Voyez Tacite, Ànnalcn, XIII, 20 et
4. Tacite, ibid., XI, 24; XIV, 39; Histoires, î, 13; I, 58; I, 70; II, 57; m, 12; ni, 47.
lieu donc de nous apprendre ce que sont les affranchis en Germanie, il nous dit seulement en quoi ils diffèrent des affranchis de Rome : ce Rarement ils ont Tinfluence dans la maison, jamais ils ne l'ont dans ^Élat^ » C'est justement le contraire de ce qu'il voit à Rome « où les affranchis, du moins sous les mauvais princes, se font une part dans le gouvernement' ». Encore reconnaît-il que cela peut arriver chez les Germains eux-mêmes, « au moins chez ceux de ces peuples qui sont soumis au pouvoir royaP » ; on voit, en ce cas, « des affranchis s'élever au-dessus des hommes de naissance libre et même au-dessus des nobles* ». Et il termine par cette remarque qui est bien d'un sénateur romain : « Quand vous voyez les affranchis abaisses, vous avez la preuve que la liberté règne. »
Cette boutade de l'historien a sans doute moins de prix pour nous que n'en aurait une description précise de la nature et des effets de Taffranchissement en Germanie. Encore s'y trouve-t-il un trait que nous pouvons croire exact : « Les affranchis ne sont pas fort au-dessus des esclaves. » Ces mots nous donnent une idée de la condition sociale des affranchis : ils ne devenaient pas les égaux des hommes libres*. Cette inégalité légale pouvait souffrir quelques exceptions de fait chez des peuples qui obéissaient à des rois; mais ces exceptions mêmes n'infirmaient pas la règle, qui était que les aflranchis fussent une classe intermédiaire entre la servitude et la liberté.
La même règle et la même sorte d'exceptions se retrouveront plus tard dans les Étals formés apivs les invasions. Nous y verrons des affranchis sous le nom latin de liberti
1. Tacite, Germanie^ '21} : « Lil>orli non niulUim supra scrvos sunl; raro aliifiiod inomeiilnin in tlomu, nun«[uam in civitale. »
^. Tat'ilo, //m/., I, 76 : « Malis (uini)oribuR {tarUMii se roipubliroî fariuut. » T). Tacitf, Germanie^ 2«> : « Kxccptis iis gonlibus qii:« ivgnanlur. » -i. Ibid, : « Kl super ingonuos et su[yQr nobiles ascendunt. » 5. Mou< savons tuulefois {mr des documents iM)slérieurs qu'il y avait deux modes d'afrniuchissemcnt, cl que l'un des deux pouvait mettre TafTi-auchi au niveau des hommes libres. Cette distinction a écliajqté à Tacite.
OU SOUS le nom germanique de lidi. Les lois ne les mettent jamais au niveau des hommes libres; elles les placent entre les hommes libres et les esclaves, et les maintiennent dans un état de dépendance à Tégard de leurs maîtres. Chez les Saxons, la division des classes se conserva si bien, que, encore au huitième siècle, la loi interdisait à Taffranchi d'épouser une femme libre, aussi bien qu'à Tesclavc d'épouser une affranchie*. Il y a lieu de croire que cette interdiction, qui est le signe le plus visible de la séparation des classes, datait des plus vieux âges de la Germanie.
ni. INÉGALITÉS ENTRE LES HOMMES LIBRES^
Si nous nous représentions les Germains du temps de Tacite comme une de ces sociétés primitives où tous les hommes seraient libres et égaux, nous nous ferions une opinion absolument contraire à celle de Tacite.
Tacite, au chapitre 17 de la Germanie^ signale une première inégalité, celle qui résulte de la richesse. Il parle d'hommes qui sont très riches, locupletissimi^y et il ajoute qu'on les reconnaît à leur habillement ; au lieu du simple sagum dont se couvrent les autres Germains, ils ont un vêtement complet, vestis, qui n'est pas flottant comme celui des Sarmatcs, qui ne se drape pas non plus comme la toge romaine, mais qui est serré à la taille et assujetti aux
1. Translatio S. AlexandHy dans Pcrlz, Scriptores, l. II, p. 673 : « Ul liberlus conjungalur liberté et servus ancillae. » Cf. Nitliard, lY, 2, et Yila S. Libuinij dans Perlz, t. II, p. 361.
2. Tacite, Germanie, 17. De même, Pline parlant des Germains distingue les riches de la foule, diviteê a plcbe (Hist. nal,, XXVIII, 35, 133). — On peut noter que dans la langue latine le sens propre du mot locuples est riche en terres, tandis que pecuniostis signifie riche en troupeaux ou en argent. Cicéron, de Republica, II, 9 : « tum erat res in pccore et locorum i)ossessionibus, ex quopecuniosi ellocupictes yocibantur. » Ibid,, III, 9 : « agros locupletium B. Pline, H. iV., XVIII, 3, 11 : (( locuplcles dicebant loci picnos, hoc est agri. )> Cf. Feslus, éd. Mùllcr, p. 115. Aulu-Gclle, X, 5 : « locuplelcm dictum qui loca, hoc est multas posscssioncs, tcncret. » C*est ainsi que Giccron Toulant dire que des liommcs sont riches à la fois en biens-fonds et en capitaux, dit homines locupleteê et pecuniosoi {Pro Roscio Comœdo, 15).
âlâ LES GERMAINS.
membres*. Ils portent, en outre, des fourrures dans lesquelles ils mettent quelque recherche'; ils les aiment Uichetées et bigarrées, et les font venir de l'extrême Nord '. Les f^îmmes de ces riches personnages portent des robes de lin, tissu qu'elles savent relever par la couleur de la pourpre*. L'inégalité de richesse n'est pas la seule que les Germains connaissent; ils ont aussi l'inégalité de naissance. Tacite parle en effet de nobles, nobileSy de noblesse, nobilitas. On pourrait penser, à première vue, que ces termes ont la signification vague d'hommes notables ; mais il faut songer que dans la langue des Romains et surtout dans la langue très aristocratique de Tacite, ils ont toujours le sens précis et net de noblesse de rang. On sait bien que les Romains, sous TËmpire comme au temps de la République, avaient chez eux un ordre noble ; le mot nobititas était le terme propre dont on le désignait. Tacite emploie ce mot plusieurs fois en parlant des Germains, et la manière dont il l'emploie montre bien qu'il lui donne le même sens que lorsqu'il s'en sert en parlant de la société romaine. Dans les deux cas également, il entend par nobilitas une distinction de naissance, un rang héréditaire*. Voici d'ailleurs les passages où il mentionne cette noblesse germaine.
Au chapitre 11, il décrit des assemblées assez tumultueuses, et il dit : « Le roi ou quelqu'un des chefs prend la parole et il est écouté en proportion de Taulorité que lui donne ou l'âge, ou la nobtessCy ou la réputation militaire, ou l'éloquence •. » Voilà tous les genres de supériorité
1. Tacite, Germaniey 17: a Tcgumcn omnibus sagum.... Locuplclissiniî veste distinguuntur, non fluitaute, sicut Saniiatac ac l^rthi, scd stricta et singulos artus expriniente. »