Polyptyque (Tlrminon, X, 1-5, 5. Ibid., \l
colons n*est pas exactement la même; mais dans tous; nous trouvons des colons, et dans tous aussi nous voyons un rfominicum que ces colons cultivent. Qu'on cherche l'origine de ce double usage, de cette double institution, en remontant de siècle en siècle, il faudra arriver jusqu'à l'époque où les grandes villx se formèrent; et cette époque est la seconde moitié de l'empire romain. Une étude attentive des faits, que nous n'avons pas à donner ici, montre qu'au troisième et au quatrième siècle la grande propriété avait remplacé presque partout la petite'. Apparemment la grande propriété n'avait pas trouvé de mode d'exploitation plus simple et plus sûr que celui dont le sallm Burunitanm nous donnait déjà un exemple au second siècle, celui qui consistait à diviser le domaine en deux parts, l'une réservée au propriétaire, l'autre distribuée à des tenanciers. Et cela avait précisément concordé avec le grand développement du colonat que Ton remarque au troisième et au quatrième siècle. L'usage des tenures sei*viles et colonaires s'établit donc comme le meilleur moyen d'assurer la culture des grandes propriétés.
Les temps s'écoulèrent, mais chaque domaine, une fois découpé de cette façon, resta immuable. Le partage de la villa en deux et l'existence des colons sont deux faits que nous pouvons suivre parallèlement de génération en génération. Les propriétaires francs qui succédèrent souvent aux propriétaires romains, les propriétaires ecclésiastiques qui remplacèrent souvent les laïques, ne changèrent rien à la constitution intérieure des domaines. Voyez, par exemple, l'abbé de Saint-Germain-des-Prés; il possédait plus de cinquante villxy chacune égale à un village d'aujourd'hui ; il aurait pu s'en réserver deux ou trois intégralement pour en faire de superbes lieux de plaisance, et distribuer toutes les autres, intégralement aussi, entre des tenanciers. Il ne l'a jamais fait. S'il possède cinquante domaines, il a cinquante fois un manse dominical, et cinquante fois une série de mnnses en tcnure. C'est que cette division du domaine était étroitement liée à la constitution du colonat: Au fond, le manse dorai-
nical était cultivé par la tcnure. Toucher à cette constitution intime du domaine, c'eût été d'abord rendre l'exploitation impossible, c'eût été ensuite transformer la condition des bommes qui habitaient ce domaine. Personne ne pensa à une révolution si radicale. Cette division du domaine en deux parts, l'une supérieure, l'autre inférieure, et la première cultivée par la seconde, est peut-être le fait capital de l'histoire de cette période de l'humanité ; il est certainement un des usages sociaux qui ont eu l'influence la plus puissante et la plus longue sur les destinées des hommes et des peuples. Mais notre sujet s'arrête ici. Nous avons cherché tous les faits et tous les textes qui pouvaient nous éclairer sur le colonat romain, aux premiers temps de l'Empire, nous n'avons trouvé que quelques mots comme échappés à Yarron, à Golumelle et à Pline, et quelques règles de droit qui par voie indirecte donnaient naissance au colonat. Au deuxième siècle, une inscription nous a fait entrevoir quelques faits importants, un colon volontairement héréditaire, ce colon s'acquittant par une part de sa récolte et par quelques corvées, le domaine divisé en deux parts, et la part du propriétaire cultivée par le travail des tenanciers. Les écrivains du troisième et du quatrième siècle, en mentionnant les colons amenés de Germanie, nous ont laissé voir que le colonat avait pris alors une extension si rapide, que les populations indigènes de l'Empire n'y avaient pas suffi . Du quatrième et du cinquième siècle, nous avons des lois; mais ces lois ne nous ont montré qu'une partie des règles qui constituaient le colonat. Au moins y avons-nous constaté que ce n'était pas le législateur qui l'avait créé. Nous n'avons pas négligé les documents des âges suivants. Non seulement ils nous ont montré la persistance du colonat, mais ils ont mieux mis en lumière quelques-unes de ses anciennes règles. A défaut des registres terriers de l'empire romain, nous avons étudié les polyptyques du neuvième siècle et nous avons pu y voir le descendant du colon romain, occupant la tenure de ses ancêtres, et s'acquittant, peu s'en faut, par les mêmes redevances et
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par les mêmes travaux sur la terre du maître. Nous avons pu suivre ainsi d*àge en âge le colonat, avec des documents qui deviennent plus nombreux et plus précis de siècle en siècle, mais qui restent toujours insuffisants. Nous ne pensons pas connaître à fond toutes les origines, ni toutes les règles du colonat. Nous n'avons pas résolu toutes les questions qui se rattachent à ce singulier organisme. Nous nous sommes plutôt attaché à poser tous les problèmes et a signaler toutes les difficultés.