annuelle ; mais nous avons reconnu que son « mouvement 11e se fait point toujours dans le « même sens : il est alternativement rétrograde « et direct. Ainsi, le terme de l’année d’Isis est « mobile , par rapport aux étoiles ; mais il 11e fait « point, comme le solstice, le tour entier du ciel. « 11 ne peut jamais s’écarter des deux constella - « lions voisines du Lion. — Les Égyptiens ont “ connu ,par le long usage de Vannée caniculaire , « le déplacement du point héliaque ; ils ont vu , « autrefois , cette année se terminer lorsque le

« soleil était entré dans le signe du Lion. A « cette époque le lever de Syrius suivait de peu « de jours le solstice d’été. L’inondation avait lieu « un mois après cette époque, lorsque le soleil « décrivait le signe de la Vierge. Ce premier état « est représente dans les deux temples d’Esné ou « Latopolis. Dans chacun de ces édifices, le Lion « occupe la dernière place, et la Vierge la pre- « mière.

« Ils observèrent, dans la suite, que le soleil « n’était pas encore sorti de la constellation du « Cancer, lorsque le lever héliaque de Syrius « désignait la fin de l’année naturelle de trois cent u soixante-cinq jours un quart. Ils représentèrent « l’année dans cette nouvelle position. Ce que « l’on observe dans les deux monuments de Tente tyris. On reconnaît distinctement, dans le zo- «t diaque rectangulaire du temple d’Isis, que le « terme de l’année agricole est marqué, dans le « ciel, par la première apparition de Sothis , le « soleil étant dans le signe du Cancer. Le zodiaque « circulaire du même temple se rapporte aussi à « cet état du ciel. Dans l’une et l’autre sculpture, « le Cancer occupe la dernière place, et le Lion « la première.

a II est surtout nécessaire de s’assurer que la « durée de l’année d’isis n’est point une quantité « constante, mais quelle est alternativement moin- « dre ou plus grande que la durée de l’année sy-

« dérale dont elle différait beaucoup à l’époque « de la sphère de Thèbes(i). Alors, cet intervalle « de temps qui sépare deux levers héliaques con- « sécutifs de Syrius, étant presque exactement « égal à trois cent soixante-cinq jours un quart, « la période cynique comptait 1461 années va- « gués de 365 jours. Mais, si l’on remontait à des « époques très-antérieures, par exemple, à celle « où le solstice d’été occupait les constellations « du Capricorne, du Sagittaire ou du Scorpion, « on trouverait, pour la durée du cycle cynique, « une valeur fort différente de i 46 r ans. Ainsi, « l’on ne peut attribuer une antiquité aussi exces- « sive à l’invention et à l’usage de ce cycle. Si « l’on détermine, par une analyse exacte , la du- « rée de la période cynique, on reconnaît qu’elle v est très-variable ; elle dépend, comme l’année « caniculaire, de la position de la sphère (2), « et de la latitude du lieu. La durée de cette der- « nière année était, deux mille ans avant 1ère « chrétienne, de trois cent soixante-cinq jours « et un quart. Ce qui correspond à peu près à « la moindre valeur possible (qu’elle puisse avoir .

(*) C’est-à-dire, selon M. Fourrier , xxv siècles avant l’ère

chrétienne.

( a ) Sans doute , la position de la sphère céleste est ici considérée relativement aux points mobiles 011 se font les équinoxes et les solstices. Le sens de la phrase , c’est que l’année j'amculaire se trouve «avoir une longueur différente , selon * poque, et la latitude, pour laquelle on la calcule.

« Cette valeur changeait très-lentement. Elle avait « été sensiblement constante pendant les douze « siècles préeédens, et elle demeura presque la « même pendant les douze sièeles qui suivirent.

« On pouvait donc, à ces époques, évaluer, le « cycle sotbique à i 46 i ans, pour l’Égypte. Mais « cette période était très-différente pour d’autres « climats; et elle le serait aussi pour l’Égypte, si « l’on considérait les temps qui ont suivi la con- « quête des Grecs, ou ceux qui ont précédé les dy- « nasties thébaines. Ainsi, les périodes isiaques ont « un caractère spéçial qui les rend propres à l’É- « gypte. On ne peut, sans être en contradiction « avec les principes de la géométrie sphérique, appli « quer ces périodes à d’autres temps qu’à ceux où « Thèbes était florissante, ou à d’autres climats. » On voit, par ces passages, que l’opinion de M. Fourrier, sur les zodiaques d’Égypte, repose essentiellement sur trois ordres de considérations d’une nature très-distincte. Premièrement il suppose que, depuis une très-haute antiquité , les Égyptiens avaient obtenu par leurs propres observations, la connaissance précise d’un certain nombre de résultats astronomiques qu’il énonce, et parmi lesquels se trouvait la période de temps qui ramenait les levers héliaques de Syrius au même jour de l’année vague. Secondement il admet que la position du soleil, au moment du lever héliaque de Syrius, varie avec le temps dans l’écliptique, selon certaines lois mathém»'

DE DF.NDEHAH.

tiques qu’il assigne. Troisièmement enfin , il affirme que ces résultats et ces lois sont l’objet principal des tableaux astronomiques que l’on a trouvés sculptés dans l’intérieur ou sur les portiques des temples d’Égypte. L’examen de son système devra donc également se partager en trois séries de questions de la manière suivante. Premièrement, a-t-on des preuves que la période de 1461 années vagues, ait été connue en Égypte , depuis une très-haute antiquité, et qu’elle y ait été connue comme opérant l’accord de l’année vague avec le retour des levers héliaques de Syrius? Cette période résultait - elle de l’emploi très-ancien d’une année agricole de trois cent soixante-cinq jours un quart, dont l’origine aurait été fixée au lever héliaque de Syrius, et dont le long usage aurait fait reconnaître le déplacement progressif du point de l’écliptique où le soleil se trouvait chaque année, lorsque ce phénomène avait lieu ? Secondement, ce déplacement progressif s’est-il en effet opéré, pour l’ancienne Égypte, comme M. Fourrier l’annonce ; en sorte que le point héliaque, d'abord, placé dans le Lion au milieu du xxv e siècle ayant T ère chrétienne , se soit trouvé trois siècles après au point de division qui sépare le Lion du Cancer , et se soit ensuite avancé déplus en phu dans cette dernière constellation P Troisièmement enfin, est-il présumable que les différens modes de partage de la série des signes, dans les monumens d’Esné et de Denderah, se rapportent

à ce déplacement ; et que ces monumens, construits à des époques très-distantes les unes des autres, aient eu pour objet île marquer, à chacune de ces époques, la succession des constellations parcourues par le soleil, depuis le commencement jusqu’à la fin de l’année héliaque? La première de ces séries de questions constitue un point de critique littéraire qui doit se décider par la discussion des autorités historiques. La seconde dépend d'un calcul purement mathématique. La troisième enfin, exprime une hypothèse interprétative dont il faut évaluer directement la probabilité par son application plus ou moins exacte aux monumens.

Tous les chronologistes s’accordent à reconnaître que les anciens Égyptiens employaient, dans les usages civils, une année de trois cent soixante-cinq jours complets, divisée en douze mois de trente jours, à la fin desquels on ajoutait cinq jours appelés par les Grecs épagomènes, c’est-à-dire additionnels. Hérodote, qui avait vécu intimement avec les prêtres d’Égypte, 460 ans avant l’ère chrétienne, ne leur attribue pas d’autre période annuelle (1); et, quand même on voudrait supposer qu’ils ont pu lui faire mystère de leurs connaissances les plus relevées, il faudrait cependant conclure encore de son témoignage, que cette forme d’année, la seule qu’il cite, était

( 1 ) Hérodote : Euterpe , iv.

DE DEM DERA 11

aussi vraisemblablement la seule qui fut publiquement connue et usitée pendant son séjour, ba durée de cette année étant plus courte que l’année tropique, d’environ un quart de jour, il s’ensuit qu’elle se renouvelait avant que le soleil eût achevé, dans le ciel, sa révolution équinoxiale eomplète; de sorte que son origine reculait à chaque fois à peu près d’un quart de jour, sur la période réelle de cet astre, ce qui la faisait rétrograder successivement dans toutes les saisons; de là est venu le nom d’année vague, par lequel on l’a souvent caractérisée. L’assertion formelle et exclusive d’Hérodote, sur ce point, se trouve confirmée par le témoignage de Geminus, auteur grec d’une très-grande autorité, qui existait vers la 70 e année avant l’ère chrétienne, et dont on possède un traité spécial d’astronomie, qui est un des plus précieux restes de l’antiquité. Dans un chapitre où il expose les diverses formes d’années connues de son temps, ainsi que les corrections successives qu’on y avait faites pour leur donner un accord durable avec les révolutions du soleil et de la lune, Geminus (1) fait une mention particulière de la méthode égyptienne, comme offrant une opposition remarquable à cette intention de fixité, généralement adoptée par les autres peuples. « Les Égyptiens, dit-il, ont une « institution et un but tout-à-fait contraires à ce

(1) Geminus , chap. vi

l5o SUll LE ZODIAQUE CIRCULAIRE.

« que se proposent les Grecs. Car, ils ne règlent « pas les années sur le soleil, non plus que les « mois et les jours sur la lune. Mais ils font usage « d’une méthode qui leur est propre. En effet, ils « ne veulent pas que leurs sacrifices tombent « toujours dans les memes saisons de l’année ; ils « préfèrent qu’il en parcourent tous les temps, de « sorte que la même fête qui a été célébrée en été, « vienne successivement appartenir à l’automne, « à l’hiver, et au printemps. Pour cela ils font « l’année de trois cent soixante cinq jours com- « plets, la composant de douze mois de trente « jours, à la suite desquels ils ajoutent cinq jours. « Mais ils n’y ajoutent point le quart de jour, par « la raison qui vient d’être expliquée, c’est-à-dire» « afin que leurs fêtes se déplacent. Car, après « quatre ans, ils se trouvent avoir reculé d’un jour « relativement au soleil; et, après quarante ans, « ils ont reculé de dix jours dans l’année de « cet astre, de sorte que leurs fêtes rétrogradent « de la même quantité et n’arrivent plus aux mêmes '< époques de sa période annuelle ; et, après cent « vingt ans, la variation est d’un mois entier, tant « dans l’année solaire , que dans la saison de « l’année. De là vient, chez les Grecs, une er- « reur accréditée par une longue suite de temps, « et qui s’est même propagée jusqu’à nous. Elle « consiste en ce qu’un grand nombre d’entre eux « croient que, suivant les Égyptiens, et suivant <c Eudoxe, le solstice d’hiver coïncide avec les

« tètes d’Isis, ce qui est absolument faux ; car les « fêtes d’Isis sont distantes du solstice d’hiver, « d’un mois entier. Mais cette erreur est venue de « la cause que nous avons indiquée. En effet, il « est arrivé, il y a cent vingt ans, que les fêtes « isiaques coïncidaient avec le solstice d’hiver. « Quatre ans après, elles s’en étaient déjà éloi- « gnées d’un jour. Mais cet écart 11e les déplaçait « pas assez dans la période des saisons pour qu’on « l’aperçut. Après quarante ans, le déplacement « a été de dix jours, et il n’était pas encore bien « sensible. Mais maintenant, qu’après un inter- « valle de cent vingt années, la rétrogradation « s’est élevée à un mois entier, on passe toutes « les bornes de l’ignorance, si l’on croit encore « que, selon les Égyptieils, et selon Eudoxe, le « solstice d’hiver arrive pendant les fêtes d’Isis. « Ou pourrait bien.en effet admettre sur ce point « un ou deux jours d’incertitude, mais il est im- « possible d’y méconnaître une erreur d’un mois. « Cette erreur doit devenir évidente, par la seule « longueur des jours , fort différente à cette ‘épo- « que, de ce quelle est dans les solstices d’hiver. « Et, d’ailleurs, les véritables époques des solstices « sont marquées par les ombres sur les horloges, « surtout pour les Égyptiens qui les observent. « D’où l’on voit que les fêtes d’Tsis ont dû autrefois « concourir avec le solstice d’hiver ; et, plus an- « ciennement encore, elles ont concouru avec le « solstice d’été, comme le rapporte Ératosthène,

i52 sur le zodiaque circulaire « dans son Traité de l’octaétéride ; et, par la suite, « elles se célébreront de nouveau en automne? « au solstice d’été, au printemps, et au solstice « d hiver; car, dans l’intervalle de 1460 ans, « chaque fête doit passer successivement par toutes « les saisons, et revenir au même temps de l’année « solaire. Les Égyptiens atteignent ainsi, à l’aide « de l’institution qui leur est propre, le but qu’ils « se sont proposé ; tandis que les Grecs, qui s’en « proposent un tout contraire, règlent leurs an- « nées sur le soleil, et leurs jours, ainsi que leurs « mois sur le cours de la lune. » J’ai rapporté textuellement tout ce passage de Geminus, parce qu’il nous fournira plusieurs élémens importans dans la discussion qui va suivre; mais, pour le moment, je me bornerai à y faire remarquer deux choses: la première, c’est que cet auteur trèsancien, très à portée de connaître les usages de l’Egypte, et qui, parles détails précieux qu’il nous a transmis sur les périodes lunaires et solaires des Chaldéens et des Grecs, paraît avoir mis beaucoup de soin à recueillir ainsi qu’à discuter ces résultats de l’ancienne astronomie , 11e rapporte ici le cycle de 1460 ans, que comme une période théorique de restitution, qui donne arithmétiquement un certain nombre entier d’années tropiques de trois cent soixante cinq-jours un quart, égal à un nombre entier d’années vagues égyptiennes, sans y faire intervenir, en aucune manière, le lever héliaque de Syrius : la seconde,

DE DEJNDERAH.

c est qu’en assignant ainsi la durée de cette période , il n’indique aucunement à quelle époque les anciens Égyptiens ont pu la connaître, ni même s’ils l’ont réellement connue. Car, il démontre , à la vérité, qu’en vertu du quart de jour omis dans l’année vague, l’origine de cette année fera le tour entier de la période solaire annuelle, en 1460 années tropiques, chacune de trois cent soixante-cinq jours un quart; mais il ne dit nullement que les anciens Égyptiens eussent reconnu ce nombre de 1 Zjbo , soit par un calcul fondé sur l’évaluation approchée de l’année tropique, soit par l’observation du lever héliaque de Syrius, soit, enfin, par l’expérience effective d’une ou de plusieurs périodes pareilles qui auraient réellement ramené leurs fêtes aux memes saisons; ce qui, au reste, n’aurait pas dû alors arriver en 1460 ans, comme Geminus le suppose, mais en i 5 o 6 , d’après la véritable valeur que l’année solaire avait alors. Tout ce que Geminus affirme, relativement aux anciens Égyptiens, c’est donc qu’ils avaient, fort anciennement, remarqué le déplacement progressif de leurs fêtes, et qu’ils l’avaient consacré comme une institution religieuse; mais c’est ce qu’ils auraient également pu faire sans aucune théorie, aussitôt que l’expérience leur eut montré cette rétrogradation; car, ils n’avaient pour cela a la laisser s’opérer sans s’inquiéter de sa marc he, et sans qu’il fût besoin de prévoir le nombre précis d’années vagues après lequel une révolu-

! 54 SUR LE ZOÜI A.QÜE circulaire tio» entière serait achevée. L’existence seule tle l’année vague, chez les Égyptiens, ne démontre donc point, par elle-même, que le cycle de i4do ans leur fût anciennement connu, ni qu’ils eussent observé ses rapports soit avec l’année tropique, soit avec les levers héliaques; et ainsi elle ne prouve absolument rien en faveur de leur science astronomique (i).

(i) On peut s'étonner qu’un esprit aussi droit que l'était Freret, n’ait pas senti cette distinction si évidente qu’il faut faire entre le simple usage de l’année vague, et la connaissance de la période après laquelle le commencement de cette année revenait à la même place dans l’année solaire. Ces deux idées sont perpétuellement confondues ensemble dans son ouvrage contre la chronologie de Newton , et il ne comprit jamais la juste différence que ce grand homme mettait entre elles. Il est cependant très-clair que l’emploi de l’année vague, atteste seulement le choix d’un certain mode de numération , tout à fait arbitraire, et qui n’exige aucune science ; au lietl que la période de 1461 années pareilles, exprimant une relation numérique entre ces années et l’année de 365i -j-, suppose, et, par conséquent prouve, la connaissance de cette dernière, qui est elle-même un résultat d’astronomie. Mais elle ne prouve pas autre chose ; car il ne faudrait pas , par exemple , conclure de son existence que le peuple où on la trouve , a réellement et effectivement observé une ou plusieurs de ces révolutions dc-i 461 années vagues qui auraient ramené physiquement le premier jour de l’année vague à sa place primitive dans l’année solaire. En effet, non-seulement la durée d’une telle période pourrait avoir été prévue par le calcul, d’après la durée inexacte attribuée à l’année tropique , mais, si elle était présentée comme liée à cette sorte d’année, elle devra* 1 nécessairement avoir été déterminée ainsi, puisqu’elle repose

DE DENDEIIAH. î55

Remarquons qu’à l’époque où écrivait Geminus, la bibliothèque d’Alexandrie existait depuis plus de deux siècles; cette bibliothèque, dans laquelle, au rapport du Syncelle, « Ptolémée-Philadelphe « avait rassemblé dix myriades de volumes, con- « tenant tous les livres des Grecs, des Chaldéens,

« des Égyptiens, des Romains, traduits ou com- « mentés en langue grecque. » Ainsi les connaissances astronomiques des prêtres égyptiens ne pouvaient plus alors être demeurées secrètes, surtout celles qui avaient des applications aux usages publics. C’est ce qui est mis tout à fait hors de doute par un curieux passage de Strabon, où l’on voit, que, de son temps, c’est-à-dire, dans les premières années de l’ère chrétienne, sous Auguste et sous Tibère, ces connaissances mystérieuses passaient pour être tout-à-fait dévoilées. En racontant les détails de son voyage en Égypte, dans le xvn e livre de sa géographie, Strabon s’exprime en ces termes (i) : « On nous fit voir les maisons des « prêtres ainsi que les endroits où avaient de- « meuré Platon et Eudoxe. Ces philosophes étant « venus ensemble à Héliopolis, y passèrent, selon « quelques auteurs, treize années dans le com- « merce des prêtres. Avec le temps, et à force « d’attentions et de politesses, ils obtinrent de

su»' cette fausse valeur ; l’observation effective devant donner environ 1507 années vagues au lieu de 1461 en vertu du mouvement réel du soleil, à ces époques anciennes.

