DEUXIEME PARTIE
Dans le mémoire que j'ai eu dernièrement l'honneur de soumettre à l'Académie, j'ai cherché d'abord à étabUr par des mesures exactes les caractères géométriques généraux que présente le zodiaque circulaire de Denderah. De là nous avons déjà pu conclure avec beaucoup de vraisemblance que ce monument ofire une projection de la sphère céleste, opérée par développement autour d'un point du ciel choisi pourpôle. En discutant, d'après cette indication , les détails qu'on y observe , la position relative des figures nous a conduits à soupçonner que certains astérismes , compris dans l'intérieur ou sur le contour de ]'anneau zodiacal, marquaient les positions absolues et précises de certaines étoiles, situées dans les parties correspondantes
du ciel. Le calcul a confirmé ce soupçon en montrant que les distances et les positions respectives de ces divers points entre eux, sur la sphère céleste , étant déduites du monument en vertu du mode de projection qui lui est propre, s'accordaient avec les distances et les positions réelles déduites de( coordonnées astronomiques, d'une manière singulièrement exacte., même beaucoup plus exacte qu'on n'aurait sans doute osé l'espérer d'observations anciennes, tranportéesi graphiquement sur un tableau sculpté. L'évaluation rigoureuse de la probabilité d'une pareille coïncidence , en la supposant due au hasard , s'est trouvée si excessivement faible, que le résultât contraire, c'^st-à-dire, la justesse de l'hypothèse géométrique qui l'avait donnée ^ a acquis un degré de vfôisetnblânce presque éqtii valent k la certitude. Alors les triangles sphériques formés au pèle inconnu du monument ^ et les triangles sphériques formés par les mêmes étoiles au pôle de l'écliptique d'une époque fixe , se sont trouvés avoir une base commune qui était la distance céleste des étoiles entre elles. Ces deux systèmes de triangle^ étant ainsi liés l'tln à l'autre et étant d'ailleurs cotnplètement déterminés par les seuks longueurs de leurs côtés , nous avons pu en déduire la position céleste du pôle inconnu , relativement à l'écliptique et a Téquinoxe fixes ^ que nous avions prises pour origine des coordonnées astronomiques» Nous avons ainsi connu la longitude de ce pôle et sa latitude ,
D£ DËΫi>l£ltAH. 57
lesquelles, conclues de deux cotttbindisond d'observatîonà entièrement indépendantes ont Conduit k des positions presque coïncidentes sur la sphère céleste ; ce qui tenait sans doute à Fâvantage que nous avions eu de pouvoir employer comme élémens de nos calculs les seules distances polaires , et de n'y faire entrer pour rien les différences d^ascensions droites dans lesquelles la nécessité de la mesure du temps jette toujours beaucoup d'incertitude. En prenant la moyenne de ces résultats, entre lesquels nous n'aurions pu choisir, nous avons reconnu que le point du ciel ainsi déterminé , et indiqué comme pôle dé projection par le monument même , était à peiné à deux degrés de distance de la position qu'avait réellement le
pôle de l'équateur terrestre 716 ans avant Tère
chrétienne* Et comme d'ailleUrs il n'y avait au* tour de ce point aucune étoile remarquable, que, même les plus voisines , parmi celles qui peuvent être aper^uds à la vue simple , en étaient beaucoup plus éloignées que nos deux évaluations iso« lées ne l'étaient entre elles ^ nous avons dà conclure que le dessein primitif des auteurs du monument avaient été efféctivemnt de prendre pour pôle de projection, le pôle même de l'équateUr de cette époque. L'excessive probabilité de cette induction ne nous a plus laissé qu'une dernière épreuve à faire , c'est de construire pour l'époque qu'elle nous indique , une projection développée de la sphère céleste , de la construire sur la même
échelle de grandeur qu'une copie très-fidèle dii monument, et enfin de l'appliquer sur cette copie. Car, si le monument est aussi exactement exécuté dans toutes ses parties qu'il l'est dans celles qui ont servi d'élémens pour la détermination de son pôle , il est clair que l'on doit nécessairement trouver ainsi entre lui et le ciel calculé , une correspondance générale ; laquelle aura le double avantage , de donner une démonstration irrésistible d'identité par la coïncidence des figures connues avec les étoiles qui leur appartiennent , et de fournir une interprétation certaine des emblèmes astronomiques inconnus que le monument renferme, en nous montrant les étoiles que l'on a voulu y placer.
J'ai effectué cette comparaison et j'en mets ici le résultat sous le yeux de l'Académie. Mais, ne croyant pas pouvoir répondre de i6 ans sur une époque pour laquelle les données primitives nous ont laissé une incertitude dix fois plus grande, j'ai adopté, pour le calcul, l'époque séculaire de 700 ans avant l'ère chrétienne, au lieu de 716, et j'y ai rapporté les positions de l'équateur et de l'écliptique que j'ai comparées au monument.
A cet effet j'emploie la méthode que j'ai exposée dans mon astronomie pour le calcul des observations anciennes(i). Je prends, dans le catalogue de Lacaille, les longitudes et les latitudes des as-
(i) On trouvera cette méthode exposée à la (in de l'ouvrage dans la note 4-
DM DENDERAH. 5g
très relativement à Fécliptique et à l'équinoxé vrai (le T750 que je considère comme fixes dans le ciel. Je calcule ensuite , d'après les formules de la mécanique céleste, le déplacement du point équinoxial sur cette écliptique entre les années 1760 et — 7 1 6 ^ ainsi que l'angle formé avec le même plan , à cette ancienne époque, par Féquateur de la terre. La théorie de l'attraction montre que les variations séculaires de cet angle sont excessivement petites, même pour les observations les plus anciennes; cependant il est nécessaire d'y avoir égard. L'arc de précession étant ajouté aux longitudes de Lacaille, donne les longitudes pour —7 1 6, comptées à partir de l'intersection de Féquateur mobile , sur l'écliptique fixe de 1 75o. Avec ces longitudes et les latitudes demeurées constantes , on peut calculer l'ascension droite et la déclinaison des astres relativement Féquateur de — 716 dont l'inclinaison sur l'écliptique fixe a été déterminée. Les déclinaisons seront celles de cette ancienne époque sans aucune correction ; mais il n'en sera pas de même des ascensions droites , parce qu'elles se trouveront comptées à partir de l'intersection de Féquateur mobile , sur l'écliptique fixe , au lieu que, dans l'observation réelle, elles se comptent à partir de l'intersection de cet équateur sur l'écliptique vraie, c'e,st-à-dire, sur le plan variable de l'orbite de la terre, que Faction des planètes déplace continuellement dans le ciel. Pour les ramener à cette origine , on ajoutera aux ascensions
6o SUR LE 20DIAQCE GIUCULAIRE
droites obtenues Jpar ie premier calcul , la petite ' quantité qui mesure la distance du point équinoxiai vrai au point équinoxial pris sur l'écliptique fixe, quantité fecile à calculer et dont la valeur est ici 33' ï4''. Av^c l'addition de cette constante les déclinaisons et les ascensions droites seront rigoureusement cellei qui avaient lieu en —-7! 6, du moins sauf les effets inconnus des niodvemens propres , et en fai^nt abstraction de* petites erreurs que les formules des variations séculaires peuvent donner, étant tranportées à de si grandes distances de nous. lies ascensions droites et les déclinaisons étant ainsi connues , On peut aisément construire la projection complète de la sphère céleste, d'après le mode employé dans notre monument. On peut y tracer l'équateur, et les parallèles qui seront des cercles concentriques, d'un rayon égal au développement de leurs distances polaires. Enfin , on y peut aussi figurer l'écliptique» 11 ne faut pour cela que convertir en déclinaisons et en ascensions droites les longi- » ludes et les latitudes des divers points de ce
cercle comptés à partir de l'èquinoitô vrai , comme on le ferait pour un astre quelconque. Seulement la latitude devient alors constante et égale àgo""; mais , comme la représentation que l'on veut obtenir est celle de l'édiptiqUe vraie ^ il faut , pour effectuer cette dernière transformation ^ déterminer lobliquité de cette écliptique variable sur lequateur pour l'époque que l'on considère , ce
qui se fait encore par les formules de variations séculaires données dana la mécanique céleste. Alors laVourbe que le calcul assigne, et qui doit comprendre les signes du zodiaque , offre cette propriété g^m^trique que nous avons dit plus haut appartenir à (pus les développemens de graj^d^ cf rçleç ; tleux quelconques de ses rayons» diamétralement oppqs^^ forment toujours une somme constante ^ quoique tous ces rayons soient individuellement inégaux. Les œrcles principaux de li| carte céleste étant ainsi tracés d'après leurs élémens numériques , on y place les principales étoiles de la même manière , conformément à leurs positions calculées; après quoi, pour les étoiles secondaire^ qiit le$ avotsiuent , on peut se borner à les prendre par différence de déclinaison et crascensinn droite sur un globe à pôles mobiles bieii exécuté.
