PAR
LE PROFESSEUR À. VAYSSIÈRE
Conservateur de la Section de Zoologie
I n'est pas sans intérêt, quand un Établissement scientifique est arrivé à prendre un certain développement, de revenir en arrière et de faire connaître son origine, son mode de formation et les diverses phases de son évolution.
C'est le but que je me propose en publiant au commencement du Tome VI des Annales cet historique du Muséum (1).
Le Comte de Villeneuve-Bargemont, Préfet du département des Bouchesdu-Rhône, et le Marquis de Montgrand, Maire de Marseille, décidèrent en 1619 de créer un Musée d'Histoire Naturelle ; le noyau de cette collection fut constitué au moyen de divers objets (coquilles, coraux, fossiles et minéraux) réunis alors dans quelques vitrines de la Bibliothèque de la Ville, et aussi par des objets donnés par l’Académie de Marseille.
On chargea Polydore Roux avec le titre de Conservateur, aidé d'un aidepréparaleur du nom de Pierre Adanson, de transférer tous ces objets dans quelques salles de la Préfecture (rue d'Armény) pour les classer.
Polydore Roux aurait préféré un local plus spacieux, et il avait même proposé la location d'un vaste bâtiment, contenant de nombreuses armoires vitrées. ancienne fabrique de faïences, situé au boulevard d'Angoulême ; mais le budget de début était si faible (1.500 francs votés par le Conseil Général) que les 700
(1) Nous avons consulté pour établir cet historique : 1° la Statistique du Déparlement des Bouches-du-Rhône par le Comte de Villeneuve, tome Ill, pages 387-580 ; 2° Le copie des lettres à l'Administration de 1819 à 1831, fort volume in-4°, déposé au Musée, dans lequel nous avons surtout puisé la plupart des renseignements ; dans une lettre au Maire M. Rostan du 16 novembre 1830, Polydore Roux résume cette création.
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francs que l'on demandait pour cette location effraya l'Administration qui lui préféra les quelques pièces de la Préfecture.
Le Cabinet d'Histoire Naturelle, c'est le nom que l’on donnait alors au Muséum, se développa peu à peu ; quelques crédits supplémentaires furent votés par le Conseil Général pour permettre divers achats. Les traitements du Conservateur (1.200 franes) et de l’aide-préparateur (500 francs) absorbaient plus que la totalité de la subvention annuelle.
En 1820 le Conseil Municipal accorda une subvention de 1.200 francs qui fut augmentée les années suivantes en proportion des exigences du service.
A cette époque l'importance du Cabinet d'Histoire Naturelle était bien peu considérable ; le premier inventaire des collections que nous trouvons dans le copie de lettres (correspondance officielle) à la date du 11 Août 1619 nous donne :
Mammifères..... RARES EE SM LR e ee es 10 OSCAR RCE E CR RENE TRE RES SAR T RAE g REDHIES REPÉRER ERP REERERERE en Rs 40 IPORSOMSo 05 500 020 See PARA te RE A EM RUE IS
Mollusques (quelques centaines de coquilles).
Insectes (plusieurs milliers).
Astéries ..... AA A EP NAS REES À 0 4 Dia male AE 30 MIMÉTAUEECREEES 112, plus quelques fossiles.
A la suite d'un voyage à Paris que fit le Conservateur, de décembre 1819 à février 1820, grâce à des dons du Muséum de la Capitale et à des achats assez nombreux les collections furent considérablement augmentées.
A ce moment (1820) le Musée fut transféré près de la Bibliothèque de la Ville, dans une partie de l’ancien monastère des Bernardines, local dans lequel il devait rester pendant dix ans.
L'activité dont fit preuve Polydore Roux pour se procurer de nouveaux spécimens appartenant à toutes les branches des Sciences naturelles, surtout de la Zoologie, permit de 1820 à 1824 de décupler et au-delà l'importance des collections. Il est vrai qu'en dehors des achats journaliers, des échanges et des dons faits par divers amateurs de la ville, il avait pu obtenir de l'Administration municipale l'achat de quelques collections particulières.
Voici l'inventaire des collections du Musée que Polydore Roux envoie le 30 décembre 1824 au Maire et au Préfet.
De \ Exotiques 57 Mammifères ) d'Europe 12 | RO : Exotiques 677 Oiseaux d à ; 74 DA INdEuropet457 Exotiques 166 les | à AE PEU (dEurope 6, | Nb æ
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MolluSquesivants bosses Are 6.000 AN E IAE SR ETAPE EE ER re PR RIT 70 GTS TAC ES AA AL A es ans er AM ue Nc 10% RAC NICE SR RE A Nr Lt ee un 40 INSECTES ANNEE TEE AR en A end te 4:520 EC hino de in es A le AE RTE er LE QE OR RD PROMIS RP MD Ne Tee ait 650 Piecess dANATOMIERRRN EME TRE Re 23 RP ANTES A MERS NU lee AS NAS LS ne En V 8.000 Mimenabesdonmie ce 10 à 12.000 échantillons.
DROLE ASE 4.000 échantillons.
