‹ Recherches sur quelques problèmes d'histoireChapitre 48 sur 178 · Voy. plus haut, page · texte numérisé non relu

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4. Uagrarium se trouvti lueulionné aussi dans la charla jEgliberlif de 692, Diplomata^ n'* -427 et dans la Formule de Marculfe, II, 50.

iTicntionnccs dans le documcnl du second siècle. Cela peut tenir soit à ce que ce document du second siècle, par sa nature même, n'avait pas à énumérer toutes les charges du colon*, soit à ce que les charges se seraient aggravées entre le second siècle et le sixième. L'Église, en établissant ses lenures colonaires en Germanie, put fixer quelques conditions qui avaient été inconnues ou qui n'avaient été que d'un usage restreint au temps de l'empire.

Charlemagnc ne fit aucune loi sur les colons, et il n'avait pas à en faire. Mais il voulut connaître l'état des terres et l'état des personnes dans son empire. Il ordonna qu'il fût fait, de chaque domaine, un court inventaire où fût marqué, avec l'étendue et la nature des terres, l'état social de chaque habitant. Ses instructions furent exécutées sur les domaines du fisc, sur ceux des monastères et ceux des évéchés; nous ne savons pas si elles s'étendirent aux propriétés particulières*.

Des milliers de domaines eurent ainsi leur « description ». C'est le nom dont on se servit sous Charlemagne"*, et ce terme était celui dont on s'était servi sous l'empire romain pour désigner le cadastre où chaque dom.iine avait sa page et où chaque colon était « ascrit ». Comme l'Église n'avait jamais perdu l'usage de cette sorle d'inventaires, on peut penser que ceux qui furent rédigés sous Charlemagne ressemblèrent, au moins quant aux formes, à ceux des temps antérieurs. On y indiqua d'abord l'étendue de la parlio réservée au propriétaire et qu'on appelait le manswH domini^

1 . La supplique (les paysans el la ir|N)nsr de IViiiprrour iraraieiit à indiquer, parmi les rhaiyes, que relhvs sur lesi|ue|]es des al)us avaient été eomuiis. Aussi avons-nous dit que ee doruninil nou> laissait ignorer bien des eôtés du ridonat.

1\ (*es ordres fun^nl donnés p:ir (!liarl(>nia';ne devenu ein|HM*eur. Ils furent rxéeutés dans les premières années ilu neuvième sièele. .Nous savons la date de re\éeuii(m du travail dans (piclqnes aldiayes : « Anno Irigesimo quarto re>n)anl<' kaiido re«re », est-il dit dans un acte de ju^fement de 8^8 relatif aux eolons d'Antoitrué, dans TapinMidire au Polyptyque trirminon, p. 7ti*i.

.". Voyez ee jugement de 828 : « Deseriptioncm ohiulerunt ad n'le;:endnm. » Le mol dettcriptio s'y Inmve irpél«*' ipiatre lois.

cattiSj ainsi que la nature des terres en champs, vignes, prés et bois, qui le composaient. On énuméra ensuite les manses plus petits qui étaient aux mains des tenanciers. Si la « description » était bien faite, elle indiquait la contenance de chaque manse en terre de labour, en vigne, ou en pré, le nom du tenancier, celui de sa femme, ceux de ses enfants. Ce qui était surtout marqué avec la plus grande précision, c'étaient les redevances de chaque tenancier et les services auxquels il était obligé*.

Les descriptions des divers domaines d'un même propriétaire, par exemple d'une abbaye, étaient réunies dans un registre à plusieurs feuillets que Ton appelait un polyptyque. Le nom est ancien comme la chose. Il y avait eu des polyptyques sous l'empire romain, et l'Église n'avait jamais cessé d'en avoir \ Ceux qui furent dressés suivant les ordres de Charlemagne n'ont pas été complètement perdus pour nous. Il nous est resté des fragments des polyptyques de Saint-Amand, de Saint-Maur les Fossés, deCorbie'*, et une sorte d'exemplaire-type de ceux qui furent établis pour les domaines fiscaux \ Deux polyptyques presque entiers nous ont été conservés, celui de l'abbaye de Saint-Germain des Prés et celui de Saint-Remi de Reims. Le premier a été rédigé sous l'adminiistration de l'abbé Irminon, dans les dernières années du règne de Charlemagne. Celui de Saint- Remi n'est pas antérieur au règne de Charles le Chauve et à l'épiscopat d'IIincmar*^; mais il me semble qu'il reproduit, sauf le changement des noms des tenanciers et quelques additions, le registre que Charlemagne avait ordonné

1. Polyptyque ât Irminon, p. 515 : « Descripliouein... in qiia continebaf ui*. . . qiii<l por singula inansa ex ipsa cmio iIcsoIvlm-i' dcliebaut. »

2. Code Thcodosien, XI, 20, 2; XI, 28, 15. — Vég<Vo, De re milil., H, 10. — Cassio(l(»rL% Letlres^ V, ii ol 50. — (iréjjoii'o le Gitiuri, Lettres, IX, 40. Formules <le Marculfe, I, 10.

