‹ Recherches zoologiques et anatomiques sur les mollusques opistobranches du golfe de MarseilleChapitre 21 sur 84 · HP OE · texte numérisé non relu

HP OE

taches hyalines entourées par un fort liséré blanc. La face ventrale est d’une teinte ocre jaune plus ou moins pâle.

Les tissus qui entourent l’ouverture buccale et surtout ceux qui forment inférieurement le bord antérieur du pied sont tous d’une teinte ocre foncé.

Le voile buccal est un peu plus coloré que le pied, et il présente quelques taches hyalines bordées de blanc. Les tentacules, ocre jaune assez foncé, dépassent un peu le bord antérieur du manteau.

La branchie, la verge ainsi que tous les tissus compris entre le pied et les téguments palléaux sont d’une couleur ocre jaune pâle.

Mächoires. — Les mâchoires sont ovales (fig. 109), guillochées, et d’une teinte jaune d’ambre pâle ; elles sont constituées par des pièces assez chitineuses, fortes, terminées en pointe, mais ne présentant pas de denticules latéraux. Nous donnons (fig. 110) un petit fragment grossi environ deux cents fois en diamètre d’une de ces mâchoires; puis (fig. 111 2), deux pièces consécutives vues de profil, pour montrer leur mode d’emboîtement, et en 4, ces mêmes pièces grossies trois cent

soixante fois et vues de face.

Radula. — Va radula a la forme d’un quadrilatère allongé et présente une centaine de rangées de dents; chaque rangée est constituée par 80 dents latérales placées de chaque côté d’un rachis inerme. On remarque que ces dents varient peu, suivant que l’on observe celles qui sont placées près du rachis ou au contraire celles qui sont situées sur les bords de la radula ; nous avons toujours un crochet chitineux assez recourbé auquel fait suite une base assez massive chez les premières dents, moins forte chez les dernières, comme l’on pourra en juger d’après notre fig. 112; la dent / a été prise près du rachis, la dent 7 à l’autre extrémité de la même rangée. Sur les côtés ou l’un des côtés du crochet, nous n’avons jamais de denticules.

Coguille. — Coquille blanche, très allongée, relativement peu concave, assez solide, ayant un aspect irisé analogue à celui que présentent les coquilles des Carinaria ; cet aspect est surtout accentué à la face dorsale. La cuticule est peu distincte (fig. 108).

Les stries d’accroissement sont concentriques, très régulièrement disposées, peu distantes les unes des autres et assez marquées. Entre les stries principales on peut en observer de moins sensibles, parfois même à peine apparentes et toujours en petit nombre (deux ou trois). Outre ces stries concentriques, nous voyons des nodosités produites par un épaississement du test, formant des stries longitudinales rarement interrompues. La coloration est, comme nous le disons

en commençant, d’un blanc parfois un peu ambré, légèrement nacré; cet aspect est dû à l’irisation produite par le jeu des rayons lumineux, au milieu des nombreuses petites nodosités de la coquille.

La spire est chez le Peur. Monterosati plus allongée que chez les autres espèces ; elle se détache nettement du dernier tour qui constitue ici, comme chez tous les Pleurobranches, la presque totalité du test.

La coquille de notre plus gros individu avait près de 12 mill. de longueur sur une largeur maximum de 5 mill. ; celle de notre plus petit n’avait que $ mill. de longueur sur un peu plus de 2 mill. de largeur.

Les dimensions que nons ont offertes les individus eux-mêmes variaient entre 30 et 5$ mill. de longueur sur 23 à 40 de large.

Genre OSCANIUS (1) Leacx, 1847 (car. emend.)

Synonyme : Susanra, Gray, 1857.

ANIMAL possédant un corps elliptique, convexe. Manteau de grandeur variable, plus ou moins échancré en avant, jamais en arrière, à bords libres; rhinophores auriformes, reposant sur le point d'insertion d'un disque trapézoïde, sorte de voile buccal; yeux à la base externe des rhinophores.

Pied plus ou moins volumineux, séparé du manteau par un profond sillon circulaire. Branchie bipennée, libre sur plus de la moitié de sa longueur ; à la base des pinnules se trouvent des nodosités. Anus placé en arrière de l'insertion branchiale. Orifices de la génération complètement séparés ; la vulue est placée en avant et un peu au dessous de la branchie; quant au pénis, plus rapproché de la région céphalique, il se trouve être toujours protégé par de forts replis des téguments latéraux.

Mächoires cornées, constituées par une multitude de petites pièces chitineuses; radula multisériée, très large, sans dent médiane, ayant pour formule œ, O, ©.

CoquiLce interne, contenue dans une grande cavité sous-palléale ; convexe, oblongue et lamelleuse; de nature calcaire, de grandeur et de consistance très variables. Cette coquille offre postérieurement un nucléus spiral plus ou moins accentué.

(1) Nous conservons la dénomination de Leach, mais en introduisant dans la diagnose générique

de nombreuses modifications.

OSCANIUS MEMBRANACEUS, Monracu.

Synon. : PLEUROBRANCHUS Haanrr, Cantraine, 1840. PLeur. TusercuLATUs, Meckel, d’après Philippi, 1844.

ANIMAL corps oblong, d'une teinte générale ocre rouge. Manteau peu épais, présentant des tubercules de grosseurs différentes et disposés irrégulièrement ; il est petit, arrondi et laisse à découvert une partie du pied et du voile buccal, sa coloration est rouge foncé avec des taches claires. Pied volumineux débordant tout autour du manteau. Branchie cachée par le manteau, pliée longitudinalement, assez longue, présentant 23 à 24 pinnules de chaque côté de son axe longitudinal. En arrière de l'insertion branchiale, nous avons l'anus ; en avant, les deux orifices génitaux qui sont distincts, d'abord la vulve, puis l'orifice pénial, protégé par deux grande membranes triangulaires.

Les deux mâchoires, d'aspect guilloché, sont constituées par de petites pièces chitineuses, présentant en avant un denticule terminal, sur chaque côté duquel on trouve un, parfois deux denticules moins forts. Radula lamelliforme, ayant pour formule 80, o, 80; les 25 premières dents latérales possèdent au dessous de leur crochet terminal, et du côté externe, un denticule qui disparaît chez les suivantes.

CoquiLee frès grande, occupant près de la moitié de la longueur du manteau, assez convexe, membraneuse, offrant des stries d’accroissement marquées; d’une coloration rouge vineux irisé. Dimensions : 43 millimètres de long sur 29 de large.

Dimensions maxima de l'animal : 12 centimètres de longueur sur 11 de

largeur.

Cette espèce était autrefois assez abondante ; nous la trouvions au milieu des débris de toutes sortes (débris d’ophiure, d’ophiotrix, de bryozoaires...), que les marins, faisant la pêche de /4 Jaco (1), rapportaient dans leurs filets. Cette pêche se faisait un peu au large du golfe de Marseille, entre le cap Méjean et les îles, sur des fonds vaseux (60 à 70 mètres de profondeur).

Depuis quelques années, cette pêche ayant été interdite, nous nous trouvons réduit, pour nous procurer l'Oscanius membranaceus, à nos draguages ordinaires qui bien souvent sont infructueux, même en allant dans les parages où se faisait la Vaco. Cependant, le 25 mai 1880, Armand, le patron pêcheur du Laboratoire,

(1) Cette pêche se faisait au moyen d’un filet à aïlettes que l’on traînait dans les fonds vaseux ; ce filet était complètement dépourvu de chaînes ou de cercles de fer, comme en présentent les

dragues.

a été assez heureux pour prendre, entre Riou et Jarre, par 30 mètres de profondeur (sur les limites des fonds coralligènes et de zostères), un individu de taille bien supérieure à celle de tous ceux que nous avions pu nous procurer jusqu'à ce jour. Cet animal avait presque les dimensions des gros Osc. tuberculatus, 12 centimètres Sur II.

