‹ Recherches zoologiques et anatomiques sur les mollusques opistobranches du golfe de MarseilleChapitre 44 sur 84 · TRITONIENS · texte numérisé non relu

TRITONIENS

A. Tritonia ! et Marionia 2.

a) Système nerveux. — Les centres nerveux se trouvent réunis au dos du bulbe buccal, un peu en avant de la naissance de l’œsophage (fig. 101 ); il y a trois paires distinctes de ganglions, quoique les cérébraux et les pleuraux soient accolés. Les connectifs cérébro-pédieux et pleuro-pédieux sont visibles et séparés (fig. 100, xiv et 1v).

Les centres cérébraux sont seuls commissurés au-dessus du tube digestif, mais non les pleuraux 5. Parmi les nerfs cérébraux, le nerf optique, latéropostérieur, naît distinct du nerf tentaculaire et non par une racine commune !; le nerf optique est très long; le nerf tentaculaire est terminé par un gros ganglion rhinophorique .

1 Les espèces étudiées sont : T. Hombergi Cuvier; provenance : mer du Nord et Manche; T. plebeia Johnston; provenance : Manche.

2 Espèce étudiée : M. quadrilatera Schulze; provenance : Méditerranée.

3 Comme on pourrait le croire d’après les figures de von Jhering (Vergleichende Anatomie des Nervensystemes und Phylogenie der Mollusken, pl. IE, fig. 6, Tritonia) et Vayssière (Atlas d'anatomie comparée des Invertébrés, Mollusques, pl. IX, fig. 3, Marionia).

# Contrairement à ce que représente Bergh (Malakologische Untersuchungen, pl. LXXI, fig. 17).

5 Un Trilonia plebeia que j'ai étudié, était dépourvu de tentacule postérieur droit et de ganglion rhinophorique; il n'y avait pas encore trace de régénération. L'absence d’un tentacule postérieur a été rencontrée également sur un Aplysiella.

Les ganglions pédieux ont deux commissures infra-œæsophagiennes voisines (fig. 100, vi et x1), la plus extérieure étant la plus mince (Bergh appelle cette commissure : subcerebro-pedalis). Une commissure subcérébrale proprement dite existe, tout à fait distincte, naissant de la face ventrale des ganglions cérébraux (postéro-extérieurement) et accompagnant les deux commissures pédieuses dans leur parcours (fig. 100, xur).

La commissure viscérale sort de la partie postérieure des ganglions pleuraux ! et accompagne également les commissures pédieuses ; en arrière, au côté droit, en naît un nerf génital (fig. 100, vu), plus antérieur dans Marionia.

La commissure stomalo-gastrique est fort longue (aussi longue que la viscérale), avec deux très gros ? ganglions stomato-gastriques médians accolés : leurs nerfs les plus médians (œsophagiens) sont pourvus de petits ganglions « gastro-æsophagiens » ; ces nerfs arrivent sur l’estomac, où l’on peut observer un ganglion stomacal comme celui qui est connu chez Doris.

L'œil est éloigné du « cerveau », assez gros, à grosses cellules rétiniennes pourvues de bâtonnets (fig. 103).

Les otocysles sont silués sur les côtés extérieurs des centres cérébraux (qui les innervent) et non sur les centres pleuraux, où les montrent les figures de von Jhering et Vayssière; leur position est la même que chez Pleurobranchus (fig. 84).

b) Système digestif. — Des glandes buccales forment, en avant des mandibules, un épais manchon (fig. 101, n), surtout développé au côté dorsal; cette masse est composée de cellules débouchant chacune individuellement dans la cavité buccale.

L'œsophage de Tritonia plebeia montre un jabot analogue par sa forme et sa position à celui de Pleurobranchwa.

Dans Marionia, l'estomac est armé de plaques masticatrices, déjà connues

1 Bien distincte des commissures pédieuses, contrairement à ce que représente Bergh, loc. cil., pl. LXXITE, fig. 1, où l’on voit la commissure viscérale naître des ganglions pédieux.

2 On sait combien est puissante, dans Trilonia, la masse buccale, qui occupe près de la moitié de la longueur du corps.

de Delle Chiaje !; ces plaques cuticulaires cornées sont implantées sur des saillies épithéliales (comme chez Tylodina). Dans le même genre, le foie montre manifestement un petit lobe topographiquement antérieur : il correspond au lobe « gauche » des embryons de Nudibranches et persiste dans les Doridiens sous forme de ce qu’on à nommé « pancréas » (fig. 120, n).

La partie initiale de lintestin présente la structure spéciale appelée « Lyphlosolis », c’est-à-dire qu'une saillie intérieure de sa paroi vient augmenter à demeure la surface du canal intestinal sans en accroitre le

diamètre ? : cette saillie elle-même est pourvue d’un sillon longitudinal.

c) Système circulatoire. — Le péricarde est large et transversal, s'étendant de l’un à l’autre côté du corps.

