ZODIAQUES RECTANGULAIRES
TROUVÉS À DENDÉHiH Et A LAtOPOLlS ,
ÀVeÔ iJES RECHÈJRCHES StJR L*AWTtQÙITÉ Î)U CYCLE
CANICtJLAIRE.
JUà E zodiaque circulaire que ndtis venons d'interpréter , n'était pas le seul monument astronoinique qui décorât le temple de Denderah. Toutes les salles qui composent l'espèce d'observatoire où il était placé sont ornées de bas-reliefe dont les- sut jets^avaient évidemment rapport à l'astronômiew On ne sait rien d^ l'intérieur du tetnple qui est encombré par le sable , et par des ruines à travers lesquelles on n'a pas pénétré. Mais ^ au plafond du portique, on trouve encore Jes douze signes, du zodiaque sculptés, et distribués des d^ux cotés, del'entre'colonnement^ sur deux lignes parallèles
raa son le zodiaque circulairs
composées chacune de six signes , avec un grand nombre d^autres figures placées entre eux , comma le représente la fig. i , pi. IV. Les ingénieurs français , MM. Joliois et Devilliers , auxquels on doit la découverte de ce monument remarquable , ont trouvé deux autres tableaux analogues, au plafond des portiques de deux autres temples y situés k Esné, Tancienne Latopolis, lieu très*peu distant de Denderah. Notre but^ dans la dissertation présente , est principalement d^exposer les rapports d|3 ces trois zodiaquesavec le zodiaque circulaire, et de montrer qu'ils représentent la même époque céleste, ou du moins des époques peu éloignées les unes des autres.
Avant tout il faut prendre une idée bien précise de la disposition de ces monumens dans les édifices où ils se trouvent, et de la distribution relative des figures qui les composent. Pour cela il suffit de jeter les yeux sur la planche IV qui en o£&e le plan général , dans la même situation où ils seraient vus par un observateur qui serait placé auHlessu& du plafond du portique, et qui pourraiit les voir à travers son épaisseur. Par exemple, à Denderah , si l'observateur est supposé en A , fig. I , à l'entrée intérieure du temple , et qu'il se tourne vers la façade extérieure , il verra à àa droite ou à l'orient, une file de six signes disposés comme })our entrer dans le temple; et à sa gauche, ou à l'occident, une autre file de six autres signes disr posés comme poiu* en sortir. La première, allant
i>£ i>£iri>£]tAâi ia3
du nord vers le sud , comprendra le Cancer , les Gémeaux -, le Taureau , le Beliér , les Poissons , ie Verseau ; la seconde, ;^Uant du sud yen le nord, contiendra le Capricorne^ le Sanitaire ^ le Scor«pion y la Balance , la Vierge et le Lion ; de sorte que , si l'on veut considérer le mouvement des deux séries comme continué ctrcniairement , tant dans rintérieur du temple qu'au dehors , lem* di* rection commune sera la même que dans le jbodtaque ôrculaîre; et ce sera éiicore. celle <iu mouvement diurne du ciel. . .
La même marche s'observe dans le zodiaque sculpté au plafond du portique du petit temple au nord d'Esné; fig. a. Mais la bis^eciion dçs douze signes est autrement déterminée» A Den«derah le premier signe de la série sortante était le Lion ; ici Je lion dst passé dans la série entrante » et la Vierge se présente la première pour sortir.
Le zodiaque sculpté du portique du grand temple d'£sné, fig. 3, oflre^ comme lès précé* denS) la bissection dés douze signes en deux séries y qui se suivent par une marche continue , l'une pour entrer dans le temple , l'autre pour en sortir. Mais ^ s'il n'y a pas d'erreur dans l'orient tation des plans publiés par la commission d'É» gypte ^ le sens absolu du mouvement est opposé à celui que suivent les sculptures des autres tem» pies; c'est-à-dire qu'il est contraire au mouve«» ment diurne du cid. Le mode de bissection est d aillemrs analogue à celui du petit temple au nord
kl4 SUR LE 20DIAQU£ CIRCULAIRE
d'Esné ; le premier signe de la série sortante est
4a Vierge, le dernier delà série entrante est le Lion. Mais il y a toutefois , entre ces deux monumens, une différence remarquable. C'est que, dans le portique du petit temple d'Esné, fig. a, labis* section dont il s'agit est tout^à'^fait tranchée; la Vierge paraissant y être absolument' la première jfigure de la série sortante ^ et le Lion , absolument la dernière de Tautve : au lieu que, dans le zodiaque du gi*and tem^Je que nous considérons main^ tenat, fig. 3, la Vierge ne comifn^ice pas tout-à- fait la série sortante, comme si die n'était pas tout-à-ffait prête à sortir; elle est précédée par un sphinx à tête dfe femme et à corps de lion , emblème de jonction dont l'analogue se retrouve ; dans le zodiaque circulaire , et qui semble par là devoir se rapporter à la fin du Lion. De même, le Lion n'est pas absolument la dernière figure de la série entrante ^ il a derrière lui deux hommes à figures de lion , qui se donnent la main. Cet emblème semblerait donc s'accorder avec celui qiii précède la Vierge, pour indiquer que, dans ce zodiaque , le point de partage de la série des signes n'est pas exactement intermédiaire entre le Lion et la Vierge, mais plutôt vers la dernière partie du Lion ; et (c'est, en effet ^ la conclusion que plusieurs savants en ont tirée.
, La . disposition générale de ces izodiaques étant ainsi conçue, entrons dlmsTexameii de leurs détails , ea Gominenoânt par cfelui du temple de
DE 0£JXJ>ERAII. Il5
Denderah , sur lequel nous^devons natuiiellement espérer que la connaissance du zodiaque circulaire pourra nous adonner plus de lumière. Le simple ^pect de ces deux monûmens. y fait d'abord apercevoir les méines Jfigures distribuées consëcu-^ tivement dans un ordre analogue; celles. qui se suivent circulairement dans l'un, se suivent Iongitudinalement dans l'autre. On peut donc considérer le a^odiaque du portique, comme une sorte de développement du zodiaque circulaire , et c'est ainsi que Jes .membres de la commission d'Egypte l'ont envisagé. Mais il ne faut, pas chercher dans cette analogie l'exactitude d'une relation géométrique. En. effet, si l'on voulait effectuer un pareil développement avec exactitude, on devrait ^d'abord prendre pour axe: rectiligne le développe-? ment longitudinal d'un grand cercle, par exemple, celui deJ'écliptique ou de l'équateur. Supposant que l'on choisît l'écliptiquç, il faudrait diviser cette longueur en un nombre quelconque^ de parties égales, par exemple , en 36q, qui .re.pré-f senteraient autant: de degrés de longitude; pui§ on mènerait ;par chaciMie.de. ces divisions, des drcates perpendiculaires: qui figqremient . les .dév/eloppe-i mens des .cercles de latitude; ^t, enfin ,. prenant le lieu 4e chaque étoile ou de chaque signe,- sui? Ict zodiaque circulaire, on le transporterait. si|r la i^puyelle projection au degré jde. longitude: et de laûtude qui^luii cpnyieni;. J^'opéFatiou. sej?ai<t la même si Ton çffeçtufiit h développement swr Yi^
quateur , ooosidéré comme axe longitudinal. Alors les divisions égales de ce cercle représenteraient des degrés d'ascension droite , et les déclinaisons se compteraient sur les lignes perpendiculaires, menées à chacune de ces divisions. On voit quelque idée d'une pareille réduction dans le zodiaque du portique de Denderah ; les deux bandes qui con-» tiennent les douze signes renferment générale-ment, entre deux signes consécutifs, les figures du planisphère circulaire, qui sont comprises entre leurs cercles horaires; surtout celles qui font partie de la bande zodiacale ou qui l'avoisi* nent. Mais on n'y a généralement inséré que les emblèmes des constellations boréales. Ceux qui appartiennent aux constellations australes parais^ sent avoir été rejetés dans les deux bandes extérieures, sans égard à leur déclinaison plus ou moins considérable. C'est ce que l'on peut aisément constater en comparant les figures comprises dans ces bandes et dans les bandes extérieures, avec celles que nous avons reconnues dans le zodiaque circulaire , comme représentant des constellations situées au sud ou au nord de Fécliptique. Mais il n'est pas sans intérêt de re^^ marquer que ce mode de partage n'a été ainsi appliqué qu'aux seules figures qui désignaient les positions astronomiques réelles des constella** tions; car, pour celles que nous avons trouvé être des' embléoies d'usages ou de yhénotain»^ comme le inédaîllon des sacrifices , la femme qui
