IV. — Tandis que dans les cultures pures le succès de
la culture est souvent compromis par des variations minimes dans le degré d’alcalinité du milieu nutritif, dans les cultures mixtes au contraire (Pfeiffer et staphylocoque) les colonies du bacille grippal ont une fertilité constante, indépendante du degré d’alcalinité (Grassberger).
V.— Une culture de staphylocoque en bouillon sanglant donne après filtration un liquide possédant également des propriétés fertilisantes pour le Pfeiffer ; mais les cultures sont beaucoup moins luxuriantes que lorsqu'on fait l’ensemencement simultané en repiquant le staphylocoque. |
VI. — La propriété fertilisante résulte non d’un produit direct sécrété par la bactérie adventice et diffusé autour d’elle, mais plutôt d’une modification chimique de l’hémoglobine du milieu, déterminée par cette bactérie et peut-être identique à celle produite dans la gélose sanglante chauffée de Vogel.
VII. — Meunier donne alors sa pratique courante, dont nous extrayons le paragraphe :
« 3° Surpiquage. — Il est indispensable, avant d'effectuer le surpiquage fertilisateur, de laisser sécher quelques heures le tube ensemencé, mais tenu verticalement à l’étuve ; on évite ainsi les bavures du surpiquage par glissement de la nappe liquide fraîchement étalée. Après quatre ou cinq heures on pratique en trois points du tube un ensemencement ponctiforme avec du staphylocoque doré. Une culture non surpiquée sert de témoin. »
c) RECHERCHES PERSONNELLES. — Nos recherches nous ont amené tout d’abord à modifier en deux points de détail la technique des auteurs :
Tout d’abord ayant remarqué l'importance qu'il y avait à se servir d’hémoglobine fraîche, nous avons été conduit à la pratique du réensanglantement du tube d'agar-sang. En réajoutant au tube d’agar-sang une nouvelle quantité de solution d'hémoglobine, nous avons noté que les résultats obtenus étaient meilleurs, et depuis, dans nos cultures pures, nous avons utilisé ce procédé.
De plus, ayant eu l’occasion de repiquer tardivement au sta-
phylocoque des cultures pures du bacille de Pfeiffer, nous avons noté que le surpiquage tardif avait l’avantage considérable de faire naître des colonies géantes non seulement au voisinage de la culture favorisante,'mais sur toute la surface du tube d’agar-sang employé. Dans ce cas les colonies les plus grandes ne sont pas toujours celles qui sont les plus rapprochées de la colonie de staphylocoque.
En outre, nous avons pu voir que le bacille de Pfeiffer était auto-inoculable ; c’est-à-dire qu'en étalant une culture géante sur une petite étendue de la surface de l’agar on obtenait une culture en nappe, culture considérable. Ces cultures en nappe se produisent quelquefois spontanément lorsque la superficie de l’agar est particulièrement humide.
Les cultures géantes que nous avons obtenues étaient de deux natures :
1° Les unes fortement convexes, transparentes au point de faire paraître opaques les colonies de pneumocoque, ne différaient que par leur grandeur de la colonie microscopique de la culture pure. Elles atteignaient au plus deux tiers de millimètre de diamètre. Elles existent surtout lorsque le microbe surajouté a des colonies peu exubérantes, ou petites et peu nombreuses. Ce sont les colonies de cristal.
2° Les autres plus planes, bleutées, quelquefois transparentes, mais le plus souvent simplement opalines, avaient une surface grenue, vue au microscope. Ce sont ces colonies bleutées, qui nous ont paru les plus importantes, car c’est la forme la plus fréquente dans les tubes initiaux et c’est à l'ignorance de cette forme que doit être due la rareté du bacille de Pfeiffer. Elles ont jusqu’à 4 ou 5 millim. de diamètre et peuvent devenir quelquefois tout à fait opaques.
Lorsque la culture vieillit, apparaissent au microscope des altérations diverses que la dessication exagère. Contentons-nous de noter une excavation circulaire en rigole qui donnerait à la coupe de la colonie un aspect d'accent circonflexe. Les auteurs allemands insistent vraiment trop sur ces détails peu importants.
Ces colonies bleutées se rencontrent dans des circonstances diverses.
Tout d'abord on les trouve très fréquemment dans les tubes de séparation de germes ; elles ne renferment alors que le bacille de Pfeiffer absolument pur.
On peut rarement en obtenir en culture pure en se servant des tubes d’agar où du staphylocoque a poussé vingt-quatre heures, et qui ont ensuite été stérilisés puis ensanglantés.
On n'obtient du reste ainsi que des résultats inconstants, mais qui expliquent peut-être la conception de Lindenthal que nous avons cité plus haut.
Quelquefois nous avons obtenu des colonies bleutées par symbiose dans la même colonie du bacille de Pfeiffer avec le pneumocoque, le streptocoque ou le cocco-bacille orangé. Ils’agissait alors de véritables cultures mixtes et d’un phénomène qui rappelle la biologie des lichens. Mais ce n’est là en somme que la réunion plus intime des deux parties des colonies que Grassbe rger a décrites sous le nom de colonies jumelles. Du reste nous avons vérifié tous les détails du mémoire de Grassbergeret leur stricte exactitude ne laisse aucun doute sur l’identité des microbes.
C'est à cause de ces caractères de cultures mixtes que le bacille de Pfeiffer reste un microbe rare. Il demande en effet pour être trouvé à être cherché par une technique spéciale, qui commence à la préparation du milieu et qui finit à l’examen des lamelles.
Un grand principe se pose. Toute recherche doit être faite sur agar-sang, milieu seul vraiment favorable au bacille de Pfeiffer.
I1 faut examiner soigneusement toutes les sortes de colonies développées sur les tubes initiaux, et prêter une importance particulière à toute colonie bleutée.
Si l'ensemencement a été fait, comme cela doit être, sur plusieurs tubes, tous ceux qui paraissent stériles doivent être examinés à la loupe ou au microscope (objectif IT, oculaire I) et
surpiqués par une strie étroite de staphylocoque. Ce n'est qu'après cette épreuve qui donnera souvent d'emblée le bacille
de Pfeiffer en abondante colonie que l'on pourra conclure à l'existence ou à l’absence du microbe.
Enfin nous ne parlons pas ici des précautions à prendre pour colorer le bacille, ce sont Ià des faits sur lesquels nous avons précédemment insisté.