Le caractère prédominant du système circulatoire central est l’asymétrie du cœur, unique parmi les Nudibranches : le ventricule est latéral, situé à droite de la ligne médiane (dans Tritonia Hombergi, fig. 104; T. plebeia, fig. 105; Marionia). L'oreillette, symétrique, est étroite dans le sens antéropostérieur, mais transversalement aussi large que le péricarde (fig. 108, 1). Dans T. Hombergi, la face dorsale antérieure de loreillette porte une « glande péricardique », qui est une simple modification du revêtement cellulaire épithélial péricardique (fig. 107). Il n’y à pas trace de glande sanguine localisée.

d) Système excréteur. — Le rein est un sac simple (fig. 105, vin), sans ramifications tubuleuses 5. Il est placé en arrière des glandes génitales

! Deuce Caine, Memorie sulla storia e notomia degli animali senza vertebre, pl. LXXXVE, fig. 28 (1829).

2? La même disposition (sans sillon) se rencontre dans la plupart des Gastropodes que J'ai étudiés : Æolis (fig. 136), Tritonia, Auricula, Aclæon, les Thécosomes, Trochus (avec sillon). — Ce caractère n’est pas spécial aux Gastropodes, parmi les Mollusques : je le trouve encore chez Chiton et les Lamellibranches, et dans les Céphalopodes, où le sillon, très développé, transforme le tvphlosolis en gouttière.

3 Bergh (Malakologische Untersuchungen, pl. LXXV, fig. 4) y indique des ramifications. Comme exemple de rein ramifié, voir celui de Janus (fig. 141, 142 du présent travail), comparativement à celui de Tritonic (fig. 108).

accessoires, au côlé dorsal, mais il s'étend aussi latéralement à droite et à gauche de la masse viscérale, non symétriquement toutefois (fig. 108).

L'orifice péricardique est un large entonnoir cilié placé à droite du ventricule, sur le plancher du péricarde. Il mêne à un long conduit antéro- postérieur (replié sur lui-même antérieurement, où il s'étend un peu plus en avant que lentonnoir). Ce conduit est situé à droite, partiellement le long et au dos du rectum (fig. 106, 1v : 7. plebeia); il est plissé et non cilié. Dans T. Hombergi, il présente de vraies arborisations glandulaires !.

Ce conduit réno-péricardique chemine sous le sac rénal, dans lequel il vient s'ouvrir par un orifice percé dans la moitié droite de son plancher, La chambre urinaire débouche extérieurement par un court conduit né de son côlé droit, en avant de lorifice du conduit péricardique, et se terminant au dehors, au-dessus de l'anus (fig. 105, 1v).

B. Dendronotus 2.

a) Système nerveux. — I] ressemble à celui de Tritonia, par la disposition des centres supra-œæsophagiens (situés un peu plus en arrière, sur l'esophage même) et par la longueur du nerf optique. Mais les ganglions pédieux (avec deux commissures) sont beaucoup plus rapprochés l’un de l'autre (moins cependant que chez Ancula et surtout que chez Fiona, fig. 143).

Une commissure subcérébrale sort aussi des centres cérébraux (fig. 140, nt), el nullement des pédieux *. Le pénis est innervé par le ganglion pédieux, comme dans Tritonia.

! Chez Hexabranchus (Doridien), ces saillies glandulaires sont encore plus développées (voir Hancock, On the structure and homologies of the renal organ of the Nudibranchiate Mollusca {Traxs. Linx. Soc. Loxpon, t. XXIV, pl. LVI, fig. 3]); mais le conduit réno-péricardique (qui existe chez tous les Doridiens, voir plus loin) y est postéro-antérieur, par suite du déplacement du cœur en arrière chez les Doridiens. — J'ai constaté que le conduit réno-péricardique présente aussi des saillies plus ou moins arborescertes dans certains Lamellibranches (par exemple chez Donax).

? L'espèce étudiée est D. arborescens O. F. Müller; provenance : mer du Nord et Manche.

3 von JueriNG, Bull. scientif. France et Belgique, t. XXUL, p. 198.

b) Système digestif. — Les glandes salivaires existent ! et sont très divisées. La paroi intérieure du tube digestif présente en divers endroits une cuticule épaisse, surtout à la partie tout à fait initiale de l'œsophage (fig. 109) (ce qui s'observe d’ailleurs dans divers autres Nudibranches : Eolis, fig. 126). La paroi de l'estomac est assez musculaire (ce qui est général aux Tritoniens, parmi les Nudibranches).

D'après Herdman ?, le foie ne se ramifierait pas dans Les deux premières paires d'appendices dorsaux; les individus étudiés m'ont présenté ces appendices pareils aux autres : le foie est donc répandu dans toutes les saillies dorsales et dans le corps, où il occupe la même position que dans Tritonia.

c) Systèmes circulatoire et excréteur. — Une valvule musculaire très développée se trouve à la naissance de l'aorte. Le conduit réno-péricardique est plus court que dans Tritonia, sans cependant que le péricarde s'ouvre directement dans le rein, comme chez les Eolis (fig. 137) et les Élysiens.

Page 1