‹ Recherches sur quelques problèmes d'histoireChapitre 9 sur 178 · LES S ALT US · texte numérisé non relu

LES S ALT US

villa^ l'auteur entend la maison du mailre avec ses accessoires et ses nombreuses dépendances ; par md, les groupes d'habitations des paysans qui cultivent les diverses parties de cet immense domaine. Ainsi, de grands territoires, autrefois stériles, ont été transformés en grandes cultures où plusieurs villages s'élèvent autour d'un unique propriétaire.

On pense bien que de tels défrichements ne se sont pas faits sans l'effort de beaucoup de bras; mais on voudrait savoir s'ils ont été faits par des bras d'esclaves ou par des bras d'hommes libres. Si nous continuons d'observer le passage de Frontin, c'est vers la seconde hypothèse que nous inclinerons. Il dit en eflet que ces grands domaines sont habités par ce qu'il appelle un populm plebehiSy c'est-à-dire une population de petites gens. Or il ne parlerait pas ainsi s'il avait en vue des esclaves. Jamais les esclaves ne sont désignés en latin ni par le mot populm ni par le mot plebs;\h ne sont qu'une familia. L'expression de Frontin ne peut s'appliquer qu'à une population libre. D'ailleurs la suite du chapitre montre encore qu'il ne s'agit pas d'esclaves; nous y voyons que les cités voisines réclamaient de ces hommes la quote-part dans les charges municipales et même la conscription pour le service militaire, toutes choses auxquelles des esclaves n'auraient pas été obligés*.

Croirons-nous, d'autre part, que ces hommes fussent des fermiers libres par contrat? Cela est peu vraisemblable. Une terre à défricher exige un énorme labeur et ne le rémunère que longtemps après. Les baux temporaires des Romains s'appliquaient mal à ce travail, et l'emphytéose n'était pas encore un contrat reconnu. Faisons d'ailleurs attention à la

disait, surtout dans la langue des choses agraires, de tout ce qui entourait et faisait clôture (voy. Columelle, De re rusiica, XI, 3; Palladius, De re ruêlica, î, 54). J'ajoute que le terme municipia s'appliquerait mal ît des vici. Je crois donc qu'il y a lieu de conserver le texte.

i. Frontin, De conlroversiis agior., p. 53 : u llabent pri^-ati in saltibus non exiguum populum plebeiuin... Tum ros publica^ conlrovcrsins de jure tcMritorii soient movere. quod aut indicere munora dicanl ojmrlere in ea [wrte soli, aut légère tironera ex vico, aut vecturas aut copias dovehendas indicere eis locis qiiœ loca res publicic adserere conantur. ^

plinisedel'l'onliii : « Le8|)m[)nétaireH,tiiL-il, onl ilaos leurs salias une nombreuse population de petites gens. » II emploie le mot habcnt qui signilie posséder. Et son verbe porte ,i la fois sur populumel sur vicos, comme s'ils possédaient hommes et maisons au même litre. Ces hommes sont hommes libres, et pourtant un propriétaire « les possède », comme il posséderait des esclaves. C'cstdonc tout au moins une. population dépendante. Je ne sais si elle est dans la condition où nous verrons les colons du quatrième siècle; mais elle s'en rapproche. El il parait aussi par ce même chapitre que celle population peut précisément pi'étexler son infériorité pour se souslrairc aux charges niuniripales el au service militaire.

Ce que faisaienl des particuliers, l'Ëfat le fit sur beaucoup de points. Le fisc impérial possédait de nombreux mitus'. C'étaient originairement de vastes terrains incultes que le gouvernenionl sénatorial s'était contenté de louer à des possesseurs tic Iroupeaux pour une légère redevance. Quand le domaine du peuple, aijpr {mbliais, se changea en domaine impérial, ager Cxmris', ce fut plus qu'un changement de mot: ce fut un changement dans le mode d'adminislralion et d'csploilatiou de la terre. Il se forma, au cenli-e.dans le Palais, un bureau spécialement chargé de veiller sur cette fortune immobilière et d'en augmenter les produils.Il y cul, dans chaque province, un foncliitiinaire spécial, appelé ;ïrociiialor ou ratioitalis. qui fut non un magistrat, 'mais un simple administrateur et un gérant des propriétés et des revenus du prince". Il y eut surtout, soit dans le bureau du l'alais, soit dans les burcaui des provinces, une comptabi-

1. Frnhlin, Dt conlr. agror., \i. 53: n Ejunnimli lilrs non tnntum cum printiit hoiiiinilius tvt publiou! Ikilieal, »cil et |ileruni<iue ciirn ûrsarc i[ui in prntiurin nou lixiguuiu pussidel. n

2. Caïut. Inttitulft, II, 7 : « ilominium Caesam. u — ùiUislrate, nii Diiietlt, 1, 1!), 3 : « prxUiu Ca^!lamua. » — Ibid., L, r>, li, g il : o pimdin fiscalin. *

•1. C. t. L., l. III. a' &3II ; « procuralni' luI pririlia (inllicaïui. » — Ibid., n* MhH : ■ pmcurator rjliunis prjvato! |ier Bcigicam. n — Ibid,, I. VIII, n* &3ÛI : 0 iirucurator AujtusU priPiltorutii «iltuUTn llipi>oniMifiis ol TliRvestini. n ^ Ihiil., IX, a' T8t : « priuruintor Kiltuum A|iuliii'i]in. «

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