V. — NOTE D'ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Nous ne ferons pas un chapitre d'anatomie pathologique, voici pourquoi.
Pfeiffer, il est vrai, a donné une description particulière des lésions pulmonaires dues au bacille de l'influenza. Mais il suffit de lireson mémoire pour voir que ses lésions sont celles de la broncho-pneumonie classique ordinaire. Dans nos cas nos coupes ne nous ont donné que les lésions classiques. En général les cas de mort sont dus aux infections mixtes. Sur ce point du reste, nos résultats concordent avec ceux de Grassberger et de Meunier, qui ont noté la rareté et comme nous la bénignité ordinaire des cas purs.
Nous tenons seulement à indiquer que Pfeiffer s'est servi, pour colorer le bacille dans les coupes, de la coloration à la fuchsine phéniquée suivie de décoloration à l'alcool acidulé.
Nous avons employé ce procédé, et bien qu’il donne de bons résultats, nous préférons employer la décoloration par l'alcool laissé peu de temps et l’huile d’aniline. On voit alors l’alvéole absolument farci de cocco-bacilles, et de tels aspects entraînent la conviction sur le rôle pathogène d’un microbe.
(1) Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que Pfeiffer lui-même dans son premier article a cru pouvoir cultiver son bacille sur agar-glycérine.
VI. — Le cocco-BACILLE HÉMOPHILE, MICROBE DE LA FLORE PATHO- LOGIQUE DU POUMON (1)
Si le bacille de Pfeiffer a pu être adopté par les bactériologues comme le bacille de la grippe, c’est que sa découverte et son étude ont marqué une période nouvelle dans l'étude du parasitisme de la grippe.
Avant Pfeiffer, comme du reste depuis sa découverte, un grand nombre d’auteurs étudiant une série de cas, y trouvaient chacun un microorganisme spécial dont ils croyaient pouvoir généraliser l'action.
C’est ainsi que Pfeiffer, en 1883 (in Volkmann's sammlung Klinischer Beiträge), trouve dans le mucus nasal et les crachats, un microorganisme ayant 1 y de large et jusqu'à 2 u de long. Il est frappé de voir que ce micro-organisme ne se trouve que dans les cas de grippe. En l'absence de cultures et d'indications spéciales, on ne peut rien dire de son travail.
Cependant Babes (Wiener klin. Wochenschrift, 1890. Bacteriologische Befunde bei Influenza) étudie de nombreux cas sans trouver un microorganisme spécifique. | S
Fischel (Zeitschrift für Herlkunde, XII, p. 1891 étudie deux diplocoques se développant sur la gélatine, dont l’un est pathogène pour le chien, et que l’on peut, peut-être par suite de son développement abondant sur la gélatine, rapprocher du microorganisme que nous avons décrit avec Achalme dans la première partie de ce travail.
Ribbert(Deutsche med. Wochenschrift, 1890), Finkler (id.), trouvent un streptocoque très semblable au streptocoque de Fehleisen.
Vaillard et Vincent(Société médicale des Hôpitaux, 1890), Kirchner (Zeitschrift für Hygiene, 1890), Nikiforoff
(1) Consulter Nxrrer. Le parasite de la grippe, in 7'raité de Médecine, Bouarpez, Girone. La majeure partie des indications bibliographiques lui sont empruntées,
(méme recueil. 1890, Ueber einem dem Pneumonüecoccus sehr ähnlishem Mikroorganismus) étudient un organisme voisin du pneumocoque. |
Weichselbaum (Wiener klinische Wochenschrift, 1890), ainsi que divers auteurs, Prior (Münchener Med. Wochenschrift, 1890), Lévy (Berliner klin. Wochenschrift, 1890), Krüse, Pansini et Pasquale (Centralblatt für Bacteriologie, 1890) ont étudié un coccus lancéolé ressemblant au pneumocoque,mais en différant par les caractères de sa capsule et sa vitalité.
Roux, Tissier et Pition (Archives de méd. expériment., 1892) ont décrit un microorganisme spécial ayant des formes de diplocoques et de diplobactéries.