tient un porc, et la vache Isîs portée sur une barque, elles sont comprises dans les bandes in^ lérieures, quoiqu'elles aient une position australe sur le zodiaque circulaire ; or , en effet , l'objet purement symbolique de ces indices permettait , et même semblait demander , qu'on les ramenât ici entre les douze signes de la période annuelle, puisque leur distance polaire n'était point un élément astronomique, et qu'il fallait seulement spécifier le cercle horaire sur lequel ils se trou-» valent. De sorte que cette exception, qui serait inexplicable si l'on voulait considérer ces figures comme désignant des positions absolues de con« stellations , se trouve être naturelle et simple , d'après la signification emblématique que nous avons été conduit à leur attribuer. L'insertion de ces emblèmes dans la bande zodiacale semble ex-* chire toute idée de rapports géométriques , dans la distribution des parties qui la composent. £t, en e£kt, pour les douze signes mêmes, il n'y a d'exact que l'ordre dans lequel^ ils se suivent, Gar les intervalles qui les séparent ne sont nul-» lement proportionnels à leurs différences réelles d'ascension droite, telles qu'elles sont observées sur le zodiaque circulaire. Par exemple , sur oe<« loi^ci , la distance angulaire entre Pollux , le pre-» mier des Gémeaux , et le milieu du Taureau , est de 5o^; delà, jusqu'au milieu du Bélier , marqué par le petit Harpocrate commun aux deuap zodia-» qiies, la distance est de 3o®. Ces deux intervalles ,
si différens entre eux sur ce monument , oommç dans le ciel , sont égaux dans le zodiaque rectangulaire. En outre, ils y sont deux fois aussi grands que Tintervalle compris entre le milieu du Verseau et le milieu des Poissons; au lieu que, dans le zodiaque circulaire, et dans le ciel, la différence de ces deux points, en ascension droite , est égale à cel)e qui sépare le milieu du Taureau et le milieu du Bélier. On ne trouverait pas plus d'ac-f cord, en supposant le développement du zodiaque rectan||[ulaire effectué sur Técliptique comme axe. Car , alors , les intervalles des différens signes , devant représenter des différences de longitude, ils ne pourraient pas davantage , à cause du peu d'obliquité de Téquateur et de l'écliptique , avoir entre eux les rapports que le zodiaque rectangulaire, vient de nous offrir. Mais même , indépen-i damment de ces mesures , on y remarque ^ dam la succession relative des figures intermédiaires^ de nombreuses inversiops d'ordre que rien ne motive , et qui ne peuvent s'accorder avec aucun sysr téme rigoureux de projection autour d'un point quelconque de la sphère céleste, considéré comme pôléi. Par exenlple , le ' groupe des trois animaux réHnis, $ur lequel nous avons projeté les étoiles de Cassiopée , est placé , dans le planisphère circulaire, sur. un cercle horaire intermédiaire entre. le Bélier et les Poissons ; ainsi, dans la projection longitudinale ,^soit'que l'on prit l'équateur ou l'écliplâque pour pôle , ce groupe devrait se trouver entre
DE DENDBRAH. 1^9
ces deux si^^nes; au lieu qti'U s'y trouve entre le Bélier et le Taureau , et même asses loin du premier de ce$ astérismes, dont il est aéparé par deux figures emblématiques. De même, le médaillon qui représente une femme tenant à la liiain un porc , se trouve , dans le planisphère circulaire , sur le même cercle horaire que le plus méridioiial des deux poisson» : ce qui devrsât le placer entre le Verseau et les Poissons , dans la projec^ tion longitudinale ; au lieu qu'il s'y trouve entre les Poissons et le Bélier. Toutefois, en abaor donnant Tidée d'une précisipn géométrique, qui n'existe ici sous aucun rapport, et considérant le zor diaque longitudinal comme un simple dessin dans lequel oh a voulu iniiter, par développement, le zodiaque circulaire, son analogie avec ce monu* nument peut nous dévenir très-utile , pour éclai* rer et confirmeir les intierprétatioqis que nous avions données de plusieurs des emblèmes qu'il renferme. Par exemple, s'il pouvait rester quelque douté sur la signification du petit Chacal, placé au centre du zodiaque circulaire ^ et sur lequel nous avons vu lea étoiles de la Petite-Ourse venir si exactement se projeter , ce serait une très^bonne confirmation que de voir ce même emblème reporté dans le zodiaque rectangulaire, entité le Scorpion et le Sagitt^iTO , où le place ep effet sa position par rapport au pdle , dans le système de développement longitudinal ; tandis que, conformément au même système, la Grande-Ourse s'en
.l3o SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE
sépare et va se placer entre les Gémeaux et le Lion, où nous la trouvons en effet désignée par une grande figuire eilvironnée de sept étoiles, <lont la disposition est précisément celle de la constellation ^ de la Grande - Ourse dans le cieK Quelques personnes ont cru que cette figure emblématique pouvait représenter Orion ; mais , outre l'analogie complète: de configuration , entre la constellation de la Grande-Ourse et les sept étoiles qui Tenvironnent, du moins en supposant le dessin de la commission fidèle , l'ensemble du zodiaque rectangulaire ne place généralement, entre les douze signes, que les constellations boréales, et les co^nstellations australes y sont re^ jetées dans les bandes extérieures, comme on peut s'en assurer par la comparaison détaillée de toutes les parties des deux tableaux. Ainsi , la fi^ ' gure entourée d'étoiles, qui est comprise: entre le Lion et les Gémeaux sur le zodiaque rectan*gulaire, devant être une constellation boréale,, ne saurait être Orion. Mais aussi, Orion semble parfaitement indiqué sur les bandes extérieures, parmi les constellations australes, à la véritaUe place qtié son cercle horaire lui assigne dans le planisphère circulaire; c'est-à-dire, entre le Taureau et les Gémeaux. Car on y trouve en effet une grande figure de guerrier ou de roi, entourée d'une multitude d*étoiles sculptées dont la profusion semble pafrfaitement conforme avec l'éclat ' . de cette constellation, la plus brillante du ciel.
D£ DENDERAH. j3l
Toutes. les analogies se trouvent donc satisfaites, ' et s'accordent pour montrer que la grande figure entourée de sept étoiles, qui se voit entre le.Lion et les GéineftuX, dans le zodiaque rectangulaire, est bien réellement Temblém^ de la Grande-Ourse; et puisqu'elle se trouve ainsi, à la place qui lui appartient, d'après notre interprétation du zodiaque circulaire , c'est donc une preuve que le lieu où le calcul nous, l'a indiquée dans ce, monumjeoxt est exact;: et par conséquent la position du pôle/de. projection que nous avons ado|)!tée est exacte/ aussi, de même que l'état du ciel que nous ayqns -supposé être représenté par le monument,^ puisque toutes ces choses sont détermiminées dès que l'on se donne seulement la position des deux Ourses, relativement au pôle de l'équateur. , . . , .
Auprès du personnage entouré des sept étoiles qui figurent la Grande - Ourse , sur le zodiaque rectangulaire , on retrouva cet emblème d'une tige de lotus surmontée d'un éoecvier, sur lequel le calcul de la projection circulaire a /placé Syrius. Cette indication reçoit ici une confirmation fi^appante. Car l'emblème dont il i^'agit se trouve immédiatement précédé par la va<:;he Isis, au devant de laquelle est une grande légende hiéroglyphique dont l'étendue convient en effet à l'importance d'un phénomène astronomique aussi remarquable que l'était la coïncidence du solstice avec le lever vrai de Syrius , à l'époque figurée par le monu-
iSa SUR LE SKODIAQUE CIRCULAIRE
ment. Mais Syrins étant une étoile australe , Tinsertion de son emblème de position dans les bandes intérieures du zodiaque rectangulaire^ serait une exception à la règle générale que ce monument présente , si une circonstance particulière n'y rendait sa présence par£stitement motivée. En effet , on peut remarquer que le personnage entouiré des sept étoiles ne semble pas étranger à Tembléme de Tépervier placé auprès de lui; il y fixe ses regards , et étend la main sur lui comme pour l'empêcher de s'élancer. Existaitil donc, à Tépoque représentée par ces monuments , entre Syrius et la Grande-Ourse , quelque relation de position susceptible d'être indiquée par une scène semblable ? C'est au calcul à nous en instruite ; or , il confirme parfaitement cette indication : car, il nous apprend que, lorsque la Grandé-Ourse était entièrement levée et droite sur l'horizon , du côté du nord , Syrius se présentait aussi à l'horizon, du côté du sud; circonstance très-bien exprimée par la relation établie sur le monument entre les emblèmes de ces deux constellations.
