‹ Recherches sur quelques problèmes d'histoireChapitre 115 sur 178 · Ibid., n* 85, p · texte numérisé non relu

Ibid., n* 85, p

7. Chartcê de V abbaye de Saint-Gall, n* 50. 1; I, p. 53-5 (.

8; Ibid., n- 47, p. 48.

340 LA MARCUK GERMANIQUE.

d'eaux, il donne et transporte tout en la propriété du monastère*.

On peut faire la même étude sur les recueils de Wissembourg* et de Fulde. Partout on trouvera qu'au huitième, au neuvième, au dixième siècle, la marca est la même chose que la villa ^ c'est-à-dire un domaine. Souvent cette marca appartient à un seul propriétaire; plus souvent elle se trouve dans les mains de deux ou trois propriétaires, par suite de partages antérieurs; mais toujours elle appartient en propre à quelqu'un. Elle a ses limites comme la villa. Intérieurement, elle est distribuée comme le sont toutes les villx^ c'est-à-dire qu'elle comprend, d'une part, des manses dominicaux qui sont la partie réservée aux propriétaires, et d'autre part des manses serviles ou tributaires qui sont aux mains de petits tenanciers. Elle comprend des terres de toute sorte, champs labourés, prairies, vignes, bois. La population qui l'habite est, pour la plus grande partie, une population servi le. Hommes et terres sont également des objets de propriété. Ils sont vendus, donnés ou légués ensemble.

Il est bien digne d'attention qu'il y ait ainsi des centaines de textes où la marche est signalée comme terre de propriété privée, et qu'il n'y en ait pas un seul où elle soit signalée comme terre indivise. Il ne se trouve pas dans toutes ces chartes une seule ligne qui soit l'indice d'un régime de cooimunauté. Cherchez une allusion à un partage périodique de la marche^ vous n'en trouverez pas. Ce partage périodique est même absolument inconciliable avec la teneur de nos chartes, puisque nous y voyons toujours l'hérédité, le legs, la vente ou la donation à titre perpétuel.

I. Charles de Vabbaye de Sainl-Gall^ u* 107, |». 101, aiiiio 786. — Exeiii- |iU'h scmhlahlos : ir 41). 12»», U2, U8, 151.

'2. Zeuss, Tradit.Wissemburgenses, W^ 207, 211, 250, 258, 251, 255, 258, 251», 208, 270, de.

LA MARCHE fiERMANÎQUE. oil

11 a existé pourtanl des communaux. I^es texles avant le treizième siècle ne les désignent pas par le mot marca. Mais on rencontre quelquefois le mot communia dès le septième siècle. Surquoi, M. vonMaurer, M. Wailz, M. Arm. Rivière dans son Histoire des biens communaui en France, se sont hâtés de dire qu'il existait une certaine propriété commune dès le commencement du moyen âge. Or il faut voir quels sont ces communia et comment les textes en parlent.

Par une charte qui est rappelée et résumée dans un diplôme de 687, Amalfrid et sa femme Ghildeberta ont fait donation d'un -domaine au monastère de Sithiu. Suivant le slyle ordinaire des chartes, il est dit que ce domaine est donné « dans toute son intégrité, y compris terres, manses, constructions, esclaves, champs, forêts, prés, pàquis, eaux et cours d'eau, moulins, communia j et toutes choses qui en font partie, sans nulle réserve*. » Que sont ces communia/ La simple lecture de la charte suffit à faire voir qu'ils ne sont |)as une terre commune à tous, une terre sans maître, ou une terre de propriété collective. Ils font partie d'un domaine privé. Ils appartiennent à Amaffrid et à sa femme, lesquels en font donation au monastère comme ils font donation des autres parties du même domaine.

Voici une formule du huitième siècle : « Je donne à mes neveux et à ma nièce un bien que je possède en tel canton, et qui comprend tel nombre de manses avec constructions, terres, bois, champs, prés, pAquis, communia j esclaves

1. Diplomala, éd. Pardessus, d*" 408 : <( Cum omai integritate sua in se lialM'nte vel portineute por eorum instnimenta dclegaTeinint, una cutii coruin terris. niansiK, casticiis ibidem cdificatis, mancipiis, canipis, silvis, pratis, (lascuis, aquis aquariimvc deeursibus, farinariis, cominimiis, oniiiia et cuiii oinnibus ad inlegrum ad suprascriptutn mouaslerium transfirinavenint. » — I/énuniératioD que nous trouvons ici se retrouve, sauf le mot communiis^ dans tontes les chartes de donation.

manants et dépendants, en nn mot tont ce qui est ma propriété*. »

Dans une autre formule qui se rapporte à une donation mutuelle entre époux, la femme déclare donner à son mari « ses biens situés en tel lieu, c'est-à-dire tel nombre de manses avec maisons, constructions, eaux et cours d*eaux, terres cultivées ou incultes, bois, champs, prés, pâquis, communiaj tout intégralement, tout ce qui est de. sa propriété *. »

Le même terme se retrouve dans une formule où un homme institue un héritier et lui fait cession de ses terres", dans deux autres où un propriétaire fait donation d'un bien foncieràune église \ et enfin dans une charte de composition où un homme fait cession d'une propriété'.

Dans ces six exemples, les seuls qui existent, la signification du mot communia est facile à trouver. Ce n'est pas la môme chose que les forets et pâquis, puisque \espascua et les fiilvae ont été nommés auparavant. Ce ne sont pas non plus des terres de non-propriété, puisque dans chacun de ces six exemples il y a un propriétaire et que ce propriétaire les donne ou les lègue par sa seule volonté, sans demander d'autorisation à personne.

Ces communia ne sont donc pas terre commune dans le sens que notre langue moderne donne à ces deux roots. Si

1. Formulée, Recueil de Rozièixî, n** 172, Zeuiner, p. 276, Lindenbrog« 57 : <( Dodo rem ineain ia pago illo, id est mansos tantos cum edîficiis supra* positis una cum terris, silvis, campis, pratis, pascuis, communiis, oecnon et mancipiis ibidem commanentibus vel aspicieotibus, oiimia et ex omnilMis, quidquid in ipso loco mca vidclur esse possessio vel dominalio. » — Tous les termes de cette formule sont ceux qui sout de style dans tous les actes de vente ou de donation. Les mots dominalio et possessio sont ceux qui indiquent le plein droit de propriété. Nous n'avons pas besoin d*avertir que lo verbe ridelw\ dans la langue du temps, a le sens de conslaL

â. Ibid.f Rozière, n» 251, Zeumer, p. 27(>, Lindenbrog, 50 : c Mansos tantos cum domibus, ediûciis, curliferis, terris tam cultis quam incultis, silvis, campis, pi-atis, pascuis, communiis, tolum et ad inlegrum, omnia et ox omnibus, quidquid ibidem sua fuit possessio vel dominatio. t»

Page 1