Dan9 le tableau du ciel ainsi construit, le solstice cl'é|é, mv l'édiptique vraie , se trouve répondre k une longitude intermédiaire entre ^ et y du Cancer beaucoup plus près de y que de ^. L'équi* noxe du printemps répond pre6qu*ex;actement à la lopgitude d'à du Bélier qui n'est que de 19' lo"". Sw la projection , le colure des solstices passe trà$-prè^ ^eft même» étoiles du Cancer , surtout de Y dont l'a^censiioa droite le dépasse seulement de 53' 27"; de l'autre coté du ciel, ce colura se trpuve environ à 3^ à l'orteat d'à et ^ du Capricorne* l^ colure des équinoxes passe environ à
6a SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE
4*^ à Torient d'à du Bélier, presque sur la direction d'o de la Baleine et d'Arcturus. J'énonce ici ces résultats d'après le calcul. Ils ne pourraient évidemment être fixés ainsi avec une suffisante exactitude par une projection graphique , quelque soignée qu'elle fut ; et j'ajoute même que le calque de ce ciel doit être comparé immédiatement au monument, ou à l'original d'un dessin trèsexact. Car, ici, comme pour les cartes géographiques , les dimensions absolues sont toujours sensiblement altérées, dans les copies gravées, par l'effet hygrométrique que le papier éprouve , quand.il est soumis à la presse; ce qui dérange toute l'exactitude, des coïncidences. Aussi ai-je eu soin de comparer mon ciel immédiatement au dessin de M. Gau, sans autre intermédiaire qu'un calque ; et même , pour tous les points dont la coïncidence ou. l'écart pouvait être de quelque importîgice , je ne m'en suis plus rapporté à ce dessin quoique si fidèle , et j'ai comparé les résultats du. calcul à des mesures absolues prises sur le .monument.
Lorsqu'après avoir pris toutes ces précautions , on place la projection calculée sous le calque de la copie figurée , on reconnàit aussitôt entre elles une correspondance générale dont il est difficile de n'être pas surpris, quoiqu'elle fut prévue. Sans, doute, cette . coïncidence n'opère pas des réunions astronomiquement impossibles. Ainsi elle ne rassemble pas, elle ne doit pas rassembler dans
1>E DENDËRAH. 63
la figure droite , mince, allongée vers le centre, qui désigne la Vierge sur le monument, les mêmes étoiles que comprend la Vierge de nos globes , qui est représentée couchée le long de l'écliptique sur une étendue de plus de quarante degrés. Tourtefois , on voit paraître dans ce signe les étoiles qui le caractérisent particulièrement. Ainsi, la belle étoile de la Vierge tombe en projection aax:pieds de la figure de la Vierge. Le groupe ovoïde. dont Callimaque fit plus tard la chevelure.de Bérénice forme la tête de l'épi que cette figure tient à la main. A côté d'elle ,/et dans la partie du ciel où les étoiles du Lion se joignent et se mêlent en ascension droite aux étoiles de la Vierge , on voit une autre figure de femme plus petite, debout comme la première, et dans uiie direction parallèle, mais qui est portée sur la queue du Lion. Les étoiles principales du Lion se trouventde même dans l'emblème qui le représente. Régulus au cœur, y sur sa crinière, p- à l'origine de sa queue, ainsi qu'on la place encore aujourd'hui dans nos globes ; ^, la quatrième du quadrilatère, tombe un peu au-dessus, dans ime petite figure couchée sur le dos du Lion , et dont la forme, usée par le temps est devenue assez incertaine, mais qui par sa place répond à ce que l'on nomme aujourd'hui le Petit-Lion. Plus loin, en remontant contre l'ordre des signes, les étoiles y, S, g du Cancer,, qui sont ici solsticiales , viennent exactement se poser dans les étroites- limites, d'ascension droite que
leur offre la figure emblématique Bubstituée au signe du Cancer. Puis, en suivant le zodiaque , on voit l'étoile PoUux se placer dans PoUux le second des Gémeaux ; l'étoile Castor est dans la main de Castor, le gémeau précédent; l'étoile que nous plaçons à son pied de devant et qui est nommée par cette raison Propus, tombe devant son pied occidental ; tandis qu'au-dessous , mais plus à Toccident,les belles étt>iles d'Orion viennent se placer dans son emblème, a près de son fouet; Rigel à sa ceinture ; Içs trois étoiles dont nons faisons le baudrier suivent la direction d'un de ses bras ; et , sous ses pieds, on voit l'emblème d'un petit animal idéal sur lequel tombent plusieurs des étoiles que l'on met aujourd'hui dans le Lièvre. Au-dessous encore, est placé un grand serpent dont le corps est ramassé et serré en replis dirigés yers le centre du tableau , comme si Ton eût voulu ainsi indiquer une constellation trop étendue dans le sens des parallèles, pour pouvoir être figurée entièrement en place , mais dont on aurait , par cette raison , resserf é et contracté Fembléme. Ces caractères, ainsi que la position même de l'emblème dont il s'agit sous les pieds d*Orion , nous désignent clairement la constellation de l'Éridan ou du fleuve appelé chez les anciens le Fleuve d'Orion ; et ils s'y appliquent d'autant plus exactement , que, devant l'emblème qui Texprime, on voit siu* le monument une grosse étoile placée fort près du bord du médaillon circulaire , par conséquent
BE DENDERA.H. 65
très- australe, laquelle se trouve à la distance juste de ce bord où se trouvait la belle étoile Acharnar, la brillante du fleuve, 700 ans avant l'ère chrétienne. £n effet , cette distance est de 8o"^qui réduits en degrés à raison de 774"^» rayon du médaillon, pour une demi - circonférence , font 18^ 36' 1.7" ; or la distance réelle d'Acharnar au pôle austral , calculée pour 700 ans avant l'ère chrétienne, est 18** 5' 10", de sorte que la dififérence n'est que de 3i' 7''. On ne saurait désirer un accord plus fidèle. Mais, précisément, cette grande latitude australe d'Acharnar et des dernières sinuosités du fleuve qui l'avoisinent, était une circonstance qui imposait la nécessité de le contracter dans le monument, et de l'y désigner seulement par un emblème d'une signification évidente; car , selon le mode de projection employé , sa représentation aurait dû occuper , près du bord du médaillon circulaire , un arc de 70^ en ascension droite , ce qui n'aurait plus laissé aucune place pour les nombreuses indications que l'on voulait y consigner. Remarquons d'ailleurs, comme une circonstance curieuse , qu'Acharnar était alors trop australe pour être visible sur l'horizon de Denderah, la latitude du temple étant, d'après les observations de Nouetde a6° 8' 36'^; de sorte que, si ce n'est pas un heureux hasard, qui a fait placer l'étoile que nous examinons, si exactement à sa distance polaire véritable , il faudra en conclure que les auteurs du monument avaient sur l'état du ciel
austral des renseignements assez fidèles , qui ne pouvaient leur venir que de pays aussi avancés vers le sud que la Nubie, puisque c'était seulement à une latitude aussi méridionale qu'Acharnar pouvait être aperçu alors.
