‹ Recherches zoologiques et anatomiques sur les mollusques opistobranches du golfe de MarseilleChapitre 12 sur 84 · APPAREIL GÉNITAL · texte numérisé non relu

APPAREIL GÉNITAL

Comme chez tous les Aplysiadés, les organes de la génération sont divisés en deux groupes : d’une part, les organes génitaux proprement dits formant le côté droit de la masse viscérale ; d'autre part, l’organe copulateur, placé du même côté, mais tout-à-fait à la partie antérieure du corps, entre le bulbe buccal et les téguments.

(1) H. Muxe-Epwarps. Voyage em Sicile ; Mémoire sur la circulation de l’Aplysie, p. 138 et suivantes, PI. 23.

Nous allons décrire rapidement ces organes qui n'offrent pas de différences bien sensibles avec ceux des Aplysies vraies.

Organes génitaux proprement dits. — Ces organes se composent : d’une glande hermaphrodite placée à la partie postéro-inférieure et un peu latérale droite du foie, sans contracter avec lui des adhérences multiples par enchevêtrement de ses lobules avec ceux de la glande hépatique ; les surfaces en contact sont ici à peu près planes, ce qui permet de séparer aisément ces deux glandes. La glande hermaphrodite a un volume moitié moindre que celui du foie et sa coloration est beaucoup plus claire (jaune blanchitre).

Le conduit efférent, formé par la réunion de deux canaux excréteurs, décrit d’abord plusieurs circonvolutions, tout en demeurant appliqué contre la glande ; puis, contournant la masse viscérale, vient aboutir aux glandes annexes. Sur toute sa longueur, ce conduit conserve à peu près le même diamètre.

Les glandes annexes se trouvent placées contre les téguments qui servent de point d'insertion à la branchie. La glande dela glaire se reconnaît facilement par suite de sa coloration jaune orangée hyaline ; elle présente une forme globuleuse ; c’est à sa partie supérieure et enchâssée dans sa masse que se trouve la glande de l’albumine. Celle-ci, d’une teinte blanchâtre, au lieu d’être lisse comme la précédente, offre une surface grenue et n’est nullement hyaline.

Après avoir traversé en partie les glandes annexes et être sorti de celles-ci au dessous de la glande de l’albumine, le conduit efférent prend un diamètre dix fois plus fort et vient bientôt aboutir à un renflement que l’on peut regarder comme une sorte d’utérus. Dans ce parcours,ce conduit présente, à sa partie supérieure, une poche assez allongée dans laquelle s'accumulent les corps spermatiques, c’est la poche séminale. Nous trouvons plus bas, insérée sur le renflement utérin, une seconde poche beaucoup plus grande, sphérique dont le contenu est souvent formé d’un amas de substances compactes, d’une teinte brune lie de vin, c'est la

poche copulatrice.

Organe copulateur. — Quant à l'organe copulateur, il est relié aux organes génitaux proprement dits par un canal extérieur formant gouttière, et que l’on peut suivre, sur toute sa longueur, dans notre dessin du Notarchus vu par la face dorsale (fig. 77). Ce canal passe en dehors de la base du tentacule dorsal de droite et suit alors le flanc de l’animal jusqu’à l’orifice pénial.

L'organe copulateur se compose d’une glande prostatique de forme cylindrique, repliée sur elle-même et que l'on peut voir sur notre figure 86 c; à cette glande fait suite un pénis (fig. 88) de forme conique et un peu contourné à son extrémité. Ce pénis, qui fait hernie à la surface du corps au moment dela copu-

lation, demeure d'ordinaire dans la partie antérieure de l'organe copulateur, qui lui forme en ce point une sorte de gaîne protectrice.

Nous avons toujours observé à la surface du pénis de nombreux piquants chitineux ; dans notre figure 89, nous donnons le dessin de quelques-uns d’entre eux pris séparément et grossis. Les piquants les plus forts et les plus crochus sont ceux qui occupent la base du pénis.

Coït et ponte. — Nous n'avons pu assister qu’une seule fois à la copulation de ces mollusques ; c’est en juillet 187$ que nous avons assisté à cet acte physiologique (1).