Cet état du ciel que tous les détails du monument s'accordent ainsi à nous indiquer , se trouve encore confirmé d'une manière frappante par le symbole de la tête d'Isis plongée dans les rayons du soleil , qui se voit à l'une des extrémités du zodiaque rectangulaire, au lieu que devrait oci^uper le Cancer, lequel se trouve rejeté de côté,
DB DEirBERAH. l33
dans rinteiition évidente de substituer cet emblème à sa place, de. marne qu'il l'avait été également pour uu motif analogue dans lé zodiaque circulaire. Or , nous savons, par rautôrité de Plutarque , que Syrius était consacréà Isis, et était considéré comme Isis même placée dans le ciel. Maintenant , quand nous voyons, sur un tableau astronomique égy tien, Isis ou Syrius dans les rayons du soleil , le sens direct, précis, de cet emblème, ne doit -il pas être que Syrius était plongé dans les rayons du soleil à Fépoque repirésentée par le monument. Or, en effet, ceci est conforme avec ce que nous avait déjà appris le planisphère circulaire. Car nous avions trouvé, qu'à Tépoque qu'il représente , Syrius se levait avec les étoiles du Cancer qui étaient alors solsticiales ; et nous avions de plus reconnu, par la position dû monument , qu'il offrait l'état de la sphère au midi du solstice d'hiver, ou au minuit du solstice d'été. Ici , la position de Syrius , dans les rayons du soleil décide la question et montre que la seconde combir naison est la véritable; car, Syrius se levant avec le Cancer, et le Cancer étant alors le signe du solstice d'été , il faut que le soleil soit à ce solstice pour que Syrius se lève avec lui, et soit ainsi plongé dans ses rayons. Même , si l'on voulait chercher une exac^ titude minutieuse d'indication dans un tableau où d'ailleurs il n'y a aucune précision dans les dimen^ sions principales , on pourrait remarquer que , selon nos calculs , comme selon la projection circur lairé, le point de la constellation du Cancer avec
l34 SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE
lequel Syrius se. lève, précédait un peu le solstice d'été en asceiîsièn ^droite , de sorte qnll se trouvait sur un x^rcle horaire un peu plus voisin des .Génaeaux; ?et, par une singulière concordance, dans le zodiaque rectangulaire dont la distribution générale est réglée d'après les ascensioiis droites, la tête dlsis est aussi un peu iné- . gaiement plongée dans les rayons du sol^l solsticial , de manière qu'il s'en dégage une très-petite portion du côté des Cémeaux. Mais une remarque plus importante à Élire , c'est que le lever de Syrius est précisément le phénomène astronomique à l'observation dnquel la direction du temple de Denderah était '• le phis spécialement appropriée , ^insi que nous l'avons reconnu précédemment.
De. sorte que la représentation d'une Isis plongée dans: les rayons du soleil solsticial, offrait, à la fois j: l'expression de sa destination spéciale, et de l'époque de l'année à laquelle arrivait le phénomène qui en était le principal objet.
La comparaison des deux tableaux peut encore servir à confirrner cette remarque fondamentale , que la première discussion du zodiaque circulaire nous. avait fait faire; savoir, que les nombreuses figures qui, dans. ce zodiaque, bordent le contour .intérieur du médaillon circulaire , ne représeiitent pas toutes des constellations australes, mais que' quelques-unes d'entre elles sont destinées à indiquer, par renvoi, des constellations zodiacales ou même boréales situées sur le cercle horaire,
DS DEITDERAH. l35
dans ralignement duquel elles. se trouvent placéesi Nous avions alors appuyé ce ; système de renvoi ^ûr ce que les Pléiades et les Hyades semblaient être clairement désignées par .des renvois^ pareils sur le- cercle de bordure. vNous avons de-» puis- confirmé cette, remarque par la. présence de la figure de Cassiopée sur Je même, cercle; en suivant la même analogie, nous! avions inféré que la figure de cygne^p^cée ausM au!bord du iné-f daillon , sur le cercle horaire du Verseau , désignait, par: renyoi , 1 la ; constellation boréale du Cygne ou de' l'oiseau céleste. Le zodiaque rectangulaire confirme -> parfaitement ces . inductions , puisqu'il présente le Cygne intercalé entre le Verseau et le Capricorne / dans l'une. des bandes intérieures^ où tout l'ensemble du tableau fait voir que les seules constellations, zodiacales ou boréales ont été comprises. : >
On peut se rappeler, qu'en disci^tant la fiigure d'oiseau placée tdans :1e zodiaque circulaire, audessus des aiies du Sagittaire, nous l'avons : considérée conàme destinée à représenter la» constellation ^céleste de l'Aigle, quoiqu'elle, se. trouvât déplacée de-plusieurs degrés sur son cercle hoi^aire , probablement par lia nécessité de.. faire ^ntrjer, dans le tableau, la: figure humaine. située au-desr sus, et qui tient à là main un thyxâe ou une.e.spèce àjé sceptre. Le zodiaque rectangulaire confirme cette interprétation en nous montrant , sur le
l36 SUR LE ZODlAQtJt GIRCULAIBK
bout supérieur de l'aile du Sagittaire, un oiseau de praie couronné.
Le même monument confirme aussi l'analogie de direction d'après laquelle , en discutant k so* diaque circulaire ^ nous avions soupçonné que les* groupes d'étoiles placés aur le cercle de bordure dans Talignement du Cancer, désignaient par renvoi les étoiles de la constellatkrai du Navire. Car, dans tes bandes extérieures du zodiaque rectangulaire ) où les constellations australes sont délignées, on voit, sous le Cancer, un navire portant trots personnages dont l'un a les attributs, de la divinité , symbole patfaitement convenable pour désigner la constellation céleste que l'on appelait le Navire. d^Osirîs ; et en outre, dans la bande intérieure où le Sagittaire est figuré ^ il a , sous ses pieds , une barque , comme dans le zodiaque circulaire , conformément à la relation de positio(n que nous avons trouvée entre cette constellation et celle du Navire, à l'époque ce* leste représentée par ces monuments.
Ainsi, en rassemblant les résultats de la dicussiou précédente , nous voyons, d'une part qu'en général , tous les rapports astronomiques ks plus re^^ marquables qui nous avaient été indiqués par notre interprétation du eodiaque circulaire de Denderah, et qui en étaient autant de conséquences nécessaires, trouvent, dans le zodiaque rectangulaire du même temple , des emblèmes qui les reprodui-
I>£ DE}n>CRàH. 187
âent et les confirment ; d'un autre côté , lorsque le zodiaque rectangulairenousdécouvrequelquenou- Telle analogie de position importante , cette ana* logie se trouve toujours conforme à notre interprétation du 2odkique circulaire , ou plutôt au ciel même qu'elle représente ; et elle est relative à quelque circonstance importante qui y existait alors. Cette double correspondance, toujours con* firmée dans tous les points où on l'éprouve , sem* ble êtift un caractère bien distinctif de la vérité.
lies zodiaques rectangulaires d'Esné sont , aussi peu que celui de Benderah , susceptibles d'être rapportés à une méthode de projection rigou*^ reuse; et l'impossibilité de le faire y est même encore plus évidente , tant par les inversions de position qu^offrent quelques- uns des signes qui s'y trouvent , qu'à cause de la diversité tout4*feit a2i>itraire qui existe entre les intervalles qui les séparent: OnNie saurait donc en déduire géomé^ triquement un état du oieL Et , ainsi , toutes les interprétations que l'on peut en donner reposent nécessairement et uiuquement sur la signification que l'on attribue aux i^ures qu'ils contiennent^ ou sur les suppositions hypothétiques par lesquelles on explique leur mode de distribution.