(0 Strabon, liv. xvn.

ï 56 SUR LE ZODIA.QUF. CIRCULAIRE

« ces prêtres très-instruits en astrouomie, mais fort « mystérieux et peu communicatifs, la connais- « sauce de quelques théorèmes ; mais les barbares •< leur cachèrent la plus grande partie de ce « qu’ils savaient. Ils ajoutaient aux trois cent soi- « xante-cinq jours les portions additionnelles du « jour et de la nuit nécessaires pour compléter « l’année ; et cependant la durée de cette période « lut ignorée des Grecs, ainsi que bien d’autres « choses, jusqu’à ce que les astronomes modernes « en eussent pris connaissance , au moyen des « traductions en langue grecque des mémoires « rédigés par les prêtres ; et encore maintenant, « ils puisent dans ces écrits, comme dans ceux « des Chaldéens. » Il est clair que, dans ce passage , Strabon considère les traductions des mémoires des prêtres, comme offrant l’exposé de toute leur science astronomique. Or, la chose principale qu’il cite comme le fruit de cette communication , c’est la connaissance que les Grecs y ont puisée des parties de temps qu’il faut ajouter aux trois cent soixante cinq-jours pour compléter l’année. Mais puisque, du temps de Strabon, les Grecs employaient universellement trois cent soixante-cinq jours et un quart pour la durée de l’année solaire, comptée entre les retours au même solstice ou au même équinoxe, c’est donc uniquement l’addition de ce quart de jour que les traductions des mémoires des prêtres leur avaient appris; et elles la leur avaient appris telle qu’ils

l’employaient, c’est-à-dire, comme se rapportant, non pas aux levers héliaques de Syrius, mais à la période tropique du soleil. Cette conséquence logique est d’ailleurs confirmée par un autre pas. sage du même livre, où, en parlant des pretres de Thèbes, Strabon dit (i) : « Ils passent pour « très-versés dans l’astronomie et dans la philoso- « plue. C’est d’eux que vient l’usage de régler le « temps, non par la révolution de la lune, mais « d’après celle du soleil : ils ajoutent aux douze « mois de trente jours chacun, cinq jours tous « les ans; et, comme il reste encore, pour com- « pléter la durée de l’année , une certaine portion « de jour, ils en forment une période composée « d’un nombre rond de jours et d’années suffisant « pour que les parties excédantes étant ajoutées, « fassent un jour : ils attribuent à Hermès toute « leur science en ce genre. » On voit clairement, par ce passage, que l’année dont Strabon parle , est l’année solaire tropique. Mais, si l’on voulait prendre ses expressions à la rigueur , on pourrait en conclure, ou que les prêtres ont voulu le tromper lui-même, ou qu’ils ne connaissaient pas exactement ce qu’il fallait ajouter aux trois cent soixante - cinq jours; car, s’ils l’avaient su, et qu'ils eussent voulu l’exprimer , ils n’auraient pas du di re q lie l a période qui rendait la fraction excédante égale à un jour, contenait un nombre

(i) Strabon, lib. xi.

ï58 SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE

entier de jours et d’années, mais un nombre d’années seulement; et, au lieu d’employer des expressions qui sembleraient désigner une longue période, ils auraient dû simplement dire que ce nombre était de quatre. Au reste, il est possible que Strabon, peu versé en astronomie, ait compris ou exprimé d’une manière inexacte les renseignemens qu’on lui avait donnés. Mais du moins si les Égyptiens, lorsqu’il les visita, eussent possédé des connaissances astronomiques très-supérieures à celles des autres peuples, il est probable qu’il aurait spécialement énoncé en quoi elles consistaient, et qu’il ne se serait pas borné à leur attribuer cette première approximation du quart de jour, si facile à déterminer de mille manières. Diodore de Sicile, qui avait voyagé en Égypte avant Strabon, du temps de César et d’Auguste, attribue , aux seuls prêtres de Thèbes, la connaissance de la période quadriennale (i). « Les Thébains, dit-il, se vantent d etre les pre- « miers de tous les hommes qui aient cultivé la « philosophie et l’astronomie exacte, la disposition <( de leur pays étant particulièrement favorable « pour bien observer les levers et les couchers « des astres. Les mois et les années sont ordonnés, « chez eux, d’une manière particulière ; car, les « jours ne s’y règlent point sur la lune, mais sur « le soleil : ils ont douze mois de trente jours, « après le dernier desquels, ils ajoutent cinq jours

V Diodore,liv. i.

DF. DENDKRAH.

« et un quart. » Du reste, l’ensemble du passage semble indiquer clairement que Diodore ne présente pas cette addition annuelle du quart de jour comme effective, mais seulement comme l’évaluation numérique de la fraction qui complétait l’année solaire. Après avoir cité cet unique résultat de la science des prêtres de Thèbes, il ajoute « qu’ils observent assidûment les éclipses, « et qu’ils en prédisent toutes les particularités. » Mais cette connaissance, dont ils avaient pu se vanter près de lui, n’est accompagnée d’aucune preuve qui la rende croyable ; et il suffisait qu’ils connussent quelque période lunisolaire, celle de dix-neuf ans, par exemple, pour s’en prévaloir; car, dans une autre circonstance, il lui dirent bien (i) : « Qu’à une époque très-reculée, sous le « règne d’Osiris, il y avait eu, lors du lever hé- « liaque de la Canicule, un débordement du Nil « effroyable, qui avait submergé une grande por- « tion de l’Égypte. » A cette indication du lever de la Canicule, Diodore ajoute en parenthèse, que cette époque de l’année est, en effet, celle où le débordement du Nil est le plus considérable ; et cette coïncidence suffit pour lui faire ajouter foi au récit des prêtres. Néanmoins, on peut bien ai &ément voir qu’elle n’était pas même exactement vra ie de son temps ; car le lever héliaque de Synus ne s’opérait, alors, qu’environ vingt jours

(*) Diodore, liv. i.

l6o SUR IÆ ZODIAQUE CIRCULAIRE

après le solstice, et c’est seulement au solstice , que le Nil commence à croître; or, puisque ce fleuve croît pendant cent jours, il devait être loin d’avoir atteint sa plus grande hauteur, après vingt jours, lors du lever héliaque de Syrius. Mais com bien cette coïncidence supposée était-elle moins possible encore, pour une époque plus ancienne, et surtout pour une époque reculée telle que celle où les prêtres prétendaient porter l’histoire d’Osiris; puisque, à mesure que l’on remonte vers des temps antérieurs, on trouve que le lever de Syrius s’est rapproché de plus en plus du solstice, qu’il a coïncidé avec ce phénomène vers le vingthuitième siècle avant l’ère chrétienne, et qu’il l’a précédé auparavant! Il était donc absolument impossible que cette grande inondation , si elle avait réellement eu lieu dans des temps très-anciens, eut coïncidé avec le lever héliaque de Syrius ; et par conséquent le récit des prêtres était certainement faux dans cette particularité. Mais cette fausseté , dans l’assertion d’un fait physique , montre qu’ils n’avaient réellement pas d’observations aussi anciennes qu’ils en donnaient l’assurance. Tout ce que l’on peut donc conclure de ces passages de Strabon et de Diodore, c’est que les prêtres d’Égypte connaissaient, de leur temps, la période de quatre années; car, quant à ce qu’ils disaient la devoir à l’ancien Hermès, on ne peut pas donner beaucoup de foi à cette assertion de gens qui affectaient tou jours de s’envelopper dans les voiles

DF DENDERA.H. l6l

d’une antiquité mystérieuse. Au reste il serait extrêmement simple qu’ils eussent connu, et même connu fort anciennement, la nécessité d’ajouter on quart de jour aux 365 pour compléter l’année tropique ; car , les plus grossières observations d ombres solsticiales, continuées pendant un trèspetit nombre d’années, devaient la montrer avec évidence; et ils auraient du encore obtenir bien plus tôt cette différence, ou même une valeur beaucoup plus exacte, par les retours des ombres aux mêmes directions horizontales, aux instansdu coucher et du lever du soleil, si, comme on peut le présumer par l’orientation assez approchée des Pyramides, ils ont fait de telles observations. Et s ds ont connu le quart de jour ainsi que la période de quatre ans , ils ont pu, je dirais volontiers ils ont dû, en conclure presque nécessairement, comme l’a fait Géminus, la période de 1460 ans a près laquelle l’origine de leur année vague aurait fait le tour entier de l’année tropique, selon la valeur imparfaite qu’ils lui attribuaient. Toutefois, quelque simples que soient ces déductions, la vérité oblige de remarquer que rien ne les atteste. Pt surtout on ne trouve, dans le récit de Strabon, °t dans celui de Diodore , pas le moindre indice doù l’on puisse inférer que les prêtres de Thèbes les appliquent aux retours des levers héliaques de Syrius.

Après Strabon, le premier auteur qui devrait

nous fournir des renseignemens sur les grandes connaissances astronomiques des prêtres d’Égypte, c’est Ptolémée. Ptolémée, égyptien lui-même, habitant, observant à Alexandrie,a pu consulter ce vaste trésor où toute l’antique science égyptienne était déposée; et l’activité de son esprit, ainsi que l’extrême utilité dont auraient été pour lui des périodes ou des observations anciennes, ne permet pas de croire qu’il ait négligé un si grand secours. Eu effet, on voit qu’il a soigneusement recherché et employé les anciennes éclipses chaldéennes qui étaient sans doute venues ainsi à sa connaissance; mais il ne rapporte pas un seul résultat astronomique des Égyptiens. Il pousse cependant la fidélité de ses citations jusqu à exprimer les dates des évènemens ou des observations, comme elles sont consignées dans les auteurs desquels il les extrait ; et, par exemple, il rapporte ainsi à l’année vague égyptienne les observations faites en Égypte par les Grecs, avec cette forme d’année ; mais il ne fait mention d’aucune période civile, religieuse ou astronomique qui lie l’année vague avec l’année tropique, ou avec les levers héliaques de Syrius , quoiqu’il donne lui-même les annonces de ces levers hé' liaques, pour divers astres et divers climats, d’après le calcul des positions où le soleil doit se trouver quand on les observe. Une des plus belle* parties de son grand ouvrage, c’est, sans doute<

im

celle qu’il a consacrée à la recherche de la véritable longueur de l’année tropique (i). « Nous « apprenons, dit - il, par les ouvrage des anciens , « et, surtout, par ceux d’Hipparque, cet obser- « vateur infatigable et cet ami sincère de la vérité, « combien il a existé sur cet objet de dissenti- « ments et d’incertitudes. Ce qui excite surtout « les doutes d’Hipparque, c’est de trouver l’année « un peu moindre que 365 jours lorsqu’il la rae- « sure par le retour du soleil au meme équinoxe ou K au même solstice, et de la trouver au contraire <( un peu plus longue que 365 jours j lorsqu’il « la mesure par les retours du soleil aux mêmes « étoiles. » Ptolémée expose alors toutes les recherches qu’Hipparque a faites pour se procurer des observations antérieures aux siennes, afin que la petite différence dont il s’agit pût devenir plus sensible, étant ainsi accumulée pendant un long intervalle de temps, et il termine par cette citation des propres paroles de ce grand astronome. « Dans « le livre que j’ai composé sur la longueur de « 1 année, je montre que l’année solaire, qui est le « temps des retours du soleil à un même équinoxe (t °u à un même solstice, contient 365 jours * moins « une fraction à peu près égale à de la durée (< d un jour et d’une nuit. De sorte qu’il ne faut " P a s, comme les mathématiciens le supposent, (< ajouter tout-à-fait ~ de jour aux 365 qui compo-

(*) Almagesff*, Uv. m, chap. n.

M sent le nombre entier (le jours que contient « l’année. » Or, si un astronome aussi habile et d’un aussi grand génie qu’Hipparque, a mis tant de soin à constater cette petite différence, et a eu tant d’efforts à faire pour en déterminer une valeur qui n’est pas même encore tout-à-fait exacte; si, de son temps, l’excès du quart de jour était le seul connu et employé par les mathématiciens , c’est-à-dire par les savans les plus spécialement appliqués à ce genre de recherche ; si, ensuite, après Hipparque, Ptolémée, égyptien de naissance, et placé au milieu de toutes les richesses littéraires d’Alexandrie, n’a trouvé rien de plus parfait à citer sur cet objet que le travail de ce grand astronome; ne doit-on pas en conclure, avec une vraisemblance excessive, ce que d’ailleurs Ptolémée nous apprend lui-même, savoir : que la différence dont il s’agit n’avait j amais été déterminée jusqu’alors, et que les astronomes les plus savants de cette époque ne connaissaient pas de période tropique plus parfaite que 365 jours {? Mais, même, ce n’était pas seulement ce résultat plus parfait qui devait leur manquer, c’était jusqu’aux élémens sur lesquels il se fonde. En effet , si l’on songe à l’intérêt qu’il y avait, pour Ptolémée, comme pour Hipparque, à découvrir des observations de solstices ou d’équinoxes plus an' ciennes, et surtout plus précises que celles d e Méton et d’Euctémon, d’Aristylle, et de Tim 0 ' caris, dont Hipparque fut cependant réduit à la> re

DE DEWDLRAH.

usage, peut - on supposer que l’un et l’autre n aient pas fait toutes les recherchés imaginables pour s’en procurer ? Et puisque Ptolémée surtout était à la source même de toutes les connaissances égyptiennes, s’il n’y a puisé aucune ancienne observation de ce genre, ni aucune notion numérique qui méritât d’être mentionnée, n’en résulte-t-il pas la présomption la plus forte, U plus évidente, qu’il n’existait rien de pareil chez les prêtres d’Égypte, dont il avait les mémoires; et que, tout au plus, leur science allait jusqu’à connaître et appliquer, pour leurs calculs secrets, l’approximation commune de 365 jours 4 -?

Quoi qu’il en soit, on ne peut dire qu’il y ait, dans Ptolémée, le moindre vestige d’une période de cette espèce, appliquée à autre chose qu’à l’année tropique : et l’on n’y trouve, non plus, aucune trace quelconque de la grande année composée de 1461 années vagues. Il faut descendre de plus d’un siècle, après Ptolémée, pour avoir de nouveaux détails sur cette période, et pour la voir enfin liée aux levers héliaques de Syrius. Ces détail? se trouvent dans Censorinus , auteur latin qui écrivait à Rome l’an a38 de l’ère chrétienne. Ils sont consignés dans une petite dissertation intitulée : de die natali , laquelle se compose de tous les lieux communs qu’un rhéteur astrologue peut débiter à son protecteur, sut* un l°ur de naissance. Cependant, quelques indiquons numériques précises , disséminées parmi

,g£ SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE

ces rêveries, les rendent aujourd’hui précieuses, et leur ont valu l’honneur d’être conservées par la postérité. Après avoir exposé rapidement la réformation du calendrier romain par Jules César, Censorinus, dans son xxi c chapitre, donne la concordance du calendrier Julien, avec les formes d’années les plus usitées. Puis il ajoute (i) : « Les « Égyptiens ont aussi diverses espèces d’années, « desquelles ils ont, comme nous, tenu des a registres. Telles sont celles que l’on appelle « de Nabonassar, parce quelles partent de la pre- « mière année du règne de ce prince. L’année « actuelle en est la 986 e . Telles sont encore les an- « nées de Philippe, qui se comptent de la mort « d’Alexandre-le-Grand, et qui, prises jusqu a l’an- « née actuelle, sont au nombre de 56a. Les com- « mencemens de ces deux espèces d’années, se « placent toujours au premier jour du mois que « les Égytiens appellent Thot; jour qui s’est trouvé « cette année le septième avant les calendes de « juillet ; et il y a cent ans, sous le consulat d’Au- « tonin Pie et de Bruttius Præsens , ce même pre- « mier jour de Thot s’est trouvé le 12 ^ avant les « calendes d’aoùt, époque à laquelle la canicule « se lève habituellement pour l’Egypte. » Ce premier passage ne nous fournit aucun renseignement réellement nouveau sur les années égyptiennes ; car nous savons déjà par Ptolémée que celles de Nabonassar et de Philippe sont des années

(1) Censorinus , de die natali , chap. xxr.

