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AVANT-PROPOS, tienne, à laquelle M. Fourier et d’autres auteurs attribuent positivement des observations si précises, des périodes si justes, des connaissances si étendues (i). J’ai particulièrement recherché avec soin 1 origine de cette fameuse période de 1460 années de 365 j , appelée période Sothiaque, parce que son commencement était réglé sur le lever héliaque de Syrius que l’on nommait en égyptien Sothis. J’ai trouvé, contre l’opinion commune, et je l’avouerai, j’ai trouvé, non sans surprise, que, de tous les écrivains antérieurs à l’ère chrétienne, dont les ouvrages se sont transmis directement jusqu’à nous en original, il n’en est aucun qui ait fait mention de cette période comme étant liée aux levers héliaques de Syrius, même parmi ceux qui se sont le plus occupés spécialement d’antiquités astronomiques ou chronologiques. Si elle a été indiquée par quelques-uns d’entre eux , c est seulement comme l’expression du plus petit intervalle de temps après lequel un nombre entier d’années vagues égyptiennes, chacune de 365 jours, égale un nombre entier d’années solaires supposées chacune exactement de 365 j 7, détermination qui n exige qu’un calcul arithmétique extrêmement simple. La relation de ce nombre
(1) Recherches sur les sciences et le gouvernement de l’Égypte , passim.
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d’années vagues avec les levers héliaques de Syrius ne se montre que fort postérieurement à Hipparque, et même à Ptolémée, long-temps après que ces habiles astronomes eurent donné des méthodes pour déterminer les levers héliaques par le calcul trigonométrique, et lorsque ces phénomènes étaient annoncés publiquement dans tous les calendriers vulgaires. Je ne parle ici que des ouvrages originaux ; car des auteurs du troisième siècle de l’ère chrétienne et des siècles postérieurs citent une vieille chronique égyptienne qu’ils donnent comme du temps d’Alexandre, et des annales égyptiennes en partie fabuleuses, composées par un prêtre nommé Manethon, sous Ptolémée Philadelphe, dans lesquelles ils disent que le cycle sothiaque était nommé comme période chronologique. Ainsi, en admettant leur témoignage Cjj^mme suffisant pour attester l’authenticité de ces anciens écrits, ce qui serait sans doute beaucoup leur accorder, puisque la plupart d’entre eux ne les avaient pas vus en original, mais les connaissaient seulement par des extraits successivement tirés les uns des autres, on prouverait tout au plus l’existence du cycle sothiaque 35 o ans environ avant l’ère chrétienne, c’est-à-dire, trois siècles après Thalès, et plus d’un siècle après Méton. Mais il serait impossible de trouver un document
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littéraire qui en indique la moindre trace au delà de cette époque. Ceci m’a donc conduit à examiner si la connaissance seule d’une telle période, en la considérant comme établie par l’observation réelle fies levers héliaques, pourrait être donnée pour une preuve d’une astronomie très-ancienne, à cause du temps présumable qu’il aurait fallu employer pour la reconnaître, et pour en fixer les limites extrêmes avec la précision que l’on trouve a celle-ci dans les écrivains qui nous l’ont transunse. Je fais voir qu’une centaine d’années d’observations , même très-grossières, suffisent pour cet objet ; et il en faut incomparablement moins si l’on veut supposer, comme cela est très-vraisemblable, que cette détermination a été précédée par la connaissance de l’année tropique de 365 ^. Ainsi, de quelque côté qu’on envisage cette période célèbre, elle ne porte en elle-même aucune trace de la haute antiquité qu’on lui avait supposée. Et par conséquent on ne peut pas s’en servir pour donner une pareille antiquité aux monumens astronomiques de Denderah et de Latopolis, quand même on admettrait qu’elle est ernblématiquement figurée sur ces monumens.