Au delà des Gémeaux et d'Oric» , en remontant toujours contre Tordre des signes , notre monument nous offre le Taureau , sur lequel viennent se placer toutes ses étoiles les plus remarquables , Nath ou ^ du Taureau , Aldebaran a , les Hyades , les Pléiades ; ces deux derniers groupes sur chacun des rayons qui , prolongés jusqu'au bord du médaillon, vont aboutir à leurs emblèmes; et, pour juger de la justesse de cette rencontre, il n'y a qu'à prendre sur le monument l'angle compris entre ces rayons, et le comparer avec la différence, d'ascension droite que le calcul leur assigne 700 ans avant l'ère chrétienne. L'ascension droite d'Aldebaran, calculée pour cette époque, estSî^^io'aô"; celle de », la claire des Pléiades, est 19^25' 56''; la différence est donc la® 44' 3o'^ Or le monument la donne de la» 21' 18'', de sorte que l'erreur est seulement o® 2 3' 12" en arc. Cet accord est d'autant plus utile à remarquer, qu'il a lieu dans une portion du monument où nous ne trouvons pas de distances polaires spécialement fixées , de sorte que cette partie est demeurée totalement étrangère aux élémens dont nous avons fait usage pour déterminer notre époque et notre pôle de projection. Ici je crois devoir rappeler en-
core que toutes les mesures de cordes et de distances polaires prises sur le monument et , qui ont servi d'élémens aux calculs que je viens d'exposer, comme à ceux que j'aurai à.exposer encore, ont été définitivement dét^roinées et arrêtées avant d'avoir été soumises à aucune épreuve théorique; de sorte que j'en rapporte les résultats tels qu'ils sont venus d'eux^némes , exacts ou non exacts, sans y rien changer.
' Au-dessus du Taureau, dans l'intérieur de l'anneau zodiacal , le monument présente une figure d'homme tenant une tête de chèvre dans sa main gauche. A ces traits ^ on reconnaît le Gocher de nos cartes modernes. En , effet , la belle étoile que nous tiommons la Chèvre, tombe dans la projection au bas de la tête de chèvre , tandis que les étoiles du Cocher, particulièrement^ la plus belle d'entre elles, viennent se placer sur la figure de l'homme qui tient cette tête à la main. Comme on a contesté que l'emblème dont il s'agit lut réellement une tête de chèvre, j'en ai fait graver ici un calque exact et de la même grandeur que l'original , dans la fig. a . pi. i ; on verra s'il y a le moindre sujet de doute. L'application de l'étoile de la chèvre sur cet emblème , doit paraître d'autant plus frappante , qu'elle se trouve être une conséquence matérielle de la projection , quoiqu'elle ne soit entrée absolument pour rien dans les élémens qui ont servi à l'établir.
A l'occident du Taureau, sur le contour du zO-
diaque , on trouve le Bélier , un peu remonté vers l'intérieur du médaillon relativement à nos cartes modernes; au-dessous, sont deux figures humaines parallèles l'une à l'autre et dirigées vers lui , de sorte qu'elles semblent se rapporter à ce signe. Quand nous essaierons plus loin de discuter les emblèmes qui ne sont pas astrohomiquement reconnaissables par les étoiles qui les couvrent , nous verrons que ces deux figures entre lesquelles passe géométriquement dans là projection le colure des équinoxes , désignent vraisemblablement cette époque de la période annxielle, de même que la figure emblématique substituée au Cancer désigne le solstice. Mais ici l'image du Bélier n'est pas rejetée hors de sa position astronomique. À la vérité , si on la comparait à nos cartes actuelles , on la supposerait un peu trop rapprochée du centre du tableau. Mais cette disposition , loin d'être une anomalie du monument , offre au contraire une concordance avec l'époque à laquelle nous le rapportons ; car on sait que les étoiles de la constellation du Béli^er étaient distribuées par les anciens sur cet emblème autrement que nous ne le faisons aujourd'hui : a la plus brillante du groupe que nous plaçons à la tète , est indiquée par Hipparque comme étant placée au pied de devant; et c'est aussi, dans le monument, à l'un des pieds qu'elle se trouve répondre
Au sud du Bélier , la constellation australe du Monstre Marin ou de la Baleine, dilatée par la pro-
jection , distribue ses étoiles sur une étendue de 45' en ascension droite. N'est-ce pas elle que veulent désigner quatre figdres à têtes humaines et à queue de poisson , placées à la suite les une^ des autres au bord du médalillon circulaire, précisément dans Tazimuth auquel les plus nombreuses étoiles de la Baleine répondent? Plus loin à l'occident, sont les Poissons, placés au lieu qui con-* vient à leurs petites étoiles. Entre eux, comme dans nos globes, et sur. les bords du rectangle figuré qu'ils, comprennent, on voit a d'Andromède et Âlgenib ou y de Pégase , qui s'alignent presque sur un même rayon mené du centre , tandis que les deux autres étoiles qui complettent le carré de Pégase, Sheat et Markab, s'alignent exacte* ment sur la figure emblématique qui porte la première sculptée sur sa tête, conformément à ce que la discussion générale du monument nous avait fait primitivement découvrir. La distance polaire de Sheat, mesurée sur le monument, est 827 ^ luillimètres, qui convertis en arc valent 76** 9' 45''- Le calcul effectué pour 700 ans avant l'ère chrétienne donne 74^ 5ô' 57'^, de sorte qu'il y a seulement 1° 18' 48" d'erreur. En outre, l'ascension droite de Sheat, calculée pour la même époque à partir de l'équinoxe vrai, est 3i4** ^9' 5''; nous avons vu plus haut que celle de la Pléiade était 19** aS' 56'^; la différence 29 5° 3' 9''' doit donc exprimer l'angle compris sur le monument entre les rayons menés à Sheat et à la pléiade. Or , cet an-
•JO SUR LE ZOBIAQtlE CIRCULAIRE
gle , effectivement déduit delà mesure des cordes, se trouve de agS** i6' a8'', par conséquent ^ en excès de o® l'i' itf' sur la valeur calculée. La petitesse de cette différence nous confirme encore l'exactitude de la partie du monument comprise entre les deux astres que nous venons de comparer. L'alignement précis de Sheat et de^'Markab sur la jonction de la figure emblématique qui porte Sheat sur sa tête, est aussi une confirmation complète du motif auquel nous avions attribué la déviation de près de 3o**, donnée à cette figure relativement au cercle horaire sur lequel elle se trouve ; et la quantité de cette déviation est ^Ile-même un élément caractéristique de l'époque céleste représentée par le monument.
