Tacite, Germanie, 25 et
2. Ibid.f 10 : (( apud plebem. » Ibid,, 11 : « pênes plebem. » Hietoires, IV, 14 : « promptissimos vulgî. » Histoires, V, 25 : « hase Tulgus. » — César parle aussi d'une plebs chez les Germains et il l'oppose k une classe d'hommes qu'il appelle potentissimi {De bello Gallico, \l, 22) ; un peu plus loin il oppose les principes :i la muUitudOy VI, 23.
3. Tacite, Annales , I, 55 : « Suasit Varo ut se et Ârminium et ceteros procercs vinciret, nihil ausuram plebem principibus amotis. »
4. Voyez le livre de M. Geffroy, Rome et les Barbares, p. 227.
5. C'est ce que veut dire César quand il remarque que les Germains n'ont pas de druides. Ils avaient des prêtres, dont l'autorité était même fort grande (Tacite, Germanie, 7 et 11; cf. Slrabon, VII, 1, 4; Vïï, 3, 5; Âmmieo Marcellin, XXVIII, 5) ; mais ces prêtres ne formaient pas, coomie en Gaule, une corporation en dehors de la famille et de l'État.
6. Jordanès, De rébus Geticis, 5, édit. CIoss, p. 31 : <c Vocitatos Pileatos hos qui inter eos génère exstarent, ex quibus et rcgcs et sacerdotes ordinabantur. » — Zosime aussi mentionne une classe supérieure chez les Goths, o! tù -y^v^vtixt'^ (Y. 50).
âi6 LES GERMAINS.
Même après Tes invasions et après la longue période dq troubles intérieurs qui les avait précédées, nous trouvons encore chez la plupart de ces peuples quelques familles qui sont héréditairement nobles. Il n'en existe plus que deux chez les Goths*, Les Francs n'en ont plus qu'une seule, dans laquelle ils ont pris leurs rois*. Nous n'en voyons pas chez les Burgondes. Nous n'en connaissons qu'une chez les Lombards '. Ce petit nombre de familles nobles, chez les peuples qui ont envahi l'empire, s'explique par les longues migrations et les luttes intestines qui avaient décimé ces peuples durant plusieurs siècles.
Mais la noblesse s'était mieux conservée chez les peuples restés en Germanie. Les Bavarois comptaient encore cinq familles nobles dont la supériorité héréditaire était reconnue par la loi*. Chez les Frisons, il existait au huitième siècle tout un ordre noble. L'homme noble était légalement placé fort au-dessus du simple homme libre, et sa vie était cotée plus cher'^. Nous trouvons de même dans le Code des Thuringiens une classe d'hommes appelés ada/injft, ce qui veut dire nobles de naissance ; la loi leur attribue une valeur personnelle trois fois supérieure à celle des hommes libres*. . Les Saxons ont mieux gardé qu'aucun autre peuple ger-
i. Jordanès, De rehus Gelicis^ 29 : a Alaricum cui erat post Âmalos sccunda nobilitas Ballliorumque ex gcncrc origo mirifica. » — Cf. chez les Vandales, la famillo. des Asdinges (ibid., 22).
2. Grégoii-o de Tours, Hist, Francoi-um, H, 9 : « Reges crinitos su|)er se crt^avissc de prima et nobiliori eonim prosapia. » Nous ne trouvons, chez les Francs, aucune autre famille noble que la famille mérovingienne.
3. Paul Diacre, Hist. LaïKjob., I, 14 : « Rcgnavit Agilmundus, ei prosapia duccns orîginem Gungincorum quse apud eos gencrosior habebatur. » — Ibid,, I, 21 : « lli omnos litingi (alias adelingi) fucrunt, sic enim npud eos quacdam nobilis prosapia vocabatur. »
