‹ Recherches zoologiques et anatomiques sur les mollusques opistobranches du golfe de MarseilleChapitre 43 sur 84 · C. Pleurobranchæa · texte numérisé non relu

C. Pleurobranchæa

a) Manteau et organes tégumentaires. —- Von Jhering parle encore d'une cavité coquillière dans ce genre ?; il n’y a cependant pas trace, dans l’épaisseur du manteau, de cavité coquillière, pas plus que de coquille 5, comme je lai déjà indiqué *.

La glande pédieuse ventrale postérieure déboucherait, d’après Vayssière , par un canal s'ouvrant au sommet du tubercule dorsal postérieur (fig. 87, 1); Rawitz, qui a étudié la structure de cette glande f, ne mentionne rien de semblable. Mes observations, par dissection el par coupes, confirment celles de Rawitz : c’est-à-dire que chaque cellule de la glande débouche individuellement à la face ventrale du pied ; il n’y a aucune trace de canal excréteur; mais des fibres musculaires rétractrices du tubercule dorsal vont, d'avant en arrière, de la face ventrale du pied à l'extrémité de ce tubercule (fig. 87, in) et ont pu être prises pour un conduit de la glande.

Il y a, en avant de la branchie des Pleurobranchides, un orifice qui à été décrit par Lacaze-Duthiers ? comme «orifice extérieur de la circulation », malgré que Leue et Delle Chiaje ° laient formellement indiqué, avant lui, comme l'orifice d’une glande. Le temps n’est plus où l’on soutenait l’introduction de l’eau dans le sang, et la plupart des prétendues « communications

1 L'espèce étudiée est Pleurobranchæa Meckeli Leue; provenance : Méditerranée. 2 von JHEeriING, Zur Kenntniss der Sacoglossen (Nova Acra, Bd. LVIIE, p. 401).

3 PELSENEER, Sur le manteau de Scutum (AN. Soc. MaLAcoL. BELG., t. XXIV [1889], p. 381).

Pas plus que chez Pelta, parmi les Bulléens.

VayssiÈRE, Recherches xoologiques et anatomiques sur les Mollusques Opistobranches du golfe de Marseille, loc. cit., p. 103.

6 Rawirz, Die Fussdrüse der Opisthobranchier (ABnanoL. b. k. AkaD. D. Wiss. BERLIN, 1887, p. 8.

T Lacaze-Dutiers, Histoire anatomique et physiologique du Pleurobranche orange, loc. cit., p. 250, pl. IX, fig. 2.

8 Leur, De Pleurobranchæa (Dissertatio inauguralis). Halle, 1813; p. 2 : « Secundum » foramen ad glandulam » ; fig. 1, 2,

9 DELLE CHINE, Memorie sulla storia e noltomia degli animali senza vertebre, t. IV, p. 151 : « apertura della glandula presso la branchie »; pl. XL, fig. 1, n.

du système cireulatoire avec l’extérieur » ont été reconnues nulles ou autre chose. Tel est le cas pour l’orifice en question des Pleurobranchides : Bourne a montré que chez Pleurobranchus, cet orifice mène dans une glande sans rapport avec l’intérieur !.

Il en est de même chez Pleurobranchæa : la glande y est située sous le péricarde (fig. 99, v), dans la région où se trouve l'oreillette. Sa paroi est fortement plissée et formée d'un épithélium eilié ; cet épithélium n’est aplati qu'à l'extrémité tout à lait opposée à l'ouverture extérieure. En aucun point, l'organe n'a d'orifice interne (fig. 86).

b) Système nerveux (fig. 90). — Les ganglions cérébraux et pleuraux sont supra-æsophagiens et réunis en une masse médiane, sur le bulbe buccal, landis que les centres pédieux sont ventraux, mais séparés et silués vers les côtés, réunis par une longue commissure infra-œæsophagienne.

Les ganglions pleuraux sont joints aux cérébraux, comme ils le sont dejà dans beaucoup de Bulléens, de sorte que, de chaque côté de la masse bucsale, il y a deux longs connectifs (fig, 90, x1v, xv) cérébro-pédieux et pleuropédieux, dont le second est le plus gros. La masse formée par les ganglions cérébraux et pleuraux est renfermée dans une épaisse enveloppe de tissu conjonelif condensé (fig. 92, 11) ?. Dans ce «crâne » conjonctif se trouve un espace sanguin (fig. 92, 11) baignant les ganglions et commuhiquant en trois endroits (sur la ligne médiane et en deux points latéraux symétriques) avec un vaisseau dorsal transversal antérieur.