Un peu avant le carré de Pégase , vers l'orient , sur un rayon intermédiaire entre le Bélier et les Poissons , on voit dans l'intérieur de l'anneau zodiacal une figure monstrueuse assise , dont la forme semble n'offrir aucun rapport avec les emblèmes astronomiques que nous connaissons. Mais en posant le dessin du mohument sur la projection calculée du ciel . on voit toutes les parties de cette figure, son corps, ses bras et ses jambes suivies et couvertes par les plus belles étoiles de de Cassiopée. Et, comme-pour indiquer encore d'une manière plus évidente l'intention de dési*gner spécialement cette constellation,' on a placé sur le même rayon, au bord du médailloii, une figure assise sur un siège , ainsi que Cassiopée est
DE DEJ^DËKAU. 7I
représentée de toute antiquité : et cette figure est sans tête , comme si l'on avait voulu marquer que les étoiles qui la composent sont représentées audessus d'elle dans le tableau. Cette même image monstrueuse fait partie d'un groupe où se trouvent deux autres animaux , savoir , au-dessus un oiseau; au-dessous une gazelle avec les jambes pendantes 9 j^urant à ce qu'il semble un animal mort. On a cru que ce groupe composé de Irois corps devait désigner la constellation du Triangle boréal. Mais la chose paraîtra peu probable si, l'on considère que le Triangle n'a que des étoiles peu brillantes et occupe peu de place dans te ciel, tandis que le groupe dont nous parlons s'étend presque depuis le centre du médaillon où le bec de l'oiseau se réunit^ a de la Petite-Ourse, * jusqu'au bord de l'anneau zodiacal où la queue de la figure monstrueuse assise descend tout près dé p d'Andromède. Aussi, outre les étoiles de Cassiopée que nous avons vu appartenir à ce système, on trouve que la gazelle, à jambes étendues, pose,dai;LS la projection, ses pieds de devant sur a de Persée, ses pieds de derrière sur y d'Andromède, deux étoiles de seconde grandeur; de sorte que ses contours semblent évidemment appropriés à cette intention. Quant à l'oiseau qui couronne ce groupe , on ne trouve dans le ciel rien qui puisse lui donner une signification astronomique ; naais il ne serait pas. invraisemblable de le supposer un emblème astrologique ou raithu-
72 SUR LE ZODIil^QUlî: CIRCULAIRE
logique , lié à la fable du phénix. En continuant toujours à suivre le zodiaque , on trouve à Foc-^ cident des Poissons le signe du Verseau, sur lequel viennent se placer les plus belles étoiles de ce signe; et au-dessous on voit Fomalhaut, dont la distance polaire boréale mesurée sur le monument est 574*" qui valent 133*^29' 18''; tandis que le calcul donne pour 700 ans avant l'ère chrétienne 1 3 1 ° 4o''43'^ à' où résulte une différence dei °48' 3o'', un peu plus forte que celle de ^ de Pégase et dans le même sens : ce que l'on peut attribuer peut-être en partie, à une évaluation trop forte de l'obliquité de l'équateur sur l'écliptique, genre d'erreur que les plus anciens astronomes paraissent avoir généralement commis ; et qui se trouve également indiqué ' ici par les valeurs trop faibles d'environ deux degrés, que nous avons obtenues pour la latitude boréale du pôle de projection du monument^ qui était alors le pôle de l'équateur terrestre.
On peut voir aussi , sur le dessin même , que l'ascension droite de Fomalhaut est celle de toutes, sur laquelle le monument est le plus en etreur , ce qui doit peu surprendre d'une étoile aussi australe. A cette époque, son ascension droite calculée était 3o3^ 4o' 21'', à partir de l'équinoxe vrai. Nous venons de voir que celle de p de Pégase ou Sheat relativement au même équinoxe , était de 3i4^ 29' 5"; la différence, 10^ 48' 44" exprime donc l'angle qui doit être compris sur le
monument entre les rayons menés aux emblèmes de ces deux étoiles. Or , cet angle conclu de la mesure des cordes interceptées est seulement de 5*^ la' 18''; ce qui fait une erreur de 5' 36' a6" en arc. M. Delambre a trouvé quelques erreurs de cet ordre dans le catalogue d'Hipparque. On devrait donc être peu surpris d'en trouver de pareilles sur un tableau sculpté , surtout à cause de la petitesse de la distancé polaire. Mais il se pourrait aussi que Terreur fût en très-grande partie graphique, et occasionée par la grande extension donnée sur le monument daùs le sens des parallèles , à l'hiéroglyphe même qui nous a paru désigner Fomalhaut , et qui exprime vraisemblablement son nom^ Car nos cinq dégrés d'erreur ne font que transporter Fomalhaut sur l'extrémité occidentale de cet hiéroglyphe, au lieu que nous l'avons supposé répondre à l'extrémité orientale où se trouve l'étoile sculptée qui en fait partie, suivant en cela la règle qiie nous avions adoptée pour les autres symboles analogues. Nous n'aurions cependant pas manqué de motifs puissans pour y déroger dans cette circonstance , surtout en considérant que l'une des étoiles du groupe du Verseau, qui est la plus oriejitale, se trouve évidemment détachée des autres, comme pour la rapprocher de ce symbole ; et c'était en effet sur elle que nous avions d'abord placé Fomalhaut. Mais, qïioique le calcul des positions astronomiques se fût montré depuis tout à fait d'accord avec cette
74 SUl^ ^^ ZODIAQUE CIRCULAIRE
interprétation , j'ai pensé qu'il était plus conforme à la saine critique de n'en pas faire usage , afin d'employer , pour toutes les étoiles , le même caractère de désignation que nous avions une fois adopté ; sauf à laisser subsister l'apparence d'une ^reur qui , dans les limites où elle est comprise ^ n'aurait d'ailleurs 'rien de surprenant.
Entre le Capricorne et le Verseau, dans l'intérieur de l'anneau zodiacal, la projection calculée place les étoiles qui ccnnposent la constellation du Cygne , appelée par les anciens l'Oiseau ; et , sur le bord du médaillon , presque sur l'alignement de a, la plus brillante de ces étoiles , on voit un cygne sculpté. Si cett<B figure a été réellement destinée à désigner par renvoi la cônstellation du Cygne , ce qui semble confirmé par sa répétition à la place analogue dans le zodiaque circulaire , on pourrait présumer ^ avec vraisemblance , qu'elle a été reculée de quelques degrés à l'orient de son cercle horaire véritable, pour pouvoir placer au bord du médaillon , sur ce rayon même, un symbole circulaire d'une grande dimension , qui , probablement , n'a rien d'astro-^ * nomique. Il représente huit individus rangés sur trois lignes ; ils sont à genoux ^ les mains derrière le dos^ dans l'attitude de personnages que l'on va sacrifier. M. Bèmusat m'a fait voir qu'un emblème analogue paraissait exister dans la sphère chinoise , où il semble être désigné par le système de huit points, également rangés sur trois lignes,
et désignés par la dénomination des huit génies. D'après les copies des cartes japonaises qu'il a bien voulu me communiquer, il m'a été facile de reconnaître avec lui la partie du ciel où les Chinois ont placé cet emblème. C'est dans fa queue de la baleine, au sud de p, entre cette étoile et les premières qui composent l'atelier du sculpteur. Mais on ne trouve absolument rien dé remarquable en cet endroit du ciel qui ne contient que de très -petites étoiles. D'ailleurs, transporté sur le monument égyptien , il se trouve tomber en ascension droite entre les deux divisions du carré de Pégase, par conséquent à l'orient de Sheat et de Markab , au lieu que l'emblème des sacrifices est placé sur ce mouument fort à l'occident des mêmes étoiles , et de Fomalhaut lui-même , de sorte qu'il y a une différence de plus de 3o^ en ascension droite entre ces deux directions. Ainsi , ce point de rapprochement que l'on avait cru apercevoir , ne paraît pas être aussi intime qu'on pouvait l'espérer, avant la comparaison exacte des positions relatives. La grandeur du médaillon des sacrifices dans le zodiaque circulaire montre que l'on y attachait une importance soit religieuse , soit astronomique; d'autant qu'on le trouve reproduit sous des formes pareilles ou analogues dans les trois zodia-^ ques rectangulaires, de Denderah et d'Esné; cependant on ne voit rien dans le ciel sur le même cercle horaire, qui mérite une mention aussi spéciale. Il est donc présumable que cet emblème
était moins astronomique que religieux. Cette opinion , que nous n'émettons ici qu'avec une extrême réserve, semble fortifiée pas un passage de Plutarque , qui , en parlant du sceau dont les prêtres marquaient les bœufs destinés en sacrifices à Typhon, dit que ce sceau offrait l'image d'un homme à genoux, ayant les mains liées derrière le dos, et l'épée à la gorge (i). Et, en effet, dans les trois zodiaques rectangulaires , les individus agenouillés qui composent l'emblème que nous examinons, sont environnés de couteaux.
A l'occident du Capricorne nous rencontrons le Sagittaire. Les étoiles peu brillantes qui , dans nos cartes forment son corps et ses ailes , toinbent également ici en projection dans les parties analogues de l'image qui le représente. Les deux que nous nommons a et ^ viennent, comme dans nos cartes , se placer à ses pieds de devant. Au-dessus de sa croupe , et siu: le cercle horaire des belles étoiles de l'aigle , on voit un oiseau qui ,. sans aucun doute , est destiné à figurer cette constellation ; car , dans le zodiaque rectangulaire , que l'on peut considérer comme une sorte d'interprétation de celui-ci, on voit également sur le bout des ailes du Sagittaire , un oiseau dont la tête est ornée d'une couronne. Toutefois on doit remarquer que , dans le zodiaque circulaire , cet emblème a été un peu trop éloigné' du pôle de projection.
