COLONS AMENÉS DE GERMANIE
« Nous avons vu de nos yeux et nous voyons encore, dit ce môme écrivain, de longues iilcs de ces barbares prisonniers qui attendent que le gouvernement les distribue aux propriétaires des provinces pour être leurs serviteurs et cultiver leurs champs qui manquent de bras*. » « Voyez ce Chamave, ajoute-t-il, il laboure pour moi; ravageur hier, il est aujourd'hui un bon manœuvre, et le travail rend ses mains calleuses*. » Grâce à ces victoires du prince, l'agriculture de la Gaule est redevenue florissante; « le prix du blé baisse'». Les territoires d'Amiens, de fieauvais, de Troyes, n'avaient pas assez de laboureurs ; ils sont riches aujourd'hui par le travail du cultivateur barbare*. Eumène, sous cette forme oratoire, exprime la joie très réelle et très naturelle qu'éprouvaient les propriétaires en vi)yant le nombre des bras augmenter pour la culture.
Âmmien Marcellin raconte en témoin oculaire un événement qui explique bien ces pratiques et où nous pouvons saisir les pensées des hommes. On annonce un jour à l'empereur Constance II qu'un peuple barbare, les Limigantes, fait une incursion. Il réunit à la haie ce qu'il a sous la main de troupes prêtes, et court à l'ennemi. Les Limigantes aussitôt <c demandent grâce et supplient Tempereur de les placer sur des terres aussi éloignées qu'il voudra; ils promettent d'y vivre tranquilles sous le nom de tributaires et
1. Eumène, 9: « Nunc vidimus et vidoinus lotis porlicibus civitatum scdcre captiva agmina barbarorum.... atquc hos uinnes provincialibus veslris ad obscquium distributos, donec ad destinatos sibi cultus solitudinum duccrcntur. » — Il ne faut pas prendre à la lettre le mot solitudinum; pas plus que déserta rura, il ne signifie des terres absolument désertes ; dans la langue du temps, où les mots ont perdu leur vrai sens jxir suite de l'exagération qu'on en a faite, ces cx{)ressions se disent simplement de terres où il n*y a pas assez d'iionunes pour la culture. J'en dirai autant de arva jacentia^ qui signiGe yvoprement terres en jacbère, et qui se dit à cette é|)oque de toutes terres insufHsammcnt cultivées, c'est-à-dire de domaines où il y a trop peu de colons.
2. Ibid,, 9 : « Arat ergo nunc mibi Chamavus et Frisius, et ille vagus, ille deprtedator exercilio squalidus operatur. »