I. DR CEUX qu'on appelait RACHIMBOURGS
Voici un terme qui se rencontre dans les lois franques; il ne se trouve dans aucune aulre des législations germaniques. On ne le voit ni chez les Burgondes, ni chez les Goths, ni chez les Lombards, ni chez les Bavarois, ni chez les Saxons. Il n'appartient qu'à la langue de la société mérovingienne.
On le lit quatre fois dans la Loi salique, trois fois dans la Loi des Bipuaires, une fois dans TÉdit de Chilpéric. Il n'est pas chez les écrivains. On ne le rencontre pas non plus dans les chartes. Il n'est qu'une fois dans les formules d'Anjou; il manque dans les formules de Tours, de Bourges, et même dans le recueil de Marculfe ; c'est surtout dans les formules du huitième siècle qu'il est fréquent.
On en a cherché l'étymologie. Par malheur, on ne sait même pas comment il s'écrivait. Dans les manuscrits, il se présente sous les formes les plus diverses, depuis rationeburies et radniburdi jusqu'à ralhimburgi et rachimbuTgn\ On n'a pas hésité à dire qu'il vient d'une source germanique, et cela est fort vraisemblable, quoique le mot ne se retrouve dans aucun des dialectes allemands. Il
1. Le manuscrit dcWolfenbttttcl, qui est le plus ancien qu'on ait de la Loi salique et qui est du huitième siècle, porte raciniburgius; Munich, rachymburgiitt ; Paris 4i04, rachineburgim; Paris 9655, rationeburgius et rationeburiws. La formule d*Anjou 50 porte racinihurdit.
a d'ailleurs été facile de trouver dans Tancien allemand deux radicaux qui répondissent aux deux sons principaux qui sont contenus dans le mot rachimbourg. Ces deux radicaux peuvent être rechl^ droit, et bergherij garder; ou encore ragin^ arrêt, et burgenj garantir, ou encore rek^ rig^ grand, et borg^ caution*. Mais la vraie méthode historique tient peu de compte des étymologies, quand elles sont si incertaines. C'est seulement à l'étude des textes que nous demanderons ce qu'étaient les rachimbourgs.
Pour ne rien préjuger, mettons-nous d'abord sous les yeux les phrases où le mot se présente. On lit dans la Loi salique : « que le graf réunisse avec lui sept rachimbourgs )) ; ailleurs : « Si quelqu'un a refusé de venir au mallus ou a différé de remplir ce qui aura été décidé par les rachimbourgs » ; ailleurs encore : « Si les rachimbourgs qui siègent au mallus, lorsqu'on juge une cause entre deux hommes, ont refusé de dire la loi*. » Le code des Ripuaires parle d'un homme qui doit prêter un serment devant le comte avec sept rachimbourgs ; elle mentionne aussi le cas où un plaideur poursuit une cause et où les rachimbourgs refusent de prononcer'. Les formules d'actes sont naturellement plus explicites : « Est fait savoir que tel homme, dans la cité d'Angers, a comparu devant tel comte et les autres rachimbourgs qui étaient avec ce comte, lesquels ont apposé leurs noms et leurs sceaux au bas du présent acte^» ; ou encore : « Est fait savoir comment et en présence de qui, tel homme s'est présenté, dans telle cilé, en présence de
1. Grïmm f Rechisalterthûmerf p. 774; Mullenhof^à la suite deWaitz, dot aile Rechtf p. 291 ; Sohin, Reichs und Gerichit Yerfassung^ p. 375; Kern, à la suite (ie Véd. liesscls, § 240. Cf. Savigny, Hitt. du droit rom., trad., t. I, p. 168.