DE DEJVDEHAH.

vagues de 365 jours. On pourrait seulement inférer du récit de Censorinus que les Égyptiens n’employaient pas d’autres formes de périodes annuelles pour leurs usages publics, puisque celles-ci sont les seules qu’il mentionne. Quant à la coïncidence du lever de la canicule avec le jour qu’il assigne dans le calendrier romain, c’est une simple indication physique , dont l’exactitude pourra aisément s’apprécier par le calcul, quand on le jugera nécessaire. Mais voici un autre passage qui se rapporte plus spécialement à l’objet qui nous occupe. Il est tiré du chap. xvui. Censorinus y parle des périodes plus longues que les années ordinaires, et qu’il appelle par cette raison les grandes années. Après avoir mentionné les périodes de ce genre, usitées chez les Grecs, la diétéride, la triétéride, la tétraétéride, etc., et expliqué leur formation successive, à peu près comme Geminus ; il ajoute: « La longueur di- « verse de ces grandes années vient de ce qu’il « n’est pas encore généralement reconnu parmi « les astronomes, de combien une année solaire « excède 365 jours, et combien un mois lunaire « est plus court que 3o jours. Mais le mouvement « de la lune n’est pour rien dans la grande année « des Égyptiens que les Grecs appellent Cynique , « et que nous autres Latins appelons Caniculaire, « parce que son origine se compte de l’époque « où l’astre de la canicule se lève le premier jour « du mois que les Égyptiens appellent Tliot. Car

l68 sur le zodiaque circulaire.

« l’année civile des Égyptiens n’a que 365 jours « sans aucune intercallation ; de sorte que quatre k de ces années forment un intervalle moindre « d’un jour que quatre années naturelles; ce « qui fait qu’après 1461 ans, elles se trouvent « ramenées à leur origine primitive ( dans la pé- « riode solaire annuelle ). Cette ( grande ) année « est aussi appelée par quelques personnes Xan- « née hèliaque , et par d’autres Xannée de dieu. » De là Censorinus passe à l’explication des grandes périodes systématiques qui étaient supposées devoir accorder les mouvemens du soleil, de la lune, des cinq planètes, et dont l’hiver devait amener un déluge, l’été un embrasement universel. Mais, à la fin du xxi* chapitre, dont nous avons cité tout à l’heure un passage, il revient encore sur la grande année égyptienne ; et après avoir donné, comme nous l’avons dit, la date romaine du jour où le premier de Thot a coïncidé avec le lever de l’astre de la canicule en Égypte, il ajoute : « Par là on peut connaître que nous sommes « maintenant dans la centième année courante « de cette grande année, qui, ainsi qu’il est dit « plus haut, est appelée hèliaque et caniculaire, « et aussi année divine. » Ce dernier passage, rapproché du précédent, montre avec évidence que Censorinus n’attache la dénomination d’année hèliaque qu’à la grande période de 1461 années courantes égyptiennes de 365 jours. En outre , lorsqu'il dit que quatre de ces années courantes

DE DENDERAH- l6()

forment un intervalle d’un jour moindre que quatre années naturelles , lesquelles doivent en conséquence contenir chacune 365 j. il faut savoir que par ce mot d '‘armée naturelle , il entend toujours l’année solaire tropique , fixée par la réforme julienne à 365 j. car c’est ainsi qu’il s’exprime formellement dans le chapitre xx e où il traite de cette réforme. Il prévient même à ce sujet que, lorsqu’il aura à indiquer par la suite quelque intervalle de temps, il regardera comme à propos de l’énoncer toujours en années naturelles de cette espèce; et même , ajoute-t-il : «Si « l’origine du monde pouvait être connue, il fau- « drait y fixer l’origine de ces années.» Toutes les expressions employées par Censorinus, se trouvant ainsi bien nettement définies et expliquées , on voit que, dans le passage cité plus haut, il ne rappelle le lever de la canicule que comme ouvrant la grande année divine, composée de i4hi années vagues ; sans dire un seul mot qui indique que le même phénomène dût servir aussi d’origine à une petite période annuelle , qui aurait été employée en Égypte pour des usages publics, de son temps ou dans des temps antérieurs. On peut même présumer avec vraisemblance, que , si un pareil usage eut existé, ou du moins si Censorinus eût connu qu’il existait, il l’aurait spécialement indiqué; car, après avoir donné les origines des années de Nabonassar, de Philippe, et de la grande année caniculaire, il ajoute : «J’ai

, rj Q SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE

« uoté exprès les origines de ces diverses années,

« de peur que l’on n’imaginât quelles commen- « cent aux calendes de janvier, ou à quelque au- « tre époque pareille ; car les intentions de ceux « qui les ont établies, ne sont pas moins variées « que les opinions des philosophes. Les uns court sidérant l’année naturelle, comme devant pren- « dre son origine au solstice d’hiver, d’autres au « solstice d’été,d’autres à l’équinoxe du printemps a ou à l’équinoxe d’automne ; quelques-uns au « lever des Pléiades, quelques autres à leur court cher, et un grand nombre au lever de l’étoile u du Chien. » Or, quand, parmi toutes ces opinions sur la manière la plus convenable de commencer l’année, Censorinus n’omet pas celle qui en mettrait l’origine au lever de la canicule, peuton croire que , s’il eût existé anciennement en Égypte une année agricole publique, dont le commencement aurait été fixé ainsi au lever héliaque de Syrius, il n’en eût pas fait aussi une mention spéciale, surtout lorsqu’il indique avec détail les diverses espèces de périodes autrefois usitées dans cette contrée, qu’il en marque soigneusement les origines diverses, et qu’il rapporte même l’une d’elles, celle de la grande année divine, au lever de l’astre du Chien ? Une telle omission a évidemment toutes les vraisemblances contre elle; et il est bien plus naturel de conclure du silence de Censorinus sur cet article , comme de celui de Géminus » que , s’ils n’ont rien dit d’une telle période an*

nuelle, c’est qu’il n’en existait pas de telle, à leur connaissance, dans les contrées dont ils parlaient.

Ayant ainsi limité le témoignage de Censorinus à la grande période de i 46 i années vagues, la seule à laquelle il s’applique, cherchons à vérifier la concordance qu’il établit entre son origine et le lever héliaque de Syrius, pour l’Égypte. Et, comme la date romaine qu’il indique pour cette concordance, répond au 20 juillet 139 après l’ère chrétienne, cherchons si le lever héliaque de Syrius a eu lieu en effet en Égypte à cette époque. C’est là un fait astronomique qui mérite d’ètre vérifié avec exactitude, et il pourrait aisément l’ètre à l’aide de nos tables actuelles, s’il exigeait seulement une certaine valeur fixe de distance angulaire entre Syrius et le soleil. Mais il dépend aussi de plusieurs autres données qui font que le calcul en est toujours plus ou moins hypothétique. En effet, le lever héliaque d’un astre a lieu lorsque cet astre, jusqu’alors effacé par les rayons du soleil, commence à devenir visible le matin en se levant avec l’aurore. Ce phénomène doit donc dépendre, et dépend en effet , non seulement du temps et du lieu pour lequel ou le calcule, mais encore de l’éclat de 1 astre, de la transparence de l’air près de l’horizon dans le lieu où on l’observe, enfin de la vue plus 011 moins perçante de l’observateur. Se trouvanl ainsi sujet à des difficultés accidentellement valables, et impossibles à prévoir ou même à éva-

l’j-i SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE

luer avec certitude, on conçoit que sa détermination physique ne peut jamais comporter une rigueur absolue; car, cette rigueur consisterait à dire : « hier l’astre n’était pas visible à son lever à « cause de la trop grande proximité du soleil, tandis « quil est visible aujourd’hui». Or, il n’est aucun observateur véridique qui voulut soutenir,à plusieurs jours près, la responsabilité d’unepareille annonce. Mais, en substituant, par hypothèse, à ces accidens variables, des circonstances constantes; en supposant, par exemple, que l’astre devient toujours visible, et est toujours effectivement aperçu à l’horizon, lorsque le soleil est abaissé audessous de ce plan d’un certain nombre de degrésfixe, l’époque hypothétique du phénomène devient exactement calculable, et peut être déterminée rigoureusement. Lorsqu’on effectue ce calcul pour Syrius et pour le climat de la Basse- Egypte, en admettant une dépression verticale du soleil égale à dix ou douze degrés, comme il paraît que Ptolémée l’a fait assez généralement pour les étoiles de première grandeur , on trouve, ainsi qu’il était naturel de le prévoir, que l’intervalle des levers héliaques consécutifs de cet astre varie, dans les différens siècles, en vertu de l’effet différent que la précession produit sur son lever et sur celui du soleil; mais, par une circonstance singulière que les célébrés chronologistes Pétau et Baimbridge avaient déjà depuis long-temps remarquée, et que M. Fourrier confirme, la variation

dont il s’agit s’est trouvée excessivement petite et absolument inappréciable, pendant les'vingt ou trente siècles qui ont précédé l’ère chrétienne. Et, en outre, pendant tout ce temps , l’intervalle mathématique compris entre deux levers héliaques consécutifs de Syrius, a été presque exactement de trois cent soixante-cinq jours et un quart; de sorte, qu’après i4bi années vagues égyptiennes, ce phénomène devait se trouver reyenu au même jour de l’année vague. Quant à la date précise et annuelle du phénomène, elle a été pareillement déterminée par les deux chronologistes que j’ai cités tout à l’heure. Mais elle l’a été plus récemment encore par M. Ideler ; et, comme les résultats de ces divers calculs s’accordent parfaitement dans leurs circonstances générales, quoiqu’ils diffèrent toujours un peu dans les dates précises, je rapporterai de préférence les derniers, comme étant fondés sur des élémens astronomiques plus perfectionnés ( r). Cela posé, en calculant les lieux

(i) On trouvera plus loin une nouvelle vérification de ces calculs. Car, afin d’en rendre l’application plus spéciale à nos monumens, je les ai recommencés pour Denderah et pour les trois époques — 2782, — i 322 , + i3g, les mêmes que M. Ideler a considérées. Mais, quoique la méthode dont j’ai f ?it usage pour remonter aux anciennes positions de Syrius, me semble devoir offrir plus d’exactitude que celle dont M- Ideler a fait usage, néanmoins, comme la différence des résultats est fort légère, j’ai cru devoir employer d’abord ici les siens, afin que les uns et les autres se confirment par leur accord.

j SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE

du soleil et de Syrius, pour le 20 juillet i3q après l’ère chrétienne ; et pour la latitude de 3o°, qui était celle des villes de Memphis et d’Héliopolis, ancien séjour des prêtres égyptiens les plus renommés par leurs connaissances astronomiques, M. Ideler trouve, qu’au moment du lever de Syrius, le soleil était abaissé de dix degrés sous l’horizon: de sorte que, si l’on adopte cette dépression comme la plus petite qui pût rendre Syrius visible à l’horizon même, il s’ensuivra que le lever héliaque de cet astre a eu lieu mathématiquement ce jour-là, sous la latitude dont il s’agit. En répétant le même calcul, avec la même latitude et les mêmes conditions de visibilité, pour des époques antérieures aux précédentes, d’une et de deux périodes de 1461 années vagues, c’està-dire, pour les années juliennes i3 22 et 2782 , avant l’ère chrétienne, M. Ideler trouve que le même abaissement du soleil, au moment du lever de Syrius, s’est reproduit aussi le 20 juillet de ces années-là, de sorte que Syrius s’y est retrouvé dans les mêmes conditions mathématiques de son lever héliaque. Si donc on admet ces conditions comme des réalités physiques, on pourra, sans être en contradiction avec l’astronomie, supposer, si l’on veut, comme M. Fourrier, que la grande année égyptienne de 1 [fi 1 années vagues, exprimait l’intervalle connu de temps qui, pendant les vingt-cinq ou trente siècles antérieurs à l’ère chrétienne, ramenait le premier jour de l’année

DK DENDERA.H.

vague au lever héliaque de Syrius; et croire que les anciens Égyptiens ayant constaté ce fait, avaient fixé ainsi l’origine de leur grande année, par une observation effective ; on pourra également, si l’on veut, faire remonter cette première détermination à l’un quelconque des renouvellemens de cette coïncidence, par exemple, à l’an i 322 ou 2782, avant l’ère chrétienne ; de sorte que les prêtres égyptiens auraient ainsi effectivement observé plusieurs révolutions de la période entière. Toutes ces suppositions, dis-je, sont astronomiquement admissibles dans les conditions de visibilité adoptées; elles sont même les seules qui puissent concilier la durée de i46t ans assignée à la période avec l’hypothèse d’une haute antiquité d observation ; car cela ne serait plus possible si 011 la considérait comme exprimant seulement la concordance de l’année vague avec l’année tropique de 365 jours \ , puisque la valeur réelle de l’année solaire donnerait à la période une autre durée. Mais il est essentiel de remarquer que cette interprétation de la grande année égyptienne, et des particularités qu’on y rattache, n’est aucunement légitimée, ni même seulement indiquée le moins du monde, par les autorités historiques que nous venons de réunir. Car, Géminus, ainsi c l u e nous l’avons vu d’abord, ne fait intervenir en rien l e lever de Syrius dans la période de 1461 années vagues; et, pour Censorinus , il compte fiien , à la vérité, les années courantes de cette pé-

J rj6 suit LE ZODIAQUE CIRCULAIRE

riode à partir de celle où le premier de Thot s’est accordé en Égypte avec le lever de Syrius ; mais, il ne dit pas du tout, si cette fixation résulte d’une observation effective, ou d’un usage ancien, ou (l’une computation rétrograde pareille à celle par laquelle il propose de donner pour origine aux années juliennes le commencement du monde. Il ne dit pas davantage que la période dont il s’agit fut connue en Égypte depuis une haute antiquité comme cycle caniculaire ; ni que son renouvellement y eût été observé une fois ou plusieurs ; ni même qu’on y eût embrassé sa révolution entière, comprise entre deux retours des levers héliaques de Syrius au premier de Thot. L’unique chose qu’il exprime, c’est qu’à l’époque où il écrit on se trouve dans la centième année courante du cycle, en comptant depuis l’origine qu’il a assignée ; et cette indication se trouve en effet concordante avec le calcul astronomique. Mais , si l’on veut bien peser attentivement ses expressions, on verra qu’elles tendraient à présenter la liaison de la période avec le lever de Syrius, plutôt comme une application récente que comme un résultat établi par l’observation d’une longue suite de siècles. Car, il ne dit pas du tout, comme M. Fourrier le rapporte, que le cycle s’est renouvelé en telle année, ce qui semblerait indiquer que l’on en a déjà observé plusieurs révolutions antérieures; il dit seulement que l’année actuelle est la centième du cycle, comme il dit, quelques lignes

plus haut, qu’elle est la 56 s e de Philippe, et la 9B0 de Nabonassar. Or, puisque, dans ces deux derniers cas, nous voyons que les origines qu'il indique sont réellement les origines primitives, ne devrait-on pas penser qu’il agit de meme pour la grande année égyptienne, lorsqu’il ne donne aucun avertissement contraire? Et, s’il se lût déjà accompli précédemment plusieurs révolutions observées de cette grande année, est-il présumable qu’il n’en aurait fait aucune mention, surtout dans un passage expressément consacré à l’exposition des diverses périodes de temps que les Egyptiens employaient ?

Je 11’ignore pas que ces doutes paraîtront bien contraires aux opinions adoptées par la plupart des chronologistes modernes, qui considèrent le cycle caniculaire comme appartenant à une antiquité très-reculée, et qui en font remonter l’établissement primitif à la première, ou même à la seconde époque de son renouvellement avant 1ère chrétienne, dans les années i3aa ou 27 89.. Mais, dans une question pareille, les opinions 11e valent que par les autorités historiques qu’elles représentent. On vient de voir que Geminus.

Ptolémée, Censorinus, c’est-à-dire, les auteurs qui ont traité le plus spécialement et avec le plus de détail des périodes astronomiques ou chronol°giques, ne fournissent absolument aucun indice qui puisse prouver, ou seulement faire soupçonner à celle-ci une si haute antiquité. Voyons

maintenant quels sont les témoignages contraires : de pareils témoignages, on n’en voit pas un seul dans les écrivains antérieurs à 1ère chrétienne, dont les ouvrages se sont transmis directement jusqu’à nous. On trouve seulement dans des auteurs fort postérieurs à cette ère, deux fragmens plus anciens, dans lesquels le cycle cynique est nommé, comme période chronologique. Un de ces fragmens est une chronique égyptienne dont l’auteur ainsi que l’époque exacte sont inconnus, et qui, d’abord rapportée par le prêtre égyptien Manéthon dans un livre de chronologie composé par ordre de Ptolémée Philadelphe , en a été extraite dans le troisième siècle de l’ère chrétienne par Julius Africanus, puis a été tirée de ce dernier, dans le huitième siècle, par le moine Georges Le Syncelle, qui nous l’a transmise ; de sorte que l’on conçoit combien d’altérations elle a pu subir en passant par tant de mains. A la suite des assertions fabuleuses dont cette chronique abonde, en ce qui concerne les règnes des dieux et des demi - dieux en Égypte, on y trouve ces expressions énigmatiques : « Après eux , on compte , quinze générations du cycle caniculaire, en 44^ ans. » En outre, l’espace total de temps qu’elle assigne depuis le règne du dieu Soleil jusqu’à celui de Nectanebus II, n’est pas moindre que 36525 années chacune de 365 jours, ce que Le Svncelle interprète être vingt-cinq révolutions du cycle cynique de i 46 î années vagues. Sans doute

DH DENDERAU.

personne ne jugera cette assertion suffisante pour attester une antiquité si peu historique, et pour faire croire que le cycle cynique fut connu à de pareilles époques ; mais on en doit au moins conclure qu’il l’était à l’époque où la chronique qui le nomme fut composée, si toutefois elle n’a pas subi postérieurement d’additions en ce point. Or,comme le roi Nectanebus quelle cite est de l’an 35 o avant 1 ere chrétienne , il s’ensuivrait que cette date serait aussi la plus ancienne que l’on pùt lui attribuer. Se trouvant ainsi postérieure à Thaïes de trois siècles, et même d’un siècle à Méton, il ne serait nullement surprenant que l’on eût remarqué alors la concordance des levers héliaques de Syrius avec l’année solaire de 365 jours un quart, qui était généralement connue. Car, on verra plus loin que l’observation de cette concordance est la chose du monde la plus simple quand on connaît l’année de 365 jours un quart. Toutefois l’autorité de Le Syncelle n’est pas tellement irrécusable que l’on doive croire sans réserve à l’antiquité réelle de cette chronique, surtout venant ( f^?yP^ ens 9 u i cherchaient toujours à enfoncer l’origine de leur uation dans la nuit des siècles • et par conséquent il se pourrait très-bien que, quoique s’arrêtant à Nectanebus, elle lui fût en ef fet postérieure. Le livre de Manéthon, où cette chronique était, dit-on, primitivement rapportée, n’est pas non plus arrivé jusqu’à nous, et on ne le connaît, comme je l’ai dit, que par des

îa.

