CHAPITRE VIII
Obligations des colons envers le propriétaire. — Devoirs et redevances. --La « coutume de la terre ».
Jusqu'ici nous n'avons guère vu que le colon qui brise son lien et qui essaye de quitter la terre, et c'est de ce colonlà que les Codes s'occupent le plus. Mais, pour comprendre le colonat, il faut l'étudier à l'état normal. Il faut essayer de voir, malgré le piîlit nombre de documents, le colon vivant paisible et obscur sur le domaine.
Il a un maître, et nous voudrions savoir avant tout de quelle nature est l'autorité de ce maître à son égard. On l'appelle dominus; mais nous savons que, dans la langue latine, ce mot avait autant le sens de propriétaii-e que cehiî de maître. Nous devons même faire celte remai'que que, le plus souvent, le mot dominm est accompagné d'un autre mot qui lui donne la signification bien précise de propriétaiie. Ce maître du colon, on no l'appelle fus. dominus coloni, mais dominm fandi, dominus possessionisy ou posscssor ^ .
Est-il réellement le maître du colon ? Vovoz les hésitations du législateur. En 7)05, il n'ose l'appeler que le « patron du
1. « IKuniiio fuiicli tencutiir » (Codr Justinicn, M, «M). — « Doiiiiiii pr.TtliiH ruiii '• (ibid.^ M, 18, .'»). — ^^ Doiniuiis poNsessioiiis cui (ptisst'ssioiii) roloiius iui'nil îiM'npliis » (ifriV/., 1. Tk 20). — « Fundi doiiiiiiiis •• {ibid.. M, iS. ir>). — «< Iiivito atiri (loiiiiiio » [ibid.^ [, 5, hi). — «< Contra voluiitatiMn (liHiiiiKii'iiiii ruiiilttrinii •>, libid., 1. 3, T){\). — Ki>m:injii('/. une loi de 3()(î (|iii. au lieu (1<* (lin* dninini colunorum, dit ii pênes quns fuwlorum dominia sufd (au Code Jiiilinien, M, 18, \). — •- Sindoiii contra dominos trira* d(M'lania\iM-int » (j7»iV/., M, iS.^O). — il (!a\f'ant |»oss«'ssionuiii doniini iu ([uiltus coloni ronsliluti sunt » {ibid., \I. 18, 27). îj 2). — •< l*;noniiitr domino |»r;i'dii »» {ibid., \l. .*»(». 2).
colon* ». Puis Tliéodose Tappellc « patron et maître' »; et c'est seulement Juslinien qui dit que le colon « est en puissance d'un maître S>. C'est qu'au fond cet homme est, pour son colon, un propriétaire * plutôt qu'un maître. Il diffère beaucoup du maître de l'esclave. Celui-ci a acheté la personne elle-môme et dispose d'elle directement et sans réserve. Le maître du colon ne l'a pas acheté, et il n'a pas l'autorité directe sur sa personne. Le colon est le serviteur de la terre et non pas le serviteur d'un homme. Saint Augustin donne, en passant, la défmition du colon, telle sans doute que tous ses contemporains l'auraient donnée : « Nous appelons colons ceux qui doivent leur condition au sol où ils sont nés et qui le cultivent sous l'autorité domaniale d'un propriétaire '^ ».
Il est bien digne de lemarque que les Codes romains, parmi tant de passages où ils parlent du colonat^ ne disent jamais quelles sont les obligations des colons envers leur propriétaire. Ils se contentent d'exiger leur présence sur le sol; ils ne vont pas plus loin. Ils ne déterminent jamais ce que les colons doivent y faire.
Est-ce à dire que les rapporls journaliers entre le petit cultivateur et le grand propriétaire soient réglés arbitrairement par celui-ci? Le colon est-il obligé, comme l'esclave, d'obéir à tous les ordres ? Quelques textes, que nous citerons plus loin, montreront que cette supposition ne serait pas fondée. Le colon, d'ailleurs, n'est jamais un esclave. C'est