‹ Recherches sur quelques problèmes d'histoireChapitre 96 sur 178 · GOMMENT CONCILIER GËSÂR ET TACITE · texte numérisé non relu

GOMMENT CONCILIER GËSÂR ET TACITE

fixité et tle paix, comme les Ghauques, les Chérusques et Jes Semnons*.

Même dans Tintérieur de chaque peuple, la diversité était grande. La jeune noblesse aimait la guerre, mais il pouvait arriver que le reste du peuple se plût à la paix'. Il se constituait parfois, en dehors des peuples vivant de la vie régulière, de grandes associations de guerriers qui avaient leurs lois et leurs coutumes à part. Ainsi, les institutions les plus divergentes pouvaient coexister. Et d'ailleurs, au milieu de cet état de guerre, combien ne devait-il pas se produire de cas particuliers, d'innovations, d'essais, d'exceptions, d'anomalies !

C'est ainsi qu'il faut nous expliquer les apparentes contradictions de César et de Tacite. Tacite même énonce des faits qui semblent, à première vue, contradictoires entre eux. Le colunt discreti s'accorde mal avec ces cultores qui s'entendent si bien pour cultiver ensemble la même portion du territoire, et ni l'un ni l'autre ne se concilie aisément avec la tenure servile qui est décrite au chapitre 25. C'est que Tacite signale ce qu'il rencontre au fur et à mesure qu'il le rencontre. Ce sont pratiques diverses qu'il ne songe pas à réduire à un système unique. C'est l'esprit moderne qui, avec sa prédilection pour l'unité, voudrait voir chez les Germains aussi un système d'institutions bien arrêté et bien fixe. Mais Tacite rapporte différentes coutumes sans se soucier de les mettre en harmonie, et c'est en cela qu'il est vraiment historien.

Le sol pouvait être possédé, en effet, de bien des façons différentes suivant les peuples, suivant les temps, suivant les classes d'hommes. Les guerriers suèves dont parle César avaient une guerre tous les ans et ne restaient au pays qu'une année sur deux ; ils avaient dû instituer à leur

1 . Tacite, Germ.^ 55 : (( Chauci, sine cupiditate, quieti, nulla protocant bella. » 3'} : (( Chcnisci nimiam ac marcentem diu paccm nutrierunt. » Ibid,, 39 et 44.

^2. Ibid., 14 : « Si civitas longa pace et otio torpeat, plerique nobilium adolescentium pctimt... bellum. m

j^ ..... LES GERMAINS.

oisâge un système de propriété à deux, ou peut-être de complète indivision. D'autres peuples, que César a pu prendre pour l'ensemble des Germains, avaient peut-être établi chez eux une sorte de roulement annuel du sol. Les peuples que César a surtout connus venaient d'être expulsés de leur pays, et, sur une terre nouvelle, ils n'avaient peut-être pas encore constitué la propriété privée. Chez d'autres peuples, on voyait certains guerriers qui, spécialement ce voués à la guerre », ne devaient posséder ni terre ni maison, et vivaient de Thospitalité un peu forcée que leurs concitoyens leur donnaient. Mais à côté de cela, il y avait des modes de possession régulière et constante. D'une part, c'étaient des hommes qui s'établissaient isolément dans les exploitations rurales distinctes, coliint ducrcli. Ailleurs, c'étaient des hommes riches et nobles, JocupleteSj nobileSf dont les terres étaient cultivées par des serfs de la glèbe et qui se contentaient d'en percevoir les redevances. Ailleurs encore, c'étaient des associations de petits propriétaires, cultoreSy qui s'entendaient de manière à s'aider dans la culture.

Ainsi César et Tacite ne se contredisent pas; ils signalent des faits différents. Une certaine indivision et plusieurs modes de propriété pouvaient être pratiqués, suivant qu'on j(»gardat tel peuple ou tel autre, telle classe ou telle autre. Les prati<|ues et les procédés pouvaient varier à J'inlini. Car ce qui dominait dans cette Germanie, c'était la diversité.

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