,g 0 SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRF

extraits qu’en ont donné divers écrivains fort postérieurs à l’ère chrétienne. Il paraît que Manéthon présentait son ouvrage comme tiré des archives sacrées de l’Égypte; mais Le Syncelle qui le cite, quoique probablement sans l’avoir connu lui-mème en original , inspirerait pour cette assertion une médiocre confiance ; car il présente les récits de Manéthon avec la réprobation la plus constante , comme des tissus de mensonges et d’extravagances accumulées avec l’intention la plus évidente de rehausser ainsi l’origine de sa nation. Or, en marquant l’époque d’un roi égyptien appelé Concharis, le 2$ e de la seizième dynastie, Le Syncelle dit : « Qu’entre « ce prince et le roi Mestrem, premier roi de l’É- «gypte, on compte 700 années du cycle, ap- « pelé dans Manéthon, caniculaire. » Maintenant, comme les concordances historiques tendent à placer le règne de ce Concharis, non loin de la vocation d’Abraham, c’est-à-dire, environ 2000 ans avant l’ère chrétienne, on a conclu, et, oseraije dire que c’est Fréret qui a tiré le premier cette conséquence, on a conclu, dis-je, que la date assignée par Manéthon, devait se rapporter à la seconde période antérieure à l’ère chrétienne, laquelle commence à l’an —2782 ; et l’on a considéré cette relation comme une preuve suffisante que le cycle caniculaire existait effectivement dèsce tempslà. Ce passage, et le texte de la vieille chronique, sont les deux seules autorités anciennes que l’on ait

l)E D EN DERA. U. l8f

pu alléguer en faveur de l’antiquité du cycle. Mais on y a joint encore un témoignage d’une date plus moderne, celui de Saint-Clément d’Alexandrie. Saint Clément qui écrivait dans le troisième siècle de lere chrétienne , à peu près dans le meme temps que Censorinus , place la naissance de Moïse 345 ans avant l’établissement de la période sothiaque. Or, par les limites historiques entre lesquelles cette naissance est comprise, on v °it que l’établissement dont saint Clément parle doit se rapporter au premier renouvellement de la période avant l’ère chrétienne, c’est-à-dire, a l’an i 322 . De là, Baimbridge , et, après lui, Pétau et Fréret, ont cru pouvoir conclure que le cycle caniculaire existait réellement alors. Ce sont là, du moins à ma connaissance, les seuls témoignages historiques qui aient été apportés pour établir la haute antiquité de ce cycle. Néanmoins je puis encore y joindre, si l’on veut, l’énoncé d’une règle donnée parle second Théon sous le règne de Dioclétien, pour trouver le jour de l’année auquel correspond le lever héliaque de Syl’ius, règle qui n’avait pas encore été publiée, mais que je rapporterai textuellement à la fin de cet ouvrage (i). Théon y prescrit de supputer les

(*)Ce fragment avait déjà été mentionné par Larcher, et après lui par Volncy ; mais je ne sais pourquoi l’un et l’autre n’en avaient rapporté que les premières lignes. L’intérêt extrême qu’il y avait à le connaître en entier m’a fait prier M. Hase, savant aussi obligeant que profond, de vouloir bien l’extraire

années écoulées à partir d’un certain roi égyptien qu’il appelle Ménophrès, lequel ne se trouve mentionné sous ce nom dans aucune chronologie, mais que la forme de son calcul fait remonter à l’an avant l’ère chrétienne; époque où en effet le lever héliaque de Syrius dut coïncider avec le premier de Thot, ainsi que nous l’avons expliqué plus haut. Mais que prouvent de semblables computations, sinon l’existence actuelle de la période aux époques où on les a faites? Qui ne voit que, relativement à son existence antérieure, leur autorité est sans force, et n’a pas même la valeur d’une assertion effective, encore moins d’une attestation présente et contemporaine? Car, ce ne sont pas ici des auteurs trèsanciens, qui vous attestent expressément que le cycle existait à telle ou telle époque dont ils peuvent avoir la tradition certaine. Des témoignages de ce genre, on n’en a pas à citer un seul. Ce sont des auteurs récens, des chroniques très-confuses, et même souvent fabuleuses, qui expriment une date très-ancienne, presque sur la dernière limite

pour moi d’un manuscrit de la bibliothèque du roi où il se trouve, sous le n° 239 o. M. Hase a eu la bonté de prendre cette peine, et l’on trouvera dans la note Vie texte avec la traduction qu’il m’en a donnée. La suite des procédés employés par Théon m’a fait aisément retrouver la marche ainsi que l’esprit de son calcul. Il en résulte une confirmation nouvelle, tant de l’origine mathématique assignée par Censorinus au cycle, que de plusieurs autres dates intéressantes pour la chronologie.

DK U EN DKHAli.

des temps historiques, en fonction d’une période connue de leur temps, et qu’il était naturel qu’ils employassent, soit pour pouvoir embrasser dans un meme système de dates toutes les chronologies , soit pour donner ainsi du relief à leurs récits, en les faisant remonter à une fabuleuse antiquité. Conclure de ces seuls énoncés l’usage réel et antique de la période, c’est confondre deux idées totalement différentes; c’est absolument comme si l’on voulait prétendre que notre manière actuelle de compter les années à partir de la naissance de Jésus-Christ, a dû être réellement établie lors de cet évènement, tandis qu’elle n’a été imaginée que plus de cinq cents ans après; ou bien encore, comme si l’on voulait soutenir que les anciens ont connu, de tout temps, la période julienne de Scaliger, parce que les évènemens, les plus reculés de l’histoire, sont maintenant ainsi exprimés. On pourrait avec moins d’invraisemblance avancer la proposition contraire; savoir, que l’adoption d’une ère est généralement et même est quelquefois de beaucoup postérieure à l’époque astrorîomique qui lui sert d’origine : car, cette assertion ne se trouverait en défaut pour aucune des grandes ères connues, si ce n’est, peut-être, pour celle de l’hégire. Au reste, la généralité de ce résultat n’est ici nullement nécessaire. Il nous suffit de discuter le cas particulier de la période cynique, et de voir s’il existe des autorités historiques qui prouvent qu’elle ait

été réellement connue et employée dans cette haute antiquité de i 322 ans, et même de 2782 ans avant l’ère chrétienne à laquelle on a voulu faire remonter son existence. Or, sur ce point, on a d une part les deux seules inductions que l’on peut tirer des fabuleux fragmens de Manéthon, et de la vieille chronique ; fragmens que nous ne possédons pas même en original, mais que nous trouvons seulement cités par dés auteurs fort postérieurs à l’ère chrétienne et dépourvus de toute connaissance astronomique; tandis que, de l autre part, nous avons le silence complet et unanime de tous les auteurs anciens d’astronomie, de géographie, de chronologie ou d’histoire/dont les ouvrages originaux nous sont parvenus. On conviendra qu'ici la vraisemblance est du côté du plus grand nombre ; car, il serait bien extraordinaire que tant de savans hommes, qui ont recueilli avec les plus grands soins les résultats, même les premiers essais de l’astronomie ancienne , et qui nous les ont transmis avec une fidélité tellement parfaite quelle est souvent minutieuse, se fussent tous accordés pour omettre une chose aussi importante que la période cynique, considérée dans les rapports des levers héliaques de Syrius avec l’armée vague , si ces rapports eussent été en effet aussi anciennement connus et déterminés chez les nations dont ils parlaient.

Mais, si l’on est contraint d’abandonner les auto-

rités historiques, on aura peut-être recours à des indications d’un autre genre, tirées de l’exactitude nieme du cycle et de son parfait accord avec le calcul, quand on le considère comme exprimant le rapport de l’année vague, non pas avec l’année tropique, mais avec le lever héliaque de Syrius en Égypte. On demandera s’il n’a pas fallu des observations continuées pendant une longue suite de siècles pour atteindre une si grande justesse; et s’il est possible de concevoir qu’on y soit parven u autrement. L’accord trouvé plus haut entre le calcul astronomique et la date fixée par Censorinus pour le commencement, ou,si l’on veut, le renouvellement de la période en l’an i 3 q de 1 ère chrétienne, semblera donner un grand poids à cette assertion ; et ai nsi, à défaut d’autres témoignages, l’antiquité du cycle paraîtra encore pouvoir être démontrée par la nécessité même dont elle a dû être pour le découvrir, et pour en fixer 1 époque initiale avec une si grande précision.

Réduisons d’abord l’accord dont il s’agit à sa valeur véritable. Il est loin d’être réellement aussi merveilleux qu’il le paraît au premier coup d’œil ; car l’épreuve astronomique, dont nous avons fait Usa ge, n’est pas, au fond, aussi sévère qu’elle semble 1 être. Le choix de l’arc de dépression que l’on emploie dans le calcul , offre toujours une certame facilité pour faire concorder l’époque mathématique du phénomène avec la date qu’on lui ' ( >nne; et, pourvu que cette date n’exige pas une

valeur de la dépression trop en dehors des limites où l’observation physique est possible, rien n’empèchera qu’on ne l’admette. Par exemple, en recommençant le calcul pour l’année i 3 q avant l’ère chrétienne, avec la même latitude de 3 o°, mais en adoptant un arc de dépression de ia° au lieu de io°, et personne ne saurait réellement affirmer lequel des deux est préférable, on trouverait le 22 au lieu du 20 juillet pour l’époque du lever héliaque de Syrius cette année-là. Conséquemment, si Censorinus eut assigné le 22 juillet au lieu du 20 pour le renouvellement de la période , on aurait encore pu trouver son récit exact. Et ceci 11’est pas une pure spéculation sans application réelle ; car Ptolémée, dans son Traité des apparitions des étoiles fixes, place précisément au 28 épiphi fixe ou au 22 juillet, le lever héliaque de Syrius, sous la latitude de 3 o° 22 ; de sorte que, pour trouver cette annonce exacte, il faut la considérer comme faite d’après une valeur de la dépression égale à 12 0 . Or, personne ne peut dire que ce soit là la dernière limite que l’on puisse attribuer à cet élément. Voilà donc déjà, par cela seul, une tolérance de deux ou trois jours accordée au calcul pour s’accommoder aux dates indiquées. La latitude du lieu est encore une autre donnée, qui fait varier l’époque absolue duphénomène? de sorte que, si elle n’est point rigoureusement assignée, mais seulement limitée par des considérations critiques, comme dans le récit de Cen-

sorinus que nous discutions tout à l’heure, les diverses valeurs que Ton peut lui attribuer sont encore un moyen de faire accorder plus exactement le calcul avec les époques indiquées par les auteurs. Or, toutes ces facilités diminuent considérablement la valeur de l’accord auquel 011 arrive avec leur secours ; et elles donnent ainsi à la vérification que l’on cherche, une probabilité beaucoup plus faible qu’elle ne le serait, si elle était déduite d’élémens absolument fixes.

La détermination de la date donnée par Censorinus étant ainsi réduite à son degré de justesse et par conséquent de difficulté véritable, nous avons à examiner comment on a pu la découvrir. Mais d’abord, il 11’est pas du tout certain que ce fût par des observations effectives de levers héliaques, car Censorinus ne le dit nullement ; et comme, à l’époque où il écrivait, le calcul direct de ces phénomènes , d’après les positions des étoiles et du soleil, était connu, puisque Ptolémée les avait déterminés ainsi pour plusieurs climats et plusieurs étoiles, dans son Traité de l’apparition des fixes; qu’on avait même, depuis plusieurs siècles, l’usage de les annoncer, dans les calendriers publics, soit d’après le calcul soit, bien plus Vr aisemblablement, d’après des observations anterieures , rien ne prouve qu’on 11e fût parti de c es résultats, dont la constance de date dans lancée julienne, relativement à Syrius, était évidente, pour remonter, en suivant la marche rétrograde

Je l’année vague, jusqu'à l’époque antérieure où le jour julien indiqué par cette date avait dû coïncider avec le premier de Thot. Les seules annonces de levers héliaques, faites depuis plusieurs siècles dans les calendriers annuels, suffisaient, je le répète, pour cette détermination, et offraient assurément le procédé le plus simple pour l’obtenir. L’origine mathématique de la période étant une fois fixée, rien n’empêchait de l’étendre par rétrogradation à tous les siècles antérieurs. Le silence de Censorinus et des autres auteurs sur l’époque à laquelle cette détermination fut faite et adoptée pour les computations chronologiques, ne permet pas d’affirmer qu’elle l’ait été de cette manière plutôt que de toute autre. Seulement on conviendra que celle-ci serait de beaucoup la plus simple. Mais alors que devient l’abyme d’antiquité, dans lequel on a voulu rejeter l’origine de ces résultats <} Toutefois, ne pouvant rien prononcer d’absolu sur ce point de fait, puisque les preuves histori ques, les seules qui pussent l’établir avec certitude , nous manquent, discutons la supposition de cette antiquité dans les circonstances qui lui sont les plus favorables, c’est-à-dire, en considérant la période de 1461 années vagues, comme primitivement liée aux levers héliaques de Syrius, et trouvée par l’observation effective de ces phénomènes; puis examinons comment les anciens astronomes auraient pu déterminer ces levers avec une approximation aussi grande, et assigner avec

Ufi DFJVDERAH.

tant do justesse la période de leurs retours. C’est ce qu il sera facile de concevoir d’après la marche ordinaire que les anciens ont suivie dans la recherche des autres périodes qu’ils ont découvertes ; et il ne leur aurait fallu , pour celle-ci, ni beaucoup d’années, ni des connaissances astronomiques bien profondes ; car elle s’offrait d’ellenième comme une conséquence évidente des observations les plus simples. Pour s’en convaincre h faut d’abord se former une idée nette des circonstances qui déterminent annuellement le retour du lever héliaque d’une étoile quelconque, et les combiner avec la période de 365 * | que nous avons vu être celle des retours mathématiques de ce phénomène pour Syrius, aux époques anciennes, dont nous nous occupons.

A cet effet, supposons que OLH , fïg. ^ , pl. 1 , représente sur la sphère céleste le grand cercle de I horizon du lieu où l’on observe , et que SLE représente la position du grand cercle de l’écliptique sur cet horizon, au moment où l’étoile observée se leve en O.’ Si le soleil se trouvait sur l’horizon en même temps que l’étoile , elle ne serait pas aperçue; il faudra même qu’il soit abaissé d’un certain nombre de degrés au-dessous l horizon r pour qu’elle puisse devenir visible. Supposons que la limite de cet abaissement, mesuré sur l’écliptique, soit fixée au point b ; en sorte que l’étoile soit toujours visible à son lever ' ,l h, quand le soleil sera plus loin de l’horizon

,g 0 SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE

que le point b ; et qu’au contraire elle soit toujours invisible quand il se trouvera en-deça de ce point. Cela posé , marquons sur l’écliptique quatre autres points a , c , d , e , de manière à former les quatre intervalles a b , bc , cd , de, tous égaux entre eux, et à l’arc que le soleil décrit sur l’écliptique en un quart de jour , arc qui est environ de i 5 '; puis, revenant à Syrius et à la latitude de l’Égypte , supposons qu’au dernier jour épagomène d’une certaine année vague, le soleil se soit trouvé le matin en a dans l’écliptique au moment où Syrius se levait en O. Il est clair, d’après nos définitions précédentes, que Syrius ne sera pas aperçu ce jour-là a son lever ; mais après une révolution diurne de la sphère céleste, c’est-à-dire le lendemain matin, au premier de Thot, le soleil aura décrit un degré de plus dans l’écliptique en vertu de son mouvement propre. Il se sera ainsi avancé de a en e; conséquemment l’étoile qui n’était pas visible à son lever la veille, le deviendra ce jour-là et les jours suivants, jusqu’à ce que, par l’effet de son mouvement propre, le soleil revenant sur l’horizon avec elle par l’occident, la fasse de nouveau disparaître. Cela posé, quand il se sera ainsi écoulé une année vague de 365 jours, c’est-à-dire, le i de Thot de l’année suivante, le soleil 11e sera pas encore revenu au même point e de l’écliptique ou il s’était trouvé lors du premier lever héliaque. Il lui restera encore, pour y parvenir , à décrire

de DENDERAïl.