Les deux individus qui se sont accouplés étaient de grosseur très différente ; le plus petit était monté sur le dos de l’autre, sa tête dirigée vers l'extrémité postérieure du corps, un peu vers le côté gauche; il avait enfoncé son pénis dans la vulve de l’autre et remplissait, par suite, le rôle d’individu mâle.

Les Notarchus ne me paraissent pas pouvoir jouer simultanément les rôles d'individus mâle et femelle, comme peuvent le faire divers autres Opistobranches ; la disposition des orifices génitaux (vulve et ouverture péniale), semblent s'y opposer ou du moins rendre cette copulation réciproque assez difficile, surtout entre individus de taille très différente.

Si nous n'avons pu assister qu’une seule fois à l’accouplement de ces animaux, il nous a été possible de les voir pondre à diverses reprises et d'examiner leur ruban nidamentaire, La ponte s'effectue comme chez les autres Aplysiadés ; à mesure que le ruban nidamentaire cylindrique sort de la vulve du Notarchus, celui-ci le fixe sur les parois du cristallisoir, en lui faisant décrire une série de circonvolutions dans tous les sens. A l’état de liberté, ce mollusque doit fixer son ruban sur les rochers et aussi autour de divers corps résistants, tels que certaines algues, des gorgones, des bryozoaires ramifiés. .....

C'est du ruban nidamentaire des Æplysia fasciata ou depilans que celui du

(1) Nous avons pu observer également le coït chez l’Æp/ysia punctata, soït au laboratoire sur des animaux contenus dans un cristallisoir, soit au bord de la mer parmi les rochers sur des Aplysies en liberté. Ces êtres nous ont offert dans les deux cas la même manière de s’accoupler, nous avons toujours vu deux individus placés l’un sur l’autre, leur tête dirigée du même côté, celui qui remplit le rôle de mâle étant dessus. Ce dernier écarte les bords supérieurs des parapodies de l’animal remplissant le rôle de femelle, passe entre ces organes toute sa région antérieure qu’il incline pour permettre à son pénis de pénétrer dans la vulve de l’autre individu.

Nous n'avons jamais remarqué de véritables chaînes formées par 5 à 6 individus remplissant chacun le rôle de mâle avec celui qui le précède et de femelle avec celui qui suit, comme M. P. Fischer l’a constaté sur des Aplysies du bassin d'Arcachon. (Description d'une espèce nouvelle du genre Phy/laplysia,

p. 299. Ÿournal de Conchyliologie, 3"*° série, t. XX.)

Notarchus se rapproche le plus; on dirait un vermicelle assez gros, replié sur luimême un grand nombre de fois et d’une manière très irrégulière. Ce corps cylindrique est d’une teinte ocre jaune, analogue à celle des téguments de l’animal ; la coloration est due aux œufs et non à l'enveloppe glaireuse qui les entoure, laquelle est complètement hyaline.

Nous avons observé au microscope le dernier ruban nidamentaire que nous ayons obtenu d’un individu pris en septembre 1883. Ce ruban offrait, au milieu de sa masse mucilagineuse, des coques assez allongées, possédant chacune à leur intérieur cinq à six œufs, parfois même une dizaine. Tous ces œufs, au moment où nous les observions, étaient en train de se segmenter.

Plusieurs fois il nous a été donné de voir, chez diverses espèces de mollusques, deux et mêmes trois œufs enfermés dans une seule coque; mais ces faits étaient anormaux, car tous les autrès œufs étaient chacun dans une coque distincte. Dans le ruban nidamentaire de notre Notarchus, nous n'avons pas trouvé une seule coque contenant moins de trois œufs. Nous avons suivi, pendant quelques jours, leur développement, et il nous a été possible de constater la formation, en embryons distincts, de tous les œufs contenus dans chaque coque.

Le fait est-il général chez les Notarchus, ou bien nous trouvons-nous en présence d’une ponte exceptionnelle ? Nous ne pouvons rien affirmer, dans un sens ou dans un autre, attendu que nous n'avons pas pu observer d’autres rubans nidamentaires de cet animal depuis cette époque.

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