Notre figure 96a été faite d’après cet individu, mais avec des dimensions moitié moindres.

La teinte générale des téguments de ce mollusque est ocre rouge, avec des taches plus claires à sa face dorsale ; la face inférieure du pied est d'ordinaire d’une coloration moins accentuée. Ce qui caractérise le mieux ce mollusque, ce sont les différences qui existent entre les dimensions du manteau et celles du pied. Ce dernier déborde tout autour et forme à lui seul près des deux tiers de la masse du corps, tandis que le manteau, relativement peu épais, ne sert plus qu’à protéger la masse des viscères, la coquille et l'organe respiratoire. Cette espèce de Pleurobranchus pourrait servir d'intermédiaire entre les Pleurobranchidés, où le manteau est généralement plus développé que le pied, et les Umbrellidés, où l'inverse se produit.

Le manteau chez le membranaceus est irrégulièrement tuberculeux ; ses mamelons charnus, toujours très nombreux, n’atteignent pas le quart du volume de ceux que l’on observe à la surface du manteau du /uberculatus, et ils ne sont pas encadrés à leur base par une raie violette, comme chez cette dernière espèce. Les bords du manteau sont droits ou légèrement sinueux ; antérieurement, nous avons une légère dépression, en avant de laquelle on voit les tentacules dorsaux reposant sur le voile buccal (fig. 96). Ce dernier organe est relativement petit et de forme trapézoïde, quant aux tentacules, ils sont coniques et, comme toujours, formés par une lamelle charnue, contournée sur elle-même.

Le pied, malgré son excessif développement musculaire, n’adhère guère mieux aux corps sur lesquels il se trouve, que celui des Pleurobranchus. Ses bords sont plus sinueux que ceux du manteau et souvent relevés en partie. Antérieurement, il présente une profonde échancrure, au fond et un peu au dessus de laquelle se trouve l’orifice buccal; postérieurement, faisant pendant à l’échancrure, nous trouvons une glande qui, chez notre gros individu, avait 3 centimètres de long sur un peu plus de 1 centimètre de large. Cette glande, placée même à la face inférieure du pied, sous l’épiderme, est tout-à-fait semblable à celle que présente l'Osc. tuberculatus, dans la même région; nous avons fait connaître déjà, p. 110, la structure de cette glande.

La plume branchiale, assez longue, est cependant totalement recouverte par le bord droit du manteau ; sa base d'insertion est égale à peu près aux deux tiers de sa longueur totale. Cet organe présentait 23 à 24 pinnules de chaque côté de la ligne

médiane; ces pinnules ne sont pas placées en face les unes des autres, elles alternent toujours. À la base de chaque pinnule on observe toujours un fort tubercule conique.

L’anus est situé immédiatement en arrière du point d'insertion de la branchie; il est toujours porté à l’extrémité d’un tube assez court.

En avant de la branchie, nous avons diverses ouvertures : d’abord, même à côté de l'insertion branchiale, nous trouvons l’orifice qui met en communication l’appareil circulatoire avec l'extérieur ; cet orifice, en forme de boutonnière, est disposé un peu obliquement, par rapport au sillon circulaire du corps du mollusque.

Puis, l'ouverture vulvaire, dont le bord antérieur forme en dehors un prolongement membraneux contourné, qui cache plus ou moins l’ouverture.

Enfin, complètement distinct de la vulve et à une certaine distance en avant, on remarque l’orifice par où sort le pénis; cet orifice est porté sur une espèce de mamelon, sur les côtés duquel sont insérées deux membranes triangulaires assez grandes. C’est, comme on le voit, une disposition bien différente de celle que l’on observe chez les Pleurobranchus où les deux orifices vulvaire et pénial sont placés l’un à côté de l’autre, dans une sorte de cloaque génital.

Il nous reste, pour terminer ce qui concerne cette espèce, à décrire les mâchoires, la radula et la coquille

Mächoires. — Ces deux organes, placés comme chez les Pleurobranchus au commencement de la cavité buccale, immédiatement en arrière de la trompe, se composent d’une multitude de pièces chitineuses qui par leur agencement les unes par rapport aux autres donnent aux mâchoires un aspect guilloché.

Nous avons dessiné, fig. 100, deux de ces pièces vues de face, pour montrer surtout la présence à leur extrémité antérieure d’un denticule terminal, sur chaque côté duquel se voit un (parfois deux) denticule moins fort. Dans notre figure 101, nous avons représenté plusieurs de ces pièces, vues de profil, pour faire ressortir les parties qui par leur emboîtement réciproque les relient entre elles.

Radula.— De forme quadrangulaire, cet organe (fig. 98) est un peu plus long que large ; il présentait chez notre grosindividu une quarantaine de rangées de dents, mais chez les petits exemplaires ce nombre est moindre.

Chaque rangée possède 80 dents /atérales placées de chaque côté du rachis qui nous a paru être toujours inerme chez les Oscanius aussi bien que chez les Pleurobranchus ; la formule dentaire est donc 80, 0, 80. Toutes les dents latérales n’ont pas la même forme ; les premières, en partant du rachis, offrent sur le bord externe de leur partie crochue un denticule latéral d’abord assez gros (fig. 99 4, première dent latérale), puis allant en diminuant jusqu’à la vingt-cinquième dent

(fig. 99 à, 20° dent) chez laquelie le denticule disparaît complètement, et à partir de ce point les dents, massives près du rachis, s’allongent et arrivent à leur maximum de longueur vers la soixantième (fig. 99 c, 56° dent); celles qui suivent vont en s’atrophiant jusqu’à la dernière, qui souvent est à peine distincte.

Il n’y a guère que le tiers antérieur de la radula qui soit étalé sur le mamelon lingual, tout le reste de l'organe est enroulé et enfermé dans le fourreau radulaire.

Coquille.—VLa coquille a un aspect membraneux,semi-transparent, luisant etirisé. Sa couche de substance calcaire, est recouverte à l'extérieur par une fine pellicule qui se détache aisément à l’état frais ou chez les coquilles ayant séjourné longtemps dans l'alcool. L'intérieur de cet organe paraît aussi être tapissé par une pellicule très délicate adhérant d’une façon plus ou moins intime à la couche calcaire.

Sa coloration est d’un rouge vineux irisé.

Cette coquille est toujours très concave, surtout chez les gros individus (fig. 97); elle présente, comme système d’ornementation, de nombreuses stries d’acroissement, plus ou moins accentuées: entre ces stries principales, on en observe d’autres, microscopiques, sinueuses, qui forment la structure caractéristique de cette espèce. Nous n’avons jamais remarqué la moindre trace de nodosités longitudinales. |

La spire, extrêmement petite, ne serait presque pas visible si dans cette région il n’existait pas d'ordinaire une sorte de deuxième couche calcaire formant un empâtement blanchâtre. La spire n’est composée que de deux tours; la fin du second constitue à peu près toute la coquille dont la large ouverture forme la face inférieure ou interne.

De toutes les coquilles de Pleurobranchus et d'Oscanius, c’est celle de l'Osc. membranaceus qui rappelle le plus certaines coquilles d’Aplysies par sa forme et par sa constitution. Elle est presque ovale, son bord gauche revient légèrement en dedans tandis que son bord droit et son bord antérieur sont dilatés.

Les dimensions de la coquille de notre gros individu sont celles du dessin que nous donnons (fig. 97), 43 millimètres de longueur sur 29 de largeur maximum, mais d'ordinaire elles n’excèdent pas 25 à 30 sur 13 à 16.

OSCANIUS TUBERCULATUS, Delle Chiaje, 1828.

Synonymes : PLEUROBRANCHUS FORSKAHLI, Delle Chiaje, 1828. PIEUROBRANCHUS MAMMILLATUS, Schultz,

PLEUROBRANCHUS TESTINUNARIUS, Cantraine, 1840.