(1) Plut. Traité et Isis et éPOsiris ^ xxvm.
Peut-être est-ce pour faire placé à cette figure emblématique qui porte à la main une sprte de thyrse dont elle semble montrer les étoiles de la lyre. Mais cette figure même , si sa destination était telle , aurait pu être placée ici plus exactement. Peut-être aussi les étoiles do^t nous composons aujourd'hui les constellations de la lyre et de l'aigle ne se rattachaient-elles pas alors , autant que d'autres , aux idées astrologiques et religieuses, ce qui aurait pu leur donner moins d'importance aux yeux des auteurs du monument. On oserait à peine ajouter quelles peuvent aussi avoir été alors moins brillantes qu'aujourd'hui. Cependant , comment expliquer autrement qu' Aratus ait mentionné la lyre comme renfermant seulement de petites étoiles , et qu'Hipparque , en le commentant , n'ait pas corrigé cette assertion ?
Tout auprès du Sagittaire , à l'occident, se présente l'emblème du Scorpion, qui, ainsi que nous l'avons remarqué dans la discussion générale , est rapproché du Sagittaire de manière k rendre géométriquement impossible que , dans aucun système de projection quelconque , applicable aux autres signes, il puisse comprendre les étoiles dont nous formons aujourd'hui le groupe que iious appelons le Scorpion. Mais ces étoiles se retrouvent, ainsi que nous l'avons annoncé, et se retrouvent avec une fidélité d'imitation très-parfaite , sur les contours d'une petite
figure humaine , qui porte dans ses mains l'astérisme d'Antarès , et dont les bras , ie corps , la queue recourbée,^forment des inflexions tout-à* fait pareilles à celle qu ofiire la série d'étoiles dont nous composons aujourd'hui le corps et la queue sinueuse du Scorpion. Or, ce que nous devons nous proposer dans une restitution astronomique du monument , ce n'est pas de faire tomber ces mêmes étoiles dans le scorpion emblématique , ce qui serait aussi impossible que d'amener les étoiles de la constellation du Cancer dans l'image du cancer excentrique placé au dessus du Taon ; mais c'est uniquement d'examiner si les étoiles de notre Scorpion actuel, projetées géométriquement suivant les mêmes principes que les autres étoiles, viennent se placer sur le monument dans un emblème dont la situation absolue et la forme soient évidemment disposées pour les recevoir. Car, si cela a lieu, il sera prouvé que les auteurs du monument ont représenté notre Scorpion hors de sa place actuelle , volontairement , non par ignorance ; et qu'ainsi on ne saurait tirer de là aucune induction contre la construction géométrique du monument; or, la sieule convenance des contours de la petite figure avec les étoiles qui s'y appliquent, ne peut laisser un instant cette volonté douteuse. La position absolue de l'étoile principale est particulièrement déterminée avec autant d'exactitude qu'on peut l'espérer. £n effet, la distance d'Antarès au pôle du monument est de
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465""*.qui réduits en arc valent 108^1 6' 4 5% celte distance calculée pour l'an — 700 est 106^ a4' 56''; Terreur du monument est donc i^ 5i^ 49 9 ^^i^ le même sens que pour les autres étoiles situées de ce côté du ciel. Quant à l'ascension droite, le calcul la donne de ao8® 36' i5" : nous avons eu tout à l'heure pour p de Pégase 3 14'' ^9' 5"; la différence , ou l'angle des rayons moaés du centre du monument aux deux étoiles est donc de io5^ ^%' 5o''; ce même angle conclu du motaument par la mesure des cordes, a été trouvé de io5°5o' 36"; l'erreur du monument est donc ici seulement de o** %' 14"» et l'on peut la regarder comme nulle dans de pareilles déterminations. Ici, la position des deux étoiles près de l'équateur de cette éponfue favorisait la mesure de leur différence d'as^ cension droite. Mais la précision du résultat n'en est pas moins digne d'être remarquée. Au-dessus de l'image du Scorpion , les deux belles étoiles a d'Ophiucus et « d'Hercule , tombent précisément dans l'une et l'autre main d'une figure assise , por* . tée dans un bateau ; et cette singulière coïncidence parait trop exacte pour n'avoir pas été calculée. Au-dessus de la même image, sur le bord du médaillon , est un autel qui se trouve également indiqué à la place analogue , quoique sous une désignation dififérente , dans le zodiaque rectangulaire. Et en effet , dans le ciel , 700 ans avant l'ère chrétienne, la constellation appelée l'Autel, se trouvait sur cet alignement.
8o SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE
A roccîdent de la figure emblématique qui porte les étoiles du Scorpion , nous trouvons la balance, surmontée d'une couronne sur le contour de laquelle a de la couronne boréale vient se poser. Ce signe , comme celui du Bélier , a été rapproché du centre du médaillon , sur son cerde horaire , pour faire place à la figure qui porte Antarès^ et l'espace qui restait alors vide entre cette figure et le Bouvier, a été employé à sculpter l'image d'un grand animal analogue au lion, lequel figure évidemment la bête féroce des anciens et le. Loup de nos cartes modernes. Aussi se trouvet-ell^ comprendre toutes les étoilesi les plus visibles de la constellation du Loup. Les deux principales a et p que l'on met aux pieds de . devant dans nos cartes, tombent aussi en projection aux pieds de devant. Immédiatement à côté et à l'occident de cet animal, on voit un. homme à tête de bœuf armé d'une faux , qui , d'après le cercle horaire où il est figuré, et par sa proximité de l'emblème précédent , remplace . évidemment le . Centaure de nos cartes modernes; aussi les étoiles de notre Centaure actuel s'y trouvent-elles comprises, et les deux plus belles a et p, beaucoup, plus australes que les. autres, et que nos cartes placent à l'un de ses pieds, se trouvent tomber exactement, soit pour la direction azimuthale , soit pour la distance polaire, sur une expression hié- . roglyphique sculptée sous un des pieds de la figure. Au-dessus de ce centaure , en revenant vers
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l'anneau zodiacal, on voit le Bouvier, portaut une enseigne hiéroglyphique dans laquelle se trouve aussi une étoile sculptée, que la discussion générale du monument , et le calcul des distances relatives , nous a montré être Arcturus. Maintenant , comme on devait s'y attendre , le calcul amène Arcturus à cette même place. La distance absolue de l'étoile au pôle du monument est 238°*°* qui, réduits en arc valent 55° 20' 56". La distance polaire d'Arctiirus calculée pour 700 ans avant l'ère chrétienne se trouve être 56** 3o' 2 5"; ce qui donne pour l'erreur du monument 1° 9' 29", en sens contraire des erreurs précédentes. Quant à l'ascension droite, le calcul la donne de 181° 52' ^o". Nous vencms de voir que celle d'Antarès est de ao8^ 36' i5 '^ La différence 26° 43' 35" est donc l'angle qui , d'après les positions astronomiques , doit être compris sur le nionument entre les deux rayons menés aux astérismes d' Arcturus et d'Antarès. Cet angle conclu de la mesure des cordes se trouve être 23® 4^' ^2", par conséquent moindre de 3** i' 3''. Mais cet écart, et celui que nous avons tout à l'heure trouvé pour Fomalhaut , sont des erreurs excusables à cause de la petitesse des distances polaires. £t, elles le paraîtront bien davantage encore, si l'on songe à l'antiquité de l'époque où le monument fut construit; si l'on considère la forme graphique sous laquelle les résultats qu' il exprime se présentent à nous , et enfin si l'on fait une juste part aux erreurs des
Sa SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE
opérations par lesquelles nous sommes obligés de les en déduire.