4. Lex Baiuwariorum, H, 20, Pertz, Legcs, III, p. 289 et note 50.
5. Lex Frisionum (Pertz, Leges, III, 656) I. 5 : « Si liber nobilem opcidcrit, 80 solides coinponat; si liberum, 53. » — Ibid,, I, ii : « si quis bomo, sive nobilis, sive liber, sive litus, sive servus. » — Ibid,, 15 : c Com(>ositio nobilis libne XI, compositio liberi librae V et dimidia. »
6. Lex Angliorum ac Werinorum^ I : o Si quis adaliiigtun occideril, 600 solides coinponat; qui liberum occident, 200 solides com|)on»t. » — Ibid., \ : « Qui feminam nobilem occident, 600 solides coni|H)nat; qui lilieram occident, 160 solides componat. »
main le vieil état social ; car ils n'ont jamais subi Tinr fluencc romaine. Aussi les érudits sonl-ils d'accord pour voir dans la Saxe, avant Charlemagne, une image assez exaclç de ce qu'était loute la Germanie au temp$ de Tacite. Or l'auteur de la Vie de saint Libuin écrit ceci : « Dans Iqs anciens temps, la nation des Saxons était partagée, comme elle l'est encore aujourd'hui, en trois ordres; il y a ceux qui, dans leur langue, sont appelés edelingj il y a les friling^ et il y a les lassi; ces trois mots ont le même sens que les mots latins nobiles, ingenuileSj mDile$\ » Cet auteur, à la vérité, n'écrivait qu'au dixième siècle; mais, avant lui, l'historien Nithard s'était exprimé de même*, et, avant Mitbard, Charlemagne, dans un capitulaire de 785 appliqué à la Saxe, avait formellement reconnu l'existence d'une classe noble supérieure à la classe libre'. Enfin l'auteur de la Translatio Âlexandri, le prêtre Ruodolf, qui écrivait vers 863, déclarait ce que la nation des Saxons est divisée en quatre classes, celle des nobles, celle des libres, celle des affranchis et celle des esclaves ». Il ajoutait que « les lois ont établi que chacun se marie dans sa classe ; le jioble épouse une femme noble; le libre, une libre; l'affranchi, une affranchie, et si quelqu'un épouse une femme d'une naissance supérieure à la sienne, il encourt la peine capitale*. »
Il n'y a aucune raison de supposer que cette noblesse hé-
i. Yila Libuini ab Hucbaldo, Pertz, Scriptorei, \\, 361 : a In Saxonum geotc, priscis temporibus... erat gens, sicut nunc usque consislit, ordine tripartito divisa; sunt ibi qui illoruin lingua cdh'ngi, sunl qui frilingi, sunt qui lassi dicuntur, quod in lingua latina sonat nobiles, ingenuiles et serviles. »
2. Nilhard, IV, 2 : « Quas gens omnis in tribus ordinibus divisa consislit; sunt inter illos qui Acdlingi, sunt qui frilingi, sunt qui lazzi eorum lingua dicuntur. »
5. Capiiulana, édit. Borétius, p. 69; Pertz, I, 251, art. 15 : (( nobilcs et ingenuos et litos; » art. 17 : (( tain nubiles quam ingenui et liti; » art. 19 : tt Si de nobili génère fuerit, 120 solidos, si ingenuus, 60, si litus, 50. p
4. Translatio S. Alexandriy dans Pertz, Script,, H, 675 : « Quatuor difTcrentiis gens Saxonum consistit, nobilium scilicet et Uberorum et liberlorum atque servorum. Et id legibus firmalum est ut nuUa pars in copulandis conjugiis propria; sortis termines transférai, sed nobilis nobilcm ducat uxorem,
réditaire ne se soit constituée qu'au huitième siècle. Elle est le reste d'un antique état social. Ce qui existait encore chez les Saxons au temps de Gharlemagne, avait existé dans toute la Germanie au temps de Tacite. Il s'en fallait de tout que cette antique Germanie fût une société démocratique'. Ce que nous venons de constater a un rapport étroit avec la question que nous cherchons à résoudre. Ce n'est pas que cette constitution sociale des Germains implique de toute nécessité l'existence de la propriété foncière. Au moins avons-nous écarté une idée préconçue d'après laquelle les Germains, étant une société démocratique, auraient pratiqué la communauté du sol par un esprit d'égalité. Il s'agit, au contraire, d'une société inégalement et hiérarchiquement constituée, et c'est d'une telle société qu'il faut nous demander si elle connaissait la propriété ou ne la connaissait pas.
liber libcram, libertus conjungatur liberts, so.r?us ancillae. Si quispiam sibi non congruenlem et génère pncstantiorem duxcrit uxorem, cum Tite su» damno componat. » — Même cbose se trouve reproduite par Adam de Brème, i. C'est pourtant ce que soutient M. Fahibeck, la Royauté et le droit royal franat, p. 1-2 : « La société germaine était entièrement di'mocratiquo... II y régnait une égalité parfaite. » Toute cette théorie est, pour certains esprits, le résultat d*idces préconçues. Elle est contraire aux textes. — Il n'est pas de notre sujet de traiter, ici, des institutions politiques; nous n'aYÎons à parler que des inégalités sociales.