PREMIÈRE PARTIE
SUR SIX CAS DE BRONCHO-PNEUMONIE AVEC PRÉSENCE D'UN DIPLOCOQUE NON CAPSULÉ DANS LE SANG
(Travail fait en collaboration avec le D' AcnaLme, chef de clinique.)
Dans le service de notre maître, M. le professeur Jaccoud, nous avons pu étudier une série de broncho-pneumonies graves survenues les unes dans la salle chez des malades entrés pour une affection très différente et présentant des cas de contagion hospitalière (n° 6 et n° 35, salle Laënnec), les autres chez des malades frappés au dehors.
L'étude de ces cas nous a montré qu'ils étaient dus à un diplocoque non capsulé, différent du pneumocoque et du streptocoque, causes les plus ordinaires des broncho-pneumonies.
La première observation est celle d'une femme âgée de 51 ans, qui était entrée dans le service pour une myocardite légère et qui contracta sa maladie dans la salle.
Nous reproduisons ici cette première observation:
Oss. 1. — Myocardite chronique. Obésité. Broncho-pneumonie. Mort.
La nommée E. D..., âgée de 51 ans. profession de ménagère, entre le 30 octobre 1896, salle Laënnec, lit n° 6, dans le service de M. le professeur Jaccoud,
Son père et sa mère sont morts dans un âge avance.
Personnellement la malade a toujours joui d’une bonne santé. Elle n'a pas eu les maladies ordinaires de l'enfance, ni la rougeole, ni la scarlatine. N’a pas eu la fièvre typhoïde.
Réglée à 12 ans, elle l'a toujours été régulièrement ; ses règles durent quatre jours et ne sont pas douloureuses. La ménopause n’est pas encore survenue. Depuis quelques années, la malade a pris un embonpointçonsidérable;elle est, au moment où elle entre à l’hôpital, d’une obésité vraiment pathologique. Sans être absolument éthylique, elle a fait quelques excès de boisson.
C’est à cause d’une sensation de fatigue et de palpitations qu'elle entre à l'hôpital.
Le 30 octobre, on constate simplement en l’examinant un peu d’œdème des jambes, et à l’auscultation quelques irrégularités cardiaques. Pas de souffle à aucun orifice. Aucun phénomène vasculaire ou viscéral indiquant que le cœur droit soit menacé de dilatation.
Quelques râles de bronchite aux deux bases. :
Repos au lit, régime lacté, 15 centigrammes d'’infusion de digitale.
La malade reste dans un état satisfaisant jusqu’au 5 novembre.
Le 5 novembre; le cœur est régulier, le pouls bien marqué, mais on constate l’augmentation des râles sibilants dans les deux poumons.
Le 6, on trouve, aux deux bases des râles sous-crépitants.
Du 7 au 9, l’état s'aggrave ; la malade expectore des crachats sanglants, franchement hémorrhagiques, étalés, adhérents au crachoir. Dans les poumons on retrouve de haut en bas des râles sibilants et ronflants masquant le cœur régulier ; mais, en plus,des râles sous-crépitants apparaissant aux bases. La dyspnée s’installe. Le 0, la malade présente un subictère très net.
Le 9 au soir, on constate nettement un foyer de splénisation à la base droite, remontant jusqu’à l’épine de l’omoplate, avec matité, augmentation des vibrations, bronchophonie, râles sous-crépitants assez gros, entourant un foyer très net de râles crépitants et souscrépitants fins. La dyspnée est considérable, les urines ont diminué; elles sont albumineuses. L'état général est grave. Le foie et la rate ne sont pas tuméfiés. :
L'examen bactériologique des crachats a révélé l'existence d’un petit diplocoque.
Le sang de l’avant-bras a été mis en cultures aérobies et anaérobies. En milieu aérobie, on a retrouvé un diplocoque non capsulé formé de deux éléments arrondis accolés. Il prend le Gram, donne sur gélatine le long de la strie une culture blanche, trouble uniformément le bouillon, donne sur gélose des colonies blanches et rondes