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V. — RÔLE PATHOGÈNE DE L’ENTÉROCOQUE

Nous avons précédemment indiqué dans notre chapitre III quelle était l'étendue considérable du rôle pathogène de l’entérocoque. Mais sans nous attarder sur la broncho-pneumonie à entérocoque, sur sa présence dans quelques cas d’ostéomyélite, où nous l’avons rencontré, nous voulons préciser son rôle dans les infections du tube digestif, et dansles infections glandulaires à point.de départ gastro-intestinal. Dans cette étude, nous ne ferons que suivre le mémoire de Thiercelin à la Société de pédiatrie.

Dans la fièvre ty phoïde,l Entérocoque est un microbe d’infection secondaire, on peut le trouver dans le pus des péritonites et même dans le sang.

Dans l'Entérocolite aiguë, ou choléra sec que le professeur Hutinel décrivait récemment (Semaine médicale, 1899, p. 25), la constipation est suivie de l'élimination de matières muqueuses Sanguinolentes, souvent fétides; plus tard, les selles deviennent muqueuses ou membraneuses. Dans trente-deux cas, Thier-

celina trouvél’entérocoque en telle abondance « qu’il semblait avoir remplacé tous les autres germes intestinaux ».

Dans l’Entérocolite aiguë simple, les matières glaireuses sur lamelles fourmillent d’entérocoques ; et les cultures justifient cette proposition. Du reste, si l'examen sur lamelles rapproche l'Entérocolite de la bronchite aiguë, Thiercelin a pu continuer à établir la comparaison entre ces deux affections. C’est la même période de sécheresse de muqueuse au début, la même période de catarrhe et la même terminaison par élimination de matières glaireuses ou de produits muco-membraneux.« Bien souvent les matières rejetées dans l’entérite ressemblent aux crachats de bronchite, dont elles ont quelquefois même la coloration. »

Dans cinq cas d'Entérocolite muco-membraneuse aiguë de l'adulte les glaires et les fausses membranes fourmillaient d’entérocoques (Thiercelin), MM Gaïllard et René Monod ont rapporté à la Société médicale des hôpitaux, du 6 avril 1900, un cas mortel de choléra nostras dû à l’entérocoque.

MM. Beclèrecet Lesage, le 21 juillet 1899, ont publié à la Société médicale des hôpitaux deux cas de diarrhée cholériforme à entérocoque.

Dans l'appendicite le rôle de l’Entérocoque va devenir de plus : en plus en prépondérant. A côté du processus gangréneux, dû aux anaérobies, si bien étudié par Zuber et Veillon, il existe un processus phlegmasique, inflammatoire, dû fréquemment à l’entérocoque. Dans vingt-un cas d’appendicite, Thiercelin trouve l’entérocoque. Si l’appendice est enlevé à froid, il retrouve ces formes d'involution qui montrent la persistance de l’infection pendant les accalmies trompeuses.

Dans l'embarras gastrique fébrile avec ictère catarrhal, Thiercelin dans deux cas a trouvé l’entérocoque dans les flocons muqueux rejetés par vomissement.

Dans la pathologie hépatique, l'étude de l’Entérocoque fera faire des progrès considérable à la théorie infectieuse. Si la ponction du foie a pu permettre, il y a deux ans, de retirer du sein de l'organe même un microbe analogue à l’Entérocoque.

[J. Lévy, Thèse Paris, 6 avril 1898, Thiercelin, au moment de deux poussées fébriles aiguës a obtenu par ponction du foie de superbes cultures d’entérocoque. Dans l'intervalle des poussées, on trouve dans le liquide de la ponction des formes microbiennes altérées, semblables à celles que nous avons décrites plus haut dans l’appendice réséqué à froid.

Il faudrait maintenant nous demander pourquoi l’entérocoque saprophyte de l'intestin devient pathogène, pourquoi il pénètre dans la circulation, pourquoi il va se localiser dans tel ou tel organe. Toute la théorie de l'infection pourrait se faire sur ce microbe. S'il est permis d'émettre une hypothèse, il me semble que le chimisme gastro-intestinal doit jouer dans ces phénomènes un rôle considérable. Le jeu normal des sécrétions du foie, du pancréas, des glandes de l'estomac est notre meilleure sauvegarde contre l'infection, car elles forment un milieu gastro-intestinal, où le microbe ne saurait acquérir une virulence suffisante pour être dangereux (1).

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