DE LÀ JUSTICE CHEZ LES ANCIENS GERMAINS
dans sa langue, le mol propre qu'on applique à ceux qui sont admis par le juge dans son œmilinm\
Reste a expliquer le mot auctoritas. M. Solim le traduit comme s'il avait le sens d'autorité souveraine et comme si Tacite voulait dire que l'opinion des comités s'imposât au princeps. « Ce qu'ils prononcent, dit M. Sohm, est un verdict, et ce verdict de la centaine est l'arrêt lui-même; il a pour celui qui préside, la valeur, non d'un simple conseil, mais d'une obligation \ » Je doute que cette interprétation soit bien exacte. Tacite dit : comités sant auctorilas. Or il ne me semble pas que ces trois mots puissent être traduits grammaticalement par : les compagnons sont « l'autorité » ou sont ce la puissance )>.
Les Romains employaient le terme auctoritas dans des acceptions assez diverses. Le grand Dictionnaire de Freund compte huit significations. Parmi les huit, nous ne trouvons pas celle d'autorité souveraine. Quiconque a étudié la langue si précise du droit public romain sait que l'autorité souveraine se dit poteslns. Les deux termes anctoritas et potestas, loin d'être synonymes, s'opposent l'un à rautre\ Cela est si vrai, que, chez Tacite même, quelques lignes avant celle qui nous occupe, les deux mots forment antithèse. Il dit qu'en Germanie les grands ont VancloritcLs madendi^ mais non pas la potcstas jubendi\ Dans une autre phrase, Tacite, voulant désigner l'autorité souveraine que la réunion des
1. Cicéron, In Yeircmy II, 2, 10 : u adesse jubchat h; ihid., 29 : « Quos sibi in coDsilio cs8C vcUct.... se vel le diccbant adesse ». — Frontou, Ad amicoit I, 1 : (( lis qui coiisilio adesse:(T. )) — On disait aussi adsistere (Aulu*Gelle, I, 25), ou adsidere d'où est venu assessor,
2. Sohm, Reichê- und Gerichtsverf.^ p. G. De même M. Waitz ti*aduit awcloritas par VollmaclU, c'est-à-dire plein pouvoir.
5. Voyez, par exemple, Cicéron, De Icgibus, III, 12 : « Potcstas in |K)pulo, auctoritas in seuatu sit. » De même, dans Titc Live, XXVI, 2, auclorilai pair um s'oppose à juêstis populi. — C'est longtemps après Cicéron, longtemps même après Tacite, que le mot auctoritaê, s'ap)»liquant aux princes, a fini par désigner l'autorité souvei^ine. H ne faut {kis expliquer un mot de Tacite d'après le sens que ce mot a pris cent cinquante ans après lui.
4. Tacite, Germanie^ 11 : « Audiuntur magis auctoritatc suadendi quam jubendi potestatc. »
hommes libres exerce, emploie le mot arhilrium^ et non pas auctoritas\ Cherchez dans toute la langue latine un exemple où le mot auctoritas se dise du peuple votant une loi ou d'un tribunal prononçant un arrêt, vous n'en trouverez pas. Parmi les différentes significations de ce terme, si nous écartons celles qui ne sont visiblement pas applicables ici, il en reste trois entre lesquelles on peut choisir :
1** Auctoritas peut signifier l'autorité morale dont un homme jouit, son crédit, sa considération. Si Ton adopte ce sens, la pensée de Tacite est que les compagnons ont par leur nombre une autorité morale que le juge tout seul n'aurait pas. Cela ne veut pas dire que ces hommes soient les vrais juges et qu'ils imposent leur verdict. Cela signifie seulement que leur présence auprès du juge ajoute de la valeur à ses arrêts.
Cette interprétation qui, à première vue, parait si naturelle, n'est pas sans inspirer quelque scrupule à un esprit attentif. C'est que le mot auclorilaSy lorsqu'il a cette signification se présente toujours sous des formes telles que celles-ci : valere auctontale^ vir magnx amtoritatis^ vincere auctoritate aliqitem; mais ce qu'on ne trouve jamais, c'est qu'un homme soit auctoritas. Or, la phrase de Tacite est comités auctoritas sunt. 11 serait d'une langue plus qu'étrange que Tacite eût dit : ces compagnons sont la considération du chef. Il n'est pas un latiniste qui n'hésitât à lui attribuer une telle manière de parler.
2° Le second sens du mot est celui d'avis préalable. Ainsi, l'on disait senatus auctoritas pour désigner une opinion officiellement exprimée par le Sénat en attendant une loi à faire. Ce n'était pas une décision définitive; mais cela préparait la décision que devaient prendre les comices*. Si l'on
1. Tacite, Geitrianie, 1 1 : « La quorum peacs plcbem arbitrium est. »
2. Sur ce sens du mot auciorûax^ vovez surtout Cicéron, Ad famiUareB^ VIII, 8; I, 2; Pro Sexlio, 65; Pro lege Manilia, 21 et 22; De senectuie, 4; Tite Live, XLIÏ, 21. — Il est bon de remarquer qu'au temps de Tacite et |iar suite des changements dans Tordre politi(|ue. cette signification du mot auctorilas tendait à disjmi-aitre.