A présent que nous avons parcouru en entier l'anneau zodiacal , et que nous y avons rattaché plusieurs des constellations principales qui Favoisinent dans tout le contour du ciel , quelle idée générale cet examen nous donne-t-il du monument dans son ensemble? Nous voyons d'abord, à un petit nombre d'exceptions près , chaque signe zodiacal se couvrir des mêmes étoiles que nous lui attribuons aujourd'hui; et, ce qu'il importe beaucoup de remarquer, ces exceptions, lorsqu'elles se présentent , ne sont pas des inexactitudes résultantes d'une approximation accidentellement plus imparfaite : ce sont des différences de distribution connues pour avoir été usitées autrefois ; ou bien ce sont des impossibilités géométriques complètes, absolues, déterminées par une volonté raisonnée , qui a enlevé évidemment , à dessein , l'emblème astronomique du rang que l'usage général lui donne dans l'anneau des signes, pour lui substituer une figure hiéroglyphique ; ou qui , en conservant le signe dans son rang , ne lui a point donné sa place actuelle, et a assigné un autre emblème aux étoiles que nous avons coutume àe lui attribuer. Ce sont là des différences relatives à nos cartes modernes, et non pas des inexactitudes dans la représentation réelle du ciel. Si nous passons aux constellations situées hors du zodiaque , nous en retrouvons plusieurs dont
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les formes emblématiques , comme celle d'Orion , par exemple ^ nous étaient indiquées d'avance d'une manière positive par les documens littéraires y et auxquelles nous savons positivement que les anciens attachaient les mêmes étoiles que nous leur attribuons encore ; nous avons vu ces étoiles venir se placer sur ces emblèmes avec une parfaite fidélité. Dans d'autres cas ^ tels que ceux que nous: ont offert les Pléiades , les Hyades , Markab et Sheat , le monument nous indiquait des directions précises à partir du centre; les astres désignés étant amenés par le calcul astronomique, sont venus se poser sur ces alignemens. Entin, certains astérismes particuliers, tels que ceux de la Chèvre^ du Cocher , de Cassiopée , d'Ântarès , formaient dans l'intérieur de l'anneau zodiacal quelques in^ dices très - rares de positions plus précises ; des étoiles remarquables par leur éclat ou par leur position relativement à l'état du ciel de cette épo« que, sont venues tomber sur ces emblèmes précis. Maintenant , considérons le nombre et la nature des données que nous avons empruntées au monument, pour établir entre lui et nos calculs une si complète correspondance. Nous y avons seule-^ ment pris le lieu absolu de deux astérismesy dont le sens nous avait été indiqué par la discussion comparative des figures environnantes, et dont nous avons converti la position en coordonnées célestes par le système de projection que nous avions adopté. Car, bien que , pour plus d'exact!-
tmle,naus ayons pris la moyenne des résultats fournis par deux combinaisons de ce genre^ cela ne change rien an nombre absolu de données géo^ méiriqnes indépendantes sur lequel nos calculs se fondent. Ainsi, c'^ de deux points seulemeni que nons avxms déduit tout l'accord g^éral que nous venons de retrouver. Or si, comme nous l'avons montré par le calcul dans la première partie de ce Mémoire , la coïncidence avec le ciel d'une configuration formée seulement par qoatre points, dani( lés limites d'erreurs trouvées fnw le monnment , donne plus de qninse cents million^ à parier contre un que cet accord a été trouvé par une induction méthodiquement fidèle , à combien de mil^ lions de milliards ne devra pas s'élever la proba* biKté composée de cette probabilité première et de toutes celles que fournissent toutes les coïnci-dences nouvelles dont noos venons de donner la preuve numérique par la comparaison du monument avec le calcul ! Il semble que , pour se remiser à cet argument, il faudrait nier l'évidence même. Mais ce n'est pas là^encore le dernier terme dei épreuves que nous pouvons faire. Puisque no«is^ avons le secret de la construction du monunvent^ nous devons pouvoir nous en servir pour trouver les emblèmes qtne les auteurs auront donn nés attx constetiaticms que leur importance religie^^e , CM la place remarquable qu'elles oecupatent dans le ciel , les auront vraisemblablement portés k diésigner d'une manière spéciale. Dans
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ce nombre, il en est deux que nous devons presque infailliblemeiit tFouver, et trouver dans 1 inférieur du zodiaque : ce sont les deux Ourses : or, puisque nous connaissons 1^ poLe du monument et son époque , nous n'avons pour cela aucun tâtonnement à faire. Nous n'avons qia'à déterminer par lè calcul, pour cette époque, les distances polaires et l'ascension droite 4e queiques-tmeB des principales étoiles de ces deux constellations; et, les portant sur le monivnent, nous derrons infailliblement tosaber sur las emblèmes qui les représentenit , emblèmes qui , par plusieurs molifs que nous avons déjà fait ^ntir , pourront «e pas être les mêmes que ceux doot nous nous servons aujourd'hui, mais qui néanmoins devixHit pl^obablement être remarquables , comm^ les constellations auxquelles ils appartitainent. Or, en effet, cette méthode réussit à merveiUç. Soit que l'on porte l'ascension droite calculée des étoiles des deux Ourses , à partir du colur^ des équinoxes, soit que l'on proine leur différence d'ascension droite avec quelqu'une des étoiles que nous avons piréalablement idéUurminées , on est toujours conduit à deux positions désignées dans le monument d'une mani^èi^ également spéciale. L'une est celle que signale une étoile sculptée placée à peu de distance 4u pôle du monument, et portée par une figure emblémaitique non tournée \ers le centre. Cette étoile sculptée tombe, dans la projection^ précisément au milieu
du carré de la Grande-Ourse ; et la figure excentrique qui la porte, est dirigée exactement suivant l'une des diagonales de ce carré. Pour l'autre , la Petite-Ourse , les étoiles qui la composent viennent se poser avec une précision singulière sur l'emblème du petit Chacal placé tout près du centre du monument. Les quatre étoiles du carré , alors les plus rapprochées du pôle, sont distribuées sur la partie postérieure de son corps, qui est juste de la largeur nécessaire pour les recevoir; et celles dont nous formons aujourd'hui la queue dans nos cartes suivent précisément les inflexions de son col; la dernière, aujourd'hui la polaire, venant aboutir au bout de son museau , au point précis où il se rejoint avec le bec de l'oiseau placé au-dessus de la figure emblématique de Cassiopée. Or, quiconque, après avoir calculé les ascensions droites et les distances polaires de ces sept étoiles pour l'époque du monument , ou même les prenant sur un globe à pôles mobiles , aura essayé de les placer géométriquement sur le calque duzodiaque, et les aura vues venir les unes après les autres occuper sur ce petit Chacal , le lieu juste et presque unique que leur configuration mutuelle leur laisse la liberté d'y prendre, quiconque, dis-je, aura vu cela, ne pourra croire qu'une pareille coïncidence, soit l'effet d'une rencontre accidentelle, et résulte d'un simple hasard qui aurait jeté la figure du petit Chacal dans cette place précise, en donnant ainsi à toutes ses parties la forme
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exacte qui pouvait presque seule convenir si juste aux étoiles qui viennent s'y appliquer.
Ceci nous conduit naturellement à considérer la grande figure placée près du centre du monument à côté du petit Chacal dont nous venons de parler. A juger de l'importance de cette figure par l'étendue qu'elle occupe , on est natu> rellement porté à croire qu'elle doit offrir l'emblème de quelque constellation remarquable.