On a voulu assigna à ces monuments une an»
tiquité prodigieuse : celle de plus de vingt -cinq siècles , avant Tère chrétienne. Cette opinion émise par M. Fourrier, et généralement adoptée dans le grand ouvrage de la commission d'J^ypte , se
l38 SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE
fonde principalement sur la manière particulière et diverse, suivant laquelle, la série des douze signes est partagée dans les; zodiaques rectangulaires: de. Denderah et. d'£$né. Pour saisir cette connexion , il faut :d -abord considérer que , . d Câpres la. description que nous avons donnée: plus haut de ces monumens, le zodiaque de Denderah représente le Cancer au dernier rang dbs signes qui marchent yers le temple, tandis que les zodiaques d'Esné y mettent le Jjion. En outre , sur le premier de ces monumens j le Cancer se trouve rejeté hors de la série générale, et à sa.plaqejcst une tétedlsis presque entièrement ^plongée dans les rayons du .soleil. Guidé par le calcul du zo-^ diaque circulaire ;qui nous indiquait , qu'à l'époque céleste figurée .sur; ce monument, Syrius se levait avec un 'point.de la constellation du Cancer un^ peu plus occidental ; que le solstice d'été, nous avions trouvé entre cette indication , et la position de la tête d'Isis du zodiaque rectangulaire , une concordance parfaite. . M. Fourrier voit, dans ce. même emblème , l'indication d'un lever héliaque, c'est-à-dire , de cette époque particulière de l'année, où Syrius, jusqu'alors effacé par l'éclat du soleil , commençait à devenir visible le matin à son lever au-dessus de l'horizon oriental (i). Selon lui,
(i) L'astronomie ancienne étant principalement fondée sur Tobservation des levers et des couchers des astres , on avait donné des dénominations spéciales aux diverses circonstances astronomiques qui fixaient quelque particularité relative à
DE DENBERAH; iSq
la substitution de cette scène à la place du Cancer, signifie -qu'à l'époque où l'on construiât; le zodiaque - rectangulaire de' Denderah , Syrius se levait héliaquement lorsque le soleil se trouvait dans IsL constellation du Cancer céleste. De là,
ces phénomènes. Or on conçoit que , par l'effet du mouvement' propre , qui transporte journellement le soleil en sens contraire du mouven^ent diurne de la sphère céleste, et qui lui fait faire ainsi le tour du ciel en une année , le lever d'un même: astre n'est pas toujours visible ; car il cesse de. l'être ,• du moins pour la simple vue , lorsqu'il a lieu pendant que le soleil est , ou sur Fhorizon , ou au-dessous de ce plan , mais assez près pour que la lumière qu'il répand , efface encore l'éclat de l'astre. Le temps de l'année où cette disparition approche , est celui où l'astre se montre le soir à l'orient , peu après le coucher du soleil. En effet , au bout de quelques jours , le mouvement propre du soleil toujours, dirigé vers l'orient , diminue cet intervalle, et l'astre se lève bientôt pendant le crépuscule du soir ; de sorte que sa lumière affaiblie , devient plus difficile à distinguer. Enfin , quelques jours plus tard elle devient tout-à-fait insensible , du moins pour la simple vue ; alors l'astre reste invisible dans le ciel pendant tout le temps que le soleil l'accompagne sur l'horizon. Mais- enfin , par l'effet continué de son mouvement propre , le soleil à son lever devient plus oriental que l'astre ; alors celui-ci se lève le matin avant le soleil ; mais il en est encore trop près pour être aperçu. Enfin, le soleil s'éloignant toujours vers l'orient, il arrive une époque où l'astre se lève assez tôt avant lui , dans le premier crépuscule de l'aurore , pour que l'on commence à le revoir , à l'horizon même. Cette réapparition constitue le phénomène appelé le lever héliaque. On peut, voir dans mon Astronomie, tome a, page 3a6 , la manière de le calculer pour un astre quelconque , ainsi que pour une latitude et une époque quelconque données.
léiO SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE
M. Fourrier conclut , par analogie, que, dans les zodiaques rectangulaires d^Esné, le signe qui occupe le dernier rang parmi ceux qui marchent vers le temple , est pareillement celui que parcourait le soleil , au moment où le lever héliaque de Syrius s'observait. Et, comme ce dernier signe est le Lion , il trouve par le calcul que , sous la latitude de Denderah ou d'Esné , ce phénomène a dû arriver environ vingt-cinq siècles avant Tère chrér tienne , ce qui fixe , selon lui , à cette antique époque la construction de ces monuments.
De peur que cet énoncé succinct du système de M. Fourrier n'en o£Ere pas une expression assez fidèle, je rapporterai ici les principaux passages où ce savant Ta présenté au public dans son mémoire intitulé : Recherches sur les Sciences et le Gouvernement de V Egypte ; cette citation aura en outre l'avantage de faire connaître les motifs généraux sur lesquels son sentiment est fondé.
« La comparaison attentive des monuments, « dit M. Fourrier, nous apprend que les Égyptiens « avaient coutume de graver sur les plafonds de (( leurs grands édifices, l'image de l'année natu- « relie divisée en douze parties , selon l'ordre flc des signes que le soleil doit parcourir. La co/z* a steUation qui occupe la dernière place est celle « oii se termine l'année itisis , c'est-à-dire , où Ton « observe le soleil au lever héliaque de Syrius. « Quant à la constellation qui précède toutes les « autres , dans cette marche allégorique des sai-
D£ DKHDEJiAH. l4l
« sons, elle est celle que le soleil parcourt dans «f le temps de la plus grande affluence des eaux (c du Nil, lorsqu'elles se répandent dans les canaux « et sur les plaines cultivables. Cette constellation a est aussi la première de celles que le soleil dé- « crivait tout entières dans le ëours de l'année <x d'Isis. — Cette année qui commençait à la preft miere apparition de Sjrrius, diffère de l'année « tropique, ou de Tintervalle qui s'écoule entre « deux retours consécutifs du sol^l au sobtioe « d'été; et, ce qui est remarquable^ elle diffère « aussi de l'année sidérale ou du temps qui s'étf coule entre deux retours consécutif du soleil , <c à la mèm^ étoile de l'écliptique. £Ue était, à « l'époque dont nous parlons, plus grande que a l'année tropique, et moindre que l'année sidé- « raie. Sa longueur est très- variable ;^lle dépend « du temps et du climat; mais , pendant toute la a durée de l'empire égyptien, elle avait, dans ce « pays , une valeur presque constante et égale à « trois cent soixante-cinq jours un quart. Il en « résulte que si le lever de Sothis concourait d'ace bord>avec le premier jour de l'année vague, « cette coïncidence se renouvelait après un in- « tervalle de i46i années vagues égyptiennes (i).
(i) L'année vague des Égyptiens était une période de 565 jours complets , conséqueounent plus £aible que l'année tropique d'environ un quart de jour. On l'appelle vague, parce que , en raison de cette différence , son origine se transporte
l4^ SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE
v( ce qui constitue le cycle sotfaique. Cette pé- « riode açait été déterminée exactement ^ et elle
'successivement dans toutes les saisons de Tannée solaire. En effets admettons- pour un moment, que celle-cï fût ex<ictejnent de 36SJ j, ce qi(i s'écarte très-peu de sa valeur véritable ; alors l'intervalle de quatre années vagues étant d'un jour plus court que quatre années solaires , il est clair que quatre fois "365 ou '1460 années vagues donneront un retard total de 365 jours ; de sorte qu'en ajoutant une année v^ue de plus » le retard deviendrait 365) \ , c'est-à*dire précisément égal à une année solaire entière. Ainsi, en supposant que le commencement de la première année vague eût été fixé à une certaine époque quelconque de l'année solaire, on voit qu'après 1461 'années vagues, la même coïncidence aurait lieu de nouveau , après quoi l'origine de Tannée vague recommencerait à parcourir dans le même ordre le cercle des saisons. Ce même transport a encore lieu en restituant à Tannée solaire sa longueur véritable , qui n'est pas précisément 365i f , ou en réduisant en décimales 365j,a5 , mais 365J,a 42264, du moins à l'époque actuelle. Seulement le nombre d'années vagues qui donne un retard total égal à une année solaire complète , n'est plus 1 46 1 comme tout à Theure , mais 1 5o8 ; en effet, le retard partiel exact donné par chaque année vague étant 0,242264 , si on le multiplie par i5o8, il viendra pour produit 365j,334ii2 , c'est-à-dire, un nombre entier de jours égal à celui d'une année solaire entière, plus une fraction presque égale à celle qui complète la durée exacte de cette même année. On voit ainsi que la période de it^Si années de 365 jours, ne donne pas un accord exact quand on l'applique à Tannée tropique véritable; mais elle devient juste si on Tapplique à l'intervalle des retours consécutifs du lever héliaque de Syrius en Egypte , parce que c^t intervalle était presque rigoureusement de365i-J , àTépoqne que M. Fourrier considère. Et aussi , c'est de cette manière qu'il Teroploie.