AntMaz Corps elliptique, globuleux, d'une coloration ocre rouge. — Manteau très grand, épais, de forme elliptique, échancré en avant, présentant pres-

que sur toute sa surface de gros tubercules polygonaux qui, vers la partie centrale du dos, sont chacun contenus dans une maille d'un réseau rose carmin ; la coloration du manteau est plus foncée que celle du reste du corps. Pied de même forme,mais un peu plus petit ; à sa face inférieure et postérieure se trouve une glande. — Branchie très longue, pennatiforme offrant une vingtaine de pinnules de chaque côté de son axe. Anus placé en arrière de l'insertion branchiale ; orifices génitaux distincts, situés en avant de l'organe respiratoire, on trouve d’abord la vulve, puis, un peu plus en avant, le pénis protégé par deux membranes triangulaires.

Mächoires lamelleuses, un peu réniformes, constituées par de petites pièces offrant chacune de 9 à 11 denticules en avant. — Radula ayant pour formule 180 à 200,0, 180 à 200 ; ces dents latérales sont crochues et ne présentent pas de denticules latéraux.

CoquiLLe auriculiforme, très petite, convexe, avec une spire un peu proëéminente et des stries d'accroissement assez marquées, de consistance assez solide, d’une coloration ambrée pâle. Dimensions 6 millimètres de long sur 3 de large. Dimensions maxima de l'animal:19 centimètres de longueur sur 14 centimètres de largeur.

Les meilleures figures de l'Oscanius ( Pleurobranchus) tuberculatus ont été données par Philippi en 1844 ; les deux dessins coloriés de ce naturaliste reproduisent très fidèlement l’aspect de ce mollusque, surtout celui où l'animal est représenté vu par la face dorsale ; M. P. Fischer donne une reproduction noire et réduite de moitié de cette dernière figure dans son ouvrage de conchyliogie.

De toutes les espèces de P/eurobranchus ou d'Oscanius,le tuberculatus est la plus grosse, car elle atteint quelquefois de 16 à 19 centimètres de longueur sur 12 à 14 de largeur. Cet animal est, comme on le voit, sensiblement plus volumineux que notre gros individu de l’Osc. membranaceus, lequel n'avait pas 12 centimètres sur 11, et aussi plus allongé. La teinte générale de ce mollusque est ocre rouge plus ou moins accentué suivant les parties que l’on examine.

Le manteau est tuberculé, comme l'indique la dénomination spécifique de cet animal ; mais les gros tubercules, au lieu de présenter dans leur position l’irrégularité que l’on observe chez ceux du wembranaceus, sont au contraire placés suivant un certain nombre de rangées à peu près longitudinales ($ à 7) occupant tout le milieu de la surface dorsale. Ces tubercules sont coniques et offrent tous la même grosseur. Quant à ceux des parties latérales, ils ont un volume sensiblement moindre et vont en diminuant de grosseur à mesure que l’on se rapproche des bords du manteau. Mais ce qui fait encore mieux ressortir les gros tubercules de toute la partie centrale dumanteau, donnantà cet ensemble l’aspect d’une carapace de tortue,

c’est la présence autour de la base de chaque tubercule d’un liséré rose carmin qui forme une sorte de réseau à grandes mailles hexagonales ou pentagonales ; c’est cette disposition qui avait valu à cet animal le nom spécifique de estidunarius donné en 1840 par Cantraine et qui, bien que moins ancien que celui de tuberculatus, est souvent employé par les naturalistes.

Le manteau est très grand, épais et de forme elliptique; il recouvre tout le corps de ce mollusque, si ce n’est en avant où il présente une profonde échancrure par laquelle sortent les rhinophores. A part cette échancrure, les bords du manteau sont droits.

A la face inférieure, le long de la rainure, les téguments palléaux sont lisses et d’une teinte jaune.

Le pied offre à peu près la même forme que le manteau, mais ilest toujours un peu plus petit surtout en longueur, car il ne commence que 15 à 20 millimètres en arrière du bord antérieur palléal. Inférieurement, sa surface est un peu raboteuse sans présenter toutefois de petits tubercules ; mais sur toute l’étendue de ses bords supérieurs, nous trouvons une multitude de petites verrues analogues aux tubercules des bords du manteau.

A l’extrémité du pied, on remarque un organe glanduleux semblable à celui que nous avons déjà signalé chez l'espèce précédente, organe dont nous avons fait la description au commencement du chapitre consacré aux Pleurobranchidés.

La #ranchie, qui est très longue et arrive quelquefois à dépasser un peu l'extrémité du manteau, est pennatiforme et pliée en deux comme chez les Pleurobranchus. Elle présente de chaque côté de son axe longitudinal une vingtaine de de pinnules.

L’anus est placé immédiatement en arrière de l'insertion branchiale. Un peu en avant de l’organe respiratoire nous trouvons les orifices distincts de la génération; d’abord la vulve, puis, à une certaine distance, le pénis. Ces deux orifices, surtout le dernier, sont protégés par des membranes.

C’est un peu au dessus de la membrane qui protège la vulve que l’on observe l’orifice qui met en communication l'appareil circulatoire avec l'extérieur. Cet orifice se trouve assez facilement, même sur des animaux conservés dans l'alcool depuis quelque temps; il se montre d'ordinaire sous l'apparence d’une petite concavité dans laquelle il est possible de faire pénétrer facilement une assez forte pointe à dissection.

Mächoires. — Ces organes sont très développés chez l’Oscanius tuberculatus surtout en largeur; ils présentent chacun un aspect réniforme, tronqué en avant; c’est de ce côté qu’ils sont intimement unis l’un à l’autre par leur bord

interne sur une longueur égale à un quart de leur longueur totale (fig. 116) ; leur coloration est d’un jaune d’ambre assez intense.

Les mâchoires sont directement appliquées sur la face inférieure et les parois latérales de l'entrée de la cavité buccale, leur bord antérieur, celui qui est tronqué, étant dirigé en avant et faisant suite en quelque sorte à la trompe.

Nous avons essayé de représenter dans notre fig. 116 l’aspect guilloché qu'offrent ces organes vus sous un faible grossissement ; les pièces qui les constituent, intimement accolées les unes aux autres, sont disposées suivant des lignes obliques, comme on peut le voir sur notre figure d'ensemble ainsi que sur le fragment très grossi que nous donnons (fig. 117).

Ces pièces (fig. 118 £) sont au moins trois fois plus longues que larges; vues par leur face externe (celle qui est tournée vers l’intérieur de la cavité buccale), elles offrent en avant un denticule médian très fort sur chaque côté duquel se trouvent quatre ou cinq denticules, beaucoup moins gros et allant en décroissant du premier au cinquième qui souvent est à peine perceptible. Quelquefois le denticule terminal se bifurque (fig. 118 4), mais le fait est assez rare. Les denticules ne descendent jamais aussi bas le long des côtés, que chez le PJ aurantiacus (fig. 104). Un peu au-dessous du milieu de la longueur de ces pièces et de chaque côté nous trouvons une forte saillie, dont on peut voir la disposition sur notre fig. 119; ces saillies, destinées à fixer les pièces entre elles, ne sont guère visibles sur l’ensemble des plaques, cachées qu’elles sont par les extrémités antérieures des pièces situées en arrière.

Quant à leur extrémité postérieure, elle est obtuse et toujours recouverte par les denticules de la pièce placée au dessous d’elle.

Les pièces constitutives des mâchoires ne présentent pas toujours les caractères que nous venons de donner ; ainsi antérieurement elles sont plus ou moins dépourvues de denticules et peuvent, même n’en offrir aucun, comme celle que nous avons dessinée (fig. 118 c) ; cela tient à ce que cette partie des mâchoires fonctionnant continuellement et n'étant pas protégée par un mince revêtement épithélial comme les trois quarts postérieurs, s’use rapidement, les denticules se brisent et bientôt les pièces elles-même tombent.

