‹ Recherches sur quelques problèmes d'histoireChapitre 18 sur 178 · ïhid, : « Cultor barbarus laxat annonam · texte numérisé non relu

ïhid, : « Cultor barbarus laxat annonam

\, Ibid.j 21 : « Nunc per victorias tuas, quidquid infrequens Ambiano et Bcllovaco et Tricassino solo reslabat, barbare cul tore revirescit. »

50 LE COLOiNAT ROMAIN'.

avec les charges que ce nom comporte * ». Comme celte demande n'avait rien d'insolite, l'empereur la crut sincère. 11 se rendit avec quelques officiers au milieu des barbares pour recevoir leur soumission et prendre en quelque sorte possession d'eux. II comptait, dit l'iiislorien, « faire le gain d'une nombreuse population de travailleurs » et aussi « de fortes recrues de conscrits'». Voilà bien la penséedu gouvernement impérial. Il est vrai que la suite de l'événement ne répondit pas à ce début. L'empereur ayant commis l'imprudence de se rendre presque seul au milieu des barbares, ceux-ci essayèrent de le tuer. Il échappa à grand'peinc et revint vers ses trouiHîs. Celles-ci, furieuses, se ruèrent sur les barbares, cl les massacrèrent jusqu'au dernier. Pas un n'échappa, et c( ceux mûmes qui se rendirent à discrétion furent égorgés sans pitié parles légionnaires ». Ce qu'il faut noter comme caractéristique dans ce récit, c^ n'est pas ce massacre, ce n'est pas non plus la trahison des barbares ; c'est que ces barbares avaient demandé ^c à recevoir des terres à cultiver, n'importe où, et moyennant les charges inhérentes au nom de tributaires », et que l'empereur s'éfait réjoui de les prendre à celle condition et de gagner ainsi des colons et des soldats. Or ce nom de tributaires est précisément celui que l'on donnait alors aux colons^. C'était donc une chose ordinaire que les barbares acceptassent celle condition, et c'était un des traits de la politique impériale de les y recevoir.

Ix'. même historien nous montre Julien transformant des barbares qui jusqu'alors n'avaient fait que ravager en if tributaires payant redevance* ». Kn 370, une troupe d'Ala-

1. Aiiiiiiii'ii Miiivcllii), \1\, il, (i : (• lViiiri|iOiii rsonihant in veiiiaiii olisocranto.... {Kirali inlra .spalia orliis Kiniiani, si iil phinuTil, terras susri|irrr loii<;(' iliMMvIas, ut (liiiliiriKi olio iii\oliili rt quictoiii ooltMiirs, tritMilarioriitii oiirra Mi^liniMciit cl iioiiicn. -> - Le mmh dt* sitxcipcre terrai nvsi [ms doiitriix ici. l/rx|ir(>v>ioii sr irti-DiiM' iraillciirs, r| a|i|>li((ut'<> à ilrs colous, dans uno loi iU* ValcnliniiMi II mi ('.ml' Jusiuiicn, niil. krn;4n\ \l. M, «'t M* i8, ^i.*).

'J. //'/'/.; • (!iuir|i»> :iiliiiivit. a\iilil.tlc lialifndi inrrnMiji.... quud ]irololarios lih r.iliilin- |iliiifN, cl liiiM'iiii.i rii::rri* |Miti>rit validissiiiia. »

Ti. CsOtlr ÏUnnhisivn, \. I*J, '.', ;< -J. Code Juxtinirn, \L i". 1*2; M, j.'. 3.

4. Aiiiiii- M<ui clliii. \\. i. I : ' :i !-arltan<t (|Uos tribulariosi'oi'itctvecligalcs. •»

COLQiNS AMExNÉS DE GERMANIE. 5i

mans ayant été vaincue, ceux d'entre eux qui furent pris furent placés par ordre de l'empereur sur des champs de la vallée du Pô et « les cultivèrent à titre de tributaires* ». C'est ainsi encore qu'un général de Valons ayant détruit en Thrace une troupe de Gotlis, tous ceux qui ne furent pas massacrés furent relégués sur les terres de quelques cités d'Italie « pour y cultiver les champs' ».

