COLONS AMENÉS DE GERMANIE
leur dignité d'hommes libres. Mais ils n'étaicnl pos non plus des citoyens romains, et par conséquent il y avait des droits qui ne leur étaient pas accessibles. Cultivant donc le sol d'autrui, ils s'y trouvèrent dans une situation intermédiaire et mal définie, mal garantie, qui pouvait ressembler assez au colonat.
A côlé de ceux qui vinrent ainsi pacifiquement, d'autres furent amenés de force. On sait bien que les armées romaines, pendant ces quatre siècles, pénétrèrent souvent en Germanie, et n'y furent pas toujours battues. Souvent victorieuses, elles ^ en ramenaient une population captive. Nous venons de voir que, des plus robustes de ces prisonniers, l'empire fit des soldats à son service; des autres, il fit des colons au service de la terre. Quelquefois, mais plus rarement, il en fit des artisans ou des manœuvres *.
Qu'on lise dans Vopiscus, dans Zosinie, dans Ammien, toutes ces guerres des Romains et des Germains au troisième et au quatrième siècle; qu'on les lise surtout sans les préventions que tant d'esprits portent en ces sujets; qu'on les voie telles que les écrivains du temps les racontent, et non pas telles que l'esprit moderne veut se les figurer ; et l'on fera cette singulière remarque que ni les Germains ne pensaient aloi's à conquérir l'empire ni les Romains à conquérir la Germanie, mais qu'on ne songeait guère, de l'un comme de l'autre côté, qu'à se piller mutuellement. C'était une suite d'incursions réciproques et de razzias à tour de rôle. Une bande germaine pénétrait dans une province par la frontière non gardée; elle s'avançait le plus loin possible, surprenait les villages et les villes, et re-
1. Synésius, De regnOf ad Arcadiumj c. '2*2, édit. de 1651, p. 23 : ^kK%; ctxoç lù 7;pâr7wv IscuOtxôv f^ii tôv ^oôXov, x*i 6 Tfaïrtî^OTro'.bç xai i «ipi tov iït/Ôv xat 6 aaçcf ix^spc; ïxwdri; hrh ixâ<rr«. — C'est par des prisonniers francs que la ville d'Autun fit reconstruire plusieui's de ses monuments (Eumène, Panegyricus Comtanlio Cœsan, 21, cf. c. 17-20). — On ne sait d'où vient la rcpulatidn des Burgundes comme maçons. Soci-ate, qui écrivait vers 440, dit qu'ils louaient leurs services pour la construction des maisons, et qu'ils vivaient de ce métier (Histoire ecclésiastique, VU, 50) : tsxtovi; <ixi^ôt natvTt;, U raû-nj;
48 LK COLONAT KOMALN.
tournait bien vite dans son pays en emportant de Tor, de l'argent, des étoffes, des meubles, et aussi des esclaves ruraux qu'on obligeait à cultiver la terre en Germanie. De même, et presque aussi souvent, une troupe romaine se portait du côté où on ne l'attendait pas, pénétrait en Germanie; officiers et soldats faisaient du butin', et l'armée repassait la frontière en rapportant ce que la Germanie pouvait donner, c'est-à-dire des chevaux, des bœufs, et surtout des hommes. Gette dernière marchandise était d'un bon prix et d'un placement facile; car les propriétaires avaient besoin de cultivateurs, et ils se plaignaient de manquer de bras. Le gouvernement sentait que, pour la prospérité génc'*rale et aussi dans l'intérêt de ses finances, il fallait amener I)eaucoup de Germains. Depuis Claude II jusqu'à Julien et Valentinien H, l'un des principaux objets de la politique impériale fut d'aller chercher des hommes au dehors pour les donner à l'agriculture.
C'est ainsi que Dioclétien et Maximien, «< ayant mis en sujétion les Carpes et les Bastarnes, amenèrent des multitudes de ciiptifs qu'ils placèrent sur le territoire de l'empire'». C'est ainsi que Constance Chlore, plusieurs fois vainqueur des Germains, (c qui se rendaient à lui à discrétion », introduisit en Gaule beaucoup de laboureurs. «^ Il les plaça, dit un contemporain, sur les terres qui manquaient de bras et les obligea à cultiver le sol à titit; de servileurs\)>
!. Vovo/ d(»H exoinples dans Jiilius (lapitoliiius, Majriminij 1*2; Vo|»isrii>, rrobus.^iTK 14, i:i; Ammieu MaicHlin, WU, 10; XVU. lï; WHI. 'i. It»; \I\, \\ ; WVn, 10, 7; \\\. 5, 1. Aiiimion m* phiiut quelquefois de cel es|»nl lie pillage que les Romains purtaient eu (iemiauie (XVIU, ^, 7 ; X\l\. 4. ô).
t2. Eutrujie, l\, *iô : « Di(M*le(ianus et Maximiauus, CarpisetBaslaraissuliactis. liaruin uationuiii iugentes copias eaptivoruin in Romanis finibus l(H*averunt. »
.). Euniêue, Panegyrîcus Comtantio Cinari dictut, r. 8 : o Nequo illa* Tniuiles I(M*ot'uni nrc iNM-fugia silvaruni liarbaros tegerc polucrunt, quoniiuus ditioni tu:e onines st'sr dedere cogerentur et cuni ronjugiis ac liberis ad loea ulîjn déserta trausireut ut. qua* rnrtasse ipsi depnedaDdo vastaveraul, cilt.v hkuderknt sf.miemh). » — Pour comprendre leH textes tirés des Pancinjriqueu^ il faut tenir compte du ton et du style qui étaient uiitës dans ces sortes di* discours acailémiques. Il y aurait autant d'inexactitude k croire tout qu'à ne rien croire. C'est l'étude de tous les textes divers de l'époque qui enseigne la mesure qu'il faut garder.