5. Ils ont ôté publiés par B. Gurranl, à la suito du Polyptyque de Saint- Germain^ p. 202, 285, 50G-5iO, 50(), v\. à la siiilc des Proléyornènes, p. 925.

4. Spécimen breviarii rerum fiscalium Caroli Magni, à la suite du Polyptyque de Saint-Germain, p. 200-505.

ô. Cela a été démontré par B. Guérard, Préface, p. 7-8,

d'écrire ; il est ce même registre mis à jour après un demisiècle, avec les changements que le lemps avait amenés dans la population*. La lecture de ces deux polyptyques a été rendue facile grâce à l'admirable élude qui en a été faite par Benjamin Guérard, l'un des vrais érudits de l'Europe en notre siècle. Ils sont d'un prix inestimable pour l'historien qui veut savoir comment vivait une société. Nous n'y chercherons, en ce moment, que l'état des colons.

Il n'y a presque pas une page où quelques colons ne soient inscrits. Non seulement la classe des colons a subsisté, mais elle est la plus nombreuse dans les campagnes. On peut calculer que, sur environ trois mille deux cents familles mentionnées dans le Polyptyqu>e de Saint-Germain , il y en a plus de deux mille qui sont dans le colonat.

D'autres classes de paysans cohabitent avec les colons. Ce sont des serfs ou des lides. Auprès du nom de chaque homme et de chaque femme le rédacteur du registre a inscrit sa condition. Ce soin même nous prouve que le colon était resté très différent du serf et même de l'affranchi. Pas plus au neuvième siècle qu'au quatrième le colon ne se confondait avec l'esclave. En pratique, on reconnaît à certains signes que la distinction entre eux commençait à s'afTaiblir*. En droit, elle subsistait tout entière.

Il est digne de remarque que dans le registre de Saint- Remi le colon n'est pas appelé co/o/n/«. Il est presque toujours désigné par le terme iyujenum. On commettrait une grande erreur en traduisant ce mot par homme libœ. Quiconque est familier avec la langue de cette époque sait que bien des termes avaient un sens de convention que

i. D*aineui*s, lo nMladmir rontoiiiponiin (niinciiiar avait ou le soin dr laisser «les pajres lilanchos. iWdvv à cctto prtVaiition, 1rs su(toss('ui*s «riliiiriiiar ont fonu le rr<:is(n^ au counut ; ils y oiit ajouté los donations ou a('(|uisitions nouvelles; cVst jxuu' cette rai>on (|iie lo {'ol\|ity(|ue contient des jwjres écrites au dixième siècle.

2. C'est ainsi que le colon occu|)e sou\eiit un manse servile, et le serf un manse de colon, l'n autre si«rne de ra|){iroclie de la confusion des i\vux classes csl la fréquence des mariages mixte<.

Tusage seul déterminait. L'homme qui, dans un millier d'articles du registre de Saint-Remi, est appelé iïigmuus y est visiblement semblable à celui qui est appelé cohnus dans deux mille articles du registre de Saint-Germain. Tous les deux sont également tenanciers et dans des conditions identiques; ils payent les mêmes redevances, font les mêmes travaux, sont soumis aux mêmes corvées*.

Les codes romains avaient déjà parlé de Vinrienuitas des colons; ils avaient dit « qu'on savait bien qu'ils étaient ingenui ». Il n'est pas étonnant que ce mot ait servi à les distinguer des serfs. Serfs et colons vivaient ensemble, également tenanciei*s, soumis à des charges à peu près égales; la principale différence entre eux était cette ingé^ nuité. Il était donc assez naturel qu'on les distinguât les uns des autres par la différence qui était la plus visible. Les colons tinrent à cette qualification d^ingenuiy et elle se conserva dans quelques provinces. Elle n'est pas particulière aux domaines de l'abbave de Saint-Remi ; on la trouve dans le Polyptyque de l'abbaye de Sithiu ; les colons y sont désignés par le mot iiigenuiy les femmes colones par le mot ingenux*. Je suis même porté à croire que l'expression fut, en ce sens, d'un usage très général ; car presque partout la lenure de colon s'appelait un manse ingénuile, ce qui ne signiûait pas autre chose qu'un manse colonaire. Ces manières de parler, qui datent sans doute de fort loin, ont une signification qui n'échappe pas à l'historien.

La condition de colon était héréditaire; cela est visible dans nos polyptyques, quoique cela ne soit jamais dit'. Ces familles de colons dont les registres nous donnent la liste,

1. L*i(IoDtilc du colonu» do Suiut-(i(M*iiiaiu et do Vingenuui de Suint-Remi a ôiù dêixnmiivv. par (iiiérard, Préface du Polyptyque de Saint-Remi^ pp. 14, 15. La comparaison dos doux {Kilyptyquos ne laisse aucun doute sur ce (NiiuL Pour un seul de ces domaines, le viugt-huitième, le l'ogistre emploie le mot cohnus.