Janon (Étude bactériologique de la grippe. Thèse de Bordeaux, 1894) a trouvé dans des cas d'influenza un gros diplobacille polymorphe, pathogène pour le lapin.
Mais une pléiade d’auteurs,en Allemagne eten France, Cornil et Chantemesse (Bull. Acad. Méd., 1892), Pfühl, Klein, Weichselbaum dans des travaux ultérieurs, Grassberger(r), Baümler puis Meunier, Netter, Dujardin-Beaumetz,. Bezançon, etc., retrouvèrent le cocco-bacille, et Pfeiffer'(2)
(1) Cependant déjà Borcuarp ne le retrouve que 35 fois sur 50. Berliner klin. Wochenschrift, 18094.
(2) Consulter : Acru. Zur Kenntniss der Influenza Pneumonie. Deutsche Med. Wochenschrift, 1804.
BaünLer. Die Influenza Epidemie 1803-04 in Freiburg. Muünchener Med. Wochenschrift, 1894. .:
Becx. Ucber die Influenza Pneumonie. Charité Annalen, XVII.
Curarr. In Prager Med. Wochenschrift, 1803.
KRusE. Zur Ætiologie und diagnose der Influenza. Deutsche Méd: Woch.,
Prünr. Beitrag zur Ætiologie der Influenza. Centralblatt, 1802.
Hüser. Ueber den influenza Bacillus. Zeitschrift für Hygiene und infections Krankheiten, 1803 Ne
Piecece. Bacteriologische Untersuchungen in der influenza Epidemie, 1893-94. Berliner klin. Wochenschrift, 1894.
WEIcHSELBAUM, Wiener klinisch. Wochensch., 1892.
Voces. Berliner klin. Wochenschrift, 1894.
gr put dire que la valeur spécifique de son microbe était démontrée par sa constance dans les cas de grippe, sa biologie spéciale, et sa pullulation au niveau des lésions. | Là estle point capital pour Pfeiffer. Or, cette généralisation, cette présence du bacille de Pfeiffer dans tous les cas n’est pas réelle, et Pfeiffer n'a pu retrouver son microbe dans les derniers cas qu'il a étudiés. Nous-même, dans la première partie de
ce travail, avons étudié six cas où, selon toute probabilité, le bacille de Pfeiffer manquait.
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— En pleine épidémie, nous avons vu le cocco-bacille de Pfeiffer
manquer dans certains cas.
Il y a plus ; nos cas à cocco-bacille s'étendent jusqu’en juillet. Nous pouvions considérer ces cas comme des reliquats isolés de l’épidémie. Maïs voici qu’à la fin de septembre nous étudions le cas n° 18 et nous trouvons le cocco-bacille en culture pure par ponction du poumon. Ainsi, le microbe peut exister seul et virulent en dehors de la grippe (1).
N'a-t-il pas du reste été rencontré dans l’expectoration de pneumoniques, des tuberculeux, dans la flore des cavernes pulmonaires. Qu'en conclure, sinon que le cocco-bacille de Pfeiffer, bénin lorsqu'il est pur, terrible quand il est associé, joue dans la pathologie des voies respiratoires un rôle très important. Mais sa présence en dehors de toute grippe, son absence dans des cas de grippe indiquent qu'il n’est pas le bacille de la grippe et que ce microbe, si l’on admet qu’il existe un microorganisme spécifique dans tous les cas, est encore à déterminer.
Mais le rôle considérable que joue le cocco-bacille de Pfeiffer
n'impose pas moins cette proposition que nous ne cesserons de répéter : « Toute recherche bactériologique sur les voies respiratoires impose pour être complète l'emploi de la gélosesang. »
R (1) Ce que LinpentuaL (Wiener klin, Wochenschrift, avril 1897) appelle l’influenza sporadique.
Si les travaux se multiplient, en ayant égard à ce principe, le cocco-bacille hémophile (1), microbe rare à ce jour, prendra sûrement place à côté du pneumocoque et du streptocoque, car sa valeur pathologique est considérable.
(x) Avec notre conclusion, il ne faut plus appeler ce microbe, microbe de l’influenza, mais cocco-bacille hémophile, pour indiquer son caractère essentiel sans préjuger de son rôle.