Tout-à-fait à l’autre extrémité des mâchoires, nous trouvons des pièces incomplètes (fig. 118 4), car c’est en ce point qu’elles se forment, poussant devant elles celles qui sont tout-à-fait développées.

Nous avons trouvé, toujours vers le milieu de chacune de ces pièces masticatrices, une petite cavité qui est un reste du point de formation de chacune d'elles; à l'origine on distingue même (fig. 118 4) la petite cavité cellulaire munie de son nucléus et de son nucléole.

Radula. — Nous donnons (fig. 120) une radula repliée sur elle-même, telle qu’elle se présente lorsqu'on l’a isolée; étendue, elle forme une espèce de carré, un peu plus long que large, d’une coloration jaune pâle. Cet organe est constitué par une cinquantaine de rangées de dents presque visibles à l'œil nu; chaque rangée a pour formule 200,0,200. Toutes ces dents latérales affectent la même forme crochue, elles varient seulement dans leur grosseur suivant qu’elles se trouvent placées près de la ligne médiane ou sur les bords de l’organe. Ces dernières (fig. 121 à) sont plus longues, mais plus grêles que les premières (même fig. 4) qui sont trapues surtout dans leur partie basilaire.

L'intervalle laissé par l'absence de dent wédiane est presque nul, à peine aperçoit-on sur l’ensemble de la radula une ligne qui la partage en deux parties

symétriques.

Coquille. — Comme nous le disions dans un précédent travail, la coquille de cette espèce est, proportionnellement aux dimensions de l’animal, de beaucoup la plus petite ; ainsi elle n’atteint pas 7 millimètres chez nos exemplaires de 16 à 18 centimètres de longueur. Les dimensions de ce petit organe testacé sont loin d’être en rapport avec celles de l’animal, comme le supposait M. Lacaze-Duthiers, mais bien en raison inverse de l'épaisseur et de la consistance des téguments dorsaux. Ceux-ci, comme nous venons de le dire, acquièrent ici un développement considérable ; la coquille ne peut donc jouer aucun rôle protecteur et par suite tend à s’atrophier.

Cette coquille est un peu translucide, luisante, mais non irisée; sa cuticule externe n’est pas intimement accolée à la substance calcaire et peut se détacher par place. L’ornementation consiste en de fortes stries concentriques d’accroissement, entre lesquelles on peut observer au microscope de très petites et très nombreuses nodosités placées longitudinalement.

La forme auriculée de cette coquille rappelle un peu celle de certaines espèces de Succinea; elle est proportionnellement plus allongée et plus bombée que chez les autres Pleurobranchus. La spire, assez marquée, est terminale; la coquille présente deux tours complets. Sa coloration ambrée pâle est parfois un peu grisätre.

Les dimensions de cette coquille varient de 4 millimètres et demi à près de 7 millimètres de longueur sur environ 2 à 3 de largeur.

Genre PLEUROBRANCHÆA, MEckEz, 1813.

Synonymes : PLeuRoBrancHIDIUM, Blainville, 1824.

ANIMAL ovale-oblong, convexe. Manteau ne recouvrant que la partie centrale du corps ; bord droit à peine saillant, bords gauche, antérieur ef postérieur complètement effacés.

Tentacules buccaux formant un large voile frontal à extrémités triangulaires aiguës, rhinophores, auriformes, canaliculés. Veux à la base interne des rhinophores. — Pied très grand, tronqué en avant, pointu en arrière, offrant à son extrémité postérieure une glande dont le conduit excréteur vient s'ouvrir à la face dorsale, au sommet d'une petite verrue conique qui termine le pied de ce côté.

Branchie peu développée, placée parallèlement et un peu au dessous du bord droit du manteau, pennatiforme et non pliée en deux longitudinalement, comme la branchie des Pleurobranchus. En avant de la branche, les orifices vulvaire et pénial toujours distincts l'un de l'autre, et un peu en arrière mais au dessous du même organe l'ouverture anale.

Bouche proboscidiforme ; mâchoires fort développées, d'aspect guilloché, constituées par une multitude de petites pièces chitineuses; radula lamelleuse, présentant quelquefois une dent médiane rudimentaire, sur les côtés de laquelle se trouvent de nombreuses dents latérales.

Coquizce sulle, du moins jusqu'à présent on n'a pu constater sa présence, mais il est probable que ces mollusques en possèdent une microscopique, comme celle du Gastropteron Meckelii, du Notarchus punctatus....

PLEUROBRANCHÆA MECKELII, Lever, 1813.

Synonyme : PLeurosrancminum Meckeru, de Delle Chiaje, 1828.

AniMaL d'un gris brunâtre pâle, avec de nombreuses taches ou marbrures brun noirâtre sur toute la surface dorsale de l'animal ; le pied à sa face ventrale présente une teinte presque noirâtre, si ce n'est près de la glande dont la coloration est gris blanchâtre.

CoquiLLe #ulle.

Cet animal est très rare dans le golfede Marseille, mais on le rencontre assez souvent sur d’autres points de la Méditerranée (Nice, Gènes, Alger et surtout

Naples).

Nous avons pu étudier avec soin les mâchoires et la radula de cette espèce, d’après un individu trouvé en juillet 1876 par M. Marion, dans un draguage fait devant le port d'Alger, à 80 mètres de profondeur.

Dans l'estomac d’un Pleurobranchæa pris à Nice, nous avons trouvé un fragment de ruban nidamentaire d’une Aplysia, puis un certain nombre de petits mollusques nudibranches (probablement des Polycera).

Nous n’insisterons pas davantage sur les caractères extérieurs de cet animal; les diagnoses générique et spécifique que nous en donnons nous paraissent suffisantes pour faire connaître le faciès de ce Pleurobranchidé.

Mächoires.— Les mâchoires sont constituées par deux grandes lames chitineuses (fig. 124), au moins trois fois plus longues que larges.

Ces lames, d’un aspect guilloché, ont une teinte jaune verdâtre pâle et sont formées par une multitude de petites pièces dont les dimensions sont inférieures (deux à trois fois moins grandes\ à celles qui forment les mâchoires des Pleurobranchus et des Oscanius.

Ces pièces constitutives sont généralement en forme d’hexagones allongés (fig. 125,aetb), mais on en observe de formes géométriques diverses (pentagones, quadrilatères.. .), parfois aussi de très irrégulières. Ces pièces, qui de prime abord paraissent peu épaisses, le sont cependant davantage que celles des Pleurobranchus; elles offriraient même une certaine analogie avec les bâtonnets des mâchoires des Haminea. Formées de disques superposés, leur développement s'effectue par l’adjonction de nouveaux disques à la base de chacune (voir notre figure 125 c).

A la partie antérieure de la surface externe de chacune d’elles, on distingue, sous un fort grossissement, de petites dentelures rappelant celles des Oscanius tuberculatus ; ces dentelures viennent s'appuyer et recouvrir en partie la base des deux pièces placées devant elles, comme on peut s’en rendre compte par notre figure 126, 2.

Radula. — Cet organe se compose d’une quarantaine de rangées de dents. présentant chacune en son milieu un vide qui correspond à la place qu’occupe la dent médiane lorsque celle-ci est présente, fait assez rare, car bien souvent on ne trouve dans toute la longueur du rachis que 4 ou 5 dents médianes assez rudimentaires, au lieu d’un nombre correspondant à celui des rangées de dents latérales. Ces dents médianes sont beaucoup plus petites que les premières latérales, un peu coniques, bifurquées à leur sommet.