Dans la Sfalistique du Département du Comte de Villeneuve, publiée à la fin de 1626 nous trouvons, tome III, pages 587-580, un inventaire détaillé de l’état des collections en mai 1826 et nous constatons encore un progrès réel. Les déterminations de beaucoup de ces objets avaient été revues par des spécialistes (Férussac pour les Mollusques, Savigny pour les Annélides, Haïüy pour divers Minéraux, . -...).
Malgré l'accroissement constant du Musée, le Conseil Général se basant sur ce que cet établissement était surtout communal lui retira en 1825 son allocation de 1.500 francs : la Ville heureusement avait déjà porté la sienne à 3.000 fr.. en dehors des nombreux et importants suppléments qu’elle accordait pour permettre de fréquents achats.
Voici le budget pour l'année 1824 (établi le 23 Mars 1824).
RECETTES VITE IDE JS RES OT ITR 005 0000 ob one RE | 5.000 » Dépenses extondinaleserePPEE RE EEE EEE 3.000 Consel Général sis pe PRE PSE A ET 1.500 Total des Recettes CMS 7: 400 DÉPENSES CONSENATEUREEREEPEE EE 00 AS Aide-préparateur . .... T2 Dépenses ordinaires... ab te PES AMIS. 4 6000 132 Consies clivers, : -:5: 043 3 O00 Achat du cabinet partiele te Colet : 2, Fe » wo Dépenses extraordinaires { Achat d’un grand vitrage 350 Bocaux bouchés à l’é- MÉTIER 730 2.200 Total des Dépenses... Fr. 200
Sur le chiffre total de 7. 500 francs de recette il restait donc de disponible une somme de 2.220 francs.
Fréquemment Polydore Roux donnait dans ses lettres à l'Administration la liste des acquisitions faites par le Museum pour permettre à celle-ci de se rendre compte des augmentations.
Le local du Museum devenait de plus en plus étroit, aussi le Préfet (Comte de Villeneuve) avait-il demandé à Polydore Roux, en janvier 1825, un projet d'édifice ; celui-ci s'empressa d'envoyer un plan détaillé du bâtiment à construire, avec un devis approximatif de la dépense (67678 fr.), et indiqua un emplacement, (emplacement qu'il ne précise pas dans ses lettres au Préfet, 12 février 1825 et au Maire. 14 février, mais qui devait être, d'après des lettres postérieures, dans les terrains attenant au Collège royal, là où se trouve présentement la Bibliothèque).
Le 6 Février 1830, dans une lettre au nouveau Préfet, le Marquis d'Arbaud, qui succédait au Comte de Villeneuve, il lui annonce l'envoi de nouveaux plans et d’un Mémoire ; les parties principales de ce projet comprenaient : 1° Construction d'un édifice pour le Museum ; 2° Ménagerie pour la naturalisation des animaux domestiques étrangers, et 3° une sorte de Musée des produits de l'Industrie départementale. Le devis pour la totalité de ces installations s'élevait à une dépense de 123.838 francs.
Ces divers projets ne furent malheureusement pas exécutés et l’on dut se contenter en 1830 d'opérer un nouveau transfert du Cabinet d'Histoire Naturelle. La Ville loua le local des Loges Maçonniques, dites des Écossais, situé au Boulevard du Musée, actuellement le n° 49, dans lequel le Cabinet demeura jusqu’en 1866. Ce fut Polydore Roux qui fut chargé de négocier avec le propriétaire, M. Jean, la location de cet immeuble qui fut faite au prix de 3000 fr. par an (bail de neuf ans avec droit de renouvellement pour neuf autres années).
Le transfert eut lieu vers la fin de 1830 et terminé en 1831, Sur la demande de l'Administration, le Museum allait bientôt devenir public, aussi Polydore Roux se préoccupait d'installer quelques salles à cet effet, quand ül lui fut proposé de faire partie d’une expédition dans l'Hindoustan.
L'État lui accorda une mission et la Ville l’autorisa à quitter son poste pendant un couple d'années, tout en lui maintenant son traitement de 1200 francs qui devait être payé à sa mère. Un employé de la Préfecture, M. Négrel, fut chargé de l'intérim qui prit fin dès que l'on eut connaissance du décès de Polydere Roux à Bombay (12 Avril 1833) et l'on nomma alors comme conservateur Barthélemy-Lapommeraye.
Avant de nous occuper de l'Administration de ce dernier, donnons l’état du budget du Museum pour l’année 1831, d’après le copie de lettres de Polydore Roux.
ICO re mal nee tee een tale Fi 500 BONES SOCIES ER AS En I ee te ee 600 RO SMETIESE ARR ren merite 200 HÉénrements te NOUS AMAR ARE MEME A PRREUE I $0 Étoupes, COTONSE ERP CRE CO TE 56 100 BOCAUE EEE rer A0 ee LPS ISA A HE 700
Total des dépenses du laboratoire... EF.