Cependant la projection calculée ne fait tomber sur elle aucun groupe pareil. Elle y place , il est vrai, une partie des étoiles du Dragon ; mais cette coïncidence est seulement un phénomène d'espace, sans aucun rapport avec la forme ni les con* tours de la figure, rapports que nous voyons observés avec tant de soin dans les autres emblèmes où l'on a voulu réellement définir le lieu absolu et la configuration de certains groupes, comme nious venons de le voir dan^ les contours du petit Chacal placé près du pôle, et comme nous l'avons déjà remarqué précédemment dans les deux figures qui contiennent les étoiles du Scorpion et celles de Cassiopée. Ici rien de pareil ne s'observe. Les étoiles du Dragon, qui viennent se placer sur l'espace que la figure occupe , tombent indifféremment sur les diverses parties de son corps; et, ce qui semble achever d'exclure l'intention de les réunir, comme constellation, sur cette figure, c'est que la plus belle d'entre elles , a du Dragon ,
en est nécessairement séparée par la nature de la projection j et ne peut y être comprise , non plusque celles qui l'avoisinent ; car elle tombe dans le crochet de Taxe sur lequel le petit Chacal est appuyé. Mais, si cette grande figure ne marque pas un lieu absolu , elle peut encore avoir été placée là comme remblême de quelque constellation peu distante, ainsi que le sont déjà les figures du Scorpion et du Cancer excentrique. Alors, les données positives nous manquant , il faut recourir à d'autres indices , et chercher, par exemple, dans les convenances d'art , d'usage , ainsi que dans les indications de la critique littéraire, l'application la plus vraisemblable que nous puissions assigner à cette figure. Or, nous voyons d'abord qu'elle est tournée de manière à regarder la constellation de la Grande-Ourse ; et même, l'arme qu'elle tient à la main a sa pointe posée sur les dernières étoiles dont nous composons aujourd'hui la queue de cette constellation. Il serait donc possible qu'elle en fut l'emblème. En effet, Plutarque, dans le traité d'fsis et d'Osiris , dit textuellement que la Grande-Ourse est appelée l'astre de Typhon, comme Orion est appelé l'astre d'Orus, et Syrius l'étoile d'ïsis (i). Ailleurs il ajoute que Typhon est représenté emblématiquement par un bip-* popotame (2) ; et que le fer lui est consacré,
(i) Plut. Traité d' I sis et d'Osiris ^ xxi.
(2) Ibid. , XL VIII.
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OU plutôt est considéré comme la substance même de ses os (i). Or, la figure que nous examinons est en effet celle d'un gros animal d'une forme analogue à l'hippopotame, et elle tient dans ses mains un coutelas à pointe affilée qui semble devoir être une arme en fer. Tous ces accessoires conviennent donc très -bien à une représentation emblématique de Typhon , qui serait placée ici près de la constellation de la Grande-Ourse, à laquelle il préside, comme le cancer emblématique est placé près dû lieu astronomique du Cancer , et la Vache couchée ou fais Test près de Syrîus , ainsi qu'on le verra dans un instant. Nous croyons donc pouvoir présenter cette interprétation comme très- vraisemblable. Mais, pour les personnes auxquelles la grande autorité de Plutarque paraîtrait établir démonstrativement la nécessité d'un rapport plus intime, entre cette figure monstrueuse et l'astre de Typhon, je crois utile de faire observer que ce rapport ne saurait jamais être celui de superposition et de coïncidence. Car, non-seulement notre projection confirmée dans toutes les parties du ciel , place les étoiles de la constellation de la Grande-Ourse ailleurs, et dans un point du tableau où l'on remarque en effet une intention de désignation très-spéciale; mais, pour les ramener astronomiquement sur l'espace qu'embrasse la grande figure
(1) Plut. Traité <VIsis et d'Osins , lx.
d'hippopotame , c'est-à-dire , entre le pôle de projection du monument et le Sagitaire, il faudrait ôter ce pôle du point du ciel où les mesures géométri* ques nous l'ont fixé , et le porter à plus de trente degrés de là. D'où il est facile de conclure que tout l'accord que nous avons reconnu entre le monument et la carte céleste théoriquement construite, se trouverait alors entièrement détruit.
Je saisirai cette occasion pour dire quelques mots sur le singulier emblème d'une longue patte d'animal qui se trouve figurée près du centre du monument à l'opposé de la grande figure d'hippopotame, et au haut de laquelle on a ajouté une sorte de renflement latéral, formé par un animal semblable à un mouton couché. Si cette figure est astronomique , elle ne répond qu'à de petites étoiles dont nous composons aujourd'hui la Giraffe ; le renflement formé à sa partie supérieure répond aux étoiles delà tète de Lynx. Mais, bien qu'il n'y ait , comme on le sait , rien de remarquable dans cette partie du ciel, ou plutôt par cette raison même qu'il n'y a rien de remarquable , il a pu ^ assez naturellement arriver que la fantaisie des auteurs du monument se donnât carrière pour composer des figures propres seulement à remplir cette place , en produisant un effet plus pit« toresque dans l'ensemble général du monument. Car, les personnes versées dans les arts du dessin trouvent beaucoup d'habileté dans l'ensemble de toutes ses parties; et, en ayant égard aux élémens
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obligés dont il se forme, elles le considèrent comme un tableau très-bien composé. Il serait assez naturel que cette intention eut principalement déterminé la grandeur démesurée de cette patte , et celle de l'énorme figure d'hippopotame placée près du pôle , dans une partie du cîel X)ù rien n'attire les regards, excepté la Petite-Ourse, dont la place est si exactement occupée par le petit Chacal. Si par hasard il en était ainsi , ceux qui chercheraient aujourd'hui à expliquer astronomiquement ces figures, se proposeraient uiie énigme sans mot. Je me hâte donc de les abandonner, ainsi que quelques autres dont la signification ne parait pas susceptible d'être géométriquement établie par une superposition évidente ; et je reviens à la recherche des résultats réellement astronomiques que l'on peut tirer du monument.
Par exemple, puisque nous y voyons les Hyades, les Pléiades, le cygne, et très-probablement Cassiopée, indiquées comme par renvoi , sur le bord du médaillon , dans les azimuths propres que leur assigne leur position céleste , ne serait-il pas possible que le même mode d'indication eût été employé pour d'autres groupes; et ne serait-ce pas là un moyen d'expliquer , au moins en partie, les assemblages multipliés d'étoiles sculptées que l'on trouve répartis sur toutle contour dumédaillon circulaire, mais principalement du côté où l'anneau zodiacal s'approchant davantage de ce contour n'a pas laissé
9a SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE
de place pour sculpter de nouveaux emblèmes au-» delà de la partie du cîel qu'il embrassait ? £d essayant cette épreuve, j'ai constamiqent trouvé que , dans tous les cas ou un groupe d'étoiles plus ou moins nombreux était sculpté sur le bord du médaillon , il existait sur ce même alignement , c'esta-<lire , sur le même cercle horaire dans la sphère céleste , un ou plusieurs groupes d'étoiles remarquables. J'ai indiqué ces coïncidences sur le bord du tableau qui est devant les yeux de l'Académie. Mais, malgré l'accord qu'elles paraissent offrir , je n'attache pas à ce genre d'épreuve une certitude qui n^est point dans sa nature. Car , s*appliquant uniquement à la direction , sans tenir compte du second élément des positions absolues, qui est la distance polaire, l'indication qu*il donne est nécessairement indéterminée ; surtout , lorsque plusieurs constellations, ou même plusieurs étoiles brillantes appartenant à des constellations diverses , se trouvent exactement , ou à très- peu de chose près , sur le même alignement. Cette indécision n'existait pas pour les Égyptiens qui , pouvaient lire, au-dessus de chaque étoile sculptée , l'expression hiér(^lyphique qui la caractérise : mais pour nous, à qui ce secours manque, elle est tont-à-fait inévitable.
On va voir toutefois, par plusieurs exemples , que, malgré sa limitation, ce genre d'indice peut avoir de l'utilité. En examinant la partie du contour du médaillon circulaire qui est située sur
le même rayon que le Cancer , on y ranarque deox groupes d^étoiles sculptées, accompagnées par des figures emblématiques presque sembla^ blés, coiffées de même, et d'une manière qui ne se retrouve nulle part ailleurs sur le contour du médaillon. Les exfw^eBsions hiéroglyphiques attachées à ces deux groupes sont aussi les mêmes , sauf l'addition d'un seul caractère qui existe dans une des deux setilement et qui est placé au-dessus de la partie commune. Ces analogies semblent propres h désigner deux parties d'une même constellation, subdivisée ainsi pour remédier à la dilatation que la nature de la projection lui donnait dans le sens des parallèles. Alors cette constellation serait donc australe. Or, il existe en effet aux mêmes degrés d'ascension droite une grande con-* stellation australe qui est celle du Navire. Cette constellation célèbre dans toute l'antiquité , était particulièrement révérée des Égyptiens; conmie nous l'apprend Plutarque dans son traité d'Isis et d'Osiris (i):<x Ils appellent, dit-il, Osiris capitaine « et gouverneur Canobus, duquel nom ils ont « aussi appelé une étoile ; et la Navire que les (X Grecs appeUent Argo , ils tiennent que c'est la « figure de la navire d'Osiris, que l'on a référée au « nombre des astres pour l'honneur de lui : et si « n'est pas située au mouvement du ciel guère a Loin de celle d'Ck^ion et de celle de la Caniculaire
(ï) Vtvv, Traité d'Tsis et d Osiris , xxi. Trad. d'Amyot.