Mais cette dernière supposition est-elle réelle? Pour le prouver, M. Fourier établit une analogie hypothétique entre la manière diverse dont les
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figures des douze signes sont partagées sur ces momimens en deux bandes parallèles, et la diversité des constellations dans lesquelles le soleil a dû se trouver successivement, en différens siècles, au moment de l’année où Syrius se levait héliaquement pour l’Égypte. Selon lui, a5oo ans avant l’ère chrétienne, ce lieu du soleil qu’il appelle le pointhéliaque , était dans la constellation du Lion, et cet état est représenté par les zodiaques de Latopolis : ce qui fait remonter leur construction à cette antique époque. Quatre siècles plus tard, le point héliaque se trouvait sur la limite du Lion et du Cancer; et plus tard encore, il passa dans le Cancer même ; ce que signifient les monumens trouvés à Denderah. Or, en calculant réellement les lieux du soleil au moment du lever héliaque de Syrius en Égypte, non-seulement pour les époques que M. Fourier cite, mais depuis plus de 3ooo avant l’ère chrétienne jusqu’à plus de tooo ans après cette même ère, je ne trouve pas du tout que cet astre ait changé ainsi de constellation ; mais je trouve au contraire qu’il est resté constamment dans celle du Lion : et, par une singulière particularité, pendant tout ce temps il n’a pas non plus changé de signe ; car il s’est trouvé constamment dans le signe du Cancer. De sorte que, si les zodiaques de Denderah et de
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Latopolis avaient dû représenter ses positions dans différens siècles, au moment du lever héliaquede Syrius, comme M. Fourier le suppose dans son système, ils auraient dû, pour être conformes avec le ciel, présenter tous le même mode de partage des figures zodiacales, au lieu d’offrir des modes différens. J’ignore ce qui a pu faire illusion à un aussi habile géomètre que M. Fourier, dans une application de calcul aussi simple. Mais il suffit que l erreur existe, pour renverser radicalement son système, et avec lui toutes les inductions que l’on en tirait sur l’antiquité des monumens. Or chacun Peut aisément la constater avec évidence. Car on n a qu’à prendre les longitudes du soleil données par Petau, Baimbridge, ou M. Ideler, pour l’instant du lever héliaque de Syrius en Égypte, aux diverses époques où la période sothiaque s’est renouvelée; ce qui s’étend depuis 2782 ans avant 1ère chrétienne jusqu’à i3g ans après cette même ere : et, en leur appliquant la précession commune de 5 o" par année, afin de les réduire à nos catalogues modernes, on trouvera que le soleil est constamment resté dans la constellation du 1-âon pendant tout cet intervalle; ainsi que je l’ai ^ n oncé tout à l’heure d’après des calculs plus rigoureux.
A la suite de cette dernière partie, j’ai placé
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une dissertation intitulée : « Examen du Mémoire « de MM. Jollois et Devilliers sur les Bas-reliefs « astronomiques des Égyptiens, avec des remar- « ques sur le dessin du Zodiaque circulaire publié « par la Commission d’Égypte. » Le titre de ce morceau en indique assez l’objet qu’il m’eût été plus agréable d’éviter. Je commence par rapporter textuellement la lettre adressée par M. Devilliers à l’Académie des sciences afin de réclamer l’idée première et l’emploi même du mode de projection dont j’ai fait usage pour reconstruire le Zodiaque circulaire. Je rapporte aussi, en entier, les passages du mémoire que M. Devilliers a cités et désignés dans sa lettre pour justifier cette réclamation. J’ai ensuite discuté les droits de ces savans et les miens. Je crois avoir prouvé , jusqu’à l’évidence, que, s’ils ont réellement eu l’idée de cette projection, comme je suis tout-à-fait disposé à le croire puisqu’ils le disent, du moins, ils l’ont exprimée dans des termes tels qu’aucune des personnes qui ont écrit après eux sur le Zodiaque, ou qui les ont cités, n’a pu apercevoir cette idée dans leur travail ; que pas une seule ne la leur a attribuée , même dans les écrits où il était hypothétiquement question des divers modes de projection qui pouvaient s’appliquer au monument; qu’euxmémes n’ont jamais réclamé contre ce silence;