1 arc correspondant à peu près à un quart de jour; de sorte qu’il se trouvera ce jour-là en d au moment où 1 etoile se lèvera en O ; elle sera donc encore visible à son lever. Mais, elle ne l’aurait pas été la veille, car le soleil se trouvait alors au point a, entre le point b et l’horizon. Après une autre période de 365 jours, c’est-à-dire, le I er Thot ( le la troisième année, le soleil se trouvera en c au moment du lever de l’étoile, et ainsi elle deviendra encore visible ce jour-là, d’invisible qu’elle était la veille, le soleil se trouvant alors plus vois m de l’horizon d’un degré. La même chose arrivera encore au commencement de la quatrième année vague ; le soleil sera en b le premier de Thot, au moment du lever de l’étoile qui deviendra ainsi visible ce jour-là pour la première fois. Mais, il n en sera plus ainsi au commencement de la cinquième année, car le soleil se trouvant en a au moment du lever de l’étoile le premier de Thot, elle ne sera pas encore dans ses conditions de visibilité ; mais elle s’y trouvera le leni emain , cest-à-dire le deuxième jour de Thot, parce que le soleil ayant décrit un degré de 1 écliptique dans cet intervalle, sera passé en e , au même point où il s’était trouvé le premier de |hot quatre années auparavant. Le lever héliaque ^ e 1 étoile aura donc lieu de même le deuxième jour d e Thot de cette année et des trois suivantes jusqu'au commencement de la neuvième; apres quoi il passera au troisième jour de Thot,

jq 2 SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE

au quatrième, au cinquième , et ainsi de suite ; jusqu’à ce que 146 r années vagues s’étant écoulées, il se trouve revenu de nouveau au premier jour de Thot, pour recommencer le même ordre progressif de déplacement. On voit en outre, par cet ordre même , qu’en désignant par i la première année du cycle , les changemens de jour

s’opèrent aux années i, 5 > 9, i 3 >, .c est-à-dire

à celles dont les rangs sont exprimés par un multiple de 4 augmenté de l’unité ; et les nombres de changemens révolus qui expriment les dates du phénomène dans l’année vague, sont respectivement 1,2, 3 , 4 . Par où ü est facile de déter¬

miner le rang de chaque année changeante dans le cycle,.lorsque l’on connaît le jour auquel le lever héliaque s’y opère; car il suffit pour cela, de compter le nombre de jours qui précèdent celuilà dans l’année vague , de multiplier ce nombre par 4 , et d’y ajouter une unité ; par exemple , si l’on sait qu’une certaine année est retardataire, et que le lever héliaque ait sauté au troisième jour de Thot, comme le nombre des jours antérieurs de cette même année est 2, son rang dans le grand cycle sera 2 fois 4 plus 1, ou q, ainsi que nous l’avons reconnu directement tout à l’heure. Si le passage s’était opéré sur le quatrième jour, le rang serait 3 fois 4 plus 1, ou 1 3 , comme nous l’avons reconnu également. Les années où le passage s’opère sont les seules dont le rang puisse être ainsi directement assigné dans le cycle; pour

DE DENDERA.H. iq3

les autres qui sont comprises entre elles , il faut ajouter à leur rang calculé comme nous venons de le dire , la quantité dont elles suivent la première année retardataire qui les a précédées.

Le raisonnement que nous venons de faire pouvant être indifféremment appliqué à toutes les étodes, il semble que la même conséquence doit valoir pour toutes; c’est-à-dire, que l’intervalle des levers héliaques consécutifs de chacune d’elles, doit être pareillement constant et égal à 365 j. f. C est aussi ce que les anciens supposaient généralemen^car, Ptolémée lui-même, dans son traité de l’apparition des fixes , marque les levers héliaques des principales étoiles à des jours déterminés de l’année fixe alexandrine, ce qui présente ces levers comme pareillement fixes dans fa période solaire de 365 j. un 4 -. Cependant il savait très-bien, que cette fixité n’était pas absolument Rigoureuse, et il en avertit d’une manière expresse; mais il jugeait avec raison quelle se soutenait pendant de très-longs espaces de temps avec une exactitude suffisante, pour de simples annonces de phénomènes toujours impossibles à observer avec précision. Dans le raisonnement que nous venons d’appliquer à ces phénomènes, nous ne es avons trouvés coustans que parce que nous avons employé comme des données fixes, plusieurs élémens dont les valeurs éprouvent des vacations, à la vérité très-lentes, mais néanmoins progressives et qui deviennent sensibles dans la

suite îles siècles par leur accumulation. Ainsi lé-

toile que nous avons supposé placée en O a une distance fixe du pôle de l’équateur et de l équinoxe vernal, change en effet continuellement de position relativement à ces deux points, en vertu du continuel déplacement des équinoxes : en outre, le mouvement diurne du soleil dans 1 écliptique, que nous avons supposé de i 5 ' ou ■! de degré, n’est pas exactement de cette quantité; et même, sa valeur en chaque point de 1 écliptique varie avec la suite des siècles, parce qu elle dépend de la distance actuelle de la terre à l’apogée de son ellipse, et que cet apogée se déplace continuellement dans le ciel, en vertu de l’attrac¬

tion des planètes sur le sphéroïde terrestre. Ces diverses variations , que l’on appelle séculaires , étant excessivement lentes, leur effet sur les levers héliaques n’est pas sensible en un petit nombre d’années ; et la vraie valeur de l’année tropique est aussi trop rapprochée de 365 jours j pour que la différence puisse être aperçue en peu de temps, surtout dans des phénomènes qui ne sont pas susceptibles d’être observés avec rigueur- Ainsi, pendant un nombre d’années qui peut même être considérable, l’intervalle des levers héliaques consécutifs d’une même étoile peut paraître sensiblement constant, et peut, avec une approximation suffisante, être considéré comme égal à 365 jours \ ; mais cette supputation, continuée pendant long-temps, finit par s’écarter cou-

DE DENDEUAH. Ip5

sidérablcment des observations, à moins que, par une circonstance de position toute particulière , on ne l’applique à une étoile tellement située, que les causes de variations exposées plus haut se compensent mutuellement pour elle , au moins durant une longue suite de siècles. Or, eette condition a précisément eu lieu pour les levers héliaques de Syrius en Égypte , pendant les vingt ou trente siècles qui ont précédé l’ère chrétienne, du moins en supposant ce phénomène assujetti aux seules circonstances de visibilité que dous avons plus haut énoncées. Si la preuve de cette vérité exige aujourd’hui des calculs savans, fondés sur la connaissance et la mesure précise du mouvement des équinoxes et de l’apogée solaire, l’observation du fait, lorsqu’il existait, ne demandait que des yeux ; et ainsi elle n’offre en elle-même rien d’invraisemblable. Mais on la comprend bien mieux encore, en la supposant, comme on doit le faire, précédée par l’usage de l’année vague de 365 jours. Car, avec ce secours, elle était la chose du monde la plus simple.

En effet, imaginons d’abord que, sans connaître, sans soupçonner même, la période quadriennale, les prêtres de Memphis ou de tout autre lieu de ^ %ypte aient observé le lever héliaque de Sycius un certain jour de l’année vague , par exemple , le 6 e jour du mois phanemôth, jour était le 186 e de l’année. Si cette observation ClJ t pu être mathématiquement rigoureuse, il

jgg SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE

aurait suffi de la répéter quatre années de suite pour découvrir la variation quadriennale, et pour en déduire la durée entière du cycle. Mais on conçoit qu’il n’en a pu être ainsi; et que, pendant quelques années, le déplacement progressif du lever héliaque dans l’année vague a dû se confondre avec les erreurs inévitablement attachées à ce genre d’observation. Mais enfin , le fait de ce déplacement , sinon sa quantité , a dû se manifester par son accumulation même, précisément comme Geminus le remarque pour le déplacement progressif du solstice ; et, en supposant les observations continuées par le collège des prêtres seiüement pendant cent années, le retard total réellement observé n’a pas pu être moindre que de 20 à 3o jours, ce qui était certainement beaucoup trop considérable pour échapper à la plus légère attention. Or, un retard de 20 jours en 100 ans aurait donné \ de jour par année; et un retard de trente jours aurait donné -j. En admettant donc que les observations partielles n’excédassent point ces limites d’erreur, ce qu’elles n’auraient pu faire sans être excessivement grossières , la moyenne la plus simple entre elles était -, ce qui donnait 365 j j pour le retour annuel du phénomène. Alors, selon l’esprit de toute l’antiquité, oû la nature des signes arithmétiques rendait le calcul des fractions très-pénible , on aura cherché à se débarrasser de celle-ci en composant une période qui la fit disparaître , préci-

DE DENDERAH. ig-r

sèment comme Gémirais, Censorinus, Macrobe et tous les autres auteurs rapportent que les Chaldéens et les Grecs ont constamment opéré pour découvrir leurs périodes lunaires et solaires. Ici nen n’était plus facile; car la fraction j étant aussi simple, il suffisait de multiplier 365 par 4, et d’y ajouter i, pour avoir 1460 retours du lever héliaque, compris dans 1461 années vagues, ce fiui est précisément la période sothiaque ou caniculaire (i). Mais, si l’évaluation directe de la fraction ~ appliquée à ces phénomènes était tellement facile en elle-même, indépendamment de toute analogie étrangère , combien son adoption n a-t-elle pas dû être encore plus naturelle et plus évidemment provoquée, si, comme cela est trèsvraisemblable, l’année solaire de 365 j. avec laquelle elle offrait une si singulière concordance, était déjà connue antérieurement ! 11 ne fallait alors que borner à Syrius seul cette idée de constance dans l’année tropique que l’on avait

(i) En effet, puisque, après les 365 jours qui composent une année vague, le lever héliaque de Syrius est supposé se trouver en retard d’un quart de jour, il s’ensuit qu’après 4 années vagues il sera en retard de i jour, et après 365 fois 4 ou 1460 années vagues, il le sera de 365 jours. Donc en ajoutant encore * lt,e année vague, ce qui en fait 1461, le lever de Syrius se trouvera retardé de 365 jours un quart, c’est-à-dire du temps juste qui sépare deux levers héliaques consécutifs ; et par tonsequent dans cet intervalle, il y aura un lever héliaque de moins que le nombre entier d’années, c’est-à-dire 1460.

jg8 SUR LE ZODTAQUE CIRCULAIRE

d’abord supposée généralement vraie pour les levers héliaques de toutes les étoiles; et la nécessité d’une telle limitation se trouvait indiquée par le temps seul et par les faits mêmes, sans aucune science, même sans aucun effort d’esprit.

Quant à l’origine de cette période qui , selon le témoignage de Censorinus , se comptait de l’époque où le lever héliaque de Syrius arrivait en Egypte le premier de Thot, il n’est pas du tout nécessaire qu’elle ait été fixée par une observation immédiate ; et cela serait même très-peu vraisemblable. Car chaque détermination partielle du lever héliaque pouvant très-aisément donner une erreur de plusieurs jours , on n’aurait jamais pu compter sur quelque exactitude en se bornant à des observations faites aux seules époques de son renouvellement. Mais, si cette origine a été en effet déterminée d’après des levers héliaques , on aura pu très-aisément la conclure par computation rétrograde , en partant d’observations faites à une époque quelconque de l’année vague de 3 G 5 jours , laquelle par sa simplicité a du, comme les témoignages historiques l’attestent, être la première et la plus anciennement établie. En effet, lorsqu’on eut déterminé, à une époque quelconque, la durée de la période entière, d’après des observations distantes, comme nous l’avons expliqué tout à 1 heure, on a pu aisément calculer, par celte période même, le nombre d'années vagues écoulées

depuis la date actuelle du lever héliaque de Syrius dans l’année vague, jusqu’à l’époque antérieure où ce phénomène avait dû coïncider avec le premier de Thot. Il 11e fallait, pour cela que le foire graduellement reculer d’un jour pour quatre ans, jusqu’à ce qu’on l’eût fait remonter au premier jour de l’année. Chacune des observations successives, réellement faites dans cet intervalle, donnait donc ainsi, arithmétiquement, une époque mathématique de l’origine fictive du cycle ; et la moyenne de toutes ces époques a dû fournir une détermination aussi exacte que la nature du phénomène le comportait. Rien n’empêche que la date rapportée par Censorinus n’ait été obtenue de cette manière ; et ainsi l’on n’a pas besoin de rechercher , comme l’ont fait les chronologistes , si la période a été établie pour la première fois lors de son renouvellement l’an i3a2 , ou l’an 2782 avant l’èrechrétienne, puisqu’elle a pu l’être également à une époque quelconque intermédiaire entre celles-là, et même postérieure à la dernière. Mais, ne trouvant dans les auteurs aucune indication du procédé employé pour fixer l’origine du cycle, et n'y trouvant non plus aucune preuve positive de la haute antiquité de cette détermination, rien, comme nous l’avons dit plus haut, ne nous autorise à supposer qu’elle ait été fondée ainsi sur des observations réelles de levers hé- Ifoques , plutôt que conclue, a posteriori , par le calcul des lieux de Syrius et du soleil , précisé-

ment comme l’ont été les époques des levers héliaques consignées dans le calendrier de Ptolémée. Et, si l’on considère le doute absolu dans lequel les autorités historiques nous laissent sur le temps où l’origine héliaque du cycle fut ainsi fixée ; le silence absolu des plus anciens auteurs sur la relation même du cycle avec le lever de Syrius ; enfin, l’emploi de cette relation paraissant seulement à une époque où le calcul des levers héliaques était connu et habituellement pratiqué, on trouvera, peut-être, que la détermination de l’origine du cycle , par un simple calcul pareil, n’est pas la moins vraisemblable. Néanmoins, sans prétendre rien prononcera cet égard , nous nous bornerons à conclure de la discussion précédente que la longue durée du cycle caniculaire, et la nature du phénomène astronomique assigné pour son origine , ne prouvent nullement son antiquité. S’il exprime l’accord de l'année vague avec l’année tropique de 365 jours sa date ne saurait être ancienne, et il ne pourrait pas avoir été fondé sur des observations effectives continuées pendant cet intervalle, puisque de telles observations lui auraient assigné une durée différente. Si on le considère comme exprimant l’intervalle des retours du lever héliaque de Syrius au premier de Thot, son ancienneté n’en deviendra ni plus nécessaire , ni plus vraisemblable. Car, l’époque à laquelle il commence à recevoir cette destination n’étant indiquée par

aucun témoignage historique, et rien absolument »e pouvant autoriser à la supposer ancienne, il se pourrait d’abord quelle lui eût été assignée par le seul calcul, dans des temps très-postérieurs à ceux auxquels son origine fictive remonte ; ou, Sl cette liaison avec les levers héliaques est supposée le résultat d’observations effectives, le petit nombre d’années qui suffit pour établir ainsi la durée aussi bien que l’origine fictive de la période, exclura encore cette nécessité d’antiquité qn’on lui supposait. De sorte qu’en définitif, on ne trouvera pour cette antiquité aucune preuve positive , ni même aucune induction , et toutes les analogies contre.

La même discussion ne nous a également donné aucun indice qu’il existât depuis une très-haute antiquité, en Égypte, une période annuelle vulgaire de 365 jours j, appliquée, non pas au mouvement tropique du soleil, mais à la mesure de 1 intervalle de temps compris entre deux retours consécutifs du lever héliaque de Syrius. Cependant , puisque M. Fourrier suppose comme une » chose reconnue, qu’une telle période avait été exactement déterminée, et publiquement employée depuis des temps très-anciens, sous le nom d’année agricole, et puisque cette supposihon même est un des points fondamentaux du système d’interprétation qu’il applique aux monumens astronomiques, il convient de rechercher spécialement les preuves que lui ou d’autres sa-

SUIl LE ZODIAQUE CIRCULAIRE

vans en ont apportées. Or, celles dont ils ont voulu s’appuyer, sont très-peu nombreuses, et surtout très-peu anciennes. Ce sont quelques passages isolés, extraits d’Horus-Apollo, de Vettius- Valens , de Porphyre et du scholiaste grec d’Aratus. Je vais successivement rapporter ces passages, et essayer d’apprécier le degre de confiance qu ils peuvent mériter.

L’ouvrage grec qui porte le nom d Horus-Apollo, est un traité ex professo , dont 1 objet n est rien moins que l’interprétation des hiéroglyphes égyptiens. Sur ce titre , et d’après la ressemblance du nom de l’auteur avec celui d’Orus fils d’Osiris, on a voulu prétendre qu’il avait du être composé très-anciennement en Égypte , par ce fabuleux personnage ; et on l’a fait remonter ainsi au-dela de l’époque de la guerre de Troie. Mais une si faible induction n’a pas suffi pour accréditer une opinion si peu vraisemblable. On croit généralement aujourd’hui que ce traité des hiéroglyphes a été composé par un grammairien égyptien dont Suidas parle, et qui, après avoir enseigné à Alexandrie et en Égypte , vivait à Constantinople dans le quatrième siècle de 1ère chrétienne, du temps de Théodose. L’ouvrage , tel que nous l’avons, est donné comme traduit de l’égyptien par un grec nommé Philippe, dont le style semble indiquer une très-grande altération de la langue grecque. Au reste, le peu d’antiquité de cette composition se peut inférer d’un passage où l’époque

véritable de l’auteur se décèle. Il est relatif à la maniéré de figurer en langage hiéroglyphique l’inondation du Nil (i). «Les Égyptiens, dit-il, désignent « ce phénomène par l’emblème d’un lion, parce que « lorsque le soleil entre dans le Lion, la crue du « Nil devient très-considérable; et, pendant qu’il « reste dans cette constellation (Wwo), l’inonda- « tion atteint souvent les deux tiers de sa hauteur « totale. » Or, selon tous les témoignages des voyageurs anciens et modernes,depuisHérodote jusqu a »os jours, le Nil commence à croître au-dessous de la dernière cataracte, immédiatement après le solstice d’été. Il se passe quarante ou cinquante jours avant qu’il ait atteint la moitié de sa plus grande hauteur, et il ne parvient au dernier terme de son accroissement qu’environ cent jours après le solstice. Conséquemment, à cette première phase de la crue du Nil, que le passage cité désigne comme étant déjà très-considérable, le solstice devait être passé depuis un assez grand nombre de jours ; et il 1 eût été, par exemple , de trente jours, si 1 on supposait que cette phase répondît seulement au tiers de la crue totale ; or, puisque, selon l’auteur, le soleil devait se trouver alors dans le commencement du Lion, si l’on suppose qu’il cite cet emblème comme signe, c’est-à-dire, comme douzième du zodiaque, il fallait que le solstice, anterieur de trente jours, s’opérât dans un point de

il) Horus Apollo, 21 e lucrog., liv. 1.