Mais si les deux ganglions pleuraux sont accolés aux deux cérébraux, ils ne le sont pourtant pas entre eux, et sont (contrairement à la figure de von Jhering 5) séparés l’un de l’autre, c’est-à-dire qu'aucune fibre nerveuse

1 Bourxe, On the supposed communication of the vascular System with the exterior in Pleurobranchus (Quarr. Journ. micr. sc., vol. XXV, p. 429; pl. XXIX, fig. 5).

2 Cette enveloppe est parfaitement comparable au « crâne » cartilagineux des Céphalopodes; son existence est expliquée par l'absence de coquille et la nécessité, pour l'animal, de protéger ses centres nerveux.

3 von JuEriNG, Vergleichende Anatomie des Nervensystemes und Phylogenie der Mollusken, pl.-Il, fig. 5. j

ne passe transversalement de l’un à l'autre (on sait que dans aucun Mollusque, les ganglions pleuraux ne sont commissurés). Une coupe sagittale voisine du plan médian (fig. 92) ne laisse aucun doute à ce sujet : elle montre, en effet, seulement des cellules ganglionnaires dans le centre pleural qu'elle effleure et plus de fibres, tandis qu'on voit dans le centre cérébral le gros faisceau de fibres formé par la commissure cérébrale (fig. 92, iv).

Les centres supra-æsophagiens sont fortement lobés, surtout les cérébraux (fig. 90 et 92), notamment au dos et vers le milieu, où l’on voit un lobule sensoriel dont naissent les nerfs tentaculaire (rhinophorique) et optique, longs tous deux, et le premier terminé par un gros ganglion, tandis que le second a un renflement ganglionnaire à sa naissance. Le nerf otocystique fait issue plus latéralement, entre les connectifs cérébro-pédieux et pleuropédieux. Les autres «nerfs » cérébraux sortent vers le bord antéro-extérieur du ganglion et innervent, comme on le sait déjà, la trompe, le voile (tentacules antérieurs unis) et les téguments voisins de la bouche. Le plus postérieur de ces nerfs est uni à son homonome par un filet transversal, passant sous la masse buccale et correspondant à ce qu’on a appelé « commissure labiale » chez Doris tuberculuta ! et dans divers Pulmonés (Limnæa, Vaginula); en réalité, c’est une simple anastomose.

Un vrai cordon commissural cérébral infra-æsophagien nait du point le plus latéral des ganglions cérébraux (en arrière et à côté du nerf postérieur); il accompagne les connectifs pédieux et la commissure pédieuse dans une enveloppe conjonctive commune (fig. 914, 1; fig. 88, x) : c'est la commissure subcérébrale.

Les connectifs cérébro-pédieux et pleuro-pédieux n'ont pas leur origine dans la même région (cérébrale, comme l'indique la figure citée de von Jhering); le second sort nettement de la masse ganglionnaire supraœsophagienne postérieure ou pleurale (fig. 90, xv). Les ganglions pleuraux donnent encore, postérieurement : celui de gauche, deux nerfs palléaux, celui de droite, un seul. Enfin, il en sort aussi la commissure viscérale : la branche droite, assez en arrière, c’est-à-dire éloignée du connectif pleuro-

1 ALper et Hancock, À Monograph of the british Nudibranchiate Mollusca, p. 17.

pédieux (fig. 90, x), la branche gauche, latéralement, dans le voisinage de ce connectif, el entourée de la même enveloppe conjonctive qui recouvre les deux connectifs pédieux, la commissure subcérébrale et le nerf otocystique. HN n’est pas possible, dans une figure à l'échelle réelle (fig. 90), de montrer ces cinq cordons coexislant dans une enveloppe unique (non plus que les trois de la commissure pédieuse ci-après); c’est pourquoi un schéma complémentaire représente le système nerveux central de Plewrobranchæa, avec tous les cordons nerveux (commissures, connectifs, nerfs) à la même épaisseur el écartés les uns des autres (fig. 88).

La branche droite de la commissure viscérale, qui est libre, au contraire (fig. 90, x), présente postérieurement un assez gros ganglion viscéral (= abdominal + supra-intestinal, où « génito-branchial » ) dont naissent deux nerfs postérieurs : le génital, qui s’en va plus vers l'axe, avec un ganglion « génital accessoire » (fig. 88, vin) en arrière, el le branchial, qui passe plus latéralement et au-dessus de la glande prébranchiale, parcourt la base de l'axe branchial, mais n’y offre plus de ganglion (osphradial) spécialisé.