2. Polyptyque de Sithiu, à la suite du Polyptyque de Saint-Germain, \u 292 : « Servi faciuut iu ebdomada dios 5, ingonui dies 2. Ancillx faciunl ladmones 9, et illuï ingonux feminaî 7. )) De même, pp. 294 t;t 295.

5. Cela se trouve indiqu<-> indireclement; quand un manse devient vacant, lo rédacteur écrit : deesi hères {Polyptyque d'irminon. XIV, 59-42).

sont éUiblics là depuis un temps déjà long et dont on n*a môme plus le souvenir. Ceux qui cultivent, par exemple, le domaine de Vitriacus descendent de ceux qui le cultivaient déjà au temps où le domaine appartenait à Ëleuthérius et à Kusébia. Il y a donc deux siècles et demi, pour le moins, que leurs familles sont établies sur cette terre. Dans beaucoup d'articles nous voyons que le rédacteur signale avec soin un homme qu'il qualifie extraneuSy advena ou foremhy c'est-à-dire qui vient du dehors, et qui est le premier de sa famille sur le domaine*. Ce soin môme d'indiquer un cas exceptionnel montre que les autres hommes sont sur le domaine depuis longtemps ; ils y sont nés et descendent de colons anciens.

A l'hérédité du colonat correspond l'hérédité de la tenure. Cela n'est pas écrit expressément, parce qu'on n'écrit pas sur des registres de comptes une vérité banale et indiscutée ; mais la lecture de ces polyptyques ne laisse aucun doute à cet égard. Si Ton prend soin d'inscrire les enfants à côté du père sur la tenure, c'est apparemment parce qu'ils y remplaceront un jour leur père. D'autres signes encore nous montrent cette règle d'hérédité. Beaucoup de manses, sans être très étendus, sont pourtant occupés par deux, trois, quatre colons. Ce partage peut avoir plusieurs causes; mais la principale est certainement qu'une famille de colons s'est étendue. Un tenancier est mort laissant plusieurs enfants; ils ont continué d'occuper ensemble la tenure paternelle. Quelquefois le polyptyque note que les deux ou trois occupants sont frères*. Voici un manse qui est tenu par quatre frères et une sœur; aucun d'eux n'est marié; n'est-ce pas que les parents sont morts jeunes et que les enfants sont restés presque en bas Age? Le registre les porte pourtant comme tenanciers. Nous voyons beaucoup

1. Polyptyque d'Irminon, I\, 17,; Ml, i7: MU, 19, tîfi, il; \XI, Tïi, (i4, 81; WIL 2«>; WIV, ôO. L^'s (oremes sont plus noinhivux ilaiis lo Polyptyque de Saint'Itemi. I, 14; IIK 7; NL IG, v\r.

2. Polyptyque dlrminon. \\I, â9; X\H, àO; de Saint-Remi, XI. 2.

LE COLORAT APKÈS L'EMPIIiE. 171

de fcnimes qui tiennent des manses* ; ce sont dôs veuves, et elles continuent d'occuper la terre en commun avec leurs enfants. Il semble môme que les filles héritent; voici, par exemple, un colon qui est mort ne laissant que des filles, au nombre de sept ; un étranger, extraneus, a été autorisé à épouser l'une d'elles, et désormais cet étranger, sa femme et les six sœurs occupent en commun le manse*. Je ne vois pas d'exemple que le propriétaire ait porté atteinte au principe d'hérédité, et il semble bien qu'il laisse prédominer la coutume du partage égal entre enfants. Il est vrai de dire que le manse ne se divise pas pour cela ; aux yeux du propriétaire, il n'y a toujours qu'un seule manse, un seul colon et une redevance \ En principe, il y a plutôt communauté et association entre parents qu'il n'y a de vrai partage.

Les polyptyques montrent clairement quelle était depuis, des siècles la constitution intime de la tenure. Cette lenure^ qui s'appelle un manse, comprend à la fois l'habitation et la terre. L'étendue en est très variable. Il y a des manses de 2 bonniers, c'est-à-dire d'un peu plus de 2 hectares ; il y en a de 5, de 10, de 20, de oO bonniers. Un manse se compose, autant que possible, de plusieurs sortes de terres. Il comprend des champs, un petit pré, une petite vigne ou une houblonnièro *. Il semble que le propriétaire primitif qui a distribué les manses ait visé

i. Polyptyque (rirminon,\\\. il; XIII, !2i; XIV,80; XX, 7S; XXH, 73; de Saint'licmi, XV, 18; XVI, G; XVII, 29-58.

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