Qu'on ne se fasse pas illusion sur la nature de ces concessions de terre. Notre esprit moderne, habitué aux pratiques de la petite propriété, se figure d'abord que ces Germains deviennent de petits propriétaires en même temps que des cultivateurs. Mais il faut faire attention que le quatrième siècle est un temps de très grande propriété, un temps où chaque propriétaire avait sous lui des centaines et des milliers de cultivateurs. Aussi la langue de ce siècle ne confondelle jamais le cultivateur et le propriétaire. Elle n'en fait jamais un seul homme. L'un est appelé cuUoi\ l'autre ilominus ou poi^scssor. Il n'y a dans cotte langue aucune confusion possible entre le premier et le second. Quand les écrivains du quatrième siècle nous disent que les barbares c< cultivent », qu'ils^ prennent la terre pour cultiver », qu'ils deviennent « des cultivateurs », cela implique, dans la langue qu'ils emploient et avec les habitudes de leur esprit, que ces barbares ne sont pas [iropriétaires. Glaudien dit de ces Germains qu'ils demandaient « qu'on leur concédât la terre pour y vivre comme colons' ».

Souvent ces barbares étaient placés par groupes sur les vastes espaces du domaine impérial. Ils y formaient des villages dans lesquels ils se perpétuaient de père en lils. Souvent aussi, le gouvernement les réparlissait enlre les

1. Ainin. Marcollin, XXVIll, 5, 15 : « Ahmiannos molu tlisporsos ad^ressus Thcodosius, piuribus c.Tsis, quoscuui{ii(' cepil ad lUiliain inisiU ubi, iorlilibus pagis acceptis, jain trihularii circuiiicolunt Padiiin. »

2. Ibid.f XXXI, 9, i : « Tmcidassel oiiines ad uniuii ni ohUîstatus preco suporstitibiis pcpercissel; vivosquo omncs circa Miitiuaiii Hegiuinqiio el Parinam, Italica oppida, rui*a cultures cxtei niinavit. ))

3. Claudien, !n Euiropiwu, H, v. 5J05 : n conccssoque cupilvixissc colonus. »

villes', ou bien encore il les distribuait entre les grands propriétaires.

Lorsqu'il les distribuait aux particuliers, il devait promulguer en môme temps un arrêté par lequel il fixait la condition de ces hommes et leurs relations avec les propriétaires. Un de ces arrêtés nous a été conservé. Il date de Tannée 409. Il concerne une nation barbare, du nom de Scyrcs; le peuple et le nom ont disparu depuis, précisément à la suite de Tévénemcnt dont il est fait mention ici. Voici la teneur de l'acte impérial : « La nation barbare des Scyres est entrée dans notre sujétion. En conséquence, nous accordons à tous les propriétaires la faculté de garnir leurs terres d'hommes de ce peuple*. La distribution s'en fera par les soins du préfet du prétoire entre tous ceux qui en feront la demande'. Nous y mettons cette condition que les propriétaires sachent bien que ces hommes ne seront chez eux qu'à litre de colons, jure colonalu$. Aucun de ces colons, une fois qu'il aura été attribué à un propriétaire, ne pourra plus le cpiitter; aucun autre propriétaire ne pourra l'attirer chez lui; s'il fuit, nul ne devra le rec<noir, sous les peines qui sont édictées contre ceux qui reçoivent les colons d'autrui. D'autre pari, les pro|)riétaires n'exigeront d'eux qu'un travail d'hommes libres; ils n'auront pas le droit de faire d'eux des esclaves, et ils ne devront pas non plus les attacher à d'aulres travaux qu'aux travaux agricoles. A cause des besoins actuels de la culturis il sera permis de les retenir dans les provinces transmaritimes et de les iixer ensuite à demeure per|>étuelle*. >

Wnt. ccdés,, IX, ô.

'J. O/r/c Tlh'odosicn^ niil. ILnii*!. V, i, ." : - S*'\iaN, hurliaraiti iiatioiinii.... iiiipciid iiosti'u MilM>i>iii)iiN. Iili'oipic ilaiiiii^ oiiiiiibit» copiaiii ex pnedicUi ^(Mitc. Iiuiiiiiiuiii a^i'os |»i-o|ii-i<)^ rn'i|iirutaiiili. ■>