La formule dentaire de cette espèce est 70, 1, 70. Les dents latérales ne diffèrent pas sensiblement entre elles, si ce n’est en grosseur ; ainsi on remarque que près du rachis elles sont petites, puis vont en grossissant jusque vers le milieu de la

demi-rangée, c'est-à-dire jusqu'à la trente-cinquième dent où elles acquièrent un volume deux à trois fois plus fort ; à partir de ce point, elles diminuent et arrivent, même sur les bords de la radula, à être atrophiées.

La partie crochue ou crochet principal de chaque dent est, proportionnellement à leur grosseur, presque aussi développé chez toutes ; mais il n’en est pas de même du denticule ou crochet latéral interne (c’est-à-dire placé sur la face tournée vers le rachis) qui, assez fort dans les premières dents, tend à s’atrophier chez celles qui sont tout-à-fait latérales.

Nous avons représenté, fig. 122 4, 4, c, les trois premières dents d’une rangée, en partant de la ligne médiane ou rachidienne; puis en 4 nous avons dessiné la 43° dans la même position, c’est-à-dire telle qu’elle se trouve lorsque l’on observe ces organes sans les déranger de leur position normale; enfin nous avons figuré à la suite les cinq dernières dents de la même rangée.

Nous donnons aussi la figure d’une des dents vue de profil, côté interne, prise vers la 40°, pour montrer le mode d'insertion du denticule.

Toutes ces dents sont assez vivement colorées en jaune chitine.

Coquille. — Nous n'avons trouvé aucune trace de coquille chez les divers individus que nous avons eus à notre disposition ; cependant nous croyons qu'il doit en exister une très petite, car sous le manteau nous avons une cavité assez vaste, analogue à celle qui existe chez tous les Pleurobranchus. Cantraine avait déjà observé ce fait (Malacologie méditerranéenne et littorale, p. 86.)

ES

FAMILLE DES UMBRELLIDÆ

CaNTRAINE, 1840.— DesHayes d’après H.-C. WeiNKAUFF.

Cantraine, dans sa Malacologie méditerranéenne et littorale, a réuni l'Umbrella et la Tylodina en une famille qu'il sépare de celle des Pleurobranchidés. Nous adopterons cette division qui nous paraît être fort juste.

Les genres Umbrella et T'ylodina possèdent une coquille externe, reposant sur un manteau très rudimentaire, tandis que chez les Pleurobranchidés celle-ci est toujours placée sous les téguments palléaux, dans une cavité.

Genre UMBRELLA, MarTyN, LAMARCK, 1812.

Synonyme : GasrropLax, Blainville, 1810.

ANIMAL possédant un manteau très rudimentaire à bords dentelës, et recouvert entièrement par une coquille.

Piedtrès volumineux, débordant de toutes parts, tuberculeux à sa face dorso-

4 latérale, lisse à sa face ventrale ; en avant, cet organe présente une profonde échancrure au fond de laquelle se trouve la bouche.

Tête non distincte. Voile buccal triangulaire; tentacules dorsaux enroulés sur eux-mêmes et fendus sur toute leur longueur, à leur partie inférieure ces organes présentent un renflement à l'intérieur duquel se trouvent des lamelles olfactives. Veux sessiles placés entre les tentacules.

La branchie, située à la partie antérieure du corps, et sur le flanc droit, est constituée par une série de petites plumes.

Orifice génital dans l’échancrure du pied entre la bouche et le voile buccal. L'anus en arrière du point d'insertion de la branchie.

Coquizce patelliformeun peu irrégulière, discoide, déprimée, à bord tranchants; son sommet peu élevé est toujours dirigé vers le côté gauche. La face interne qui est un peu concave, est généralement calleuse au centre et très lisse vers les bords.

Ro

Toutes les Umbrella capturées dans le golfe de Marseille ou dans la rade de Villefranche nous paraissent appartenir à l’espèce décrite par Lamarck, sous le non d'U. mediterranea. Nous croyons que les deux autres espèces recueillies dans la Méditerranée par divers naturalistes et désignées sous les dénominations d’U. patelloïdea (Cantraine) et d'U. Lamarckiana (Recluz) ne sont que des variétés de la #editerranea.

UMBRELLA MEDITERRANEA, Lamarck, 1812.

ANIMAL présentant un manteau d’une teinte blanchätre, légèrement orangé sur les bords. Pied d'une belle coloration orangée à sa face inférieure et sur toute sa partie tuberculeuse dorso-latérale ; les tubercules sont nombreux et de grosseurs très inégales, le sommet de chacun est blanchätre.

Toute cette région tuberculée est recouverte par un épiderme brun de consistance mucilagineuse.

CoquiLee très déprimée et à stries concentriques; sa face dorsale présente un épiderme jaunâtre de nature membraneuse, cachant la teinte blanche laiteuse du test. À sa face inférieure, la coquille est d'ordinaire jaune pâle vers les bords et plus ou moins brune au centre.

Signalons aussi la présence de bandes très brunes allant en rayonnant du centre vers la périphérie et n'intéressant que l'épiderme.

HaBiTaT. — Cette espèce n habite pas seulement la Méditerranée ; M. P. Fischer, pendant l'expédition du Talisman ex 1883, l'a rencontrée aux Îles du Cap-Vert.

On la pêche dans les fonds de zostères, sur la limite des fonds coralligènes, par 15 à 4o mètres de profondeur (golfe de Marseille, rade de Villefranche).

NouRRiTURE. — Ces mollusques paraissent très voraces et peu difficiles sur le choix de leurs aliments; nous avons trouvé dans leur tube digestif des débris de Gastéropodes (Trochus, Phasianella.…), de Lamellibranches (Cardium, Arca...), de Bryozoaires, d'Echinides et des Foraminifères. Mais, en dehors de ces débris, on rencontre surtout des corps allongés, rappelant par leur forme celle des graines d'orange, plus gros et beaucoup plus colorés en jaune orangé que celles-ci; en dilacérant ces corps et en les examinant au microscope, on reconnaît que ce sont des amas de spicules d'éponges appartenant à l'espèce si commune dans tout le golfe de Marseille, le Suberites domuncula (/4 piade des pêcheurs).

Depuis une douzaine d’années, les Umbrella mediterranea se trouvent assez rarement dans le golfe de Marseille, même pendant quelque temps (1874-1880), nous ne pûmes nous en procurer qu’un seul exemplaire. Les individus que nous avons pris depuis 1880, et qui nous ont permis d'étudier l’organisation de ce

mollusque, offraient des dimensions assez variables; le plus gros exemplaire que l’on ait pêché avait environ 19 centimètres de longueur sur 14 centimètres de largeur; quant au plus petit, il avait à peine 9 centimètres sur 7. Généralement, leurs dimensions étaient de 12 à 13 centimètres de longueur sur 9 à 10 de largeur.

La coquille ne recouvre pas la moitié de la face supérieure de l’animal, le pied débordant tout autour, et le manteau lui-même laissant dépasser ses dentelures; chez les individus de taille moyenne, cet organe protecteur a de 72 à 75 millimètres de longueur sur 61 à 63 millimètres de largeur. Comme on le voit par ces dimensions, la coquille est proportionnellement moins longue que le corps; quant au manteau qu’elle recouvre presque complètement, il offre aussi une forme plus arrondie. Cette différence d’environ un quart entre la longueur totale de l'animal et sa largeur, est établie par le prolongement un peu en pointe de l'extrémité postérieure du pied.

Les téguments pédieux forment plus de la moitié de la masse totale de l’'Uwbrella: il existe peu d’Opistobranches chez lesquels le pied atteigne une aussi grande épaisseur, nous ne pouvons guère citer que deux mollusques de ce groupe: la Tylodina et VOscanius membranaceus, où nous trouvions un développement analogue de cette partie du corps. Le pied se développe bien chez les Bullidés et les Aplysiadés, mais c’est surtout en étendue et non en épaisseur.