DE DENDERAH. l43
«r devint un des principaux éléments du calena drier de l'Egypte. Elle ^^ est renouvelée j suivant « le témoignage de Censorinus , le xii des cacclendes d'août,' sous le second consulat de l'em- « perêvir Antonin (ao juillet de l'an 1 39 après l'ère « chrétienne). Le point* où. se. termine l'année « d'Isis, c'est-à-direv .où :1e c soleil doit . parvenir a pour renouveler ' le lever héliaquecde Syrius, « n'est pas fixe dans le ciel ; il se meut par rap- « port aux étoiles. Il était encore dans le signe du « Lion vers le milieu .du xxv® siècle^ avant l'ère « chrétienne, lorsqu'on imposa en Egypte aux c< consteUaiions zodiacales , les noms et les figures <c propres à ce climat. Environ trois siècles après « il était au /70{>i^ de division qui sépare- le Lion «du Cancer, et il s'est avancé, die plus en plus « dans cette dernière constellation, r Ce point héc( liaque a donc, comme le solstice,: une précession « annuelle ; mais nous avons reconnu que son a mouvement ne se fait point toujours dans le a même sens : il est alternativement rétrograde (c et direct. Ainsi, le terme de l'année d'Isis est ce mobile, par rapport atii^ étoiles ; mais il ne fait m point, comme le solstice , le tour entier du ciel. « Il ne peut jamais s'écarter des deux consteHa-- « lions voisines du Lion. — Les Égyptiens ont « connu jpar le long usage de Vannée caniculaire j «le déplacement du point héliaque; ils ont vu ^ « autrefois y cette année se terminer lorsque le
l44 SUR LE ZODIAQUE CIMCULAIRE
« soleil était entré dans le signe du Lion. A « cette époque le lever de Syrius suivait de peu « de jours le solstice d'été. L'inondation avait lieu « un mois après cette époque, lorsque le soleil a décrivait le signe de la Vierge. Ce premier ét€U « est représente dans les deux temples d'Ësné ou « Latopolis. Dans diacun de ces édifices , le Lion « occupe la dernière place, et la Vierge la pre- « mière*
tf Ils absentèrent^ dans la suite , que le soleil « n'était pas encore sorti de la constellation du « Cancer, lorsque le lever héliaqiie de Sjrrius « désignait la fin de l'année naturelle de trois cent « sdixante<*cinq jours un quart. Ils représentèrent m l'année dans cette nouvelle position. Ce que « l'on observe dans les deux monuments de Ten- « tyris. On reconnaît distincternent , dans le zo* « diaque rectangulaire du temple d'Isis, que le « terme de l'année agricole est marqué, dans le « ciel , par la première apparition de Sothis , le « soleil étant dans le signe du Cancer, he zodiaque « circulaire du même temple se rapporte aussi à « cet état du ciel. Dans l'une et l'autre sculpture, « le Cancer occupe la dernière place , et le Lion « la première. ' ,
a II est smtout nécessaire de s'assurer que la « durée de l'année dlsis n'est point une quantité « constante , mais qu'elle est alternativement moin- <€ dre ou plus grande que la durée de l'année sy*
DE DSNDERAH. l/^S
« dérale dont elle différait beaucoup à l'époque « de la sphère de Thèbes ( i ). Alors , cet intervalle « de temps qui sépare deux levers héliaques con- « sécutifs de Syrius, étant presque exactement (( égal à trois cent soixante-cinq jours un quart , «. la période cynique comptait i46i années va- « gués de 365 jours. Mais, si l'on remo^tait à des « époques très- antérieures, par exemple, à celle « où le solstice d'été occupait les constellations « du Capricorne , du Sagittaire ou du Scorpion , « on trouverait, pour la durée du cycle cynique, « une valeur fort différente de i46r ans. Ainsi, c< l'on ne peut attribuer une xintiquité aussi exces- K sive à l'invention et à l'usage de ce cycle. Si « l'on détermine, par une analyse exacte , la duce rée de la période cynique, on reconnaît qu'elle « est très- variable ; elje dépend , comme l'année « caniculaire , de la position de la sphère (2) , « et de la latitude du lieu. La durée de cette derc( niè^e année était, deux mille ans avant Fère a chrétienne, de trois cent soixante-cinq jours « et un quart. Ce qui correspond à peu pr^s à « la moindre valeur possible (qu'elle puisse avoir).
(i) C'est-à-diro, selon M. Fourrier , xxv siècles avant lere chrétienne.
(2) Sans doute , la position de la sphère céleste est ici considérée relativement aux points mobiles où se font les éqninoxes et les solstices. Le sens de la phrase , c'est que Tannée caniculaire se trouve avoir une longueur différente , selon l'époque , et la latitude^ pour laquelle on la calcule.
l46 SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE
« Cette valeur changeait très-lentement. Elle avait « été sensiblement constante pendant les douze / a siècles précédens , et elle demeura presque la te même pendant les douze siècles « ui suivirent. a On pouvait donc, à ces époques, évaluer le a cycle sotbique à 1 46 1 ans , pour l'Egypte. Mais ce cette période était très-différente pour d'autres K climats ; et elle le serait aussi pour l'Egypte , si ce l'on considérait les temps qui ont suivi la conte quête des Grecs , ou ceux qiii ont précédé les dy- « nasties thébaines. Ainsi, les périodes isiaques ont « un caractère spécial qui les rend propres à TÉ- « gypte. On ne peut, sans être en contradiction « avec les principes delà géométrie sphérique, appli- « quer ces périodes à d'autres temps qu'à ceux où « Thèbes était florissante, ou à d'autres climats. » On voit, par ces passages, que l'opinion de M. Fourrier, sur les zodiaques d'Egypte, repose essentiellement sur trois ordres de considérations d'une nature très-distincte. Premièrement il suppose que, depuis une très-haute antiquité, les Égyptiens avaient obtenu par leurs propres observations, la connaissance précise d'un certain nombre de résultats astronomiques qu'il énonce , et parmi lesquels se trouvait la période de temps qui ramenait les levers héliaques de Syrius au même jour de l'année vague. Secondement il admet que la position du soleil , au moment <lIu lever héliaque de Syrius, varie avec le temps dans l'écliptique, selon certaines lois mathéma*
DE DBNDEBAH. l47
tiques qu il assigne. Troisièmement enfin , il affirme que ces résultats et ces lois sont l'objet principal des tableaux astronomiques que Ton a trouvés sculptés dans l'iiitèrieur ou sur les portiques des temples d'Egypte. L'examen de son système devra donc égalejuènt se partager en trois séries dé questions de la manière suivante. Premièrement, a-t-on des preuves que la période de 1461 années iragues, ait été connue en Egypte , depuis une très«-haute antiquité , et qu'elle y ait été connue comme opéi^ant l'accord de l'année vague avec le retour des levers béliaques de Syrius? Cette période résultait - elle de l'emploi très -ancien d'une année agricole de trois cePt soixante^cinq jours un quart ^ dont l'origine aurait été fixée au lever héliaque de Syrius , et dont le long usage aurait fait reconnaître le déplacement progressif du point de l'écliptique où le soleil se trouvait chaque année , lorsque ce phénomène avait lieu ? Secondement , ce déplacement progressif s'est-^il en effet opéré, pour l'ancienne Egypte, comme M* Fourrier l'annonce ; en sorte que le point héliaqi^ , d'abord placé dans le Lion qu mi'lieu du Txy^ siècle aidant Tère chrétienne^ se soit trouif é trois siècles après au point de division qui sépare le Lion du Cancer y et se soit ensuite çivancé déplus en plus dans cette dernière constellation ? Troisièmement enfin, est-il présumable que les difierens modes de partage de la sérié des signes , dans les monumens d'Ësné et de Denderah, se rapportent
l48 SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE
à ce déplacement ; et que ces moniimens , con^ struits à des époques très -distantes les unes des autres, aient eu pour objet de marquer, à chacune de ces époques , la succession des constellations parcourues par le soleil, depuis le commencement jusqu'à la fin de l'année héliaque? La première de ces séries de questions constitue un point de critique littéraire qui doit se décider par la discussion des autorités historiques/ La seconde dépend d'un calcul purement mathématique. La troisième enfin, exprime une hypothèse interprétative dont il faut évaluer directement la probabilité par son application plus ou moins exacte aux monumens.