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qmls ont si parfaitement gardé leur secret, que t ms leur mémoire, ils n’ont énoncé aucun caractère qui fût spécialement propre a cette méthode par eux réclamée; qu’ils n’en ont fait aucune application exacte; et qu’enfin, s'ils l’ont connue, eurs amis memes leur ont ôté tout droit sur elle, en déclarant publiquement qu’ils l’avaient abandonnée après l’avoir essayée. Je regrette que la nécessité d’accorder cette dernière assertion avec la réclamation tardive de MM. Jolloiset Devilliers, roait mis dans l’indispensable obligation de discuter le dessin du zodiaque, fait par ces deux savans en Égypte avec des soins si dignes d’él°ges (i). Car, quoiqu’ils aient sans doute fait alors plus et mieux que tout autre à leur place n’aurait probablement pu faire, il est trop vrai de <l*re que leur dessin offre des inexactitudes telles, que, par leur nature et par leur nombre, elles devaient inévitablement faire méconnaître à tout autre, comme à eux-mèmes, le caractère géométrique du monument. En effet, une ressemblance plus ou moins approchée de distribution d espace, qui suffit pour l’interprétation hisnique ou mythologique d’un monument , ne 11 fit plus, et même ne peut plus du tout ser-
(i) Ce dessin est celui que l’on a gravé dans le grand ouvrage sur l’Égypt e .
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vir pour analyser sa construction par la géométrie. Ce n’est pas même assez alors du dessin le plus fidèle, si ce n’est pour des vérifications générales. Car, pour la détermination du petit nombre d’élémens primitifs dont tout le reste doit se déduire, on ne peut en être parfaitement sur qu en les prenant avec un grand soin sur le monument. Nous avons cet avantage aujourd hui que nous le possédons; mais MM. Jollois et Devilliers ne l’avaient point à l’époque où ils ont composé leur mémoire ; et la nécessité de raisonner d’après leur dessin qu’ils croyaient fidèle, ou sur la gravure qu’ils disent en être la copie parfaitement rigoureuse, mettait un obstacle invincible à ce qu’ils pussent en déduire aucune détermination exacte. La même impossibilité a dù nécessairement s’opposera tous les essais d’interprétation précise que d’autres personnes auraient pu faire, et qu’elles ont peut-être tentés sur les mêmes élémens. Mais l’inutilité de ces essais ne doit élever aucun préjugé contre ceux que nous pouvons entreprendre aujourd’hui, d’après des éJémens plus fidèles. Il faut seulement reconnaître la nécessité d’y recourir : or, pour cela, comme pour toute autre recherche scientifique, c’est un obstacle terrible qu’une opinion anciennement prise et avancée publiquement. Croirait-on, par
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AVANT-PROPOS, exemple, que, depuis l’arrivée du Zodiaque circulaire en France, on ait vanté encore davantage * f xactltu de de la copie publiée par la Commission ^ Egypte ; qu’on l’ait présentée comme un éclatant témoignage d’une fidélité presque inconcevable; que, dans des mémoires publiés depuis, on ait continué de renvoyer à cette copie comme à une description exacte et authentique, et qu’enfin, on ait soutenu tout cela en présence du monument même !
