‹ Recherches sur quelques problèmes d'histoireChapitre 67 sur 178 · LES GERMAINS ÉTAIENT AGRICULTEURS · texte numérisé non relu

LES GERMAINS ÉTAIENT AGRICULTEURS

encore mangent-ils du pain \ Pline dit qu'ils sèment l'avoine et qu'ils en font une farine dont ils se nourrissent*. Ils font aussi de la bière avec leur blé et leur orge^ Ils cultivent le lin pour en tisser des étoffes*. Voilà bien des indices de l'état agricole.

Il y a d'ailleurs dans Tacite un passage capital où la nature de leurs travaux agricoles est décrite : « Ils ne sont pas de ces vaillants laboureurs qui luttent avec la terre pour lui faire produire plus que sa fertilité naturelle ne comporte, ou qui savent doubler l'étendue du sol par un travail énergique; chez eux, pas de vergers bien plantés, pas de jardins bien arrosés, pas de prairies bien ménagées; ils ne demandent à la terre qu'une moisson de céréales". » C'était peu de chose sans doute en comparaison de l'agriculture savante et intense de l'Italie et de la Gaule ; mais encore é ta il-ce de l'agriculture. Tacite avait même distingue un peuple germain qui surpassait les autres sous ce rapport. « Les Estyens, dit-il, cultivent le blé et les autres productions avec plus d'énergie que l'on n'en attendrait de la

i. César, IV, i : « Nequc roultum frumento, sed maiimam partem lacte alque pccore yivuDt. » VI, 22 : a major pars victus in lacte, caseo, carne consistit. » Pour comprendre cette remarque de Cësar et no la pas prendre à faux, on doit songer que la grande majorité de la population italienne vivait presque exclusivement de pain. La farine faisait presque toute la nourriture du soldat romain. César parle et pense par comparaison. La prédominance de la viande, du laitage, du beurre (cf. Pline, XXVIII, 35, 133) dans l'alimentation du Germain, prédominance qui dérivait forcément de la nature du climat, étonnait César et Tacite. — Le blé de la Germanie est signalé ailleurs (Vopiscus, Probus, 14, 3: 15, 6; Ammicn, XVH, 10, § 4 et 9).

2. Pline, XVIII, 44, 149 : « Quippe quum Germania populi serant avenam neque alla pulte vivant. » Ces derniers mots ne doivent pas être pris à la lettre, car César et Tacite parlent de fmmenlum,

3. Tacite, Germanie^ 23 : « Potui humor ex hordeo aut frumento in quamdam similitudinem vini corruplus. »

4. Pliuc, Hi»t, 7iat., XIX, 2, 8-9 : « Vela texunt et transrhcnani hostes. » Tacite, Germ,, 17 : a Femin» lineis amictibus velantur. »

5. Tacite, Germanie, 26 : « nec cum ubertate et amplitudine soli labore contendunt, ut pomaria consemnt et prala séparent et hortos rigent; sola terrae scges imperatur. » La remarque que fait Tacite sur les anciens Germains est la même que fait Thucydide sur les anciens Grecs : vi{i9|Atv&i t« aOràv oacv àiroÇ^v cùJà lijv çjtiCovtiç (Thucydide, I, 2). — Notez qu'il n'y a pas contradiction entre Pline qui vante les pabula de la Germanie (XVH, 3, 20) et

âO!2 LES GERMAINE.

paresse habilucHe des Germains*. )> Tacite regarde donc les Germains comme de mauvais agriculleurs.

Voici d'ailleurs dans les Annales un trait qui me parait caractéristique. L'empire avait conquis sur la rive du Rhin une bande de pays dont il avait fait des tenues vagues, pour l'usage commun des soldats du camp voisin qui y faisaient paître des troupeaux. Les Frisons, voyant des terres non labourées, trouvèrent tout naturel de s'y transporter. Mais ce ne fut pas pour y faire paitre des troupeaux, comme les Romains, ce fut pour les labourer. Ils se mirent donc c< à semer le grain dans les sillons et à retourner ce sol comme s'il eût été à eux*. » On dut envoyer une troupe de cava^ lerie pour les chasser; encore fallut-il tuer sur leurs sillons quelques-uns de ces obstinés laboureurs'.

Peu après, les Ampsivares, autre peuple germain, se glissèrent sur les mômes champs. Un fonctionnaire romain accourut pour les chasser, et un de leurs chefs lui tint ce langage : « Pourquoi, vous Romains, laissez-vous sans culture une si grande étendue de plaine, pour ne la faire servir qu'aux troupeaux*? Passe encore qu'on réserve un peu de terre pour le bétail; mais ce n'est pas quand la nourriture manque aux hommes'. Autrefois ces terres aux mains des Chamaves, étaient des terres labourées' ; vous en avez fait des pâturages. Pourtant les dieux ont donné la terre, non aux troupeaux, mais à l'espèce humaine \ »

Tacite qui lui refuse les prala; ces deux mots no désignaient pas la même chose; voyez Vairon, De re ruêtica, i, 7, et Columelle, II, 17.

i. Tacite, Germanie, 45: a frumcnta ccterosque fructus palicntius quam pro solita Germanorum inertia laboi'ant. 9 — Ce peuple no devait pas ses goûts agricoles au voisinage des Romains ; il était un des plus éloignés de Tempire.

2. Tacite, AntuileSf XUI, 54 : « fixerant domos, semina arvis intulerant utquc patrium solum exercebant. »

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