Nous ne comptons nullement décrire ici toute l’organisation de l’Umbrella, ce travail a été déjà fait avec soin par plusieurs naturalistes, et particulièrement par le professeur G. Moquin-Tandon, de Besançon, qui a publié en 1870 une excellente monographie de cet animal ; nous voulons seulement attirer l’attention du lecteur sur quelques points qui avaient échappé à nos devanciers, surtout pour ce qui concerne le système nerveux très compliqué de ce mollusque.

Avant d'aborder notre sujet, il convient de donner une idée générale de la disposition des organes, les uns par rapport aux autres, afin de bien faire comprendre les relations qui existent entre eux.

Chez ce Gastéropode, nous trouvons une superposition des organes, où l’on peut reconnaître, selon nous, trois plans assez distincts: #7, qui se trouve immédiatement sous la coquille et le manteau, et que nous appellerons p/ax supérieur, constitué par le péricarde antérieurement et un peu à droite, et par l'organe de Bojanus, dont le point d'insertion contre les téguments du corps est situé sur le coté gauche et en avant. — Le second plan ou plan moyen contient en arrière et vers la gauche, la masse hépatico-hermaphrodite avec les replis de l'intestin; en avant et vers la droite, les annexes des organes de la reproduction. — Enfin, dans le troisième plan ou plan inférieur, nous avons tout le tube digestif, moins l'intestin, ainsi que les glandes salivaires et les centres nerveux.

La branchie dépend du premier plan, elle décrit une demi-circonférence; mais si elle est beaucoup plus longue que chez tous les autres Pleurobranchidés, elle est moins large, comme on peut le voir en examinant les figures 3, Planche IV et 3 et 4, Planche VIII du travail de M. Moquin-Tandon. Elle occupe la partie antérieure et la partie latérale droite du sillon qui sépare le manteau du pied.

Ces indications générales données, nous allons entrer immédiatement dans notre sujet et nous occuper d’abord de la glande que nous avons trouvée dans l’épaisseur du manteau.

Glande du manteau. (1) — Si, après avoir fixé sur son pied un individu encore vivant, on enlève avec soin la coquille sans endommager le manteau, on remarque que celui-ci a une teinte brunâtre sur toute son étendue, à l’exception, près des bords dentelés, d’un anneau blanchâtre un peu sinueux, formé par les muscles qui retiennent la coquille.

L’épaisseur du manteau est très faible; en allant de la face externe vers la face interne, nous trouvons d’abord une fine pellicule très fine qui s’enlève facilement. Cette pellicule, sorte d’épiderme, d’une coloration ocre brunâtre, est formée par un tissu de cellules très petites, irrégulières, la plupart allongées, offrant une grande analogie avec celles qui constituent le revêtement rougeâtre de la cavité palléale où se trouve logée la petite coquille de lOscanius tuberculatus.

Sous ce mince épithélium, nous avons une sorte d’hypoderme, de nature conjonctive, dans l'épaisseur duquel on observe quelques corps irréguliers, cristallins, calcaires, sorte de spicules rudimentaires.

C’est au dessous de cette couche que nous avons trouvé une glande d’une très faible épaisseur, mais qui occupe tout l’espace contenu à l’intérieur de l’anneau musculaire qui retient la coquille, c’est-à-dire presque toute l'étendue du manteau; quelquefois même, les ramifications glandulaires arrivent sur les bords de ce dernier.

Chez certains individus, il n’est guère possible de soupçonner l'existence de cet organe glandulaire, soit que l’hypoderme ait acquis chez eux un plus fort développement, soit que la glande elle-même ne fût pas en pleine activité. C’est ce qui explique le silence de presque tous nos devanciers (2) au sujet de cet organe; nous-même, nous n’en avons reconnu l'existence que d’une manière fortuite. En sectionnant le manteau pour étudier les organes internes, nous avons remarqué

(1) Voir les figures 137 à 139 de notre PI. VI. (2) M. Moquin-T'andon, à la fin de sa Monographie (p. 128), signale cependant l’existence de « tubes glandulaires » dans l'épaisseur du manteau, et suppose que ces organes débouchent à l’extérieur

par plusieurs orifices; c’est, à notre connaissance, le seul naturaliste qui ait fait allusion à cette

glande.

qu'il s’échappait de chaque bord un léger nuage opalin, dont la coloration devenait plus intense si nous pressions les téguments dorsaux. Cette sécrétion nous a rappelé celle qui se produisait à la région antérieure du manteau du Scaphander lignarius lorsqu'on venait à le sectionner en ce point; ce liquide, chez ce dernier animal, provenait d’une glande jaune contenue dans l'épaisseur de celui-ci; frappé par cette analogie, nous nous sommes mis à la recherche de l'organe glandulaire qui pouvait produire cette sécrétion chez l’'Umbrella.

Lorsque cette glande est en plein fonctionnement et que l’hypoderme n’est pas trop épais, le manteau examiné avec une forte loupe prend un aspect rugueux ; si l’on vient à en transporter un débris sous un grossissement moyen du microscope et qu'on l’écrase un peu, on remarque que cette glande est constituée par une multitude de vésicules pyriformes, ayant parfois près de 1 millimètre chacune (grandeur naturelle) et dont les conduits excréteurs sont tous dirigés vers la partie antérieure de l'animal. Ces vésicules présentent toutes, à leur intérieur, un contenu granuleux assez opaque, d’une teinte blanc jaunâtre lorsqu'on les observe à la lumière directe; elles offrent chacune intérieurement un nucléus assez gros et très hyalin, dans lequel nous n’avons jamais pu distinguer de nucléole. Nous avons donc affaire à une glande pluricellulaire, dont les éléments (les vésicules) ont conservé une certaine indépendance; chacun d'eux possède un canal excréteur qui ne se confond avec les voisins qu'après un certain parcours. Tous ces canaux se dirigeant en avant et se reliant les uns aux autres, nous avons recherché et nous sommes arrivé à trouver le conduit commun qui verse au dehors les produits de cette glande; mais, avant de former ce conduit définitif, on remarque que tous les canaux excréteurs de ces diverses vésicules glandulaires en constituent une douzaine de principaux, venant déboucher à la base du canal de sortie (1).

Ce dernier, après avoir traversé la bande musculaire, s'ouvre entre deux dentelures (c), sur le bord antérieur du manteau, toujours un peu vers le côté gauche de l’animal.

Nous donnons, figure 137, le dessin de grandeur naturelle du manteau d’un de nos individus ; nous avons mis à découvert un tiers de la glande, dans la partie où elle acquiert son plus fort développement. Quelquefois, elle n'occupe pas toute l'étendue du manteau, mais seulement les deux tiers antérieurs de celui-ci, et surtout vers le côté gauche.

(x) Sur l’un de nos individus, nous avons remarqué que les divers canaux excréteurs, au moment d'atteindre la bandelette musculaire, s'étaient disposés en deux groupes venant chacun déboucher dans un conduit distinct, ce qui fait que la glande verse, dans ce cas, ses produits au dehors par deux orifices. Ces orifices étaient placés à peu de distance l'un de l’autre et toujours sur le bord antérieur

du manteau.

Quel est Le rôle joué par cette glande dans l’économie de ce mollusque? A-t-elle quelque propriété venimeuse, destinée à éloigner les êtres qui peuvent être hostiles à cet animal, ou bien l’'Umbrella se sert-elle de ce produit glandulaire uniquement pour se soustraire à la vue de ses ennemis? Dans tous les cas, comme nous l’avons déjà dit plus haut, dès que l’on vient à inciser le manteau, il s'échappe de la plaie une substance très ténue, d’une coloration opaline, qui trouble l’eau immédiate. ment. L'animal de l'Umbrella peut aussi, comme celui du Scaphander, répandre une certaine quantité de ce liquide lorsque l’on vient à le tracasser.