Les ganglions pédieux sont unis par deux gros troncs commissuraux (fig. 88, x et xi) dans l'enveloppe desquels passe aussi la commissure subcérébrale (fig. 88, xir et 91, 1) et auprès desquels chemine la commissure viscérale (fig. 91, 1v). Outre les nerfs pédieux proprement dits, il sort encore du ganglion pédieux droit un gros nerf destiné au pénis, et vers l'extrémité duquel se trouve un fort ganglion (fig. 90, vi), déjà vu par Leue !,

La commissure stomato-gastrique (ou connectif cérébro-buceal) naît à la face inférieure des centres cérébraux (fig. 95, 1 ); elle parait formée d’un double cordon, mais le plus extérieur des deux est un faisceau musculaire. En son milieu, elle offre, sous l’æsophage et contre la masse buccale, deux gros ganglions buccaux d'où sortent les filets innervant la plus grande partie de la masse buccale (fig. 90, v) et le nerf œsophagien; sur ce dernier, à petite distance du centre buccal, se trouve un ganglion accessoire, correspondant au « gastro-æsophagien » des Nudibranches (fig. 90, 1v).

4 LEuE, loc. cit., fig. 14, d.

RECHERCHES SUR DIVERS OPISTHOBRANCHES, sh)

Le tentacule postérieur où rhinophore est fendu sur toute sa longueur, et sa paroi intérieure présente une surface plissée, dans laquelle se distribuent les ramifications du ganglion tentaculaire.

L'œil est profond, c’est-à-dire situé à une assez grande distance de la surface du corps, dans les téguments de la tête, Il est de forme pyramidale et est caractérisé par le petit nombre de ses cellules rétiniennes (sur une coupe axiale, fig. 94, on en voit trois). Ces cellules montrent une structure nettement réticulée el un noyau superficiel; leur partie axiale est dépourvue de pigment ; chacune porte un bâtonnet aplati.

L'otocyste est logé dans l'épaisseur du « crâne » conjonctif, sur le côté extérieur du ganglion pédieux (fig. 89, 11 et 90, x), et non sur ce ganglion ; le nerf otocystique vient du ganglion cérébral et accompagne les connectifs pédieux, dans une gaine commune (fig. 93, 1v).

c) Système circulatoire. — Le cœur est obliquement transversal, le ventricule plus en avant et dirigé à gauche (fig. 99, 1); oreillette fait peu saillie dans l’intérieur du péricarde, La partie extra-péricardique de l’oreillette communique avec le sinus palléal (fig. 99, xn1), qui n°y porte cependant pas du sang veineux, étant donnée la fonction respiratoire du manteau (comme dans les Nudibranches).

L’aorte est immédiatement bifurquée, dans l’intérieur même du péricarde, en deux vaisseaux, antérieur et postérieur (fig. 99, r); entre eux nait un tronc qui se rend à la glande sanguine, dont la disposition est donc la même que dans Philine et Pleurobranchus ; cette glande sanguine est compacte.

d) Système excréteur. — Le péricarde, très vaste (fig. 99), est situé dorsalement, vers le milieu du corps, au côté droit; sur le plancher du péricarde, sous la naissance de l’aorte, se trouvent des plis glandulaires (glande péricardique de Grobben, fig. 99, xur).

Le rein est un sae aplati, placé au côté droit, en arrière du péricarde, au dos de la masse viscérale (génito-hépatique), sous la glande salivaire. L'orifice péricardique est placé à la partie postérieure du péricarde, sous l'oreillette (fig. 99, vi) : il est cilié, très large et aplati, comme celui des Nudibranches; il se continue par un long conduit non cilié, antéro-postérieur

(fig. 97, iv), accolé à la paroi dorsale de la chambre urinaire; ce conduit va en s’amincissant jusqu’en arrière, où il s'ouvre dans le sac urinaire (fig. 97, v). La même disposition existe dans Pleurobranchus (mais toute cette partie n’a pas été vue par de Lacaze-Duthiers), chez Tritonia (fig. 105, n) et les Doridiens (fig. 124, 1v). Ce canal réno-péricardique est fortement plissé et glandulaire (fig. 96).

Le rein s'ouvre exlérieurement (fig. 97, 11) par un canal naissant en avant et à droite de la chambre urinaire et débouchant au dehors, sous la partie antérieure de la branchie (plus près de l'anus que dans Pleurobranchus, parce que l'anus y est plus en avant).

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