*io4 sur le zodiaque circulaire l’écliptique qui fût de 3 o° plus occidental, ce qui le reporte au commencement du signe du Cancer; et, comme cette disposition, qui place les deux équinoxes et les deux solstices au commencement des signes, ne fut généralement admise qu’après Hipparque, il s’ensuivrait que l’ouvrage qui l’emploie comme telle est écrit après cet astronome (1), sans que l’on pût toutefois assigner de combien il lui est postérieur. Cette conséquence se trouverait confirmée par la seconde partie du même passage, oû il est dit que la crue atteint souvent les y de sa plus grande hauteur pendant que le soleil est dans le Lion; car, en calculant le nombre de jours

(i) Dclambre a remarqué avec raison que cette division d’Hipparque était une conséquence naturelle de l’usage qu’il faisait de la trigonométrie sphérique pour calculer les déclinaisons du soleil et des autres astres relativement à l’équateur. Car, dans ce système, et dans ce système seul, la division de l’écliptique en degrés, minutes et secondes a la même origine que les arcs de l’écliptique et de l’équateur qui entrent dans les triangles sphériques ; de sorte que ces arcs se trouvent alors exprimés et donnés par la division même, sans qu’il soit nécessaire d’y faire aucune réduction. Cet avantage n’a plus lieu si l’on met l’origine de la division dans tout autre point que les intersections équinoxiales ; ainsi un système de division qui place cette origine ailleurs qu’en ces points, par exemple, au milieu des sigues comme celui d’Eu- <loxe, décèle par cela meme l’absence de la trigonométrie sphérique dans les applications. Aussi ne trouve-t-on pas la moindre trace (Tune opération qui la nécessite dans ce qui nous reste d’Eudoxe et dans le poëmc d’Aratus. C’est seulement à Hipparque qu’on la voit commencer.

écoulés depuis le solstice, proportionnellement a cette indication, il en résulterait que la phase qu elle désigne serait postérieure de deux mois à ce phénomène, ce qui qui ramène encore le solstice à l’origine du signe du Cancer, même en appliquant le passage à la fin du signe du Lion. Mais si, au lieu de supposer que l’auteur nomme le Lion comme signe, on veut qu’il le nomme comme constellation , ce qui, en effet, d’après les usages qu’il cite et les expressions qu’il emploie, pourrait être plus vraisemblable, son époque sera encore récente mais moins indéterminée; car alors, la première phase reportant le solstice à 3o° à l’occident des premières étoiles du Lion, lui fera dépasser les étoiles du Cancer, et le ramènera jusque dans les étoiles des Gémeaux; à quoi s’accordera aussi la seconde phase plus tardive d’environ trente jours, parce qu’en revenant du Lion vers le Cancer, ces deux constellations ensemble occupent, sur l’écliptique, beaucoup moins de deux dodécatemories. Dans ce cas, d’après le lieu qu’il donnerait au solstice parmi les étoiles, le traité <les hiéroglyphes serait du quatrième siècle après l’ere chrétienne, conformément à l’indication don- Dée par Suidas. Au reste, les expressions de l’auteur ’ en les appliquant aux signes, dans ce pas- ^ a ge, seraient les mêmes qu’emploient Pline, iéon, et les autres auteurs postérieurs à Hip- P a rque, pour désigner le lieu du soleil dans le-

2o6 sur le zodiaque circulaire cliptique, pendant l’inondation du Nil. Ainsi, Pline nous dit : « Le Nil commence à croître avec « la nouvelle lune qui suit le solstice d’été. Ses « eaux s’élèvent à une certaine hauteur pendant le « passage du soleil dans le Cancer; à une très- « grande dans le Lion ; elles s’arrêtent dans la « Vierge, et descendent ensuite par les mêmes a degrés. » Si l'on supprime de ce passage l’intervention de la lune, qui est une supposition hypothétique , le reste exprime le progrès du phénomène dans le sens des signes, précisément comme nous le décririons encore aujourd’hui : car, les voyageurs français en Égypte fixent, par exemple, le commencement de la crue au solstice ou au 22 juin, à l’entrée du soleil au signe du Cancer; le milieu au i 5 août, le soleil étant dans le signe du Lion, son maximum vers la fin du signe de la Vierge, ou au commencement de la Balance, du ao au 3 o septembre ; après quoi les eaux baissent, et vers le 1 o novembre elles se trouvent descendues à la moitié de leur hauteur totale, le soleil étant dans le Scorpion. Ayant constaté par cet indice physique le peu d’antiquité de l’ouvrage d’Horus-Apollo , nous examinerons plus loin ce qu’il dit des rapports de Syrius avec l’année égyptienne ; mais je préfère discuter d’abord un passage du scholiaste d’Aratus qui semble beaucoup plus propre à nous éclairer sur la nature réelle de ces rapports. Ce scholiaste que l’on

croit être Théon (l’Alexandrie, s’exprime de Ja manière suivante (1) « Les vents étésiens, dit-il, en- « valussent la mer, lorsque le soleil est dans le « Lion; et chez les Égyptiens, les clefs des temples « portent des figures de lion, desquelles pen- « dent des chaînes auxquelles un cœur est atta- « ché (2). Ils ont consacré toute cette constellation * (wpov) au soleil; car, alors le Nil se déborde, « et le lever héliaque de l’étoile du Chien s’opère « vers la onzième heure ( 3 ). Ils placent, à cet in- « stant, le commencement de l’année ; et ils con- “ S1 dèrent l’astre du Chien, ainsi que son lever, « comme consacrés à Isis. Ils sacrifient aussi à

<f cette époque une caille, considérant le.

« de cet oiseau comme l’indice du temps de l’an- « née où ce phénomène a lieu ( 4 ). » Le mot âVrpov employé par l’auteur , semble indiquer déjà qu’il veut désigner ici le Lion comme constellation et non pas comme signe ; mais le lever héliaque du

( 1 ) Arat. Phén. scol. sur le vers i53, éd. Lips., p. 45.

( 2 ) Horus Apollo dit que les Égyptiens désignent le Nil pai un coeur auquel une langue est attachée. Ainsi le cœur suspendu par des chaînes à une figure de Lion, indiquait vraisemblablement le débordement du Nil dépendant de ce signe celeste. Voyez la note I re .

(3) Il s agit vraisemblablement ici d’heures naturelles, et de la onzième heure de la nuit ; ce qui répond à une heure avant le lever du soleil.

(4) Le substantif qui indique le point de comparaison, est

atls ^ cs manuscrits, ou irT«f t u.cç. Mais l’un et l’autre do

° es mots n’offrent pas de sens raisonnable.

2o8 SUR le zodiaque circulaire Chien, en Egypte, dont il fait mie circonstance co-existante avec la présence du soleil dans le Lion, achève de confirmer ce sens, en démontrant que c’est de la constellation qu’il parle. En effet, l’auteur des scholies existait vers le iv e siècle de l’ère chrétienne, et il cite le lever du Chien, pour l’Égypte, comme une chose présente et qui a lieu de son temps. Or, à cette époque, lorsque Syrius se levait héliaquement pour l’Égypte ; ce qui arrivait environ 27 jours après le solstice, le soleil ne se trouvait pas dans le Lion considéré comme signe; niais il était à la même longitude que les étoiles de la tète du Lion. Car, par une circonstance astronomique jusqu’ici non remarquée, mais dont je donnerai tout à l’heure la démonstration évidente, depuis plus de 3 ooo ans avant l’ère chrétienne, jusqu’à plus de 1000 ans après cette ère, c’est toujours dans cette même constellation du Lion , mais en des parties différentes, que s’est trouvé le soleil au moment de l’année où le lever héliaque de Syrius a eu lieu en Égypte ; et en outre, depuis plus de 1700 ans avant jusque vers 1000 ans après l’ère chrétienne, c’est aussi lorsque le soleil était dans les étoiles du Lion, que le débordement du Nil s’est opéré : deux circonstances qui, sans doute, expliquent suffisamment pourquoi les Egyptiens avaient consacré la constellation du Lion au soleil, et pourquoi des figures de lion étaient partout reproduites sur les clefs des temples ainsi que sur les tuyaux des

DE DF.JN DERAlf.

fontaines sacrées comme Plutarque et Iiorus-Apol- Io 1 attestent. Il parait donc par ce passage du scholiaste, que les Égyptiens de son temps considéraient le lever héliaque de Syrius qui coïncidait alors avec le débordement du Nil, comme le renouvellement de leur année agricole. Mais il ne nous drt pas si le meme usage subsistait également dans les siècles antérieurs, où la même coïncidence n’avait pas lieu ; et surtout il ne nous fait pas distinguer si c’était alors la première apparition du débordement, ou le lever héliaque qui déterminait l’origine agricole de l'année. Il serait très-naturel de croire que ce devait être le débordement , puisque ce phénomène seul servait effectivement de règle fixe à l’agriculture, tandis que le lever héliaque ne lui offrait qu’un pronostic plus ou moins vague et. éloigné. En tout cas, on voit par un autre passage du même scholiaste, que cette idée du renouvellement de Tannée agricole, était purement l’expression des rapports qui subordonnaient les travaux de la terre à 1 état du fleuve, sans aucune application à la mesure du temps ; car il fait dépendre cette mesure de l’année fixe, chez ces mêmes Égyptiens, dont il vient de faire mention. Le passage qui niet ceci en évidence est relatif à la constellation 1 Hydre que le scholiaste décrit comme embrassant 1 étendue de trois dodécatemories zodiacales ( r ptwv(Aoipaç), celles du Cancer, du Lion et

210 soit LE ZODIAQUE CIRCULAIRE

tic la Vierge (i); puis il ajoute : « Les Égyptiens ont « appelé celte constellation le Nil, et ils en don- « nent des raisons très-plausibles. Car, sa tête se « trouve siluée dans la dodécatemorie sacrée ( rcep « vr,v £ep*>.v ptoîpov), vers le mois d’épiplii, qui est « chez les Romains juillet; le milieu de son corps « répond au commencement du Lion, dans le « mois de mesori, qui est chez les Romains au- « guste, et qui est aussi le milieu précis de la « crue du Nil. L’extrémité de ce même corps se « trouve dans la Vierge vers le mois de thot, qui « est chez les Romains septembre , lequel est aussi « celui où le Nil cesse de croître. De là sa queue « s’étend sur la tête du Centaure et se prolonge « jusqu’aux serres du Scorpion. Car y dans le mois « de paophi, qui répond à octobre, le Nil s’a- « baisse ; et c’est ce que le corbeau, placé sur la « queue de l’hydre, annonce avec évidence ; site gnifiant, par sa couleur noire, que le Nil va « disparaître.» Il est évident, d’abord, que, dans tout ce passage, le scholiaste décrit la position de la constellation de l’Hydre dans les dodécatemories zodiacales, puisqu’il caractérise la première de ces subdivisions par le nom de p.olpa, et qu’il la rapporte, ainsi que les suivantes à des mois égyptiens présentés en concordance constante avec

(t) Schol. ad. Arat. Phcn., v. 44 ^, p. 3 oa, et page io 3 r »d. Lcip.

DE DENDÊRAH. 21 I

les mois de l’année romaine, lesquels étaient fixes, ou censés fixes, relativement aux solstices et aux équinoxes, en vertu de l’intercalation julienne. Or, lorsque l’année égyptienne devint fixe, le premier jour du mois de thot répondait, comme °n sait, et répondit toujours depuis, au 29 août julien ; d où il est facile de conclure que les eommencemens de tous les autres mois répondaient aux jours de l’année julienne que le tableau sui- Va »t désigne.

Thot.

Phaophi.

Athyr.

Choïak.

Tybi..

Mechir.

Phanemôth.

Pharmouthi.

Pâchon. . .

Payni.

Epiphi.

Mesori.

I er des jours complémentaires.

29 août.

28 septembre.

*28 octobre.

27 novembre.

27 décembre.

aG janvier.

2 5 février.

27 mars.

26 avril.

26 mai.

u5 juin.

25 juillet.

24 août.

Maintenant,si l’on considère que tous ces commencera] ens répondent à la fin d’un mois julien, ° n en conclura que cliacim des mois égyptiens «oincide dans presque sa totalité avec le mois ju- ,en suivant; alors on verra que les dates, assignées Parle Scholiaste aux diverses phases de la crue du ainsi que les divisions du zodiaque auxquelles

il les rapporte,coïncident précisément avec celles que nous avons données plus haut, d’après les voyageurs français; et ainsi l’on conclura encore de cette coïncidence qu’elles sont, de même que celles-ci, rapportées au zodiaque mobile. Mais , en outre, parla, nous pouvons connaître quelle était cette première dodécatémorie que le^Scholiaste appelle sacrée ; car, puisqu elle répondait au mois d’epiphi qui commence au a 5 juin, c està-dire exactement ou presque exactement avec le solstice, on voit que c’était celle qui suivait ce phénomène, et que nous nommerions aujourd’hui la dodécatémorie du Cancer (i). Etait-elle appelée sacrée à cause de sa coïncidence avec le solstice, époque constante du renouvellement de la crue annuelle, ou parce que, depuis les temps les plus anciens, c’était toujours dans cette première dodécatémorie du Cancer que s’était trouvé le soleil , lors du lever héliaque de Syrius ? La première supposition semblerait préférable, puisqu’en effet c’était le solstice et non pas Syrius qui servait d’époque fixe à la crue du Nil, objet de tous> les vœux et principe de tous les travaux. Néanmoins, sans prétendre décider cette question, me bornerai à conclure des citations précédentes

(i) C’est ce qui est en effet confirmé par cm autre manuscrit des mêmes scholics également cité dans l’éd. de Leip., p. io'ii car on n’y trouve pas seulement, comme dans l'autre, l eS

mots : Tcept T71V tser,v U.'ÀZW, mais IÇtpî TT,* UsV' U/.ïf>*V. TOU

I)E DENDERAIÏ. 2l3

«3 fait incontestable , savoir : que, vers le quatrième siècle de lere chrétienne , il y avait en Egypte des cérémonies sacrées, attachées à des époques fixes de l’année solaire;et c’est, en effet, c *' que nous atteste également Plutarque, pour 1 époque à laquelle il écrivait son traité d’Isis ou d Osiris , puisqu’il y rapporte aussi certaines cérémonies, à des dates fixes, et à des circonstances physiques fixes dans la marche des saisons. Mais quelle preuve a-t-011 que ces cérémonies , toujours relatives aux phases du Nil, qui sont ellesmemes fixes dans l’année solaire, fussent liées « autre chose qu’à ces phases ; et se rapportassent a une forme particulière d’année commençant au lever héliaque de Syrius ; surtout dans les temps anciens, où ce lever ne coïncidant ni avec l’inon¬

dation, ni avec le commencement de la crue, n offrait qu’un indice vague, beaucoup plus difficile à observer que le solstice même ? Rien assurément dans les passages qui précèdent, ne peut autoriser à tirer cette conséquence, à moins quon ne leur donne une application rétrograde, qui n’y est nullement exprimée. Peut-on avec plus de vraisemblance, l’établir sur le passage suivant d’Horus-Apollo, que nous avons prouvé etre d’une époque à peu près pareille (i)? « Lors- ■* c I Uc les Égyptiens veulent indiquer l’année, ils K disent seulement un quart ; parce que, selon

(i) Horus-Apollo, 5 e hiéroglyphe.

v eux, entre un lever de Syrius et le lever suivant, « il faut ajouter un quart de jour (au nombre en- « tier de jours écoulés. ) Car l’année sacrée est « composée de 365 jours, ce qui fait qu’après « quatre ans il faut ajouter un jour entier. » Mais cet auteur étant postérieur à l’introduction de l’année fixe en Égypte, son témoignage relativement à l’intercalation ne prouve rien pour les temps antérieurs, surtout cette extension étant formellement contredite par tous les écrivains plus anciens; et, quant au mode emblématique par lequel, selon lui, les Égyptiens indiquaient l’année de Syrius, il ne dit pas non plus qu’il fut anciennement usité , mais seulement qu’il l’est à l’époque où il écrit. Or nous savons en effet, que l’intervalle constant des levers héliaques de Syrius devait être connu alors. Et, de même, l’astrologue Vettius Valens, qui vivait du temps d’Adrien, parlant de la détermination du point du ciel dont l’influence domine tous les évènemens de l’année, a pu écrire : « Les anciens ont « généralement choisi la néoménie de Thoth, pour « l’époque dominante de l’année et de tous les « mouvemens qui s’opèrent dans l’univers ; car « ils comptaient le commencement de l’année de- « puis cet instant, et plus naturellement , depuis « le lever héliaque du Chien (i). » Dans un au-

(i) Voyez la discussion critique du texte de ce passage, dans la note 6 .

teur postérieur de 120 ans à l’ère chrétienne; cette dénomination d 'anciens employée en passant, d’une manière générale et vague, peut très -bien désigner des écrivains antérieurs de quelques siècles, tel que pouvait être, par exemple, Eudoxe deCnide qui, au rapport de Pline, considérait la succession de tous les évènemens naturels comme embrassée par une période quadriennale, ayant son origine et sa fin marquées par le lever liéhaque de Syrius; mais ce serait étendre le sens de cette expression d’une façon étrange que de vouloir, comme Baimbridge-et Fréret même, la faire remonter jusqu’à treize ou quatorze siècles avant 1 ère chrétienne, pour l’appliquer aux anciens Égyptiens. D’autant, que l’alternative de choix que Vettius laisse entre le lever de Syrius et la néoménie de Thot, deux phénomènes généralement d’époques bien différentes, montre que l’origine dont il parle n’a qu’une application astrologique, c’est-à-dire qu’elle marque seulement le •point duquel il faut partir pour marquer l’influence à laquelle chaque instant suivant de l’année est « 0110115 . Or, ce choix 11’a pas le moindre rapport avec une forme spéciale d’année agricole ou civ de que l’on commencerait à l’instant ainsi désigné. C’est aussi ce que montre évidemment le passage lui-même, lorsqu’au lieu de le présenter Isolément comme l’ont fait jusqu’ici tous les auteurs qui l’ont rapporté, on le rapproche de tout • ensemble du chapitre qu’il 1 enferme,lequel traite

Du signe dominateur de Vannée. Il nous reste enfin a discuter le passage souvent cité de Porphyre, qui, dans sa bizarre dissertation, sur un passage de l’Odyssée, dit : « Les Égyptiens ne commencent pas « leur année comme les Romains au Verseau, mais « au Cancer: car, près du Cancer, paraît l’étoile « Sothis que les Grecs appellent l’astre du Chien ; et « le lever du Chien est pour eux le renouvellement « de T année ( vgojArvia ), parce que cet astre dort mine l’époque de la nativité du monde. » Il n’est pas facile de donner un sens précis et rigoureux à ce mélange d’idées astronomiques et astrologiques ; cependant on pourrait encore le comprendre en supposant qu’il s’agit ici du Cancer comme signe et non pas comme constellation.