En dehors de cette glande volumineuse, on observe que tous les téguments de l’'Umérella présentent une multitude de glandes à mucus qui, par leur sécrétion abondante et continue, rendent le corps de ce mollusque excessivement visqueux. Ces glandes (fig. 143) sont toutes unicellulaires, leur contenu est tantôt très hyalin, tantôt plus ou moins granuleux et opaque, mais on observe toujours, chez les unes comme chez les autres, un nucléus muni de son nucléole. Ces organes se trouvent surtout dans les téguments pédieux, entre les nombreux tubercules de toute la face dorsale de cette région du corps.

Ces glandes ne sont pas bien enfoncées dans le tissu musculaire, elles sont surtout disposées en petits groupes de six à dix, entre la couche épithéliale et les muscles, Nous n'avons pu voir si les conduits excréteurs de ces diverses cellules glandulaires se réunissaient pour ne former qu’un seul canal débouchant à l’extérieur, ou bien si chaque conduit excréteur venait s’ouvrir séparément au dehors.

Au dessus de cette couche glandulaire, nous avons remarqué une sorte de réseau particulier, formé par des corps très allongés (fig. 142, a), offrant l’aspect de cellules possédant toutes une substance jaune de chitine, condensée à une extrémité de la cellule ou en occupant toute la cavité. A côté de ces corps, on en observait d’autres, ayant des formes rappelant celles que nous avons représentées dans la mème figure en etc.

Enfin toutes les parties blanchâtres des tubercules du pied sont formées par des amas de cellules plus ou moins allongées, contenant des granulations calcaires.

Papilles stomacales. — Avant de nous occuper des papilles stomacales, disons un mot de orifice buccal qui présente divers appendices que M. Moquin-Tandon a décrits avec soin, mais sur lesquels nous voulons attirer l’attention à cause des similitudes de fonctions que l’on peut établir entre eux et les organes qui entourent la bouche des Pleurobranchidés.

Laissons de côté les petits tentacules ou restacules inférieurs quine nous paraissent pas avoir d'homologues chez les mollusques voisins (si ce n’est chez la Tylodina), et occupons-nous des lames péribuccales et de l’anneau de nature cornée que l’on trouve à l’entrée de la bouche.

Les lames péribuccales par leur position nous semblent devoir être considérées comme représentant chez l’Umbrella, le petit voile buccal que l’on observe chez les Pleurobranchus.

Quant à l’anneau corné, nous devons le regarder comme étant formé par les mâchoires ; seulement ces organes ont subi ici une modification assez profonde, ils n’ont pas conservé la longueur des deux mâchoires des Pleurobranchus, car ils ont à peine 12 à 1$ mill. dans ce sens, mais leurs bords supérieurs et inférieurs se sont intimement soudés, sans laisser de traces pour constituer un anneau résistant à l’entrée de la cavité buccale. Si l’on observe la structure de cet anneau, on voit qu'il est formé par une multitude de papilles chitineuses, peu colorées, très serrées les unes contre les autres et analogues à celles que nous allons décrire sous le nom de papilles stomacales; seulement ces dernières sont beaucoup plus développées en longueur et en largeur et possèdent une certaine indépendance par rapport à leurs voisines.

Les parois de l’œsophage ne nous ont montré aucune trace de formations chitineuses. Ces parois sont minces et membraneuses, comme le dit fort bien M. Moquin-Tandon ; la muqueuse qui les tapisse intérieurement offre non seulement des plis longitudinaux plus ou moins accentués, mais aussi une multitude de plis obliques et sinueux, circonscrivant de petites cavités. Vers le bas de cette région du tube digestif, nous trouvons de nombreux points blanchîtres qui rappellent par leur nature chimique et leur aspect les petits amas calcaires que M. Lacaze-Duthiers a rencontrés dans l’æsophage du Pleurobranche.

Mais lorsque l’on pénètre dans la cavité stomacale, on est frappé de l'aspect particulier de la couche épithéliale; elle n’offre plus une consistance très faible, elle prend tout de suite une certaine dureté et vue sous une forte loupe, on la trouve hérissée d’une multitude de pointes, ce qui lui donne quelque ressemblance avec du velours. Sous un plus fort grossissement, on distingue alors la forme de ces pointes et l’on voit que l’on a affaire à de véritables papilles chitineuses, d’une teinte jaune, qui sont disposées suivant certaines lignes correspondant aux bandelettes musculaires longitudinales, C’est une disposition tout à fait analogue à celle que nous avons décrite et figurée dans notre première étude anatomique de la Tylodina (1); seulement, chez ce dernier animal, les rangées sont moins rapprochées les unes des autres et par suite plus distinctes que chez l'Umbrella.

Nous avons représenté (fig. 144, 4) quelques-unes de ces papilles à un grossissement d’environ 80 fois.

t) Recherches sur les genres Pelta et T'ylodina. ( 4». Sc. Natur., sixième série, t. XV, p. 38 É y > >P:3 pl. 2 (fig. 24), et 3 (fig. 34), 1883.

Cette couche de papilles chitineuses nous paraît faire corps avec l’épithélium et pourrait même n'être qu'une transformation des cellules épithéliales en certains points. Si l’on fait séjourner pendant quelques jours une Umbrella dans l'alcool, on remarque que l’épithélium avec toutes ses papilles se détache avec la plus grande facilité, laissant à nu les parois musculaires de l'estomac.

Lorsque l’on examine avec un fort objectif le point d'insertion de ces papilles on voit que chacune d’elles est implantée sur une sorte de petite éminence, et que sur toute leur longueur elles offrent de nombreuse stries longitudinales; chacune de ces stries paraît correspondre à une des granulations de la base des papilles (fig. 144 a et à).

Dans certaines parties de cet épithélium stomacal, on distingue au milieu des prolongements chitineux, des corps plus ou moins quadrangulaires (fig. 145) offrant des granulations qui rappellent celles que l’on observe à la base des papilles. Nous supposons que ces corps sont des matrices de papilles.

Organes de la Génération. — Va description de la glande hermaphrodite donnée par M. Moquin-Tandon est parfaitement exacte ; il en est de même pour les divers conduits qui amènent les éléments sexuels à l'extérieur; mais il nous semble que ce naturaliste a fait une confusion, quand il parle du rôle physiologique que jouent les diverses glandes annexes de cet appareil.

Nous allons d’abord donner un aperçu rapide de l’ensemble de ce système organique en insistant un peu sur les organes annexes.

Dans notre figure 146, nous représentons l’appareil génital en entier, moins la glande hermaphrodite. Celle-ci n’est pas intimement unie au foie, elle est placée au devant de cette glande, immédiatement sous le cœur et vient s'appuyer sur les glandes salivaires en contractant même une certaine adhérence avec elles.

Le canal efférent (c) sort de la face postérieure de la glande hermaphrodite, passe entre elle et les lobes du foie, et vient aboutir sur le flanc droit de la masse viscérale contre lequel on le voit décrire plusieurs circonvolutions; ce canal acquiert progressivement et assez vite un volume au moins quinze fois plus considérable qu’à son origine (c’), puis brusquement il reprend son volume primitif sur un petit parcours (c”’), passe derrière la masse des organes annexes et vient aboutir à un renflement (7).

Ce renflement du canal efférent a été nommé le 4/0 par M. Moquin-Tandon; il présente la forme d’un rein allongé et se trouve d'ordinaire plus ou moins enfoncé dans la glande de l’albumine. Cependant, sur un de nos exemplaires, le talon faisait complètement défaut en ce point et se trouvait à l'extrémité de la région médiane renflée du canal efférent, position qui est certainement anormale.

La glande 4/2. dans les tissus de laquelle se trouve le talon offre un aspect grenu, une coloration blanche légèrement jaunâtre et, si nous la comparons aux organes annexes des mollusques voisins, nous constatons qu’elle ressemble beaucoup à la glande de l'albumine. Si à cette première inspection nous joignons l'examen microscopique, notre assertion devient une certitude ; la glande du talon de lUmbrella est bien en effetla glande de l’albumine.

