César, De bello Gallico, VI
2. II est même possible que l'ancienne famille germaine ait été un groupe plus étendu que la gens romaine. Le mot cognaiioniîms de la phrase de César peut le faire penser. La gens romaine se groupait par Vagnatio, non par la
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Tacite, de son côté, décrit la manière dont les Germains se rangent dans une bataille : « Leurs pelotons de cavalerie et leurs triangles d'infanterie ne sont pas formés d'hommes assemblés au hasard; chacun d'eux est composé d'hommes unis par le lien du sang. » Ainsi, chaque famille était une troupe de soldats*.
César et Tacite paraissent avoir été très frappés de ces usages si éloignés des habitudes romaines de leur époque. Il est vrai qu'ils les auraient retrouvés dans la vieille histoin^ de Rome. Ils auraient pu voir, aux origines de la cité, le sol distribue entre les gentes^ et, dans la légion, chaque gem formant un groupe de combattants. Mais, de leur temps, le souvenir même de ces vieilles institutions avait disparu, et la famille romaine n'était plus qu'une très petite unité qui n'aurait pas pu former à elle seule un peloton de soldats. C'est pour cela qu'ils remarquent, comme un trait de mœurs caractéristique des Germains, ce groupement de la famille.
La famille germaine restait une et indivise dans les deux actes les plus importants de l'existence, la culture du sol et le combatV
D'autres traits épars dans Tacite nous donnent une idée
cognatio. Elle sVtendail par les mâles, non )iar les femmes. César semble indiquer que chez les Germains la cognalio formait un lien aussi forl que yagnatio. Or, cela est confirmé par une observation de Tacite. Au chapitre ^0, il remarque que (( le fils d'une sœur lient la même place auprès de son oncle qu'auprès de son pèn». » Il ne me semble pas que Tacite ne songe ici qu'à ce sentiment d'affection qu'un oncle [wut avoir pour son neveu. C'est autre chose qu'il veut din^ ; car il ajoute : « Quelques-uns pensent que ce lien est plus sacré et plus étroit. » Ne serait-ce pas que le chef de famille garderait l'autorité sur les enfants même de sa sœur? S'il en éUiit ainsi, nous serions loin de la geni romaine, dans laquelle le fils de la sœur ne comptait pas. Chez les Germains, le fils de la sœur pouvait rester attaché étroitement h la famille. Li famille avait donc, peut-<''tre, outre ses branches d'agnats, ses branches de cognats; et cela nous ramènerait précisément au texte de César. — H est visible, en tout cas, que ci'tte ccmstitulion de la famille germaine a dispru entre Tépocpie de Tacite et celle des invasions.
1. Tacite, Germanie, 7 : « Non casus nec fortuita conglobutio turmam aut cuneum facit, .sed familia^ et propinquitates. »
2. Nous ignorons si dans les assemblées publiques les hommes étaient distribués aussi par familles. Tacite ne nous dit pas comment rassemblée, (pi'il apiielle concUium, se groupit, ni quelle en éljiit la structure. Il dit considunl
du régime intérieur de celle famille. Il parle, par exemple, de la femme adultère : « Le soin de punir la faute, dit-il, est laissé au mari. » Il nous montre ce mari, en présence de la famille assemblée, chassant la coupable de sa maison et lui faisant parcourir, sous les coups de verge, nue et les cheveux coupés, tout le village*. Notons bien qu'il ne s'agit pas ici de ce premier mouvement de colère que toutes les législations excusent chez l'époux outragé. Il s'agit d'un véritable jugement, d'une condamnation régulière, pœnaj qui est prononcée par un mari siégeant au milieu de la famille comme dans un tribunal. Tacite veut dire que la femme n'est pas jugée par l'autorité publique ; elle est jugée par le mari, pœna marilis permissa. Il existe donc une justice domestique. Nous en retrouverons plus tard quelques restes dans les lois des barbares. Nous y verrons le père juger sa fille, le tuteur sa pupilleV Nous y verrons que, pour un certain crime, la femme est jugée par sa famille, qui peut la condamner à mort'. L'ancienne famille germaine possédait donc sa juridiction intérieure. Or cela est l'indice a^tain d'un régime social où l'État n'a pas encore brisé la force et l'indépendance de la famille.
Un autre passage de Tacite nous donne une idée de l'autorité paternelle. 11 rapporte qu'au temps de Tibère, les Frisons, peuple germain, se voyant hors d'état de payer les impôts qu'ils devaient à l'empire, vendirent tout ce qu'ils' avaient^^ d'abord leur bétail, puis leurs champs, enfin leurs femmes et leurs enfants. Le pouvoir du chef de famille allait donc jusqub-là.
11 y a encore dans Tacite une autre indication. Chez les
aijnali, ce qui pourrait faille supposer que les hommes y étaient rangés comme à la guerre, c'est-à-dire encore par familles; mais ce serait peut-élrc aller trop loin.
1. Tacite, Gennanic, iO : (( Pœna procsens et maritis permissa; abscisis crinibus, nudalam, coram propinquis cxpellil domo maritus et per omnem vicum vcrbere agit.'))