‹ Recherches sur quelques problèmes d'histoireChapitre 68 sur 178 · C^esis qui pervicacius rcstitcrant · texte numérisé non relu

C^esis qui pervicacius rcstitcrant

4. Tacite. Annales, XIII, 55, cdil. llalm : « Quo tantam partem campi jacere, in quam pccora et armcnta militum transmiltcrentur. »

5. Ibid, : « Servarent sane receptus gregibus inter hominum famcm. »

6. « Cliamavorum quondam ea ar^. » Arva signifie terre labourée.

7. Ibid, : « Terras gcneri mortalium datas. » Les mots (jenus mortaliiim, dans la langue de Tempire, sont souvent employés pour genus humanum. Dans la phrase de Tacite, ils s'opposent visiblement k gregibus qui préct'de.

LES GERMAINS ÉTAIENT AGRICULTEURS. m

Puis Tacite peint l'indignation de ce Germain qui lève les yeux au ciel et qui, prenant le soleil à témoin, lui demande « s'il consent à éclairer un sol improductif*. » — Que ces paroles aient été réellement prononcées, nous en pouvons douter. Mais ce dont on ne doutera pas, c'est que l'historien qui prêtait aux Germains un tel langage, voyait en eux un peuple agriculteur plutôt qu'un peuple pasteur. Nous ne voulons tirer de ce passage de Tacite que la pensée de Tacite lui-même. Mettre ces paroles dans la bouche d'un Germain, c'était comme s'il eût dit en son propre nom : Les Germains estiment peu la vaine pâture ; ils estiment plus le labourage que l'élève des bestiaux, à tel point qu'ils regardent comme une impiété envers les dieux du ciel d'avoir transformé une terre de labour en une terre de pâture.

Il y a une ligne de Tacite qui, isolée de son contexte, a fait supposer que les Germains ne s'occupaient que de pâturage. 11 dit que les troupeaux sont pour eux solx gratiS" simxque opes. D'où l'on s'est hâté de conclure qu'ils ne comptaient pas la terre parmi les biens. Mais Tacite ne dit pas cela. Pour comprendre le sens des trois mots, il faut lire le chapitre. « Le sol de la Germanie est favorable aux céréales, contraire aux arbres à fruit. ]je bétail y abonde, mais il est de petite taille. C'est au nombre (plus qu'à la beauté des bêles) que tiennent les Germains : Ces troupeaux forment leurs seules et leurs meilleures richesses; ils ne connaissent ni For ni r argent*. » Faisons attention à la suite des idées. Quand Tacite dit que les troupeaux sont les meilleures richesses des Germains, il ne veut pas dire que la terre ne soit pas un objet de propriété. Il n'oppose pas les troupeaux à la terre ; il les oppose à l'or

1. Tacite, Annale$, XIII, 55 : « Solem suspiciens et sidéra Tocans quasi coram interrogabat, yellentne contueri inane solum. ))

2. Tacite, Germanie, 5: « Terra... satis ferai, frugiferarum arbonim impatiens, pecorum fecunda, sed plenimque improcera... Numéro gaudeut, cxque soLc et gratissmae opes suât. Argentum et aurum propitii an irati Dii ncgaverint dubito. »

et à l'argent. Il fait remarquer que chez les Germains Tabscnce de numéraire et le manque.de métaux précieux donnent aux troupeaux une importance particulière.

C'est là une vérité que la science historique de notre époque a rendue générale. On sait que dans toutes les anciennes sociétés où l'usage de la monnaie était inconnu, c'est le bétail qui tenait lieu de monnaie. Le bétail élait le signe de la richesse et le moyen d'échange. Le bétail jouait le mémo rôle dans ces vieux âges que les capitaux dans nos sociétés modernes. C'est ce que remarquait récemment M. Sumner Maine pour l'ancienne Irlande* ; c'est aussi ce que Tacite a observé chez les Germains. Faute d'or et d'argent, les achats se font en moutons ; les amendes judiciaires et les indemnités se paient en moutons et en bœufs*; les dettes aussi se contractent en bétail. Apparemment, la fortune d'un homme s'évalue en bœufs et en moutons, comme elle s'évaluerait ailleurs en pièces d'or et d'argent. C'est pour cela que les Germains tiennent plus au nombre des bétes qu'à leur beauté. Elles sont comme des pièces de monnaie ; on aime mieux en avoir beaucoup que les avoir belles. La pensée de Tacite est bien visible : chez les Germains, le bétail est petit, parce qu'ils ne tiennent qu'au nombre; et, s'ils tiennent au nombre, c'est parce que, n'ayant pas de monnaie, les bétes sont leur seul numéraire, leur seul moyen d'échange, leurs seuls capitaux. Ils tiennent au nombre, parce qu'ils comptent toute chose par tètes de bétail, comme les Romains compteraient par sesterces.

Cela n'empochait pas les Germains de cultiver les céréales, comme Tacite l'a fait observer dans ce même chapitre. Ailleurs il signale chez eux des fermes. On sait que, dans la langue usuelle des Romains, le mot villa se disait non pas d'une maison de plaisance, mais d'un ensemble de constructions rurales qui comprenait maison

i. Sumner Maine, Jfutitutions primiliveêy trad. Duncii de Lcyritx.ch. ▼ et vr. 2. Tacite, Germanie, 21 : a Luitur homicidium cerlo armenloruin ac pecorum numéro, n — Ibid,, 12.

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