Il n’est pas douteux non plus que la grosse glande (g/), assez hyaline, d’une teinte jaune rosée, dans laquelle la glande de l’albumine est enchâssée, soit la glande de la glaire. C’est elle qui fournit au ruban nidamentaire la substance mucilagineuse dans laquelle sont englobés les œufs et mis ainsià l’abri des causes de destruction pendant les premiers stades de leur développement.

Nous ne nous occuperons pas de la structure de ces deux organes glandulaires, attendu qu’elle a été décrite avec beaucoup de soin par M. Moquin- Tandon, et que c'était une simple confusion dans leur rôle physiologique, que ce naturaliste avait faite en attribuant les fonctions de glande de l’albumine à celle de laglaire.

Nous arrivons maintenant à un troisième organe glandulaire (pr), moins volumineux que celui de l’albumine, d’une teinte jaune orangé, auquel le précédent paturaliste avait donné le nom de glande du coude ; cet organe est situé autour du canal déférent (qui remplit aussi les fonctions d’oviducte) au point où la vésicule séminale et la poche copulatrice se mettent en rapport avec lui. Cette position et la structure microscopique nous poussent à considérer cette glande comme représentant chez l’'Umbrella la prostate (fig. 146 pr). Nous retrouvons ainsi, AVEC leur attribution véritable, les trois glandes annexes des organes génitaux que l'on observe chez les Pleurobranchus ; seulement chez ces dernièérs mollusques, le conduit déférent étant complètement distinct de l’oviducte, la prostate n’entoure que le conduit mâle.

Dans notre figure 147, nous avons représenté toute la partie inférieure des conduits sexuels, depuis la fin du canal efférent jusqu’à l’orifice externe; nous avons complètement isolé ces divers conduits pour bien mettre en relief les rapports qui existent entre eux.

On voit d’abord la base de la partie médiane du canal efférent (c’), puis sa partie inférieure (c7) venant déboucher dans le renflement que le professeur Moquin-Tandon a nommé le talon () ; ce renflement se continue ensuite en un tube traversant la glande de l’albumine et une partie de la glande de la glaire, pour arriver à la prostate.

Dans ce court trajet, ce conduit commun des produits sextuels reçoit le canal excréteur des deux premières glandes (g/. 4).

Si nous continuons à suivre le conduit sexuel, nous traversons la prostate et

c'est en cheminant à l’intérieur de cette glande qu'il reçoit, outre son conduit excréteur, le canal unique formé par la réunion des prolongements de la poche copulatrice (p. c.) et de la vésicule séminale (vés).

En sortant de la prostate, on remarque que le conduit des produits sexuels a acquis un diamètre presque double, Si l’on ouvre toute cette région qui sert à la fois d’oviducte et de canal déférent, on observe que, dans l’intérieur de ce conduit, flotte sur toute sa longueur une membrane qui le divise en deux parties. C’est grâce à cette disposition que les spermatozoïdes peuvent arriver au pénis sans être mélangés aux ovules.

Telles sont les particularités anatomiques que nous avons cru devoir signaler à propos des organes génitaux de l’Umbrella. Nous allons terminer ce chapitre par une étude des centres nerveux, étude qui nous a été suggérée par nos précédentes recherches sur le système nerveux des Bullidés; notre but, en nous étendant ainsi sur l’organisation du collier œsophagien, n’a pas été de refaire le travail de M. Moquin-Tandon qui est très exact dans son ensemble, mais de retrouver entre les divers ganglions de l’'Umbrella les nombreux rapports que nous avons observés et décrits en 1879, entre les centres nerveux chez le Gastropteron, le Sca-

phander, etc....

Collier Œsophagien. — Depuis la monographie de M. Moquin-Tandon, il a été donné une figure du collier æsophagien de cet animal par M. Jhering (PI. III, fig. 10) dans son Anatomie et Phylogénie du système nerveux des mollusques. Ce dessin, exact dans son ensemble, nous paraît être un peu schématique dans ses détails.

Nous allons décrire les divers centres qui forment avec leurs commissures et connectifs le collier æsophagien, puis nous étudierons séparément chaque tronc nerveux en ayant le soin de signaler les connexions qu’il peut avoir avec les troncs voisins. Nous ne suivrons pas ces nerfs dans leur course au milieu des organes ; pour cette étude nous renverrons le lecteur au travail du professeur de la Faculté de Besançon, qui le plus souvent a observé les moindres troncs jusqu’à leurs dernières ramifications.

Les centres nerveux ont chez ce mollusque une belle coloration orangé rougeätre, quelquefois presque carmin. Ils sont entourés par un névrilème assez ample, offrant une teinte grisâtre (gris de fer) en certains points, particulièrement autour des ganglions pédieux et des commissures sous-æsophagiennes; ce névrilème accompagne aussi la plupart des troncs nerveux sur une certaine étendue de leur parcours.

Voyons d’abord les ganglions #ccaux. Ceux-ci sont placés, comme chez tous les Opistobranches, en avant du collier, à peu de distance de celui-ci et sous le

Re —

commencement de l’œsophage ; leur forme est à peu près sphérique, leur couleur rappelle tout-à-fait celle des autres centres nerveux. Ces ganglions sont réunis l’un à l’autre par une commissure très courte maïs très large.

De chaque ganglion nous voyons sortir sept troncs nerveux, plus le connectif qui le relie au ganglion cérébroïde de son côté; ce connectif est proportionnellement assez court, mais volumineux et donne naissance sur le milieu de sa longueur à un petit nerf. Le plus gros de ces troncs (#5), sort du bord inféro-postérieur (supérieur sur la figure 149), serend à l’œsophage qu'il suit sur toute sa longueur et va se perdre sur les parois de la cavité stomacale en donnant sur son long parcours diverses ramifications et en formant même à la partie inférieure de l’æsophage et sur l’estomac une espèce de réseau nerveux représenté par M. Moquin- Tandon dans la fig. 4, PI. G, de son mémoire. — Dans nos diverses dissections, nous avons toujours vu les nerfs radulaires r, sortir chacun des points d'insertion de la commissure interbuccale et s’accoler l’un à l’autre avant de pénétrer dans les tissus voisins du fourreau de la radula ; Jhering les représente soudés l’un à l’autre peu après leur sortie; quant à M. Moquin-T'andon, ila vu parfois ces deux nerfs présenter la même disposition que celle que nous avons figurée, d’autres fois il les a trouvés complètement distincts.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur les autres troncs nerveux qui sortent des ganglions buccaux et qui innervent tous les diverses régions du bulbe ou les glandes salivaires, nos devanciers les ayant suivis et décrits avec soin.

Commissures. — Arrivons de suite aux nombreuses commissures qui relient entre eux les ganglions Cérébroïdes, Viscéraux et Pédieux. Ces commissures sont au nombre de quatre sans compter celle qui rattache les ganglions buccaux aux cérébroïdes.

Nous avons d’abord la commissure cérébroïdale (commissure sus-æsophagienne de divers naturalistes); cette commissure, excessivement courte, n'en est réellement pas une, comme le fait remarquer avec raison le professeur Moquin-Tandon, les ganglions cérébroïdes étant bien souvent accolés l’un à l’autre.

La commissure viscérale (commissure des ganglions latéraux, M.-T.) est la plus forte des commissures sous-æsophagiennes, elle est complètement cylindrique et se trouve placée postérieurement par rapportaux autres lorsque l’on observe en place le collier œsophagien.

La grande commissure pédieuse ou commissure antérieure(r) des pédieux d’après M.-T. (pedalcommissur de Jher.) prend naissance sur les bords antéro-internes

(t) Il convient d’employer les dénominations de commissures antérieure et postérieure pour ces

commissures pédieuses, attendu qu’elles offrent peu de différences dans leur grosseur et leur longueur.

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