Car, depuis 2800 ans avant l’ère chrétienne jusqu’à près de 1000 ans après cette même ère, c’est toujours dans la dodécatémorie du Cancer que s’est trouvé le soleil à l’époque de l’année où Syrius se levait héliaquement pour l’Égypte. Ainsi Porphyre pouvait dire qu’une année dont le commencement était fixé au lever de Syrius, commençait aussi au Cancer, quoique non pas au premier point de ce signe. Si de plus on fait attention qu’au temps de Porphyre le lever héliaque de Syrius en Égypte, devait, à fort peu près, coïncider avec le débordement du Nil, origine naturelle des travaux agricoles , on verra que ce passage dit absolument la même chose que le scholic de Théon rapporté plus liant; et qu’ainsi

1 on ne peut absolument rien en conclure pour les temps antérieurs. Quant à ce que Porphyre ajoute que le lever de Sothis domine la nativité du monde, ceci paraît être une allusion aux idées astrologiques que l’on avait attachées à la période caniculaire, bien certainement connue du temps de Porphyre, et dont le renouvellement mathématique s’opérait, comme nous l’avons dit, aux époques distantes de i4bi années vagues où le lever héliaque de Syrius se trouvait coïncider avec le premier jour de Thot. Les astrologues considérant tous les évènemens de chaque année comme soumis à l’influence de l’aspect céleste qui la commençait , avaient jugé que l’origine de la grande année héliaque devait présider à un évènement beaucoup plus général, et ils l’avaient appliquée à la naissance du monde. Quelques-uns d’entre eux, par exemple, Firmicus, croyaient que cette grande année marquait le temps après lequel toutes les planètes devaient se retrouver a la fois en conjonction. D’autres en avaient composé la durée de la vie du phénix qui renaissait de ses cendres après i4bi ans, et cette fable se trouve dans Tacite. Sans doute des interprétations pareilles prouvent des notions fort imparfaites d astronomie. Mais ne semblent-elles pas décéler a, Jssi une application bien peu ancienne, et bien peu usuelle, de la période même? car, si elle eut été depuis une haute antiquité réellement connue et employée; si, par exemple, on en eut

Ül8 SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE

embrassé une révolution entière par des observations effectives, est-il probable que le sens en eût été assez peu répandu pour qu’on le défigurât ainsi? Quoi qu il en soit, il nous suffit d’avoir montré par la discussion précédente, que le passage de Porphyre dont on a voulu s’appuyer pour prouver l’antique usage d’une forme d’année égyptienne commençant au lever héliaque de Syrius, n’est d’aucune autorité à cet égard ; et cela, par la même raison qui s’applique aux passages d’Horus- Apollo, de Théon, de Yettius Yalens; savoir: parce que ces écrivains, tous postérieurs à l’ère chrétienne, expriment uniquement ce qui se faisait de leur temps, sans en étendre l’application à l’antiquité; et, que pour leur temps même, ce qu’ils disent peut très-bien ne concerner que des usages religieux ou astrologiques , indépen- >dans de la forme de l’année. Tirer de là la preuve, «ou seulement la présomption, que les memes déterminations fussent connues et employées scientifiquement depuis une très-haute antiquité, en Égypte, avec un degré d’exactitude quelles n’ont pas même dans les auteurs qui les citent, c’est ce •qui semble absolument contraire aux règles de îa logique; car les écrivains dont il s’agit, n’indi- «quant point cette haute antiquité, dans le sens qu’on lui donne, et n’étant pas même, à raison de leur époque récente, suffisans pour l’attester, vouloir l’établir sur des expressions qu’ils apph' •quent à une chose actuelle, c’est donner à leur

DE DENDEUAH. 319

témoignage une application antérieure qu’il ne comporte en aucune manière, qu’ils ne lui ont pas donnée eux-raèmes, et qui se trouve démentie par le silence absolu de tous les écrivains plus anciens qui se sont spécialement occupés de chronologie ou d’astronomie. Rejeter ceux-ci pour suivre indéfiniment quelques indications v agues, détachées des autres, c’est, autant qu’il S0l t possible de le faire, conclure du particulier au général, et du présent au passé le plus éloigné.

Tout ce que l’on pourrait inférer de ces indications avec quelque vraisemblance, en leur donna nt la plus grande extension possible, ce serait 4 u e l’époque annuelle de l’inondation, si importée pour l’Égypte, ayant du être de tout temps, ( ans ce pays, l’objet de l’intérêt le plus puissant, ^t des observations les plus attentives, on a dû, °rt anciennement, s’attacher à remarquer les circonstances de toute nature qui pouvaient ou Annoncer, ou la signaler. Dans ce nombre, la Nus régulière , la plus frappante, la plus facile a reconnaître était, sans doute, le solstice d’été °nt le retour annuel coïncidait nécessairement, d une manière absolument fixe, avec le premier Accroissement des eaux. Les plus simples observans de longueurs d’ombres sur des gnomons Perpendiculaires , ou la seule remarque du retour tài S0 ^ l evant aux points de l’horizon qui limi- ^ ent annuellement sa marche vers le nord, suf- Sai ent pour trouver très-exactement cette époque

importante des solstices, ainsi que la durée appro^ chée de l’année tropique, durée que l’on put supposer d’abord égale à 365 jours, puis bientôt à 365 jours C’était assez de ces résultats pour | toutes les applications usuelles. Mais , on peut remarquer encore que, vers l’époque du débordement, et toujours plus ou moins long-temps avant ce phénomène, une étoile très-brillante, la plus brillante du ciel, en un mot Syrius, se montrait le matin près de l’horizon, avant le lever du soleil. On put donc joindre ce pronostic aux indications plus savantes des longueurs ou des directions d’ombres solsticiales, comme on y joignit également le pre' i mier souffle des vents étésiens, l’apparition de cet' I taines espèces de poissons dans les eaux du Nil, ^ cette particularité inconnue qui faisait sacrifier un* 5 caille vers le même temps. Rien n’empêche que ces remarques n’aient été très-anciennement faitt^’ puisqu’elles supposaient seulement des yeux et ll, ‘ , motif d’observer. On avait donc pu aussi, dans à eS temps très-reculés et sans aucune notion préc^ e d’astronomie, remarquer qu’à l’époque de l’anU et j où Syrius commençait ainsi à reparaître, le sol c * , se trouvait toujours dans un même groupe d’éto* zodiacales; car, cela a eu lieu constamment al11 ^ depuis plus de trente siècles avant l’ère tienne jusque bien long-temps après cette ttie ère. Il était donc aussi naturel que facile de c ° l sacrer ce groupe au soleil, en l’appelant le bi^’ et cela se pouvait faire sans aucune science*

DE DEWDER\H.

pouvait de meme, sans science, faire dire à Isis, sur ces antiques colonnes dont parle Diodore : « Je « me lève avec l’astre de la Canicule. » Mais, entre ces simples indications et des déterminations précises, entre ces annonces larges et des fixations astronomiques de date rigoureuse, il y a une différence infinie, et il peut s’ètre interposé beaucoup de siècles; non pas tant à cause de la difficulté d’obtenir de pareils résultats, qui n’était pas trèsgrande en elle-même, ainsi que nous l’avons plus haut fait voir, mais à cause de l’esprit d’exactitude et de calcul que leur recherche suppose; esprit qui a pu tarder aussi long-temps à naître chez les Égyptiens, qu’il a tardé chez les Chinois où, depuis un temps immémorial, l’observation, disons mieux, la contemplation des astres, forme de même une partie essentielle du gouvernement et de la religion. Or, pour prouver qu’un tel esprit existe dans une nation , ce n’est pas assez de quelques idées isolées, sur le système du monde, ou sur le retour des comètes que nous reconnaissons aujourd’hui, comme conformes à la nature. De pareilles idées peuvent naître sans aucune science, et subsister long-temps sans aucune fécondité. Il faut bien qu’elles se développent comme d’autres, dans la multitude des chances qu’offrent les combinaisons de l’esprit systématique, lorsque le frein du calcul et de l’expérience ne le retient pas. Ce qui peut attester l’existence d’une science véritable, et ce qui seul peut l’attester, c’est la précision des

résultats, et la recherche méthodique de leurs déterminations. Or, de telles preuves, nous n’en trouvons aucune dans l’ancienne Égypte. A la vérité, nous voyons bien que l’époque précise du lever héliaque de Syrius, et la période exacte de ses retours, y sont connus et employés après Hipparque et Ptolémée; mais, sachant que ces grands astronomes avaient enseigné les moyens de calculer théoriquement ces phénomènes, et ne trouvant, avant eux, aucune trace certaine qui montre que l’on sût le faire, nous n’avons aucun droit d’affirmer que cette connaissance leur fût antérieure. Et même, d’après l’intérêt puissant et personnel qu’ils avaient à rechercher des résultats astronomiques pareils, afin de s’en servir pour donner à leurs propres travaux des fondemens plus solides, nous devrons plutôt être portés à croire, que s’ils n’ont pu eux-mêmes en découvrir aucun vestige, c’est qu’en effet ils n’existaient pas auparavant. En général, on ne peut se faire a priori , une idée du temps qu’il a fallu, ou qu’il faudra, pour développer, dans une nation , l’esprit de précision et de recherche. Qu’on nous dise pourquoi l’antiquité grecque, si féconde en guerriers, en orateurs, en poètes, en philosophes, et même en géomètres pleins de génie, n’a pas produit un seul homme qui sût observer les lois de la nature physique, les constater par des mesures précises, les développer par des expériences imaginées à dessein. Pour-

DE DENDERAII. 22 !*

quoi, après des Euclide et des Archimède , a-l-il fallu qu’il s’écoulât vingt siècles, avant que cette idée si simple , de faire des expériences pour constater les lois abstraites des phénomènes, sortît de la tète d’un Galilée? Personne, sans doute, ne saurait le dire. Mais, il n’en est pas moins certain que cette seule idée, si tardive, a ouvert la route fermée jusqu’alors, et a produit, en deux cents ans, mille fois plus de découvertes que n’en* avait fait l’antiquité tout entière, et que n’en aurait fait une autre antiquité, qui aurait suivi celle-là, sur les mêmes erremens. Il se peut que 1 astronomie, l’astronomie exacte qui calcule et qui mesure, ait eu, dans son développement, des phases pareilles. Il se peut qu’elle ait été bornée , pendant des siècles, aux seuls résultats qu’une longue contemplation du ciel peut faire reconnaître , sans trigonométrie sphérique , sans calcul mathématique et presque sans instrumens ; jusqu’à l’époque où le génie de l’observation a paru et en a fait une science féconde. Sur cela nos propres réflexions ne peuvent nous instruire, et les restes littéraires de l’antiquité peuvent seuls nous apprendre quelles ont été ces périodes successives par lesquelles a passé l’esprit humain. Or, aucun document pareil ne nous montre l’astrononne mathématique existante avant Hipparque; nous assistons même, pour ainsi dire, à sa première enfance; nous la voyons naître avec les observations de Méton , d’Aristille et de Timocharis*

Quelle raison aurions-nous de leur enlever cette gloire pour l’attribuer aux anciens Égyptiens dont nous ne connaissons absolument aucun résultat qui suppose plus que la simple inspection du ciel. Il serait évidemment contraire aux règles de la critique d’agir ainsi, et une pareille extension de conjectures appliquée aux questions historiques produirait les plus grandes erreurs. Mais, ici, un autre motif très-grave doit contribuer encore à nous rendre cette ancienne science fort douteuse ; c’est qu à l’absence des résultats, il se joint l’existence d une circonstance physique qui devait les rendre presqu’impossibles à obtenir. Car, au rapport de tous les astronomes qui ont essayé d’observer en Égypte, « L’horizon y est toujours si chargé de «vapeurs que, dans les belles nuits, on ne voit « jamais d’étoiles au-dessus de l’horizon, dans la « seconde et troisième grandeur; et que le soleil, « même , à son lever et à son coucher, se trouve en- « tièrement déformé (i).» Ces expressions de Nouet, l’astronome de l’expédition d’Égypte, ne sont pas obscures: lui-même a tenté d’observer, en Egypte, des levers héliaques, et n’a jamais pu y réussir* On en sera peu surpris si l’on veut, comme je l’ai fait, essayer par l’expérience combien de pareilles observations sont difficiles et incertaines» même dans nos climats septentrionaux, et dan*

(i) Mémoire de Nouet sur les antiquités de Denderah, ,n ' séré dans les oeuvres de Volney, tome v, p. /jî5.

les horizons les plus tranchés de nos nuits d’hiver. La nébulosité constante que Nouet attribue à l’horizon de l’Égypte, ainsi que la déformation du disque du soleil à son lever, semblent devoir y résulter , non seulement des vapeurs répandues dans l’atmosphère, mais encore du mirage perpétuellement existant sur les plaines arides et sabloneuses du désert. Un horizon nébuleux n’est point un obstacle pour nos observations actuelles qui se font toutes à de grandes hauteurs des astres ; afin d’éviter les irrégularités des réfractions atmosphériques. Mais c’en était un très-grand pour les anciens, dont l’astronomie, avant Ilipparque, se fondait presque entièrement sur des observations de levers et de couchers. Peut-être, sous ce rapport , les habitans de la Chaldée étaient-ils plus favorablement placés que ceux de l’Égypte ; et c’est aussi pour cela, peut-être, que c’est d’eux, et d’eux seuls, qu’Hipparque et Ptolémée ont pu tirer d’anciennes observations. Lorsque les écrivains latins ou grecs veulent citer d’anciennes méthodes d’astrologie ou d’astronomie, ils nomment presque toujours les astronomes chaldéens et les méthodes chaldéennes ; rarement ou jamais les Égyptiens. N’y a-t-il pas une singulière force dans ce silence, constant et unanime ? Pour moi, je voudrais pouvoir trouver les anciens Égyptiens plus savans en astronomie. Je crains que les efforts de ceux qui ont voulu relever leur science, dans ces derniers temps, n’aient contribué à dimi-

nuer l’idée que l’on s’en formait, en la jugeant d’un point de vue plus éloigné. On rassemble aujourd’hui de toutes parts, avec le plus grand zèle, toutes les citations qui pourraient leur faire attribuer quelque découverte précise ; pour suppléer au silence de tous les grands astronomes de l’antiquité, on a rapporté quelques passages isolés d’auteurs arabes qui leur attribuent tardivement la connaissance assez approchée de l’année sydérale ; on a présenté cette connaissance comme étant mystérieusement renfermée dans une sorte d’énigme proposée à Hérodote par les prêtres d’Héliopolis, et que ce père de l’histoire rapporte avec sa fidélité ordinaire; quoi qu’il soit évident, par ses paroles mêmes, que le nombre que l’on prétend interpréter, n’est pas dans l’énoncé égyptien, et qu’il résulte seulement du mode arbitraire d’évaluation qu’Hérodote y applique (i)î Mais ne doit-on pas s’étonner de trouver si peu à leur donner, après tant de concessions ? Au lieu d’admirer qu’ils eussent reconnu à peu près exactement l’année tropique et l’année sidérale , s’il était vrai toutefois qu’ils les eussent ainsi déterminées, on devrait être surpris qu’ils n’eussent pas fait davantage en tant de siècles , et qu’ils n’aient pas transmis autre chose à la postérité. Les pyramides, dit-on, soid

(i) On verra plus loin, dans la note 7 e , l’exposé des diverse» interprétations que l’on a voulu donner à ce récit.