Tous les chronologistes s'accordent à reconnaître que- les anciens Égyptiens employaient, dans les usages civils, une année de trois cent soixante-cinq jours complets, divisée en douze mois de trente jours, à la fin desquels on ajoutait cinq jours appelés par les Grecs épagomènes, c'est-à-dire additionnels. Hérodote, qui avait vécu intimement avec les prêtres d'Egypte , 46o ans avant l'ère chrétienne , ne leur attribup pas d'autre période annuelle (i); et, quand même on voudrait supposer qu'ils ont pu lui faire mystère de leurs connaissances les plus relevées , il faudrait cependant conclure encore de son témoignage, que cette forme d'année, la seule qu'il cite , était
(r) Hérodote: Enterpe, iv.
DE DBI«D£nAH. 1 49
aussi vraisernblablement la seule qui fut publi-» quement connue et usitée pendant son séjour ;> La durée de cette année étant plus. courte que^ l'année tropique , d'environ un quart de jour ^ il s'ensuit qu'elle se renouvelait avant que le soleil eût achevé, dans le ciel, sa révolution équinoxiale complète; de sorte que son origine reculait à chaque fois à peu près d'un quart de jour, sur la> période réelle de cet astre, ce qui la faisait rétro-' grader successivement dans toutes les saisons v de là est venu le nom d'année vague, par lequel on l'a souvent caractérisée. L'assertion formelle et exclusive d'Hérodote, sur ce point, se trouve» confirmée par le témoignage de Geminus, auteur grec d'une très-grande autorité, qui existait vers» la 70® année avant l'ère chrétienne, et dont on possède un traité spécial d'astronomie , qui est. un des plus précieux restes de l'antiquité. Dans un chapitre où il expose les diverses formes d'années connues de son temps, ainsi que les correc- • tions successives qu'on y avait faites pour lewr donner un accord durable avec les révolutions du. soleil et de la lune, Geminus (i) fait une mention, particulière de la méthode égyptienne, comme ofîrant une opposition remarquable à cette inten-. tion de fixité, généralement adoptée par les au-, très peuples. « Les Égyptiens, dit -il, ont une, a institution et un but toutrà-fait contraires à ce
(i) Geminus, chap. vi.
i5o SUR LE ZODIAQUE ClRCULAtRf.
« que se proposent les Grecs. Car , ils ne règlent « pas les années sur le soleil , non plus que les « mois et les jours sur la lune. Mais ih font usage « d'une méthode qui leur est propre. En effet , ils « ne veulent pas que leurs sacrifices tombent f< toujours dans les mêmes saisons de Tannée ; ils a préfèrent qu'il en parcourent tous les temps, de « sorte que la même fête qui a été célébrée en été, <K Tienne successivement appartenir à l'automne , « à l'hiver, et au printemps. Pour cela ils font « l'année de trois cent soixante cinq jours corn* et plets, la composant de douze mois de trente ce jours, à la suite desquels ils ajoutent cinq jours. <( Mais ils n'y ajoutent point le quart de jour, par « la raison qui vient d'être expliquée , c'est-à-dire > « afin que leurs fêtes se déplacent. Car^ après « quatre ans, ils se trouvent avoir reculé d'un jour « relativement au soleil; et, après quarante ans, a ils ont reculé de dix jours dans l'année de fc cet astre , de sorte que leurs fêtes rétrogradent « de la même quantité et n'arrivent plu» aux mêmes a époques de sa période annuelle; et, après cent c( vingt ans, Ja variation est d'un mois entier, tant « dans l'année solaire , que dans la saison de « l'année. De là vient , chez les Grecs , une er- <c reur accréditée par une longue suite de temps , te et qui s'est même propagée jusqu'à nous. £Ue €f consiste en ce qu'un grand nombre d'entre eux « croient que, suivant les Égyptiens, et suivant « Eudoxe , le solstice d'hiver coïncide avec les
]>E B£ND£RAH. f5l
« fêtes dlsis , ce qui est absolumeiîl fisiux ; car les ce. fêtes <llsis sont distantes du solstice d'hiver> « d'un mois entier. Mais cette erreur ^t venue dtî « la cause que nous avons indiquée. En effet, il « est arrivé , il y a cent vingt ans , que les fêtes xc isiaques coïncidaient avec le solstice d'hiver. « Quatre ans après, elles s'en étaient déjà éloi^ « gnées d'un jour. Mais cet écart «le les déplaçait (c pas assez dans la période des saisons pour qu'on tt l'aperçut. Après quarante ans, le déplacement (c a été de dix jours, et il n'était pas encore bien (( sensible. Mais maintenant, qu'après un inter^ « valle de cent vingt années, la rétrogradation tf s'est élevée à un mois entier, ou passe toutes « les bornes de l'ignorance , si l'on croit encore « que , selon les Égyptiens , et selon Ëudoxe , le « solstice d'hiver arrive pendant les fêtes d'Isis. « On pourrait bien en effet admettre sur ce point « un ou deux jours d'incertitude , mais il est im* » possible d'y méconnaître une erreur d'un mois, (c Cette erreur doit devenir évidente , par la seule « longueur des jours , fort différente à cette époil que , de ce qu'elle est dans les solstices d'hiver. « £t, d'ailleurs, les véritables époques des solstices « sont marquées par les ombres sur les horloges, (C surtout pour les Égyptiens qui les observent* « D'où l'on voit que les fêtes dlsis ont dû autrefois « concourir avec le solstice d'hiver ; et , plus ana ciennement encore , elles ont concouru avec le « solstice d'été , comme le rapporte foatoisthène ^
i5a SUR LE zodAqus circulaire
« dans son Traité de roctaétéride ; et , par la suite , « elles se célébreront de nouveau en automne > a au solstice d'été, au printemps, et au solstice « d'hiver ; car , dans l'intervalle de 1 460 ans , « chaque fête doit passer successivement par toutes « les saisons, et revenir au même temps de l'année « solaire. Les Égyptiens atteignent ainsi , à l'aide c< de l'institution qui leur est propre , le but qu'ils « se sont proposé ; tandis que les Grecs , qui s'en a proposent un tout contraire , règlent leurs an- « nées sur le soleil, et leurs jours, ainsi que leurs « mois sur le cours de la lune. » J'ai rapporté textuellement tout ce passage de Geminus, parce qu'il nous fournira plusieurs élémens importais dans la discussion qui va suivre; mais, pour le moment, je me bornerai à y faire remarquer deux choses: la première , c'est que cet auteur trèsancien, très à portée de connaître les usages de l'Egypte , et qui, parles détails précieux qu'il nous a transmis sur les périodes lunaires et solaires des Chaldéens et des Grecs, paraît avoir mis beaucoup de soin à recueillir ainsi qu'à discuter ces résultats de l'ancienne astronomie , ne rapporte ici le cycle de 1460 ans, que comme une période théorique de restitution , qui donne arithméti quement un certain nombre entier d'années tropiques de trois cent soixante cinq-jours un quarts égal à un nombre entier d'années vagues égyptiennes, sans y faire intervenir, en aucune -manière, le lever héliaque de Syrius : la seconde,
DE DENDERAH. lâ»3
c est qu'en assignant ainsi la durée de cette pé^ riode , il n'indique aucunement à quelle époque les anciens Égyptiens ont pu la connaître, ni même s'ils l'ont réellement connue. Car, il dé* montre , à la vérité , qu'en vertu du quart de jour omis d^ns l'année vague, l'origine de cette année fera le tour entier de la période solaire annuelle, en 1460 années tropiques , chacune de trois cent soixante-cinq jours un quart; mais il ne dit nullement que les anciens Égyptiens eussent reconnu ce nombre de 1 460 , soit par un calcul fondé sur l'évaluation approchée de l'année tropique, soit par l'observation du lever héliaque de Syrius , soit, enfin , par l'expérience effective d'une ou de plusieurs périodes pareilles qui auraient réellement ramené leurs fêtes aux mêmes saisons; ce qui, au reste, n'aurait pas dû alors arriver en 1460 ans , comme Geminus le suppose, mais en i5o6, d'après la véritable, valeur que l'année solaire avait alors. Tout ce que Geminus affirme, relativement aux anciens Egyptiens , c'e^t donc qu'ils avaient , fort anciennement , remarqué le déplacement progressif de leiu-s fêtes, et qu'ils l'avaient consacré comme une institution religieuse; mais c'est ce qu'ils auraient également pu faire sans aucune théorie , aussilôt que l'expérience leur eut montré cette rétrogradation; car, ils n'avaient pour cela qu'à la laisser s^opérer sans s'inquiéter de sa marche, et sans qu'il fût besoin de prévoir le nombre précis d'années vagues après lequel une révolu*
f54 SUR L£ ZOmAQVM, CIRCULAIRE
tioti entière serait achevée. L'existence seule de l'année vague, chez les Égyptiens, ne démontre donc point, par elle-même, que le cycle de i46o ans leur fut anciennement connu , ni qu'ils eus^ sent observé ses rapports soit avec Tannée tropique, soit avec les levers héliaques; et ainsi elle ne prouve absolument rien en faveur de leur science astronomique (i).
