VA NT- PROPOS. XIII
Quelques vives que soient en général les rivalités littéraires, Tamour-propre seul ne s'emporte pas ordinairement à ce point. Avant de combattre les opinions qui le blessent, où les travaux qui lui déplaisent , il a presque toujours la patience d'attendre que l'impression les ait fait complètement connaître , et ait fourni , pour les combattre, les armes que l'imperfection humaine laisse toujours à la critique, même dans les plus beaux ouvrages. Cet empressement d'un certain nombre de personnes à prévenir le public contre un travail purement astronomique où personne n'était attaqué ; cette ardeur à le décréditer d'avance , par des motife divers, et même contradictoires, avant qu'il eut été , je ne dis pas imprimé , mais seulement annoncé par extrait dans aucun recueil scientifique; tout cela devait venir de quelque intérêt plus cher et plus énergique que le simple amour individuel de la vérité. Je compris que j'avais blessé au vif quelque opinion de corps, dont les partisans se coalisaient pour prévenir la propagation des sentimens qui leur étaient contraires.
Cette opinion , ou plutôt ce dogme , car je ne saurais autrement l'appeler en voyant la ferveur qu'il excite, c'est celui de l'immense antiquité des monumens astronomiques trouvés en Egypte.
XIV AVAWT-PROPOS.
Lors de la dernière expédition des Français dans cette contrée, le traité de Dupuis sur les mythologies astronomiques venait de paraître, et avait produit une grande sensation. Partant de l'idée que le zodiaque a été inventé en Egypte , qu'il a été créé d'un seul jet^ et que les douze signes qui le composent ont du offrir, à cette pre-* mière époque , la représentation convenue des travaux agricoles propres aux douze mois de l'année, trois suppositions qui ne sont fondées sur aucune autorité historique quelconque, Dupuis trouvait qu'un tel accord aurait eu lieu assez exactement pour le climat de l'Egypte , en concevant le solstice d'été placé dans la constellation du capricorne , ce qui met l'équinoxe d'automne dans le bélier, le solstice d'hiver dans le cancer, et l'équinoxe du printemps dans la balance (i). Or, à l'époque actuelle , ces quatre divisions de l'année solaire se trouvent dans les constellations des gémeaux , de la vierge , du sagittaire et dés poissons. AinM le temps nécessaire pour ce déplacement étant calculé d'après la loi connue de la rétrogradation des équinoxes, donnera la distance hypothétique des deux époques. A la vérité , pour faire ce calcul avec quelque exactitude , il aurait
(i) Origine des cultes, tom. m, p. ^5o. Paris, an m.
A YAK T-P R l> PO S. XV
Êdlu savoir au juste quelles étoiles composaient alors les quatre constellations; si elles étaient les mêmes que nous y plaçons aujourd'hui où si elles étaient difFérentes ; et enfin, à quelle étoile de chaque constellation les quatre points de division répondaient. Or, indépendamment de l'incertitude illimitée où nous sommes sur les deux premières questions, la seule indétermination qui liait de la troisième n'est pas peu considérable ; car , en plaçant le solstice d'hiver au commencement oriental de la constellation du capricorne telle qu'elle est composée aujourd'hui, on trouve à peu près 1 5ooo ans avant l'ère chrétienne pour l'époque que le système de Dupuis assignerait à l'invention du zodiaque ; tandis qu'en plaçant le même point à la limite occidentale , on ne trouve guères plus que i3ooo ans; ce qui ne fait pas moins de vingt siècles de variation sur un calcul déjà si problématique. Au reste, se trouvant sans doute embarrassé pour remplir des intervalles de 1 3ooo ou de i5ooo années avec des évènemens liistoriques qu'aucune histoire ne lui fournissait, Dupuis suggéra lui-même la possibilité d'en raccourcir la durée de toute une demi-révolution des équinoxes, c'est-à-dire de i3ooo ans; et cela, en convenant que les inventeurs du zodiaque auraient appliqué les noms propres de chaque