A la suite de cette discussion, que j’aurais vivement souhaité pouvoir ne pas entreprendre, j’ai placé diverses notes, relatives à des points particuliers de critique ou d’astronomie. On y trouvera deux fragmens inédits, relatifs aux levers héliaques de Syrius, l’un de Vettius-Valens, l’autre de Théon d’Alexandrie, qui ont été mis en avant comme autorités dans presque toutes les discussions relatives à l’astronomie égyptienne, sans qu on les ait jamais textuellement cités. Je les rapporte ici en entier tels que je les dois à la complaisance de M. Hase, l’un des savans distingués attachés à la bibliothèque Royale. J’y ai joint leur discussion sous les rapports astronomiques. J’ai également rejeté dans ces notes les calculs à l’aide desquels j'ai déterminé, sur la sphère céleste, la position du pôle du monument, ainsi que sa coin-
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cidence avec le pôle de l’équateur terrestre, 716 ans avant 1 ère chrétienne. Dans la route sûre, mais sévère, que suivent aujourd’hui les recherches d antiquité, on a souvent besoin des méthodes et des formules qui servent à calculer l’état du ciel pour différens siècles, et souvent pour des époques très-reculées. J’ai pensé que les personnes qui s occupent de ce genre de travaux, trouveraient quelque avantage à voir ces méthodes réduites à leur expression la plus simple, et éclaircies par des applications. C’est le motif qui m’a déterminé à les insérer à la fin de mun ouvrage. Mais peut-être pourront-elles aussi n’êtüre pas tout-à-fait inutiles aux astronomes mêmes, en donnant plus d uniformité aux réductions de ce genre qu’ils sont dans le cas de faire, et dont les résultats, ordinairement obtenus par des approximations différentes, tontes plus ou moins imparfaites, ne sont pas toujours aussi exacteme nt comparables entre elles qu’on pourrait le désirer.
Pendant l’impression de l’ouvrage-que je soumets ici au public, deux savans distingués, M. Champollion jeune et M. Letronne, ont , par des découvertes fort diverses, jeté une 1 umière toute nouvelle sur l’époque véritable à lac quelle ont été faites les sculptures astronomiques cle Denderah et de Latopolis. En examinant, dans les insçrip-
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lions bilingues, les caractères hyérogliphiques qui correspondent aux noms propres de personnages étrangers à l’Égypte, M. Champollion a remarqué que le système d’écriture employé pour les traduire, consistait à remplacer chaque lettre, ou chaque son du mot étranger, par la représentation d un objet naturel, dont le nom égyptien commençait par le son analogue. Cette comparaison lui a fourni un alphabet hiéroglyphique de sons, qu il a pü considérer comme applicable à tous les noms ainsi traduits. Or, en l’essayant sur un grand nombre de cartouches sculptés dans les temples d ’%ypte, il a trouvé qu’il reproduisait les titres et les noms de plusieurs empereurs romains, tels que César, Tibère, Domitien, Claude, etc. Il a cru meme reconnaître, sur le contour extérieur du Zodiaque circulaire de Denderah, le mot autocral° r , exprimé dans ce genre de caractères; ce qui établirait que ce monument a été sculpté sous la domination romaine. Le travail de M. Letronne, quoique conduisant à des résultats équivalens, est fondé sur des preuves d’une nature toute différe nte. Il repose sur la discussion des inscriptions § re cques trouvées en Égypte, et dont quelquesies étaient sculptées sur les temples memes de c erah et de Latopolis. En rapprochant une 11 e e circonstances de détail que ces inscriptions
AV A.1ÏT-PROPOS, indiquent, M. Letronne prouve que, sous les Ptolemees, et sous les empereurs romains memes, les Egyptiens ont continué d’élever des temples consacrés à des Divinités de leur pays, et d’y sculpter des tableaux hiéroglyphiques, avec le même mode d’architecture, le même système de décorations, et, autant qu ils le pouvaient, avec les mêmes formes usitées chez eux dans des temps plus anciens. 11 montre ainsi, par une inscription, que le portique du temple de Denderah, où se trouve le grand zodiaque rectangulaire, a été bâti du temps de Tibere. Une autre inscription, trouvée par M. Gau sur un des temples deLatopolis, et relative aux sculptures astronomiques de ces temples, lui apprend qu elles ont été faites, ou au moins achevées, du temps des Antonins. Au reste, il faut le dire, le caractère peu ancien de ces ouvrages avait frappé les artistes habiles, qui, depuis un certain nombre d années, ont visité l’Égypte, et dessiné avec soin ses monumens. Car M. Gau et M. Huyo par exemple, sans s’être nullement communiqué leurs porte feuilles, y avaient marqué de même les diverses phases de l’art égyptien; et, avec un tact également délicat, ils avaient rapporté les sculptures astronomiques à la plus récente. D’après l’accord parfait de preuves si diverses, il paraît désormais bien difficile de douter que ces monumens