DE DF.JÜDERAII. 227

fort bien orientées ; mais cette orientation était tres-facile à l’aide des amplitudes ortives et occases des étoiles, ou du soleil aux époques des solstices. Or il paraît qu’ils observaient de pareilles amplitudes; car, la direction des temples de Denderah et d’Esné, si exactement appropriée à 1 observation des levers et des couchers de Syrius, semble en être une confirmation évidente. Mais, avec ce seul procédé , ils auraient pu aisément découvrir en quelques siècles tous les fondemens de l’astronomie ancienne , et meme la précession des équinoxes. Comment ne l’ont-ils pas fait ? Ou, s’ils l’ont fait, comment les astronomes qui sont venus après eux , Font-ils entièrement ignoré ; quoique à l’époque où plusieurs d entre eux existaient, la langue hiéroglyphique fut encore intelligible, et qu’on eut même traduit en grec les mémoires des prêtres ? Je ne vois réellement qu’un seul moyen de concilier ce silence général des faits et des écrits avec la supposition de cette ancienne science astronomique si étendue, que l’on veut continuer d’attribuer aux Égyptiens. C’est de dire, et on l’a dit en effet, que toute cette science, principes, méthodes, résultats, a péri lors de l’invasion des Perses, Par conséquent, avant l’époque d’Hérodote et de tous les écrivains qui nous ont décrit l’Égypte après lui ; que, dans ce désastre général, tous les prêtres qui possédaient la langue sacrée des anriens hiéroglyphes où se trouvaient consignés les

trésors de la science, ont péri également. En sorte qu’il n’y a plus eu après eux, que des imposteurs ignorans, qui se flattaient faussement de les connaître. Il est évident que cette supposition expliquerait parfaitement pourquoi les historiens et les astronomes qui ont étudié les sciences et les connaissances de l’Égypte depuis cette époque fatale, n’auraient rien pu recueillir d’un si riche héritage, ou ne nous en auraient transmis tout au plus que quelques débris. Grâces à cette supposition. Ton peut encore conserver pour l’antiquité égyptienne toute la vénération possible , sans qu on puisse y rien objecter, sinon qu’avec un semblable mode de raisonnement, fondé sur des faits inconnus qui arrivent et disparaissent, en ne laissant point de traces, il n’y a plus du tout d’histoire. Pour nous, et, à ce que nous espérons, pour tous ceux qui veulent encore s en tenir à la méthode critique dont les faits réels et attestés sont la base, il nous suffira ici d’avoir montré que le grand cycle sothiaque de 1460 années juliennes, et l’année héliaque de 365 ^ dépendante de Syrius, sont des résultats qui 11e portent pas en euxmêmes la preuve nécessaire d’une antiquité reculée; et qu’il n’aurait pas fallu de longs espaces de temps pour les déduire d’observations même fort grossières. Nous avons vu d’ailleurs que les traditions littéraires qui nous les ont transmis? n’assignent point l’époque où on les a imaginés- Si donc on prétend en reconnaître l’image sur des

monumens que l’on suppose avoir été construits à des époques très-reculées et très-distantes les unes des autres, il faudra faire sortir cette conclusion, des monumens mêmes, et l’établir par la seule discussion des tableaux astronomiques y sont tracés. Car, agir autrement, ce serait tomber dans le cercle vicieux le plus palpable ; Puisqu’après avoir établi l’antiquité des monurciens par celle de la science, on prétendrait prouver celle de la science par les monumens.

Examinons donc, sous ce point de vue, le système d’interprétation que M. Fourrier applique aux zodiaques d’Égypte, et que nous avons plus baut textuellement rapporté. Selon lui, ce sont des représentations, et des représentations faites à dixhuit siècles de distance les unes des autres de cette période héliaque annuelle , dont nous venons de voir l’existence tardive attestée seulement par quelques témoignages douteux; et dont l’antiquité, qui devrait être prodigieuse, n’est absolument établie sur aucune autorité historique. Selon lui encore, les différens modes, d’après lesquels la série des douze signes du zodiaque y est partagée, répondent aux différentes constellations dans lesquelles !e soleil s’est successivement trouvé, lors du lever héliaque de Syrius, dans le temps où chaque mon ument a été construit. Que l’objet de ces tableaux soit une période héliaque, M. Fourrier le conclut uniquement, et peut uniquement le conclure, de ce que, sur l’un d'eux, on voit une tête

23o sur le zodiaque circulaire

d’Isis enveloppée par des rayons qui semblent n’être pas tout-à-fait symétriquement dirigés par rapport à ses deux faces latérales : mais cette interprétation n’a rien de nécessaire, car on peut aussi bien considérer un pareil emblème comme l’image d’un lever simultané , ou presque simultané de Syrius avec le soleil, ainsi que le calcul du zodiaque circulaire nous l’a indiqué. M. Fourrier suppose ensuite que celui des douze signes qui est le premier de la série sortante dans les zodiaques rectangulaires , désigne la constellation que le soleil parcourait la première après le renouvellement de l’année héliaque ; et que le dernier signe de la série entrante , série qui peut être considérée comme la suite de l’autre , désigne la constellation dans laquelle le soleil se trouvait à la fin de cette même année , lors du lever héliaque de Syrius. Il fonde cette interprétation sur deux motifs ; l’un est la substitution de la tête d’Isis à la place du dernier signe de la série entrante dans le zodiaque rectangulaire de Denderah; en effet, si cette tête enveloppée de rayons désigne le lever héliaque de Syrius , sa substitution à la place que devrait occuper le Cancer, doit vraisemblablement signifier que le phénomène qu’elle exprime arrivait dans cette constellation. L’autre motif consiste en ce que, sur le zodiaque circulaire, la disposition des douze signes lui paraît former une spirale continue , dont I e Cancer , plus rapproché du centre que tous les

DE DEJVDERAH.

autres, est le dernier terme , et le Lion le premier. En effet, si l’on suppose que le développement de cette spirale se fasse du côté que les signes regardent, il se trouvera conforme à l’ordre de marche du zodiaque rectangulaire , et confirmera ainsi l’idée de premier et de dernier appliquée au Lion et au Cancer. Mais, de ces deux motifs , l’un dépend de l’interprétation précédemment attribuée à la tète d’Isis , de sorte qu’il n’apporte par lui-méme aucune probabilité nouvelle , et est sujet aux mêmes objections ; quant à l’autre qui se tirerait de la disposition spirale des signes dans le zodiaque circulaire, cette disposition me semble absolument inadmissible ; car, non-seulement on peut, comme l’a fait Yisconti, et comme nous avons été aussi conduits à le faire , considérer ce Cancer excentrique comme rejeté entièrement, et exprès, hors de la série générale, afin de pouvoir mettre à sa place, et en ligne, la figure qui porte une légende explicative ; mais encore, si l’on accordait qu’il dût être géométriquement lié avec les autres emblèmes , cela ne serait pas encore assez pour établir entre ceux-ci une spire continue ; car , cette spire se trouverait brisée et interrompue au Bélier et à la Balance, qui sont évidemment plus rapprochés du centre qu’il ne conviendrait à la continuité d’une pareille courbe ; et dont la disposition propre , ainsi que celle des signes qui les avoisinent, ne saurait jamais se plier à cette complète uniformité d’in-

a32 SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE

flexion sous laquelle M. Fourrier les représente dans les planches qui accompagnent ses mémoires. Du reste, M. Fourrier n’assigne entre les parties de ces zodiaques aucune relation géométrique rigoureuse. Il ne voit même dans le zodiaque circulaire aucun indice d’un mode régulier de projection, ce qui serait, en effet, incompatible avec la disposition spirale des signes sur laquelle il se fonde. Ainsi donc ce système d’interprétation , ne reposant pas, du moins à ce qu’il nous semble , sur des autorités historiques que l’on doive admettre, et n’offrant dans ses bases , ou dans ses applications , aucun élément géométrique précis par lequel on puissse le saisir et l’éprouver, il est évident qu’il ne saurait lui rester pour appui que les inductions plus ou moins plausibles qu’il peut suggérer pour l’explication des emblèmes physiques ou astronomiques distribués sur ces monumens. Or, si de telles explications sont toujours en elles-mêmes assez incertaines, que sera-ce, si on les transporte des zodiaques de Denderah à ceux d’Esné, où l’on ne troute plus ni le même mode de partage des signes , ni une tête d’Isis dans les rayons du soleil, ni rien absolument qui indique le moins du monde que l’on ait voulu y désigner des levers héliaques de Syrius. Alors, pour appliquer à ces monumens la même interprétation , on pourra uniquement s’autoriser de ce qu ils offrent aussi la série des douze signes du zodiaque distribués en deux bandes parallèles »

DE DENDERAH. a33

dont l’une entre dans le temple, et l’autre en sort. Et, comme le zodiaque céleste n’a pu, à ce que M. Fourrier suppose, être partagé ainsi par le commencement et la fin de l’année héliaque qu a des époques antérieures de quinze ou vingt siècles à celle que le monument de Denderah désigne, il faudra, pour suivre une si frêle analogie, soutenir sans aucune autre preuve et contre toutes les objections historiques les plus puissantes, qu’un pareil état du zodiaque a été en effet anciennement observé, et sculpté sur les portiques où les tableaux existent. Enfin, comme la composition de ces tableaux, la forme des emblèmes, le style des sculptures et de toute l’architecture même des temples où ils se trouvent, offre à l’observateur attentif un état de l’art presque absolument identique, on se trouvera encore engagé à affirmer, contre toutes les vraisemblances morales , et contre le témoignage de l’expérience la plus universelle , que la main, la pensée , la volonté , sont demeurées invariablement fixes pendant trente ou quarante générations successives, tant chez ceux qui ont exécuté ces monumens, que chez ceux qui les ont érigés. Nous faisonsnous illusion en pensant que la série des conséquences que nous venons d’exposer, devrait suffire pour faire abandonner le système dont elles dérivent, quand nous n’aurions pas montré d’abord combien ses bases sont peu solidement établies?

a34 SUR LE ZODI-iQÜE CIRCULAIRE

Mais, qu’est-ii besoin de lui opposer des inductions tirées de la critique. Le principe même, le principe mathématique sur lequel toute l’explication repose n’a rien de réel. Jamais, à l’époque du lever héliaque de Syrius en Égypte, le soleil ne s’est trouvé occuper dans le ciel les positions successives que M. Fourrier lui assigne, et qu’il prétend reconnaître dans les zodiaques de Denderah et d’Esné.

Pour ne laisser à cet égard aucun doute, je rappelerai de nouveau ici les propres termes dans lesquels M. Fourrier a décrit les lois astronomiques de ces déplacemens, tels qu’il les suppose. Je le tire de son mémoire intitulé : Recherches sur les Sciences et le Gouvernement de l’Égypte, pages i4 et i5. a Le point, dit-il, où se termine l’année « d’Isis , c’est-à-dire, celui où le soleil doit parve- « tiir pour renouveler le lever héliaque de Syrius « n’est point fixe dans le ciel ; il se meut par rap- « port aux étoiles : il était encore dans le signe v du Lion vers le milieu du xxv e siècle avant l’ère « chrétienne, lorsqu’on imposa en Égypte, aux « constellations zodiacales des noms et des figures « propres à ce climat. Environ trois siècles après, « il était au point de division qui sépare le Lion « du Cancer, et il s’est avancé de plus en plus

« dans cette dernière constellation .» Dans le

paragraphe suivant, M. Fourrier ajoute : « Les « Égyptiens ont connu, par le long usage de l’an- « née caniculaire, le déplacement progressif du

« point héliaque. Ils ont vu autrefois cette année « se terminer lorsque le soleil était entré dans le « signe du Lion. A cette époque le lever de Syrius « suivait de peu de jours le solstice d’été. L’inon- « dation avait lieu un mois après, dans le signe « de la Vierge. Ce premier état est représenté dans

« les deux temples de Latopolis.Ils observèrent

dans la suite, que le soleil n’était point encore « sorti de la constellation du Cancer lorsque le le- « ver héliaque de Syrius désignait la fin de l’année « naturelle de 365 jours j. Ils représentèrent l’an- « née dans cette nouvelle position, ce que l’on « observe sur les deux monumens de Tentyris.

« On reconnaît distinctement, dans le zodiaque « rectangulaire du temple d’Isis, que le terme de « 1 année agricole est marqué dans le ciel par la « première apparition de Sothis, le soleil étant « dans le signe du Cancer.»

Dans ce passage, et dans les autres parties du mémoire de M. Fourrier, le mot signe alterne souvent avec celui de constellation. Néanmoins, le sens veut qu’ici ce soient les constellations que M. Fourrier désigne. Car, il dit, que, vers le xxv e siècle de l’ère chrétienne, le soleil se trouvait dans Je signe du Lion lors du lever héliaque de Syrius; et il ajoute : que ce lever suivait alors de peu de jours le soltice d’été. Or le soleil au solstice d’été ne peut jamais se trouver dans le Lion, considéré comme signe. Il est nécessairement dans le signe du Cancer. Mais il peut se trouver dans le Lion ,

comme constellation ; et il s’y trouvait en effet au xxv e siècle avant l’ère chrétienne : c’est donc aux constellations,et non pas aux signes,que M. Fourrier a entendu rapporter ces positions.

En tout cas, les constellations et les signes étant des choses très-différentes, puisque les unes sont fixes dans le ciel, tandis que les autres sont mobiles avec l’intersection équinoxale , il est évident que les expressions qui les désignent doivent toujours être prises suivant une acception constante dans le même système. Ainsi, lorsque M. Fourrier suppose que, depuis le xxv e siècle de l’ère chrétienne, jusqu’aux derniers siècles qui ont précédé cette ère, le soleil, à l’époque du lever héliaque de Syrius en Égypte, a successivement passé du Lion dans le Cancer, cette transition doit s’entendre, soit des deux signes, si M. Fourrier a voulu nommer le Lion et le Cancer comme signes, ce qui est toutefois peu probable, soit des deux constellations , si ce sont les constellations qu’il a voulu désigner. Cela posé, il est très aisé de démontrer que, depuis 2782 ans avant l’ère chrétienne, jusqu’à i3q ans après cette ère, et l’on pourrait encore étendre plus loin ces limites, le soleil lors du lever héliaque de Syrius en Égypte, s’est toujours trouvé, soit dans le Cancer, si l’on veut le rapporter aux signes mobiles, soit dans le Lion, si l’on veut considérer son lieu réel parmi les constellations. En sorte que la circonstance commune à ces deux énoncés, c’est que, pendant

tout ce temps, il est constamment resté dans la meme constellation et dans le meme signe ce qui est diamétralement contraire au changement de constellation ou de signe que M. Fourrier lui suppose, et par lequel il explique les modes divers de partage de la série des douze signes dans les zodiaques de Denderah et d’Esné.

J’aurais pu déduire ce résultat des lieux du soleil , calculés par M. Ideler pour les trois époques des Thots caniculaires correspondans aux années

^782,— 1822 et i 3 q. Mais, afin d’éviter toute difficulté, j’ai refait de nouveau les memes calculs pour ces trois époques en déterminant les positions de Syrius par la méthode que j’ai indiquée plus haut, page 58 , et que l’on trouvera ici exposée dans les notes. En outre, afin que l’application aux zodiaques fut plus positive, j’ai employé pour latitude celle de Denderah, 26° 8' 36 " qui leur est à très-peu près commune. Enfin, au lieu de supposer, comme M. Ideler io° de dépression, j’ai employé i2°9' 36 ", à peu près la même dont Nouet avait fait usage. Ce n’est pas toutefois que je veuille présenter cette valeur particulière de la dépression, comme étant physiquement plus exacte. Je crois, au contraire, que l’incertitude du phénomène 11e permet pas d’assigner à cet élément une valeur précise; mais je me suis servi de celle-ci, qui d’ailleurs est très-admissible, parce < î u e He fait coïncider exactement le lever du soleil avec le solstice à l’époque du premier Thot ca-

niculaire en — 2782. Ces nouveaux élémens m’ont donné des résultats qui diffèrent de quelques minutes de ceux qu’avait obtenus M. Ideler, comme cela devait naturellement arriver, ne fût-ce que par la dissimilitude des méthodes dont nous avons fait usage pour calculer les anciennes positions de Syrius. Mais de pareilles différences ne sont d’aucune importance pour le fait que je me propose d’établir. J’ai donc connu ainsi les trois longitudes du soleil lors du lever héliaque de Syrius à Denderah aux trois époques proposées. Ces longitudes, étant toutes trois comptées à partir de lequinoxe vernal de leur époque, marquent les lieux correspondans du soleil dans les signes mobiles. Pour connaître à quelles constellations ils répondent, il n’y a qu’à déterminer, par les formulés de la mécanique céleste, l’arc de rétrogradation que l’équinoxe vernal a décrit sur l’écliptique mobile depuis chacune des trois époques assignées, jusqu’à une même époque postérieure, pour laquelle ont ait des catalogues d’étoiles, par exemple, pour l’année 1700 après l’ère chrétienne, à laquelle se rapporte le catalogue de La Caille. Alors, en ajoutant à chaque longitude comptée de l’équinoxe mobile, l’arc de rétrogradation que cet équinoxe a décrit pour arriver à l’année 1760, il est clair que les sommes seront les longitudes des mêmes points du ciel rapportées à l’équinoxe vernal de 1750. 11 ne restera donc plus qu’à regarder dans le catalogue de La Caille quelles sont

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