(i) On peut s'étonner qu'un esprit au^si droit que 1 était Freret , n'ait pas senti cette distinction si évidente qu'il faut faire entre le simple usage de Tannée vague , et la connaissance de la période après laquelle le coinmencement de cette année revenait k la même place dans l'année solaire. Ces deux idées sont perpétuellement confondues ensemble dans sou ouvrage contre la chronologie de Newton , et il ne comprit jamais la juste différence que ce grand homme mettait entre elles. Il est cependant très-clair que l'emploi de l'année vague ^ atteste seulement le choix d'un certain mode de numération , tout à fait arbitraire , et qui n'exige aucune science ; an lieu que la période de 146 1 années pareilles, exprimant une rela* lion numérique entre ces années et l'année de 365i j^suppose, et y par conséquent prouve, la connaissance de cette dernière, qui est elle-même un résultat d'astronomie. Mais elle ne prouve pas autre chose ; car il ne faudrait pas , par exemple , conclure de son existence que le peuple où on la trouve j a réellement et effectivement observé une on plusiears de ces révolutions de 1 46 1 années vagues qui auraient ramené phy^ siquementle premier jour de Tannée vague à sa place primitive dans l'année solaire. En effet, non-seulement la durée d'une telle période pourrait avoir été prévue par le calcul , d\'iprès la durée inexacte attribuée à l'année tropique , mais, si elle était présentée comme liée à cette sorte d'année , elle devrait liécessaÎTemesC avoir été déterminée ainsi , puisqu'elle repose
Remarquons qu'à l'époque où écrivait Geminus^ la bibliothèque d'Alexandrie existait depuis plus de deux siècles; cette bibliothèque, dans laquelle, au rapport du Syncelle , « Ptolémée-Philadelphe «' avait rassemblé dix myriades de volumes , oonet tenant tous les livres des Grecs , des Chaldéens , et des Égyptiens , des Romains , traduits ou cornet mentes en langue grecque. » Ainsi les connaissances astronomiques des prêtres égyptiens ne pouvaient plus alors être demeurées secrètes , sur^ tout celles qui avaient des applications aux usages publics. C'est ce qui est mis tout à fait hors de doute par un curieux passage de Strabon, où l'on voit que , de son temps , c'est«à-dire , dans les premières années de l'ère chrétienne, sous Auguste et sous Tibère , ces connaissances mystérieuses passaient pour être tout-à-fait dévoilées. En racontant les détails de son voyage en Egypte , dans le xvii*" livre de sa géographie , Strabon s'exprime en ces termes (i) i « On nous fit voir les ipaisous des « prêtres ainsi que les endroits où avaient de-* « meure Platon et Eudoxe. Ces philosophes étant « venus ensemble à Héliopolis , y passèrent , selon c quelques auteurs, treize années dans le com* « merce des prêtres. Avec le temps , et à force tt d'attentions et de politesses, ils obtinrent do
sur cette fausse valeur ; l'observation effective devant donner environ i5o7 années vagues au lieu de 1461 en vertu du mouvement réel du soleil , à ces époques anciennes, (i) Strabon, liv. xvii.
tS6 SUR LE ZODIA.QUE CIRCULAIRE
« ces prêtres très-instruits en astronomie , mais fort « mystérieux et peu communicatifs , la connais- « sance de quelques théorèmes ; mais les barbares ic leur cachèrent la plus grande partie de ce a qu'ils savaient. Ils ajoutaient aux trois cent soic( xante-cinq jours les portions additionnelles du* « jour et de la nuit nécessaires pour compléter. « l'année ; et cependant la durée de cette période « fut ignorée des Grecs , ainsi que bien d'autres ff choses , jusqu'à ce que les astronomes modernes ce en eussent pris connaissance , au moyen des a traductions en langue grecque des mémoires « rédigés par les prêtres ; et encore maintenant , « ils puisent dans ces écrits, comme dans ceux « des Chaldéens. » Il est clair que, dans ce passage , Str^bon considère les traductions des mémoires des prêtres, comme offrant l'exposé de: toute leur science astronomique. Or , la chose principale qu'il cite comme le fruit de cette communication , c'est la connaissance que les Grecs y ont puisée des parties de temps qu'il faut ajouter aux trois cent soixante cinq-jours pour compléter l'année. Mais puisque, du temps de Strabon^ les Grecs employaient universellement trois cent soixante-cinq jours et un quart pour la durée de rannée solaire, comptée entre les retours au même solstice ou au même équinoxe, c'est donc uniquement l'addition de ce quart de jour que les traductions des mémoires des prêtres leur avaient appris; et elles la leur avaient appris telle qu'ils
DE DENDERAH. iSy
l'employaient, c'est-à-clire, comme se rapportant, non pas aux levers hélîaques de Syrius, mais à la période tropique du soleil. Cette conséquence logique est d'ailleurs confirmée par un autre passage du même livre, où, en parlant des prêtres de Thèbes, Strabon dit (i) : « Ils passent pour « très-versés dans l'astronomie et dans la philoso- « phie. C'est d'eux que vient l'usage de réglei' le ((. temps, non par la révolution de la lune, mais a d'après celle du soleil : ils ajoutent aux douze (( mois de trente jours chacun , cinq jours tous a les ans; et, comme il reste encore, pour com- « pléter la durée de l'année , une certaine portion « de jour, ils en forment une période composée « d'un nombre rond de jours et d'années suffisant a pour que les parties excédantes étant ajoutées, « fassent un jour : ils attribuent à Hermès toute « leur science en ce genre. » On voit clairement, par ce passage , que l'année dont Strabon parle , est l'année solaire tropique. Mais., si l'on voulait prendre ses expressions à la rigueur , on pourrait en conclure, ou que les prêtres ont voulu le tromper lui-même, ou qu'ils ne connaissaient pas exactement ce qu'il fallait ajouter aux trois cent soixante - cinq jours; car, s'ils l'avaient su, et qu'ils eussent voulu l'exprimer , ils n'auraiejit pas dû dire que la période qui rendait la fraction excédante égale à un jour , contenait un nombre
(i) Strabon, lib. xi.
l58 SUR LE ZODIAQUE CIRCULAIRE
entier de jours et d'années , mais un nombre d années seulement; et, au lieu d'employer des expressions qui sembleraient désigner une longue période , ils auraient dû simplement dire que ce nombre était de quatre. Au reste ^ il est possible que Strabon , peu versé en astronomie, ait compris ou exprimé d'une manière inexacte les renseignemens qu'on lui avait donnés. Mais du moins si les Égyptiens , lorsqu'il les visita , eussent posisédé des connaissances astronomiques très-supé* rieures à celles des autres peuples, il est probable qu'il aurait spécialement énoncé en quoi elles consistaient, et qu'il ne se serait pas borné à leur attribuer cette première approximation du quart de jour , si facile à déterminer de mille manières. Diodore de Sicile , qui avait voyagé en Egypte avant Strabon, du temps de César et d'Auguste, attribue , aux seuls prêtres de Thèbes , la connaissance de la période quadriennale (i). <t Les Thébaius, dit -il, se vantent d'être les prea mia:*s de tous les hommes qui aient cultivé la i< philosophie et l'astronomie exacte , la disposition « de leur pays étant particulièrement favorable « pour bien observer les levers et les couchers c( des astres. Les mois et les années sont ordonnés ,. « chez eux , d'une manière particulière ; car , les « jours ne s'y règlent point sur la lune , mais sur « le soleil : ils ont douze mois de trente jours » « après le dernier desquels , ils ajoutent cinq jours
(i) Diodore, liv. i.