« dont ils estiment l'une sacrée à Orus , et l'autre « à Isis. » Cette révérence particulière, attestée par un auteur aussi grave que Plutjirque , fortifie donc beaucoup l'analogie que l'identité des ascensions droites , ainsi que le rapport des expressions hiéroglyphiques nous avait indiquée. On peut même remarquer que le caractère particulier ajouté à l'une de ces expressions , of&e un rapport de forme avec les parties de la constellation du Navire où seraient situées les étoiles qu'elles désignent. Or, s'il en est ainsi, il est bien probable qu'ils auront spécialement marqué Canopus, cette étoile de première grandeur, la plus belle de cette constellation, et qu'ils regardaient comme l'emblème d'Osiris. Toutefois ce ne serait pas dans les deux groupes mêmes qu'il faudrait la chercher; la nature de la projection ne le permet point: car, dilatant, dans des proportions excessives , les constellations situées près du pôle austral de cette époque , elle doit rejeter l'étoile Canopus , ou a du Navire , sur une direction plus occidentale que les deux groupes précédens. Mais, puisque tout le ciel d'alors nous est connu , nous pouvons facilement déterminer cette direction par le calcul , et même fixer la distance du bord à laquelle Canopus doit se trouver, s'il est spécialement désigné sur le monument. Or, Ceci nous conduit précisément à une étoile sculptée, accompagnée d'une figure emblématique qui précède immédiatement les deux groupes que nous venons de désigner.
Car cette étoile se trouve à une distance du bord du médaillon égalp à 1 5a™" { qui font 35® 27 54", par conséquent i44^ 3a' 6'' de distance polaire; et , en outre , le rayon sur lequel elle se trouve forme avec le rayon mené à l'astérisme d'Antarès un angle de rag® a8' 10" : maintenant, la distança polaire de Canopus , calculée poiu* 700 avant l'ère chrétienne est 143*^3' a6", plus faible que l'indication précédente de i*^ a8' ^o"; et sa différence d'ascension droite avec Antarès, calculée pour 1^ même époque, était ia7® 9' i", par conséquent de a° 19' 9" moindre que l'angle observé sur le monument entre les deux astérismes. D'ailleurs les indices les plus voisins d'étoiles sculptées , à l'orient ou à l'occident de celle que nous considérons, se trouvent à i o** et, à î 8* de distance en ascension droite. Cette circonstance jointe aux analogies rapportées plus haut , rend donc très-vraisemblable que l'étoile dont il sagit représente Canopus.
Or ceci nous conduit aussitôt à une autre analogie fort singulière. Si l'on se transporte à la partie du médaillon que le Sagittaire occupe , on voit sous ses pieds de devant une barque, et, so\]s ses pieds de derrière , une légende hiéroglyphique précisément et en tout point identique avec celle que nous supposions tout à l'heure devoir désigner la constellation du Navire. Cette légende se rapporte évidemment au Sagittaire , car elle tient matériellement à ses pieds, par le premier des caractères qui la composent ; et , en cela , au-!
cune analogie n'est violée , parce que la figure placée aa-dessous est de celtes qui sont surmontées d'un disque arrondi , et qui , en vertu de cette particularité, paraisfient n'avoir pas exigé une légende explicative. Mais, pour déterminer une pareille indication y il fallait donc , qu'à l'époque représentée par le mcnranient ^ il existât , entre la constellation du Sagittaire et celle du Navire, quelque relation astronomique qui put faire rappeler ici cette dernière, et la faire rappeler comme étant sous les pieds de l'autre. Or , c'est en effet ce que le calcul atteste , et ce que l'on peut même vérifier par le seul secours d'un globe à pôles mobiles. Car, sous la latitude de Denderah, 700 ans avant l'ère chrétienne , lorsque les dernières parties de la constellation du Sagittaire passaient au méridien supérieur, Canopus, ou le gouvernail du Navire passait au méridien inférieur; et l'une et l'autre constellation se trouvaient alors à des distances presqu'égales de l'horizon du côté du Sud ; de sorte que , à ce moment , le Sagittaire, comme le monument le représente, avait le Navire littéralement sous ses pieds. Si cette nouvelle concordance est l'effet du hasard , il fout convenir que ce hasard est assez suivi.
Voici une autre analogie qui, bien qu'elle ne soit pas aussi évidente , mérite d'être astronomiquement remarquée. Au-dessous de la queue du Lion , sur le cercle horaire intermédiaire entre lui et la Vierge , le bord du médaillon présente un
groupe nombreux d'étoiles, accompagné comme tous les autres d'une figure emblématique , et d'un symbole hiéroglyphique dans lequel entre une étoile sculptée. Si l'on examine les étoiles qui se trouvaient sous ce même cercle horaire 700 ans avant l'ère chrétienne , on ne voit , dans l'hémisphère boréal du ciel , aucune constellation .assez remarquable pour mériter d'être ainsi spécialement mentionnée ; mais , Ylans l'hémisphère austral , on trouve la belle constellation de la Croix du sud. Or a de la. Croix avait alorç i55?4o' ai'' d'ascension droite, et i38**a3' 3o" de. distance polaire. Sa différence d'açcension droite avec Antarès était donc alors 5a® 55' 54"' Sur le monument, ce même angle se trouve de 5i\5fi8'\ c'est-à-dire seulement de o® 58' 36" plus faible ; et la distance au centre convertie en distance po^ laire est i37^ a6' 3i''; moindre de o*^56'59'' que par le calcul. Les quatre autres étoiles de la croix tombent de même en projection autour de l'indice hiéroglyphique qui accompagne l'étoil^ sculptée. Cette coïncidence paraît donc rendre probable que la belle constellation de la Croix du sud, dont on attribuait la découverte aux Portugais , avait été remarquée par les Égyptiens et placée sur leur monument. On sait que M. De^ lambre l'a également retrouvée dans le catalogue d'Hipparque. Je n'ose toutefois présenter ceci qu'avec une grande réserve ; car , tout auprès du groupe que ncms supposerions ici être la Croix du
g8 . SUR LU ZODIAQUS ClftCULAIHE
sù3, le contour du médaillon en offre un autre, plus occidental et composé de trois étoiles auxquelles on ne peut donner de signification suffisamment motivée , du moins par les seules considérations astronomiques , ne trouvant à les rapporter dans le ciel qu'à des étoiles peu visibles de l'Hydre ou du Corbeau. Or , si des motifs particuliers , indépendans de l'éclat de ce groupe , ont pu en déterminer ici l'indication spéciale , on peut toujours craindre qu'il n'en ait été ainsi dans quelques autres cas, même lorsque l'existence d'une constellation r^narquable, telle que la Croix du sud, semblerait, pour nous, mériter seule d'être spécialement signalée. Cette circonstance ne nous permet donc pas d'atteindre , dans de pareilles interprétations , plus que de simples vraisemblances ; mais des vraisemblances qui se fortifient les unes par les autres, et se soutien-* nent mutuellement par leur accord.
On s'étonnera peut-être de voir qu'en rapportant un si grand nombre de particularités astro*tiomiques, je n'aie pas jusqu'ici parlé de Syrius. Il serait en effet comme impossible qu'un monument des Egyptiens n'offrit rien>de relatif à cette étoile dont on sait que l'apparition avait pour eux une si gmnde importance par ses rapports avec l'époque de l'inondation des terres, et par le grand nombre de cérémonies religieuses qui s'y rattachaient. Aussi Syrius se trouve-t-il indiqué sur le monument ; et même il s'y trouve indiqué