Ti. Ihui. : » Ita ut \u'v IiIn1I<is snlrm luaiii (l'aiivl/* iiii|MM'ial (*>t :i<liv>s<'' au |iivit*t tlu |iii''ti>liv) ail«'uulil)us )ii^ i|ui >nluoi-iut, )mt traiiMuarinas ]in)\inrias (Miruni iliviriliulio fiai. »

i. Ihiti. : >. lia ul ouiiio vri.iiit viiM'i'jitns unu aliojun* (|uaiii('ul(iiiatusa|iUii sf futuitis. nulli(|iii* li(-(M(*c\ loi' i:iMii>ii' nijontinuii al> ru cui seuifl attiiliutî fuc-

COLONS AMENÉS DE GERMANIE. hô

Ce langage du gouverneraent est significatif, et la précaution qu'il prend de défendre aux propriétaires d'asservir ces barbares, laisse voir combien ils dépendaient de ces propriétaires et combien leur liberté était débile. Il ne fixe pas d'autres conditions, et moyennant qu'on n'exige pas d'eux un service domestique, il semble qu'on puisse tout exiger de ces hommes qui ne peuvent en aucune façon se dérober au travail agricole ni changer de domaine. Voilà donc tout un petit peuple barbare qui, devenu sujet, va être dispersé dans les provinces, disséminé entre des propriétaires, et qui, perdant sa qualité de peuple et son nom, vivra à l'état de colons perpétuels. Celte opération, dont nous trouvons une description si nette, grâce à un acte administratif échappé à la destruction *, est la même que pratiquèrent les empereurs dont nous venons de parler, Marc Aurèle, Claude II, Probus, Dioclétien, Constance Chlore, Julien. C'est une opération qui s'est renouvelée incessamment pendant deux siècles; et il est ainsi entré sur la terre romaine un nombre incalculable de Germains, qui ne furent ni des propriétaires ni des esclaves, mais qui furent des cultivateurs. On ne pouvait songer à faire d'eux des fermiers par contrat et à bail temporaire; on fit d'eux des colons. Par là, on s'assurait contre leur humeur vagabonde, eton lesprotégait eux-mêmes contre la misère et l'asservissement. Lecolonatétaitce qui se conciliait le mieux avec l'ordre public et avec leur propre intérêt. Chacun d'eux eut sa terre à laquelle il dut son travail, et il fut également interdit, à eux de quitter leurs champs, au propriétaire de les expulser

rint vol fraude nliquoin abducerc vel fugientcm susci|UTe, picna proposila qunc rocipicQtes alicnis consihus adsrriptos vel non proprios colonos inseqtiitiir. Opéra auteni coruiii terranim domini libei*a iilantiir.... uulli({uc liceat a jure census ad servitutem Indiere urhanisve obsecpiiis addicere.... Liceat, pro rei frunienlarii-c angustiis. in <[uibuslibet jiroviuriis transinarinis tantununodo eos rctinere et postea in s<»jles perpétuas collocitre. »

i. Ce fragment a été découvert eu 18'23 par Ainédée Peyi-ou; voyez Téditioii IlToel. p. 4Ô9.

CHAPITRi: IV

Des tenures serviles.

Quilloiis un moment le colonat, et portons notre élude .sur un usage qui s'est établi vers le môme temps et qui n*a pas été sans rapport avec lui. Nous voulons parler de la lenure servile. Voici encore un usage dont les hisloriens anciens ne disent rien et dont les jurisconsultes s'occupent peu. 11 a tenu pourtant une grande place dans la vie des hommes, et peut-élre a-t-il exera^ une action considérable sur la marche des sociétés.

Pendant longtemps, la pratique la plus fréquente, sur les grands domaines de l'empire romain, avait été de faire travailler en commun la troupe des esclaves, familia rn$tira. Cette familia était répartie en petits grou|)es qu'on appelait (Icruriir; il y avait des décuries de laboureurs, des décuries de vignerons, de bergei*s, d'ouvriers ; chaque décurie avait son chef qui conduisait et surveillait l'ouvrage, magister oi)crarnm\ Au-dessus de tous vos groupes était le rillivus qui dirigeait l'ensemble des travaux, assisté d'un actar pour la surveillance du personnel, et iV un procura lor pour la tenue des livres. Le groupe des esclaves se trans|)ortait chaque jour sur telle ou ti^lle partie du domaine, labourant ici ou la, suivant les ordres qu'il recevait, et il rentrait le soir dans une demeure commune. (]e mode d'ex|)loitation était l'opposé de la tenure servile.

Mais, à roté de cette pratique générale, il s'en établit peu

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