<c €t «n quart. » Du reste , l'enserqble du passage semble indiquer clairement que Dicnlore ne présente pas cette addition annuelle du quart de jour comme effective, mais seulement comme l'éraluation numérique de la fraction qui complétait Tannée solaire. Après avoir cité cet unique résultat de la science des prêtres de Thèbes, il ajoute «c qu'ils observent assidûment les éclipses , « et qu'ils en prédisent toutes les particularités. » Mais cette connaissance, dont ils avaient pu se vanter près de lui , n'est accompagnée d'aucune preuve qui la rende croyable ; et il suffisait qu'ils connussent quelque période lunisolaire , celle de dix-neuf ans , par exemple , pour s'en prévaloir ; car, dans une autre circonstance, il lui. dirent bien (i) : « Qu'à une époque très-reculée, sous le « règne d'Osiris, il y avait eu , lors du lever hé- « liaque de la Canicule , un débordement du Nil « effroyable , qui avait submergé une grande porte tion de l'Egypte. » A cette indication du lever de la Canicule, Diodore ajoute en parenthèse, que cette époque de l'année est, en effet, celle où le débordement du Nil est le plus consid^dble ; et cette coïncidence suffît pour lui faire ajouter foi au récit des prêtres. Néanmoins , on peut bien aisément voir qu'elle n'était {)as même exactement vraie de son temps ; car le lever héliaque de Sy-.rius ne s'opérait, alors, qu'environ vingt jours
(i) Diodore, liv. i.
l6o SUR LK ZODIAQUE CIRCULAIRE
après le soislice, et c'est seulement au solstice ^ que le Nil commence à croître; or, puisque ce fleuve croît pendant cent jours, il devait être loin d'avoir atteint sa plus grande hauteur, après vingt jours, lors du lever héliaque de Syrius. Mais combien cette coïncidence supposée était-elle moins possible encore, pour une époque plus ancienne, et surtout pour une époque reculée telle que celle où les prêtres prétendaient porter l'histoire d'Osiris; puisque , à mesure que l'on remonte vers des temps antérieurs , on trouve que le lever de Syrius s'est rapproché de plus en plus du solstice , qu'il a coïncidé avec ce phénomène v«rs le vingthuitième siècle avant l'ère chrétienne , et qu'il l'a précédé auparavant! Il était donc absolument impossible que cette grande inondation , si elle avait réellement eu lieu dans des temps très-anciens , eût coïncide avec le lever héliaque de Syrius ; et par conséquent le récit des prêtres était certainement faux dans cette particularité. Mais cette fausseté , dans l'assertion d'un fait physique , montre qu'ils n'avaient réellement pas d'observations aussi anciennes qu'ils en dpnnai^nt l'assurance. Tout ce que l'on peut donc conclure de ces passages de Strabon et de Diodore^ c'est que les prêtres d'Egypte connaissaient, de leur temps, la période de quatre années ; car , quant à ce qu'ils disaient la devoir à l'ancien Hermès, on ne peut pas donner beaucoup de foi à cette assertion de gens qui affectaient toujours de s'envelopper dansiez voiles
Bë DENDERA.H. l6l
(Vune antiquité mystérieuse. Au reste il serait extrêmement simple qu'ils eussent connu, et même connu fort anciennement, la nécessité d'ajouter un quart de jour aux 365 pour compléter l'année tropique ; car , les plus grossières observations d'ombres solsticiales, continuées pendant un trèspetit nombre, d'années, devaient la montrer avec évidence; et ils auraient dû encore obtenir bien plus tôt cette différence, ou même une valeur beaucoyp plus exacte , par les retours des ombres aux mêmes directions horizontales, aux instans du coi^chér et du lever du soleil , si , comme on peut le présumer par l'orientation assez approchée des ÎPyramides , ils ont fait de telles observations. Et s'ils ont connu le quart de jour ainsi que la période de quatre ans , ils ont pu, je dirais volontiers ils ont dû , en conclure presque nécessairement , comme l'a fait Géminus, la période de i/\6o ans après laquelle l'origine de leur année vague aurait fait le tour entier de l'année tropique ^ selon la valeur imparfaite qu'ils lui attribuaiept. Toutefois , quelque simples que soient ces déductions , la vérité oblige de remarquer que rien ne les atteste. Et surtout on ne trouve , dans le récit de Strabon , et dans celui de Diodore , pas le moindre indice d'où l'on puisse inférer que les prêtres de Thèbes les appliquèrent aux retours des levers héliaques de Syrius.
Après Strabon, le premier auteur qui devrait
162 SUR LE ZODfAQUlk CIRCULAIRE
nous foUrrtir des t^nseighemens sur les grandes cotinàïssances astrohbtniqlies des prêtres d'Egypte, t'est Ptolémée. Ptoléméé , égyptien lui-même , habitant , observant à Alexaiidrie , a pu consulter ce vaste trésor où toute l'antique science égyptienne était déposée; et l'activité de son esprit, aittsi que l'extrêinè utilité dont auraient été poUr lui des péi'iodes ou dès observations anciennes , ne pertAtt pas de croit'e qu'il ait négligé Un si grand Secours. En effet, on voit qu'il a soigûèpsemetit i^fecherché et employé les anciennes étèlipèés dbialdéénnes qui étai;fnt Sans doute venues ainfei à sa connaissance; mais il ne rapporte pas un seul résultat astronomique des Égyptiens. Il pousse cependant la fidélité dé ses citations jUs(JU'à exprimer l^s dates des évèneme'ns ôU de& observations, comme elles sont consignées dans les auteurs desquels il les eitrait ; et , par exemple , il rapporte ainsi à l'année vague égjrptienne les ob^ servâtions faites en Egypte par les Grecs , avec cet!» foriue d'ànttée ; mais il nié fait niettliôii d'aU- Cun^ période civile, religieuse ou astronomique qui ' lie l'année vague avec l'année tropique , ou avec les levers héliaqUes de Syrius , quoicju'il donne luî-nléme les ànnôUces de ceà levers, héliaques , pouir divers astres et divers climats, d'aprèà le Calcul des positions où le soleil doit se trouver quand on les observe. Une des plus belles pai'ties de son grand ouvrage , c'est , Sans doute ,
DE DEIYDEBAH. l63
celle qu'il a consacrée à la recherche de la véritable longueur de l'année tropique (i). « Nous « apprenons , dit - il , par les ouvrage des ancien^ , « et , surtout , par ceux d'Hipparque , cet obs'er- « vateur infatigable et cet ami sincère de la vérité, « combien il a existé sur cet objet de dissenti- « ments et d'incertitudes. Ce qui excite surtout « les doutes d'Hipparque , c'est de trouver l'année « un peu moindre que 365 jours *- lorsqu'il la me- « sure par le retour du soleil au même équinoxe ou « au même solstice , et de la trouver au contraire « un peu plus longue que 365 jours \ lorsqu'il « la mesure par les retours du soleil aux mêmes « étoiles. * Ptolémée expose alors toutes les recherches qu'Hipparque a feiites pour se procurer des observations antérieures aux siennes , afin que la petite difîférence dont il s'agit pût devenir plus sensible , étant ainsi accumulée pendant un long intervalle de temps, et il termine par cette citation des propres paroles de ce grand astronome. « Dans « le livre que j'ai composé sur la longueur de « l'année, je montre que l'année solaire, qui est le « temps des retours du soleil à un même équiiioxe « ou à un mêtne solstice, contient 365 jours ^ moins « une fraction à peu près égale à j— de la durée « d'un jour et d'une nuit. De sorte qu'il ne faut « pas, comme les mathématiciens le supposent, « ajouter tout-à-fait ^ de jour aux 365 qui compo-
(i) Ainhagest'e , liv, iii^ qhap. ii.