Ihid.y Rozi(*re, n" 2 12, Lindenbro
LA MARCHE CERMAMOrK. 54:*
l'on veut savoir en quoi ils sont communs, il faut songer à la manière dont un domaine était divisé. Des centaines de chartes nous le montrent avec une pleine évidence. Tout domaine comprenait nécessairement deux parts, et presque toujours trois. Le propriétaire gardait J'une dans sa main et l'exploitait à son profit exclusif, c'était ce qu'on appelait le manse dominical. Il avait mis la seconde entre les mains de petits tenanciers, serfs ou colons, qui lui en devaient des redevances et des corvées; c'était ce qu'on appelait les manses serviles ou ingénuiles. Il restait ordinairement une troisième part, qui comprenait les terres incultes ou de culture trop difficile. Cette partie, ne pouvant guère être distribuée en tenures, était laissée par le propriétaire à Tusage commun des tenanciers. Tous ses tenanciers et luimême en jouissaient suivant certaines règles déterminées par le propriétaire. Parmi les forêts, les unes faisaient partie, ainsi que nous le voyons dans les polyptyques, du manse dominical ; les autres étaient abandonnées aux tenanciers. Tantôt elles leur étaient laissées à titre gratuit, tantôt ils |)ayaient au propriétaire un droit de jouissance.
Tels senties communaux que nous venons de trouver dans une charte et dans cinq formules. Ils n'ont aucun rapport avec un régime de communauté agraire, puisqu'ils sont toujours la propriété d'un seul homme. Ce qui y est indivis, c'est la jouissance, et encore ne Test-elle que parla tolérance du propriétaire. Les documents jusqu'au onzième siècle ne mentionnent jamais d'autres communaux que ceux-là \
Revenons à la marche. M. Waitz l'identifie avec ces communaux de nos formules. Nous devons pourtant observer que, dans les nombreux textes que nous venons de signaler, elle ne leur ressemble en rien. Ces communia sont une partie du domaine ou de la villa; la marca est le domaine entier, la villa entière. Ces communaux sont une partie inculte; la
1 . Nous ne voulons pas dire qu*il ne subsistât rieu des biens des villes, c*est- :i-dire des propric^tés que les cités avaient possédées sous Tempire. C'est une <|ues(ion à pnri el que nous n*avons pas à trailer ici.
5i4 LA MARCHE GERMANIQUE.
marca, au huitième et au neuvième siècle, comprend des jardins et des vignes. Ces communaux sont à tous pour la jouissance, tandis que nous ne voyons pas, avant le onzième siècle, que la jouissance de la marca soit commune à tous.
Ce n'est pas que des pratiques d'indivision ne se soient introduites dans la marche. Mais il faut voir avec attention, et par les textes seuls, comment elles se sont introduites.
Il y avait presque toujours dans la marca, comme dans la villa, une partie inculte, en forêts ou en pâquis, c'est ce que les chartes désignent par les mots terris incullisj s//r/x, pascuis. Mais cette partie elle-même appartenait à un propriétaire. Car nous voyons qu'elle est vendue ou donnée comme les autres terres de la marche et au même titre qu'elles*. C'est par centaines que l'on pourrait compter les chartes où un propriétaire vend, donne, ou lègue ses pâquis et ses bois. Un acte nous montre des terres de cette nature qui ont été données en dot h une femme*. Les mômes formules qui s'appliquent aux champs en labour s'appliquent aux terres incultes. On écrit : Je les donne à perpétuité, dono donalumqne in perpetuum esse ro/o.On ajoute : vous aurez le droit de les vendre ou donner, d'en faire ce que vous voudrez, ut habeatis fncuUatem tendendi^ donandt\ faciendi qitidquid rohieriiis. On dit : Je les transporte de mon droit au vôtre, de meo jure in restrum jus et doimnationem. Les expressions qui caractérisent le plus énergiquement le plein droit de propriété, sont aussi bien employées pour des forets et des pâquis que pour des vignes et des jardins.
On rencontre dans un acte d'échange de 865 le mot waldmarca. Ce n'est plus précisément un domaine; c'est un bois qui fait partie d'un domaine. Or celle waldmarca est
1 . On peut voir, par exomplo, dans Goldast, Rerum Alamannicarum scripioreg, éd. de KiOl, 2* |»artio, p. 55-50, unr marcha qui dé|M»nd de la villa Filisininga, et qui parait consister uniquement en pascua et en «i7p<r; or le eomte Ii<M'told en est le propriôliiire, et il en vend la moitié