Dépenses du Laboratoire dont le total s'élevait à... Fr. 2.250 Coniecpondaice FPE PER P ETS A ME EE : 100 EXPÉTITONEE EEE EEE IE unten ARTE 100 AChalS CES 025-000 PR ARDE TRE ARR CR RS Ie 800 IDÉDETSES IMARÉNESe à 200 25 br onsocoe PTE tte 300 Traitements ren ER EE SORA AN UE 1.000 Location du bélimente 266068 0 ren “. 3.000
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De 1833 à 1869, le Museum ne discontinua pas à s’accroître mais faute de documents dans les archives de cet Établissement, il ne nous est pas possible de préciser les augmentations successives des collections. Il est bien regrettable que Barthélemy-Lapommeraye qui a dirigé le Museum pendant toute cette longue période, n'ait pas laissé de Copies de lettres indiquant au jour le jour la marche de celui-ci ; les rapports du Musée avec l'Administration ou avec des établissements similaires français ou étrangers nous sont tout aussi inconnus.
Nous nous trouvons donc dans l'obligation d'indiquer grosso modo les principaux accroissements dont il nous a été possible de trouver quelques traces.
A la mort de Polydore Roux les collections n'avaient pas encore été rendues publiques, ce fut donc Barthélemy qui fut chargé dès son arrivée de disposer au plus tôt quelques salles de manière à permettre à la population de les parcourir certains jours de la semaine.
De nombreux aménagements furent faits dans le local de la Loge des Écossais, soit pour développer l'éclairage des salles, soit pour augmenter le nombre de celles-ci.
Parmi les acquisitions, je signalerai plus spécialement celle de la collection particulière des Oiseaux de Provence que le D'Jaubert de Gréoulx (Basses- Alpes) avait réunie et qui avait servi de base au beau volume Recherches Ornithologiques du Midi de la France qu'il avait publié en collaboration avec Barthélemy-Lapommeraye.
Beaucoup plus tard, au moment de l'installation du Musée d'Histoire Naturelle dans l'aile droite du Palais de Longchamp, l'Administration acquit la elle collection paléontologique du D’ Reynès, moyennant une pension viagère de 2000 francs par an, pension qui devait être réduite à 1000 dans le cas où Reynès viendrait à être attaché au Musée avec un traitement quelconque. Au moment de cette acquisition (1868) la Mairie donna à Reynès le titre honorifique de Directeur-adjoint du Musée, titre qui se transforma bientôt en celui de
Directeur, avec traitement, par suite du décès de Barthélemy-Lapommeraye, en Octobre 1869.
Cette collection paléontologique comprenait surtout une série, on peut dire unique, de toutes les espèces d'Ammonites connues, beaucoup d’entre elles déterminées par Reynès lui-même dans son grand ouvrage iconographique sur ce groupe de fossiles, ouvrage qui n'a pu être achevé par l’auteur.
En dehors des 12000 Ammonites que comptait cette collection, il y avait 11000 autres fossiles, parmi lesquels trois magnifiques Ichthyosaurus, types de Reptiles fossiles dont le Musée ne possédait que des moulages.
En dehors de ces deux grandes collections, l'Établissement s'était enrichi de nombreux types appartenant à toutes les divisions des sciences naturelles. Beaucoup d’entre eux provenaient du Jardin Zoologique de la Ville qui avait été créé en avril 1854 et dont Barthélemy était le Directeur scientifique.
Les dépouilles de tous les animaux morts au Jardin revenaient au Museum qui les utilisait soit en les montant, soit en en préparant le squelette. Grâce à l’existence de ce Jardin Zoologique, qui fut surtout très prospère de 1860 à 1869, le Museum put s'enrichir d'un grand nombre de Mammifères et d'Oiseaux, et entr'autres de types de grande taille que l’on voit rarement dans les Jardins Zoologiques de province, tels que rhinocéros, hippopotame, girafe, éléphant.
Pendant la direction du D' Reynès, les collections générales de Géologie ainsi que sa belle collection d'Ammonites furent complètement installées dans les salles du premier étage du palais de Longchamp, ainsi qu’une partie de la Conchyliologie /les Lamellibranches, ; les Mammifères prirent place dans les vitrines latérales, ainsi que l'Anthropologie et les Poissons. Au deuxième étage. la collection générale des Oiseaux fut distribuée dans les vitrines latérales de la grande galerie et dans la salle latérale de droite, tandis que ceile de gauche reçut toute la collection ornithologique de Provence ; la majeure partie de la Conchyliologie fut installée dans les vitrines centrales de la grande galerie, et dans celles des salles latérales l'on disposa les Crustacés, les Arachnides, les Myriapodes et les Echinodermes ainsi qu'un certain nombre de boîtes d'insectes.
Pour classer toutes ces collections dans l'aile droite du Palais de Longchamp, le Directeur et un préparateur ne pouvaient suffire ; aussi créa-t-on pour faciliter ce travail deux postes nouveaux, ceux d'aides naturalistes, qui furent confiés à Soleillet et à Reboul. Le premier était un ornithologiste dans toute l'acception du mot, connaissant aussi bien les oiseaux de la région que les exotiques ; aussi grâce à sa gestion qui a duré de 1869 à 1897, les collections des Oiseaux sont devenues les plus riches de toutes celles des Musées de
province.